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lundi 14 septembre 2026

Le bât.






Tableau de Nicolas Vleughels datant de 1724-25, intitulé "Le Bât".

Ce tableau était destiné à illustrer un conte de La Fontaine intitulé "Le Bât" faisant partie des "Contes et Nouvelles en vers" de La Fontaine. Les Contes et Nouvelles en vers publiés entre 1665 et 1671 sont un recueil de pièces libertines qui eut un immense succès à l'époque. De nos jours, ces textes sont moins connus que ses Fables, mais mérite attention. Elles connurent les foudres de la censure religieuse et politique.

"Le Bât" est une sorte de farce grivoise entre un homme, sa femme et son amant. Un peintre, terriblement jaloux, doit s'absenter. Pour dissuader d'éventuels prétendants, il décide de peindre un petit âne sur le bas-ventre de sa femme, servant en quelque de cachet comme ceux apposés à l'époque sur les lettres.
Dès le départ du mari, un confrère peintre et amant de la dame lui rend visite. L'ardeur de leur étreinte est telle que l'âne est effacé. L'amant décide aussitôt de repeindre un âne au même endroit en faisant confiance à sa mémoire. Hélas! celle-ci le trahit car il ajoute un bât, c'est à dire une selle, au baudet !!

Voici ce conte:

Un peintre était, qui, jaloux de sa femme,
Allant aux champs, lui peignit un baudet
Sur le nombril, en guise de cachet.
Un sien confrère, amoureux de la Dame,
La va trouver, et l'âne s'efface net,
Dieu sait comment; puis un autre en remet
Au même endroit, ainsi que l'on peut croire.
A celui-ci, par faute de mémoire,
Il mit un bât; l'autre n'en avait point.
L'époux revient, veut s'éclaircir du point:

"Voyez, mon fils, dit la bonne commère,
L'âne est témoin de ma fidélité.

Diantre soit fait, dit l'époux en colère,
et du témoin, et de qui l'a bâté!

On pourrait croire que Nicolas Vleughels était un peintre lui-même libertin, spécialisé dans les œuvres polissonnes. Il n'en est rien. En 1724, il est nommé Directeur de l'Académie de France à Rome et ce tableau fut réalisé dès son arrivée, en profitant de son éloignement des contraintes académiques. De plus, sous la Régence et au début du règne de Louis XV, l'aristocratie raffolait des œuvres galantes et libertines.
En 1745, Jean de Jullienne, grand amateur d'art et collectionneur, le repère et en fait don à l'Académie royale de Peinture et de Sculpture de Paris. Lorsque la Révolution éclate, la toile est saisie comme bien national. Elle est transférée, en avril 1795, vers les galeries du Museum central des arts, l'ancêtre du Louvre.
Au XIXe siècle, la censure se durcit sous l'influence de la bourgeoisie: une œuvre montrant les fesses d'une femme et un peintre dessinant sous son nombril est jugée trop subversive pour être montrée au public. En 1881, le tableau est discrètement envoyé dans les réserves du Musée national du château de Versailles.
Enfin, en 1887, sa valeur historique et artistique est réappréciée et il retourne définitivement au Louvre, non pas dans les réserves secrètes  (appelées "Purgatoire" pour la peinture par analogie avec "l'Enfer" pour les livres) mais pour y être parfaitement exposé.
En effet, la toile est petite, environ 30 cm. Elle est présentée à la manière dont on présentait ce genre d'œuvre dans les Cabinets de Curiosités privés, à hauteur d'yeux, parmi d'autres petits formats libertins où elle trouve enfin sa place. (Salles rouges de l'Aile Sully)

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