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mercredi 2 septembre 2026

Un aperçu du Paradis. 








Caricature de Thomas Rowlandson du 26 février 1809, intitulée "The Bishop and His Clarke" ou "A Peep into Paradise".

La scène représente un couple se tenant dans un lit, scène banale s'il en est, sauf que...
L'homme dans le lit est le prince Frederick, duc de York et d'Albany, commandant en chef de l'armée britannique. Il possédait en plus le titre ecclésiastique séculier de prince-évêque d'Osnabrück, ce qui explique la présence de la mitre et de la crosse d'évêque.
Le duc partage la couche avec sa maîtresse, Mary Anne Clarke. Ce qui explique le titre. Il s'agit d'un jeu de mot qui porte sur la confusion entre "Clarke", le nom de sa maîtresse et "clerk" qui signifie "secrétaire" dans le milieu ecclésiastique. La traduction littérale du titre est donc "L'Evêque et sa maîtresse Clarke" mais pour les anglophones il s'entend comme "L'Evêque et son clerc".

Or, il s'avère que Marie Anne Clarke avait mis au point tout un système de trafic d'influence grâce à sa relation avec le duc. Elle vendait des nominations, des promotions militaires et des faveurs ecclésiastiques. Ce commerce apparaît clairement dans leur dialogue: 

Le duc d'York: 

"Ask anything in reason and you shall have it my dearest dearest dearest love."

"Demande-moi n'importe quoi de raisonnable et tu l'auras, mon amour le plus cher."

Mart Anne Clarke:

"Only remember the promotions I mentioned. I have pinned up the list at the head of the bed."

"Souviens-toi seulement des promotions que j'ai mentionnées. J'ai épinglé la liste en tête de lit."

Cette liste est intitulée "List for Promotion". Elle contient en effet une liste de demandes toutes plus étonnantes que les autres. D'abord, "a Bishoprick for Dr O'Leary", un évêché pour un certain Docteur O'Leary, puis un poste de commissaire militaire pour un personnage fictif populaire dans le milieu théâtral, "a Commisariat for Dicky Dowlas". Plus bas, elle demande que son propre domestique soit nommé au grade de sous-lieutenant "2d Lieutenant for my Foot Boy".

La mitre et la crosse sont placées sur une chaise qui se révèle être une chaise percée, donc directement au-dessus du pot de chambre. Cette promiscuité est destinée à montrer que le duc n'a aucun respect pour sa fonction ecclésiastique. De même, on aperçoit sur la chaise située à droite des vêtements jaunes en tapon. Il s'agit de l'uniforme du duc et le manque de soin apporté à sa tenue suggère que le duc a totalement abandonné ses responsabilités de chef des armées. Pour compléter la scène, les rideaux du lit sont agencés façon théâtre pour bien montrer que les deux amants se donnent en spectacle.

A la suite de cette révélation et des enquêtes menées par la chambre des communes, le duc d'York a été contraint de démissionner.

Il nous faut dire un mot de Mary Anne Clarke. Elle est née en 1776 dans la pauvreté, mais son sens des affaires, son intelligence, lui ont permis de se hisser au sommet de la société géorgienne. Elle est devenue la maîtresse du duc d'York en 1803. A partir de là, elle a mené une vie somptueuse .




Mary Anne Clarke née Thompson.


Le duc lui avait promis une pension qu'elle n'a jamais touchée. Pour combler ses dettes, elle met en place un juteux commerce de trafic d'influence qui dura jusqu'en 1805, année où le duc la quitta. Seulement malgré les efforts du gouvernement pour étouffer l'affaire, en 1809, le député radical Gwyllym Lloyd Wardle lance une enquête officielle contre le duc d'York. Mary Anne Clarke décida de se venger du duc et devint témoin clé au procès.
Elle transforme le parlement en scène de théâtre où elle est la principale actrice arborant un luxe ostentatoire qui fascine le public. Les ministres et les avocats de la couronne ne l'impressionnent guère. Elle admet avoir reçu des pots de vin et transmet aux députés ses lettres d'amours compromettantes. Ses révélations montrent que le duc d'York était parfaitement au courant de ses agissements. Cependant le duc est blanchi de l'accusation de corruption directe, mais l'Angleterre  est en pleine guerre contre Napoléon 1er et le scandale est tel que le duc est contraint à la démission.
Mary Anne Clarke comprend vite la situation et elle rédige ses mémoires contenant des révélations explosives. Le gouvernement britannique, à l'idée que de nouveaux secrets puissent éclabousser la famille royale, négocie avec elle. Elle obtient le paiement de toutes ses dettes et une forte pension à vie contre la destruction de son manuscrit.
Cette femme, hors du commun, a inspiré Daphné du Maurier, d'autant plus qu'elle était l'arrière-arrière petite fille de Mary Anne Clarke, dans son livre "Mary Anne" parut en 1954 où elle retrace sa vie.
Cette affaire a inspiré de nombreux caricaturistes. Le British Museum a recensé 121 caricatures relatives à cette affaire. Thomas Rowlandson en a conçu 56 à lui tout seul! "The Bischop and His Clarke", est la plus célèbre. Elle a été imprimée à la chaîne pour faire face à la demande, les londoniens se bousculant pour l'acheter. 



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