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samedi 2 novembre 2013

Que deviennent les vieilles croûtes de pain?

Que deviennent les vieilles croûtes de pain?

Un métier peu connu est celui des boulangers en vieux.
On donne ce nom aux marchands qui achètent aux chiffonniers les morceaux de pain salis que l'on ramasse dans les réfectoires d'école et dans les boites à ordures des maisons.
Que fait-on de ces morceaux de pain peu appétissants? Beaucoup de choses. Ceux qui ne sont pas trop souillés, après avoir été séchés au four et passés à la râpe,  sont vendus à de petits restaurants pour devenir des croûtes au pot. Les autres, ceux qui sont trop défectueux, sont pulvérisés au mortier et forment alors de la chapelure.
Quand aux petites miettes, elles ne sont pas perdues non plus pour le "boulanger en vieux". Noircies au feu, pilées, puis mélangées avec du miel et arrosées de quelques gouttes de menthe, ces miettes forment tout simplement une poudre dentifrice.
L'ingénieuse invention du "boulanger en vieux" est, parait-il, très florissante et très lucrative.

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 7 juin 1903.

Plantes dédiées à des saints.

Plantes dédiées à des saints.

S'il l'eût voulu, Huysmans, pouvait allonger sensiblement sa nomenclature. Outre l'Armoise, des plantes très diverses, la Vermiculaire (sedum acre) , la Millefeuille (Achillea millefolium) et le lierre terrestre (Glecoma bederacea) , sont à la fois désignées sous ce même vocable: Herbe Saint-Jean.
La Renoncule bulbeuse (Ranonculus bulbosus) s'appelle Rave de Saint-Antoine; l'Actée (Actoea spicata) est l'herbe de Saint-Christophe; la Criste-Marine, l'Herbe de Saint-Pierre; la Persicaire (Polygonum hydropiper) , l'Herbe Saint-Innocent; la Tanaisie (Tanacetum Vulgare), l'Herbe Saint-Marc. Nous avons encore l'Eupatoire (Eupatorium cannabinum), l'Herbe de Sainte-Cunégonde et la Pivoine (Poeonia officinalis), dite parfois Herbe Sainte-Rose, mais qui porte également le titre de Rose de Notre-Dame.
D'autres fleurs des bois et des champs ont été mises sous ce dernier patronage. Par exemple, la Pariétaire qui, parmi tous ses noms vulgaires, a celui d'Herbe Notre-Dame, la Clématite des haies (Clematis vitalba) appelée Berceau de la Vierge, le Liseron des haies (Convolvulus sepium) surnommé Manchette de la Vierge, l'Ancolie (Aquilegia vulgaris)  et la Digitale (Digitalis purpurea) connues l'une et l'autre sous le nom poétique de Gant de Notre Dame.
J'allais oublier l'Herbe Saint-Barthélémy ou du Paraguay et le bois de Sainte-Lucie. Cet arbre, du reste, n'a été ainsi "baptisé" que parce qu'il croit abondamment dans les Vosges, près du village de Sainte-Lucie. Et pourquoi le chiendent reçoit-il, en certaines provinces, la bizarre appellation de Sainte-Neigne?

                                                                                                            Quaesitor.

P.S.: La liste est loin d'être complète, j'aurai du y faire entrer: l'Herbe à la vierge (la Marrube, le Narcisse des poètes) ; l'Herbe de Saint-Albert (le Vélar) ; l'Herbe de Saint-Antoine (l'Epilobe, la Dentelaire, l'Euphorbe fétide, la Scofulaire) ; l'Herbe de Saint-Benoit ( la Benoite) ; l'Herbe de Saint-Etienne (la Circée pubescente) ; l'Herbe de Saint-Félix (la Scrofulaire des bois) ; l'Herbe de Saint-Fiacre (l'Héliotrope d'Europe, la Molène, le Bouillon blanc) ; l'Herbe de Saint-George (la Gesse, la Clandestine) ; l'Herbe de Saint-Guillaume (l'Aigremoine eupatoire) ; l'Herbe de Saint-Innocent (la Renouée, la Persicaire âcre) ; l'Herbe Saint-Jacques (le Séneçon d'Afrique) ; l'Herbe de Saint-Jean (le Millepertuis, le Chrysanthème des près, l'Orvale) ; l'Herbe de Saint-Julien (la Sarriette) ; l'Herbe de Saint-Laurent (la Bugle, la Menthe pouliot, la Sanicle d'Espagne, l'Asclépiade double-venin) ; l'Herbe de Saint-Lucien (l'Arnique des montagnes) ; l'herbe de Saint-Paul (la primevère) ; l'Herbe de Saint-Philippe (la Guède ou pastel) ; l'Herbe de Saint-Pierre ( la Primevère, la Bacile, la Parietaire ou Passe-Pierre) ; L'herbe de Saint-Roch (la Pulicaire, le Psyllion, l'Aunée dysentérique) ; l'Herbe de Saint-Zacharie (le Bluet) ; l'Herbe de Sainte-Barbe ( la Roquette barbarée) ; l'Herbe de Sainte-Catherine (la Balsamine des bois) ; l'Herbe de Sainte-Claire (la Mâche) ; l'Herbe de Sainte-Elisabeth (l'Hélianthème) ; l'Herbe de Sainte-Othilée ( le Pied-d'alouette des champs, la Dauphinelle) ; l'herbe de Sainte-Quiterie (la Mercuriale).
Un botaniste en signalerait d'autres encore, mais à quoi bon? Ce qui offrirait plus d'intérêt, ce serait de rechercher le motif pour lequel ces plantes ont été ainsi nommées.

L'Intermédiaire des Chercheurs et des Curieux, 30 août 1903.

Paul-Louis Courier et son aventure en calabre.


Paul-Louis Courier et son aventure en calabre.

P. L. Courier, qui connaissait admirablement notre ancienne littérature et particulièrement nos vieux conteurs gaulois, était un mystificateur de primo cartello. Plusieurs de ses lettres "écrites d'Italie" le prouvent, notamment celle qu'il a adressée à sa cousine, Mme Pigalle, le 1er novembre 1807, et où il raconte une aventure qui lui serait arrivé en Calabre, une nuit qu'il avait, en compagnie d'un de ses amis, reçu l'hospitalité dans une famille de charbonniers. Cette aventure, à la fois tragique et comique, se retrouve dans l'Heptaméron de la reine de Navarre (Journée quatrième, nouvelle 34: Deux cordeliers escoutans le secret... p. 251, édition Delahays), et dans l'Elite des contes du sieur d'Ouville (De deux cordeliers, t. I, p. 83, édition Jouaust). Au lieu des deux chapons que Courier fait tuer par le charbonnier calabrais, il s'agit, dans la reine de Navarre et dans d'Ouville, de deux "pourceaux, lesquels il appeloit cordeliers."

                                                                                                                Albert Cim.

L'intermédiaire des chercheurs et des Curieux, 30 août 1903.

Les fabricants de cartes à jouer.


Les fabricants de cartes à jouer.

Le document que nous publions ci-après n'est pas très connu; il a échappé aux auteurs qui ont écrit sur la fabrication des cartes. Il est intéressant; il fait connaître à quelles astreintes étaient soumis les maître cartiers, tenus de travailler ensemble, à l'Hôtel-Dieu, dans un local aménagé à cet effet et où s'exerçait le contrôle fiscal.

                                                            De par le Roy

Veu par la cour la requette présentée par les Jurez cartiers de cette ville de Paris, contenant que pour terminer toutes les difficultez qui se peuvent rencontrer, tant pour la marque et controlle des cartes, que pour le débit d'icelles, tous les maistres cartiers de cette ville de Paris, ayant accordé de travailler dans un même lieu et lequel ayât esté pour cet effet loüé et préparé par les Directeurs de l'Hospital Général, la pluspart des Maistres s'y sont rendus et travaillent, et n'en restent que quelques-uns, lesquels travaillent en leurs maisons et autres lieux, et débitent leurs cartes sans être marquées et controllées. Cette double contravention qui ne peut avoir d'excuse, va à la ruine et destruction absoluë de tous ceux qui ont obey. A ces causes requeroient que ceux qui sont réfractaires fussent contraints par toutes les voyes à se ranger dans le même lieu, pour y travailler et faire marquer et controler leurs cartes, suivant le Contract et Réglement, sous telle peine qu'il plairait à la Cour.
Veu le dit Contract passé entre lesdits Directeurs et lesdits Maistres Cartiers, Arrests et réglement attachez à ladite requeste, signée Fournier le jeune, Procurer desdits Jurez Cartiers. Ouy le Rapport de Maistre Guillaume Benard, Conseiller du Roy en ladite Cour: Et tout considéré Ladite cour a ordonné et ordonne, que tous lesdits Cartiers seront tenus incessamment, et dans ce jour,  rendre dans ledit lieu, à se faire contraints par saisie de leurs outils, presses et matières à faire Cartes, qui seront transportez dans le Bureau, deffences à eux de ne plus travailler hors le dit Bureau sous peine de trois cent livres d'amande pour chaque contravention et de plus grand peine s'il y eschet: Et deffences à toutes personnes d'achepter aucunes Cartes qui ne soient Marquées et Controllées, sous la même peyne:  Et sera le présent arrest leu, publié et affiché dans tous les endroits de cette ville et faubourgs de Paris où besoin sera, lequel sera exécuté en vertu de l'Extraict d'icelui.
Fait en Parlement le vingt unième Aoust 1664, signé par Collaction: du Tiellet.

Leu, publié à son de trompe et cry publié par toutes les Places, Marchez, Carrefours et lieux accoultumez de cette ville et faubourgs de Paris en la présence de Me Anthoine Faure Huissier du Roy en ladite Cour de Parlement par moy Cauto,crieur juré de sa Majesté, en la dite Ville, Prévosté et Vicomté de Paris accompagne de Jean Dubois, Hierosme Tronsson, , jurz Trompettes du Roy esdits lieux et d'un autre Trompette, le samedy-vint trois Aoust mil six cent soixante quatre: Et affiché, Signé Faure et Cauto;
Collationné à l'Original par moi Conseiller et secrétaire du Roy, Maison et couronne de France et de ses finances.

                                                                                                                  P. c. c.  O. D.

L'Intermédiaire des Chercheurs et des Curieux, 20 août 1903.

Les couteaux et les poignards des attentats politiques.

Les couteaux et les poignards des attentats politiques.


Henri III, Henri IV, Louis XV, Marat, le Duc de Berry, Carnot ont été frappés par le poignard de leurs adversaires: où sont passés les armes des meurtriers?
Le couteau de Jacques Clément n'a pu être recueilli, ni celui de Damiens, ni celui de Charlotte Corday.
On a montré autrefois un couteau de Ravaillac au musée des Invalides, le musée a reconnu depuis qu'il n'était pas historique. Un second couteau de Ravaillac (exposé en 1900) appartient à la famille Caumont de la Force: il n'est pas authentique davantage.
On ne possède, en toute authenticité, que le poignard de Caserio, encore couvert du sang du regretté Président: il est conservé à Lyon; et les deux couteaux fabriqués de toute pièce par Louvel: manche grossièrement façonné, tiers-point aiguisé à la meule, et pourvus d'une gaine de cuir, mouchetant la pointe. Les  couteaux de Louvel sont aux archives Nationales.

L'Intermédiaire des Chercheurs et des Curieux, 20 août 1903.

vendredi 1 novembre 2013

Le pantalon.


Le pantalon.

Ce sujet ayant été introduit ici, je m'en autorise pour insérer au passage une question que j'avais préparée depuis quelque temps, mais que j'hésitais à publier. Il s'agit de préciser la date à laquelle le pantalon a été admis pour les visites de politesse.
Il m'est tombé, en effet, entre les mains un Manuel de la bonne compagnie, 3e édition, Paris 1818; et dans le chapitre consacré aux visites, je lis (p. 30) :

" Une mise propre et décente est de rigueur. On doit paraître en habit, jamais en bottes et en pantalon"

Une gravure fait face au titre du volume: on y voit un homme élégant entrer dans un salon, tenant à la main un livre qu'il offre à deux dames, assises sur un sofa; c'est le manuel en question; car au dessous, on lit cette légende: c'est à vous que j'en offre l'hommage. Le personnage est cravaté haut, porte l'habit dit à la française, culotte courte, bas de soie et escarpins: il tient à la main un chapeau de castor anglais.
La gravure est certainement plus ancienne que cette "troisième édition", car les modes qu'elle représente me semble être celles de l'Empire. Mais en tout cas, le texte est net, car il condamne, en 1818, le pantalon pour les visites, en recommandant la tradition.
Le costume en culottes courtes et en bas de soie est sans doute représenté aujourd'hui par le "costume de cour", imposé par l'étiquette des monarchies dans les soirées de cour, imposé aux malheureux civils qui n'ont pas d'uniforme, et tout récemment encore aux suivants de M. Loubet, à Londres, dans sa visite au roi d'Angleterre. Partout ailleurs, le démocratique pantalon a triomphé.
Cette réflexion me ramène à ma question: Quelle est la date de ce triomphe en France?
Je n'en sais rien; mais il semble que l'innovation a du être une imitation de l'Angleterre. On sait comme les modes anglaises ont trouvé faveur en France sous la Restauration. C'est en vain que Béranger chantait: "Redoutons l'anglomanie! ". Le pantalon et la redingote ( dont le nom seul, Riding-coat, indique l'origine) ont du pénétrer ensemble et se faire admettre ensemble en place de l'ancien costume de cérémonie. C'est ainsi que de notre temps, le smoking, création du précédent Prince de Galles (aujourd'hui Edouard VII) a supplanté le frac dans bien des circonstances.

                                                                                                                G. Servandy

Réponse à côté; mais pour laquelle je demande grâce, eu égard à la singularité du renseignement. J'ignore totalement l'inventeur du mot "pantalon"; mais, en revanche, il paraîtrait que le tailleur inventeur du vêtement n'aurait été autre qu'Abraham en personne: "Ibrahim aoual ikhtatan ou adhaf, edhif ou labis esaraouïl", c'est à dire: " Abraham fut l'inventeur de la circoncision, de l'hospitalité et des pantalons", nous déclare gravement le savant Abalféda, dans ses Annales antéislamiques (Rescension de Fleischer, chapitre de la postérité d'Abraham). Avis à ceux qu'intéresserait l'iconographie  du Saint Patriarche, et se refuseraient à admettre les portraits faits de pur "chic"

                                                                                                                El. Kantara.

L'Intermédiaire des Chercheurs et des Curieux, 20 août 1903.

La bourrée à Vichy.

La bourrée à Vichy.

Je suis allé pour la première fois, à Vichy, en 1852, et j'y ai vu danser la bourrée, un dimanche, dans le parc, devant l'établissement thermal; mais je ne puis dire si on la dansait encore, lorsque j'y suis revenu en 1856.

                                                                                                                   Léda.

Jadis, on dansait souvent la bourrée à Vichy. C'était bien la coutume du pays; et les propriétaires des sources ne réservaient pas cette danse originale et gracieuse pour leurs seuls clients. La bourrée était très populaire. Hélas! de nos jours, on la danse fort peu dans le célèbre Vichy qui ressemble plus à Paris, pendant la saison thermale qu'à un gros bourg de province. Vichy, certes, n'a plus son ancienne originalité. Mais la bourrée, je le répète, était très aimée autrefois. On profitait d'une musette ou d'une vielle pour s'en donner à cœur joie immédiatement. Personne ne se faisait prier! Il en était de même en Auvergne, notamment autour du Mont-Dore, de la Bourboule, et à Hermant, et même à Royat, d'où, j'écris ces lignes. Actuellement, il est très difficile de voir bien danser des bourrées. On n'en veut plus; ce qui est regrettable, et même on ne sait plus la danser...Passons!

                                                                                                      Ambroise Tardieu.

L'Intermédiaire des Chercheurs et des Curieux, 20 août 1903.