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lundi 3 juin 2019

Les machines qui marchent, qui parlent et... qui font dormir.

Les machines qui marchent, qui parlent et... qui font dormir.



On considère généralement que le phonographe d'Edison nous donne l'imitation la plus claire et la plus distincte de la voix humaine qu'il soit possible d'obtenir à l'aide d'une mécanique. On a fait cependant connaître au public une merveilleuse invention qui réalise un progrès réel sur le phonographe ordinaire, en ce que, tandis que celui-ci se borne à répéter les paroles qui ont été enregistrées par le cylindre, l'autre parle de lui même, sans intervention préalable de la parole humaine.

Plus de sirènes à vapeur.

Cette machine parlante est de l'invention du docteur Marage, qui actuellement encore s'occupe activement de porter sa mécanique au plus haut degré de perfection. Il est arrivé aujourd'hui à construire un appareil qui prononce les cinq voyelles A E I O U aussi clairement et aussi distinctement que la voix humaine. Même au point où elle en est, la machine parlante trouve déjà ses applications, car le Dr Marage se propose de modifier les sirènes à vapeur employées à bord des bateaux, de telle sorte qu'elles imiteront le son des voyelles. On pourra ainsi obtenir différentes syllabes phonétiques qui serviront à constituer un alphabet international.




La machine est d'une conception très spéciale, possédant cinq têtes de mannequin fixées après elle, dans chacune desquelles est un modèle parfait d'une bouche humaine. Ces bouches artificielles ont des lèvres mobiles, des dents parfaites, et, en fait, constituent d'exactes reproductions mécaniques de la bouche de l'homme. Les sons sont produits par le passage de certains courants d'air à travers ces bouches, qui sont terminées par des sirènes dont l'ensemble fournit les diverses combinaisons de sons.

Pour endormir sans drogues.

Plusieurs inventeurs ont essayé de construire une machine à endormir, avec plus ou moins de succès. La plus récente invention de cette nature est celle du Dr Gaiffe, de Paris, dont la machine à endormir est connue sous le nom de "couronne vibrante".
Elle consiste en trois bandes de métal qui entourent la tête. Une autre branche de ruban métallique vient s'appliquer sur l'une des paupières à l'aide d'un ressort, vibre tout doucement contre elle. Le Dr Berillon, bien connu,  emploie cet instrument pour ceux de ses malades qui ne peuvent dormir et auxquels il est préférable de ne point ordonner de drogues.
Il existe aussi sur le marché plusieurs autres appareils plus ou moins compliqués pour produire le sommeil. L'un d'eux, construit par Mathieu, de Paris, consiste en une boîte d'acajou plein, de cinq pouces de haut sur quatre de large et trois de profondeur, au sommet de laquelle se trouve un pivot de nickel, pénétrant au centre de deux petites plaques d'ébène. Sur chacune est fixée, de chaque côté, une rangée de miroirs circulaires de la dimension d'une pièce de vingt sous, elles observent une vitesse d'un tour par seconde.
Pour produire le sommeil au moyen de cette mécanique, la pièce est plongée dans l'obscurité et les brillants rayons de la lumière d'une lampe ou d'un bec de gaz sont réfléchis par les miroirs. Le patient, en concentrant ses regards sur les plaques qui tournent est fasciné par leur vibration dont la monotonie fatigue bientôt les yeux, et il s'endort presque sans en avoir conscience.

Le sommeil par la plaque d'argent.

Une autre machine à endormir, très pratique, a été inventée par M. Verdin, un fabricant d'instruments de Paris. Elle ressemble un peu à la couronne vibrante du Dr Gaiffe.
Un plateau d'acier, de quatre pouces de large sur un pouce d'épaisseur, est fixé au front au moyen de deux courroies. Au centre de cette courroie métallique s'élève un petit tube d'acier à l'extrémité duquel est inséré un fil de fer très flexible terminé par une petite balle d'argent de la dimension d'un gros pois. 



En courbant convenablement le fil d'acier, la balle peut être fixée sous quelque angle qu'on désire au-dessus et très près des yeux, et l'effet est le même que celui des miroirs scintillants de l'appareil à endormir de Mathieu.

Un géant d'acier.

Il y a environ quinze mois, le capitaine Lewis Perez montra, à New-York, un automate, dont il était l'inventeur et qu'il affirmait pouvoir marcher à une vitesse de vingt kilomètres à l'heure. Cette étonnante mécanique, construite presque entièrement en aluminium, avait sept pieds cinq pouces de haut, portait des habits d'homme, parlait au moyen d'un phonographe placé dans l'estomac et remuait les yeux au moyen d'un mécanisme d'horlogerie caché dans la tête. Ce géant de fer était attaché à une automobile, qu'il semblait pousser, mais par laquelle il était en réalité mis en mouvement.





Quand l'appareil est mis en marche, le monstre lève son pied droit et le lance en avant, absolument comme ferait une véritable personne qui se met en mouvement; et cela, naturellement, est suivi d'un mouvement analogue du pied gauche.
Comment l'automate est-il conçu pour marcher, c'est là naturellement le secret de l'inventeur. Il est à présumer, toutefois, que l'automobile est un véhicule électrique, se mouvant de lui-même, mais qui, en même temps, transmet à l'automate la force nécessaire pour reproduire les mouvements de la marche.

La meute endiablée.

Toujours en Amérique, à Cincinnati, M. Conwdon, très riche propriétaire à l'esprit fort ingénieux, vient d'inventer, pour protéger ses biens contre les malfaiteurs, des chiens automates dont le rôle consiste à roder autour de sa demeure en poussant des aboiements féroces. Ils ne se bornent d'ailleurs pas à cela, ils se précipitent aussi sur tout ce qui se trouve à leur portée, et comme ils sont hérissés de crocs d'acier, ils font à ceux qu'ils rencontrent dans leur course les plus dangereuses blessures.
M. Conwdon est satisfait de sa meute: avant sa création, son parc était pillé chaque nuit par les voleurs et ses gardes n'arrivaient jamais à pincer les coupables.
Le jour, la nuit plutôt, où il lança à travers ses jardins ses animaux de fer, il y eut une surprise excessivement désagréable chez les nombreux individus qui venaient marauder les fruits et les légumes de l'Américain; l'un d'eux fut happé par deux automates et pressé contre un mur... il ne dut son salut qu'à une branche d'arbre qu'il put saisir et, faisant un rétablissement, il se mit hors d'atteinte des terribles chiens; au matin, on le trouva là n'osant bouger, les jambes percées de trous et en un piteux état... M. Conwdon ne voulut pas le faire arrêter par la police, le jugeant suffisamment puni; on l'amena à l'hôpital où il resta deux mois.
Méprisant cet avertissement, pourtant très significatif, un filou très connu à Cincinnati et dénommé Paker se vanta d'éviter les chiens du propriétaire et, qui plus est, de les démolir; aussi le lendemain soir, vers minuit, franchit-il le mur de briques qui séparait de la route le parc de M. Conwdon; il comptait probablement sur sa chance habituelle; il s'avançait parmi les allées désertes, prêtant attentivement l'oreille à tous les bruits afin d'éviter les monstres mécaniques...
Malheureusement pour lui, il ignorait que les automates peuvent être lâchés silencieusement et que leur aboiement est intermittent. Paker, soudain, fut saisi par derrière, projeté à terre: un chien venait de le rencontrer et le tenait accroché par une de ses redoutables pointes; l'homme essaya de se dégager: ce fut en vain, toute la nuit, l'animal d'acier le traîna après lui dans sa course fantastique à travers les champs... à l'aube, au moment où le ressort du mécanisme était tout à fait détendu et lorsque le chien s'arrêta, Paker n'était plus qu'un cadavre.
M. Conwdon fit photographier cette scène et l'on peut voir maintenant, tout autour de sa propriété des environs de Cincinnati, cette photographie tirée à un grand nombre d'exemplaires et placée dans un cadre au sommet d'un petit poteau de fonte, avec cette inscription:

N'entrez pas dans le champ

Vous auriez les plus grandes chances
de rejoindre dans l'éternité le bandit
dont vous voyez ci-dessous
la photographie ressemblante.


Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 4 juin 1905.

lundi 16 janvier 2017

Les chiens du Mont-Saint-Michel.

Les chiens du Mont-Saint-Michel.

M. Siméon Luce vient de faire à l'Académie des inscriptions une communication au sujet des chiens chargés de garder les villes.
Il a lu une étude relative à un mandement royal de Louis XI, du 28 janvier 1475, sur l'entretien de quelques chiens chargés de la garde du Mont Saint-Michel.
Ce document présente un intérêt particulier, en ce moment où l'on s'occupe de l'utilisation des chiens dans l'armée.
Voici le résumé de ce travail:
Au quinzième siècle, on professait en France un culte très ardent pour saint Michel; les anciens rois considéraient le patronage de l'archange comme le palladium de la monarchie française. Les Anglais le savaient, et ce fut sans doute la cause pour laquelle ils s'acharnaient avec tant d'obstination à la prise du sanctuaire de saint Michel, situé au milieu de la mer et qu'ils assiégèrent plus ou moins étroitement pendant  un siècle, sans réussir à s'en emparer. Pour le défendre, le roi de Bourges dépense les dernières ressources financières qui lui restaient.
Louis XI, plus encore que ses prédécesseurs, mit sa confiance en saint Michel; ce culte, dit M. Luce, eut les plus heureuses conséquences pour la forteresse normande et lui valut des faveurs de toutes sortes, telles que rentes, donation de fiefs, moulins et terres environnantes, exemption de contribution de guerre, etc.
Louis XI fit deux pèlerinages au Mont Saint-Michel: le premier en 1462; le second en 1473, à la suite d'un voyage à Alençon, ville dans laquelle il faillit être écrasé par une pierre énorme qui se détacha des remparts au moment de son passage.
C'est pendant son second séjour au Mont que louis XI pu se rendre compte de l'utilité des chiens dans cette forteresse, et, sur la demande du capitaine de Bétornay, gouverneur de la place, il rendit l'arrêt de 1475, instituant une rente de 22 livres tournois, sur les revenus de la vicomté d'Avranches, pour l'entretien desdits animaux.
L'emploi de ces chiens n'était pas nouveau, puisqu'on lit dans le mandement dont nous parlons:
"On a de tout temps accoustumé avoir et nourrir audict lieu certain nombre de grands chiens, lesquelzs sont par jour attachez et liez et par nuict sont détachez et menez hors ladicte place et à l'entour d'ycelle pour au long de la nuict au guet et garde d'ycelle place."
La surveillance du Mont Saint-Michel offrait de grandes difficultés, et il n'est pas douteux que, si les défenseurs de cette place ont pu se garder des surprises des Anglais pendant vingt-sept ans, ils ont dû en bonne partie ce résultat aux chiens qui veillaient autour de la citadelle.
M. Luce se demande si on ne retrouverait pas des restes de cette race de chiens dans les environs d'Avranches.

Le petit Moniteur illustré, 14 octobre 1888.

dimanche 10 janvier 2016

Justice domestique III.

Justice domestique III.


Sir Francis a entretenu fort longtemps une meute de quinze roquets. Armée d'un collier d'argent à double rang de grelots, cette troupe bruyante et fidèle veillait sans cesse auprès de lui: elle prenait part aux méditations de son cabinet, aux délassements du salon et à l'exercice salutaire de ses promenades. Dans ce dernier cas, c'était même pour l'amateur un spectacle qui ne manquait ni de pompe ni de dignité que de voir milord se rendre à sa voiture appuyé sur deux valets de chambre, et suivi de quinze grands laquais portant chacun un roquet dans ses bras.
Il ne fallait ni une pénétration extraordinaire ni une longue fréquentation à l'hôtel pour s'apercevoir que milord en affectionnait deux plus que les autres. L'embonpoint exubérant, le ton d'assurance et de familiarité de Bijou et Biche ne laissaient pas un instant de doute relativement à la haute faveur dont ils étaient investis. Bijou et Biche pouvaient seuls, parmi les chiens, se vanter d'avoir été admis à la table de leur seigneur et maître. Toutefois cet insigne honneur fut parfois pour eux la cause d'humiliation et de disgrâces mémorables.
Parmi les mauvais jours de ces deux favoris nous rappellerons de préférence celui où milord les condamna à porter sa livrée et au régime de l'antichambre.
Les parasites ordinaires de l'hôtel avaient trouvé fortune ailleurs, la table de milord était déserte; milord, qui n'aimait pas à dîner seul, eut l'idée de faire dîner Bijou et Biche avec lui. En conséquence, deux valets reçurent l'ordre de leur attacher à chacun une serviette, et de les tenir, pendant le cours du repas, à la place qui leur était assignée.. On les dispensa du potage, mais ils furent dédommagés de cette privation dans le cours du service.
Poussé de nourriture, Bijou ne tarda guère à ressentir un besoin qu'il ne devait satisfaire que dans la cour. Les valets de sir Francis détestaient ces chiens, auxquels, en arrière du maître, ils donnaient moins de témoignage d'amitié que de coups de serviette. Le valet de service, derrière Bijou, avait été le premier à s'apercevoir de son état; mais, au lieu de chercher à le soulager, et faisant mine de le remettre en position, il lui serra méchamment le ventre. Bijou ne fut plus maître de se contenir; une plainte lui échappa, et en même temps le siège qui le supportait reçut une souillure très-désagréablement odorante.
Comment donner une idée de l'indignation de milord... ; je ne puis la comparer qu'à l'offense qui venait de lui être faite. Pour cette fois, il voulut se faire justice lui-même. Il demanda un fouet de poste, qui lui est apporté sur le champ, et le voilà poursuivant ses deux convives autour de la salle à manger. Grâce à l'exiguïté de leur taille, et à ce qu'ils n'avaient pas, comme leur maître, une paralysie dans les jambes, Bijou et Biche parvinrent cependant à se soustraire au châtiment corporel dont ils étaient menacés.
Épuisé par l'exercice violent et inaccoutumé qu'il avait pris, sir Francis se laissa retomber sur son fauteuil en demandant sa consolation. (Il donnait ce nom à un vaste flacon rempli de vin de Madère sec.) Trois ou quatre verres de cette consolation ont promptement rétabli ses forces, et il a eu le temps de se raviser. Au lieu d'être, selon leur attente, armés du fouet vengeur, les laquais reçurent l'ordre de faire venir sur le champ le tailleur de l'hôtel, et d'apporter le galon qui distingue la livrée de milord.
Le tailleur accourut en toute hâte; il est introduit auprès de sir Francis, et demande ce que Sa Grâce requiert de son ministère.
"Vous voyez ces deux insolents, répond Sa grâce en désignant Bijou et Biche, prenez-leur mesure et faites-leur, aujourd'hui même, une livrée.
"Mais, milord.....
"Point de réplique, monsieur; un gentilhomme anglais qui paye doit toujours être servi. Vous savez, monsieur, habit jaune, culotte rouge, trois bandes rouges sur le dos... Ces drôles ont osé me manquer!... je les prive pendant quinze jours de l'honneur de me voir, et, pour dernier terme de mon mépris, ils porteront le même vêtement que mes valets, et resteront avec eux dans l'antichambre... "
La pratique de sir Francis était trop précieuse pour que le tailleur se hasardât à la perdre par un faux point d'honneur. Dès le lendemain, Bijou et Biche furent vêtus ainsi qu'il était prescrit, et subirent leur arrêt. Les quinze jours expirés, ils vinrent reprendre leur place auprès de milord, qui fut enchanté de les revoir.

                                                                                        Chronique indiscrète du XIXe siècle.

Dictionnaire encyclopédique d'Anecdotes, Edmond Guérard, Paris, Firmin-Didot, 1876.

samedi 28 février 2015

Le procès des chiens.

Le procès des chiens.


Ceci est une fable dessinée, représentant, comme d'habitude, une scène de la vie humaine, parodiée par des animaux.


Il s'agit d'un grand procès longuement débattu, et dont les parties intéressées attendent le résultat. Le juge est un caniche de la grande espèce, dont le dessinateur anglais a respecté la toison, afin de rappeler l'immense perruque des magistrats de son pays. Il vient d'ôter ses lunettes, comme s'il renonçait à mieux voir; et, recueilli, dans son for intérieur, le regard légèrement soulevé, une patte sur le livre de la loi, il prononce l'arrêt!
A droite se trouve le groupe des plaideurs auxquels il donne gain de cause. L'un d'eux, chien épagneul placé tout en bas, réfléchit, le museau appuyé contre terre; il commente en lui-même les paroles du juge, et attend avec calme la conclusion des "Considérants". Plus haut, un de ses consorts, gros chien de garde à tête noire, confiant dans sa force qu'il prend peut être pour le bon droit, s'est doucement endormi; en avant, un griffon écoute avec ravissement: la cause a été comprise, voilà de la justice! Enfin, dans le haut, et à demi caché par le fauteuil magistral, un quatrième intéressé semble tout yeux et tout oreilles; il sourit enchanté. Son procès est gagné.
A notre gauche, nous voyons les plaideurs déboutés.
Celui du bas lève les yeux au ciel; il prend les dieux à témoin de l'inique sentence. Au-dessus de lui, un énorme chien de troupeaux serre les dents de rage; sa petite oreille, son œil à demi clos, son aire féroce et sournois en font un ennemi redoutable. Une levrette, personnage mélancolique et discret, lui jette un regard de côté; évidemment, elle craint d'être compromise dans quelque violence de son dangereux confrère.
Au-dessus de la levrette, un roquet, qui se sent trop faible pour se révolter contre le juge, l'insulte en lui tirant la langue; derrière lui un chien loup grince des dents; il dit à son voisin, d'une physionomie toute débonnaire: -Vous voyez, on nous condamne! Que je meure si je ne me venge pas du grand juge! Le voisin s'efforce de l'apaiser par sa résignation.
La scène est complétée par l'huissier qui, au fond de la salle, les deux pattes sur la balustrade du tribunal, crie au public: Silence!, par le chien de justice apportant dans sa gueule une nouvelle pièce qui arrive trop tard, et par le greffier placé en avant du juge et de même race que lui, mais d'une plus petite espèce.
La malice et la variété des expressions ont rendu cette composition célèbre chez nos voisins les Anglais, qui, comme l'on sait, ont un goût tout particulier pour la race canine, et généralement moins de respect pour leurs juges que pour leurs lois.

Magasin pittoresque, décembre 1849.

vendredi 10 octobre 2014

Les animaux favoris de nos grands écrivains.

Les animaux favoris de nos grands écrivains.


Parmi les hommes de lettres, il en est peu qui n'aient aimé les bêtes. Beaucoup d'entre eux leur ont consacré des pages émues et nombreuses; beaucoup aussi les ont admises à partager l'intimité de leur foyer avant de les décrire et de les "raconter";
Nous savons, par exemple, que l'auteur de la "Comédie Humaine", Balzac, témoigna une affection toute particulière à un gros chien nommé Turc; ce fut, il est vrai, le seul animal qu'on lui connût. Par contre, Zola possédait, dans sa propriété de Médan, aux environs de Paris, toute une basse-cour. On se rappelle avec quelle émotion, il a conté la mort d'un chien dans la "Joie de vivre", celle d'un cheval dans "Germinal". Zola avait pour compagnon habituel un chien poméranien de petite taille dont il ne se séparait jamais, et qui couchait au pied de son lit. Ce fut un malheureux et fidèle toutou qu'on trouva étendu auprès du cadavre de son maître, également asphyxié.
Les frères de Goncourt furent les seuls hommes de lettres, croyons-nous, qui possédèrent un singe. Cette bête, dont ils ont parlé longuement dans un de leurs plus beaux livres, "Manette Salomon", avait nom, Vermillon. Lorsque Vermillon, qui, à force d'avoir observé son premier maître, un artiste, avait contracté le goût de la peinture, apercevait une poule, il se précipitait sur elle, et lui arrachait une poignée de plumes qu'il promenait ensuite sur tout ce qu'il trouvait d'à peu près blanc, après les avoir trempées dans le ruisseau.
Ce singe était peut être "impressionniste" à sa manière!

*****

C'est toute une ménagerie que l'illustre auteur de la "Vie de Jésus", Renan, logeait dans son appartement; une grosse chienne, Corah, un perroquet, Coco, et un affreux petit chat de gouttière que le philosophe, pris de pitié, avait recueilli dans la neige de la rue, un soir d'hiver.
Mais l'écrivain qui affectionna le plus les animaux, qui leur consacra non seulement de longues et belles pages, mais encore un livre tout entier, ce fut Léon Cladel, le chantre inspiré des paysans du Quercy. Tout ami des bêtes devrait posséder dans sa bibliothèque ce très intéressant ouvrage qui s'appelle "Léon Cladel et sa kyrielle de chiens" et qui est bien fait pour nous affermir dans cette idée que les bêtes sont bien nos frères inférieurs plus proches de nous que nous le croyons.
A plus juste raison, les poètes devraient aussi aimer les animaux. Celui qui a écrit ce délicieux poème provençal: "Mireille", Frédéric Mistral, raffolait, en effet,  d'un magnifique angora nomme Macabrun; ce chat avait un compagnon de jeu toujours prêt en la personne d'un chien barbet, baptisé du curieux nom de Pain-perdu.
Un autre poète, Catulle Mendès, éleva jadis des rossignols, ces oiseaux divins par leur chant. Mendès eut aussi des chats, et, comme le poète est de plus et à la fois excellent conteur et critique dramatique autorisé, il donna à ses pensionnaires des noms empruntés à l'épopée wagnérienne; l'un s'appelait la Valkyrie, l'autre Faffner, un troisième Fasolt.
Aussi bien, qui ne connait Hamilcar, prince somnolent de la "Cité des livres", ce chat philosophe, immortalisé par l'auteur de ce livre d'un idéalisme si pur et d'une langue si impeccable: "Le crime de Sylvestre Bonnard" ?
Donc Anatole France adore les chats. Quand Hamilcar quitta un jour son maître pour gagner le paradis des chats fidèles, l'écrivain essaya de la remplacer par Pascal: mais Pascal n'était point Hamilcar, et Anatole France garde toujours un souvenir ému pour l'ami caressant qui, à chaque retour de voyage, venait"se frotter contre ses jambes en bavant de joie".
N'oublions pas Moumoutte Blanche et Moumoutte Chinoise, les deux chattes célébrées par Pierre Loti dans "Le Livre de la Pitié et de la Mort". Moumoutte Chinoise fut rapporté d'Orient par Loti, et, pendant la traversée, dans la cabine, la chatte étrangère, désemparée, dépaysée, ne voulait pas quitter les genoux de son nouveau maître. Arrivée en France, elle devint cependant moins sauvage, et partagea bientôt les jeux de son "ancienne": Moumoutte Blanche.
Si Léon Cladel avait pour les chiens une grande affection, il est un autre écrivain, Huysmans, qui eut pour les chats une sympathie presque exclusive. Le maître de "A Rebours", de "Là-Bas", a mis en scène, dans presque tous ses romans, un de ces tigres en miniature. Qu'on se rappelle le célèbre chat Barre-de-Rouille de "En Ménage".
Bien d'autres encore, peintres romanciers, poètes, savants, sans compter Baudelaire dont les vers sont connus de tous, et Willy, plus moderne, aimèrent passionnément les bêtes.
Pour terminer congrûment, un proverbe nous semble de mise: celui-ci est courant en Provence: "qui aime les bêtes aime les gens". On dit aussi dans le Midi: "Souvent les bêtes apprennent aux gens".
Mais tant de gens, du reste, ne savent pas "regarder" les bêtes et préfèrent s'admirer... béatement eux-mêmes!

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 5 juillet 1903.

mercredi 30 octobre 2013

Souvenirs de Constantinople.

Souvenirs de Constantinople.


C'est en l'année 1906, à Constantinople. Depuis notre arrivée dans l'antique Byzance, impossible de dormir. Après avoir contemplé au delà de la Corne d'Or le flamboyant coucher de soleil qui auréole de pourpre les dômes des moquées de la Sultane Validé et de Sainte-Sophie, après les douces rêveries au crépuscule et dans la contemplation du clair de lune qui rend plus féerique encore le panorama de Stamboul assoupie sous la pâle illumination de la blonde Phœbé, nous songeons au sommeil réparateur, digne récompense de nos exploits pédestres à travers les rues au sol onduleux de Péra et de Galata. Se promener dans Constantinople constitue, en effet,  une véritable gymnastique. Mais non, nous ne dormirons pas!  A peine le silence de la nuit règne-t-il sur la ville que de furieux aboiements se font entendre, accompagnés de refrains mille fois ressassés par un nombre incalculable de phonographes. Abominable cacophonie! Et ce concert inesthétique recommençait chaque soir.
Les aboiements assourdissants nous apportaient l'écho des conversations de messieurs les chiens et de mesdames les chiennes, guerroyant pour un os que vingt de leur congénères se disputaient. Ils dormaient tout le jour, accroupis au milieu de la chaussée, sans soucis des passants, mais le soir ils entraient dans l'exercice de leurs fonctions publiques: c'étaient en effet, de populaires balayeurs des rues, des agents-voyers à bon marché qui veillaient sur la santé publique en ramassant de leur mieux les ordures.




Comme nos chiffonniers fouillent au bout de leurs crochets les détritus et vieux papiers et chiffons, de même ces braves chiens nettoyaient avec la patte et de leurs crocs les déchets laissés sur les routes, en tiraient leur nourriture tout en faisant oeuvre utile.
Nos insomnies s'accompagnaient de malédiction contre ces meutes hurlantes et nous nous promettions de décamper le lendemain, mais nous comptions sans la fascination du cadre admirable de ces sites enchanteurs.
La nuit a passé. L'aurore monte dans l'azur profond comme une fée lumineuse sur un char de roses. Vénus, l'étoile radieuse du matin, triomphe des premières heures du jour et brille d'un éclat splendide comme au temps où elle inspira les poètes de l'antique mythologie orientale lorsqu'ils dédièrent cette planète voisine, sœur de la Terre, à la déesse de la beauté. Les mille feux stellaires des soleils de l'infini se sont éteints graduellement. Le ciel s'emplit des rayons dorés du soleil levant, mais la Terre semble encore endormie et un immense voile laiteux comme une mousseline blanche enveloppe et cache à nos yeux Stamboul, la ville sainte, que nous dominons de la colline de Pèra. Soudain une chose vague, imprécise perce la brume diaphane. Cette apparition semble s'élever, idéale, vers le ciel à mesure que le brouillard descend et s'évanouit; un à un les minarets et les coupoles reluisantes émergent et leurs silhouettes se détachent sur le fond embrasé des cieux.
Alors le mauvais souvenir de la nuit sans sommeil et des cris furieux s'évanouit devant le spectacle grandiose et charmant du jour oriental renaissant sur les rives du Bosphore, et l'on ne songe plus qu'à explorer de nouveau cette région si prestigieuse et à glaner de nouvelles impressions.
A peine arrivés dans la rue,  nous nous heurtons à leurs excellences messieurs les chiens, ennemis de notre repos nocturne, , auxquels nous devons faire force politesses, car ils ne se dérangent pas devant les passants et nous nous détournons de notre chemin pour ne pas troubler leur quiétude.
Pauvres toutous, ils ont payé chers leurs modestes faveurs! Un beau jour un édit barbare a décrété leur disparition.
On sait quelle fut leur triste odyssée: déportés comme de simples apaches en une île déserte de la mer de Marmara et, abandonnés à leur triste sort, ces malheureux exilés finirent leur existence au milieu des affres épouvantables de la faim, en une lente et triste agonie. Nul ne connaîtra jamais les drames déchirants qui se déroulèrent en ces lieux ravissants où toute une république canine s'entre-dévorait à la face impassible du ciel, dans la lutte suprême pour la vie.
Ces fameux chiens de Constantinople étaient laids et sales, pelés, souvent infirmes et décharnés, généralement jaunâtres ou roux, et tous du même type, rappelant à la fois le renard et le loup. Malgré leur laideur et leurs hurlements, ils étaient plutôt sympathiques, car ils paraissaient bons, doux et attachés à l'homme. Il y avait notamment près de notre hôtel, une chienne affreuse, dont la carcasse se recouvrait d'un poil beige clairsemé, jambes rouges de plaies, queue et oreilles arrachées au cours d'une quelconque bataille, qui prodiguait à son rejeton qu'elle allaitait des soins si maternels et si touchants, qu'elle aurait ému les cœurs les plus endurcis et, malgré son inélégance, on la câlinait avec compassion.
Laissons dormir en paix ces malheureuses victimes.
Au seuil de l'hôtel, notre drogman ou si l'on préfère notre interprète, nous attendait chaque matin pour élaborer le programme de la journée. Drôle de bonhomme que notre drogman! Sur le conseil d'amis éclairés, nous avions réclamé les bons offices de l'illustre Achille, ne confondons pas avec le héros de la guerre de Troie, avec la bouillant Achille au talon vulnérable et au pied léger, vainqueur d'Hector, vaincu de Pâris. Non, il s'agit d'un certain guide fort connu des touristes à Constantinople, trop connu même, car pour répondre aux exigences de sa clientèle, il se dédouble en une multitude de sosies qui font le désespoir des voyageurs abusés. N'ayant pu obtenir ses services, nous avons eu recours à ceux d'un certain Bernard, qui, lui aussi, n'était en vérité que le sosie du vrai Bernard presque aussi insaisissable qu'Achille.
Pour calmer nos nerfs tendus par les aboiements de plusieurs nuits, il n'a trouvé rien de mieux que de nous mener voir les derviches hurleurs de Scutari.
C'est un jeudi. Toute la nature semble en fête sous l'éclat d'un soleil splendide. Une infinité de paillettes d'or et d'argent scintillent à la surface du Bosphore. Près du pont de Galata qui voit mille fois quotidiennement défiler l'Europe et l'Asie sous l'aspect du flot humain qui oscille d'une rive à l'autre de la Corne d'Or, et porte vraisemblablement des échantillons  des échantillons de toutes les races terrestres ou presque, depuis les Chinois olivâtres, les Circassiens barbus, les noirs Africains jusqu'aux blonds et flegmatiques Anglais, près de l'embarcadère des grands paquebots, un caïque nous attend, frêle et svelte embarcation, longue et étroite, rapide comme une périssoire et non moins instable, que secoue terriblement la houle du détroit. Nous voguons vers Scutari, figés au fond du léger esquif, n'osant faire un mouvement de crainte de chavirer. Mais la côte d'Asie se rapproche rapidement et nous voyons se balancer les hauts cyprès du fameux cimetière de Scutari, où les bons musulmans viennent dormir leur dernier sommeil. En ce champ de repos dont les pierres tombales ne sont pas séparées du monde des vivants, on ne sent pas flotter la tristesse des nécropoles: c'est une forêt dont le charme et le mystère se marient au parfum des fleurs sauvages mélangé à celui de la mer.





A peine avons-nous débarqué sur le pittoresque môle en bois qui amène les navigateurs au sol ferme de l'ancienne Chrysopolis, que nous sommes envahis par une nuée de mendiants et de marchands de rahatloukoum, sorte de pâte de fruits transparente dont on est, là-bas, très friand. Au bout de quelques pas, mon équilibre devient fort instable, je subis terriblement l'influence de l'attraction de la terre et pique une tête en avant. Cette chute, qui a failli se renouveler vingt fois pendant mon séjour à Constantinople, provenait de ce qu'il y a dans le pays des bandes de jeunes garnements qui, pour vous arracher une aumône, cirent de gré ou de force les chaussures des passants, et qui, armés d'une brosse et d'un infect chiffon, se glissent sournoisement entre vos pas et vous font culbuter. Ils sont si petits et si agiles, ces brosseurs, que vous vous apercevez de leur présence qu'au moment où ils saisissent l'un de vos pieds pour le soumettre, malgré vos protestations, à un décrottage en règle.
Ayant retrouvé la verticale de mon axe, nous nous dirigeâmes vers le "Tekké" des derviches hurleurs. Imaginez un théâtre de foire rectangulaire dont l'intérieur est garni de balustrades en bois, sorte de loges où se placent les spectateurs. Aux murs, sont suspendues des pancartes couvertes d'inscriptions sacrées. Au fond, une tenture verte est orientée vers La Mecque: c'est le "Mirahb" derrière lequel on conserve un exemplaire du Coran. Des tapis et des armes sont accrochés sur les côtés de la salle.
En attendant le commencement de la cérémonie, un jeune Turc offre aux spectateurs des cornets de bonbons. On cause, on rit, on ne se croirait jamais dans un sanctuaire. Soudain une musique monotone domine les conversations. Les acteurs entrent en scène. Des Imans accroupis au milieu de la salle sur un tapis chantent en s'accompagnant au tambourin, et en dandinant leur corps d'avant en arrière, comme des automates. Devant le Mirahb, le grand prêtre ou Cheick se tient immobile majestueusement drapé dans un burnous de laine sombre. 


Les hurleurs commencent par jeter quelques cris gutturaux isolés, puis ils forment une chaîne en se tenant par les épaules et s'agitent diaboliquement. D'un même élan, ils se précipitent en avant, têtes baissées, comme pour briser leurs crânes les uns contre les autres, puis se rejettent en arrière, la tête renversée, en poussant des rugissements dont le ton s'élève à mesure que le rythme de leur ronde, excité par la voix et le geste des musiciens, s'anime davantage, et en même temps ils râlent de furieux La-illah-il-Allah-Mohammed-rassoul-Allah, dont les sons inarticulés n'ont de comparable que les aboiements des chiens défunts de Constantinople. Au paroxysme de la scène, on se croirait dans le voisinages d'une tanière de lions ou de hyènes, tant ce vacarme est peu humain. Les derviches exténués, ruisselants sont enveloppés dans de larges burnous blancs: on dirait des baigneurs qui viennent d'accomplir quelque remarquable performance de natation. Pour finir la scène, le Cheick soutenu par deux Imans piétine le dos de marmots couchés face contre terre, ce qui est assez impressionnant, car le Cheick est gros et lourd, et les enfants sont si frêles que l'on craint d'entendre craquer leurs os; mais il paraît qu'au contraire, dans la croyance musulmane, cet exercice a pour effet de les protéger contre les pires maux, et c'est avec une joie reconnaissante que les parents relèvent leurs bambins qu'ils croient désormais immunisés contre les maladies dangereuse.
Ce spectacle des derviches hurleurs est l'un des plus curieux que l'on peut voir en Turquie; il est plus frappant et plus sauvage que celui des derviches tourneurs qui pirouettent silencieusement jusqu'à ce que le vertige les abatte au sol. Les costumes des deux sectes sont les mêmes; jupe blanche plissée tombant jusqu'aux chevilles, veste de soie brodée et long bonnet de feutre gris. 
Mais beaucoup plus étrange encore est le départ des pèlerins pour La Mecque, sortant du palais du Sultan auquel ils viennent de faire leurs adieux. Le long de la rue étroite se déroule un cortège fantastique d'hommes jeunes ou vieux, vêtus de pittoresques costumes de laine ou de soie, les uns à pied, d'autres à cheval ou hissés sur des chameaux bizarrement ornés. Des cavaliers lancent en l'air leurs poignards et les reçoivent entre les dents; certains se tailladent les mains et le visage à coups de sabre et sont couverts de sang; d'autres semblent plongés dans un rêve extatique. C'est une vraie cavalcade. On se croirait au mardi gras. Et pourtant ces hommes se préparent à remplir un sacerdoce. A travers les plaines brûlantes et sablonneuses de l'Arabie, dans le morne désert, ils vont marcher des jours, pour atteindre la cité de Mahomet. Beaucoup n'y arrivent pas et ne reviennent pas à Constantinople: ils meurent en route, dominés par la fatigue et les privations.
Telle était naguère la moderne Byzance, mais elle s'est déjà transformée en ces dernières années, et les événements qui viennent de se dérouler en Orient laissent prévoir une métamorphose plus complète.

                                                                                          Gabriel Renaudot.

Le Journal de la Jeunesse, premier semestre 1913.                      

mardi 29 octobre 2013

Les chiens de trait.


Les chiens de trait.

(Suite à la chronique du lundi 28 octobre 2013, quelques témoignages)


1- Il n'y a pas qu'en Belgique et dans le nord de la France qu'on attelle les chiens à des petites voitures. J'en ai vu en Poitou et en Gâtine, où je vais depuis cinq ans, des chiens tirant des petites voiturettes de lait, de fromages, et même de ces sortes de petits bazars ambulants qui vont à travers les campagnes. La dernière rencontre de ce genre, je l'ai faite en juin dernier, près de Parthenay.

                                                                                                               Mac'Ramey.


2- Je me rappelle avoir vu à Châtellerault, en 1889 et 1890, un assez grand nombre de ces étranges attelages, remorquant comme en Belgique et dans le nord de la France, les laitières et leurs marchandises; d'autres même amenant à la manufacture d'armes des ouvriers demeurant aux environs de la ville.
Ce mode de traction pourrait avoir été apporté dans la région par des habitants du Nord qui, à cette époque, étaient assez nombreux à la manufacture d'armes.
Il n'y a du reste qu'aux environs de cette ville qu'il m'a été donné de voir des chiens de trait, ne les ayant rencontrés ni en Touraine, ni en Poitou.

                                                                                                                  de Moira.


3- On voyait, en effet, il y a 50 ans, dans la plupart des villes de province, de gros chiens attelés à de petites voiture de bouchers, pour aider les apprentis rapportant des viandes des abattoirs. Mais, vers cette époque, la société protectrice des animaux intervint, et je me souviens d'avoir vu placardé sur les murs de la ville que j'habitais, en Seine-et-Marne, un arrêté du préfet interdisant l'attelage des chiens. La coutume fut abandonnée, du moins dans cette contrée.

                                                                                                                      X.


L'Intermédiaire des Chercheurs et des Curieux, 10 août 1903.

lundi 28 octobre 2013

Les chiens de trait.

Les chiens de traits.


Autrefois, on en voyait beaucoup plus qu'aujourd'hui; on pourrait même dire qu'on en voyait partout. Pour notre part, nous en avons vu jusqu'à Paris, un mendiant faisait traîner son orgue de barbarie, dans une petite voiturette à quatre roues, par sa femme et son chien, tirant lamentablement, à qui mieux mieux, le collier de misère, avec une persévérance digne d'un meilleur sort. Le chien surtout jouait son rôle dans la perfection, en tirant de toutes ses forces.
Quelle différence avec la noble contenance des chiens de traîneaux en Laponie, en Sibérie et dans l'Alaska, l'ancienne Amérique russe, aux nouvelles mines d'or qu'on y a découvertes depuis quelques années! Là, les chiens sont propres et fringants comme nos plus beaux chevaux d'attelage. Ils partent en jappant joyeusement, et ne perdent pas un instant pour se reposer au moindre arrêt, en soufflant paisiblement, pour repartir avec un nouvel entrain.
Autrefois, on voyait des laitières apporter leur lait, sur des petites voitures traînées par des chiens, dans les pays voisins de la Belgique, sur notre frontière des Ardennes, dans le Luxembourg, dans la Prusse Rhénane, etc. Mais ce sont là de ces usages qui se modifient progressivement, devant les automobiles perfectionnées de notre époque. Les chiens paraissent fort heureux d'aider leurs maîtres, en tirant de toutes leurs forces. Ils étaient tout honteux, me disait mon père qui était de Charleville-Mézière, quand on ne les attelait pas et qu'on en attelait d'autres à leur place. Ah! les bons chiens!

                                                                                                                  D. Bougon.

L' intermédiaire des Curieux et des Chercheurs, 20 juillet 1903.