Le sérail.
Caricature française, auteur anonyme vers 1800-1810 intitulée "Suite Effrayante des Fréquentations du Sérail". A Paris, chez Martinet, Librairie, rue du Coq Honoré.
Le "Sérail" désignait les maisons closes et autres lupanars. Un homme, au visage émacié, le corps décharné, repousse avec un geste de rejet deux courtisanes accompagnées d'un homme. L'homme alité est atteint, à un stade avancé, de la syphilis. Cette estampe était destinée à prévenir contre les dangers de la débauche et des relations sexuelles tarifées.
Au XIXe siècle, les maladies vénériennes étaient la preuve matérielle du péché. La souffrance physique était associée à la déchéance morale. La femme était considérée comme la principale coupable. Le vecteur principal du mal, c'était la "femme-poison". L'Etat exigeait des examens médicaux rapprochés pour toutes les prostituées et les incarcérait en cas d'infection. A l'inverse, l'homme bourgeois était vu comme la victime de ses pulsions incontrôlables. Mais la société réagissait bien au delà de la maladie. La seconde moitié du XIXe siècle a vu une baisse significative de la natalité par rapport à l'Allemagne, dont le coupable fut rapidement identifié à la syphilis, alors qu'elle sévissait aussi en Allemagne. Elle était le symbole de la dégénérescence de la race. Elle menaçait l'équilibre de la famille du fait de sa transmission héréditaire. De fortes campagnes furent entreprises pour prôner la fidélité et l'interdiction des rapports sexuels hors mariage. En effet, la syphilis frappait toutes les couches de la société et des figures célèbres furent atteintes comme Guy de Maupassant, Charles Baudelaire, Jules de Goncourt ou Gustave Flaubert entre autres.
Les traitements médicaux étaient non seulement inefficaces mais souvent plus mortels que la maladie elle-même. La médecine officielle s'inspirait encore de la théorie des humeurs d'Hippocrate, les virus et les bactéries étaient inconnus. Trois principaux traitements étaient administrés:
- Le traitement au mercure. Ce traitement était pratiqué depuis de XVIe siècle. Il l'était encore au XIXe siècle et a donné naissance à un dicton populaire de l'époque, aujourd'hui disparu: "Une nuit avec Vénus, toute une vie avec Mercure". On l'appliquait en frictions sous forme de pommade, ou sous forme de pilules ou encore en inhalations dans des bains. Le médecin considérait que le traitement portait ses fruits lorsque le patient salivait abondamment (jusqu'à plusieurs litres de salive par jour) pensant que le "poison syphilitique" était ainsi évacué. Evidemment, ce remède provoquait de graves intoxications entraînant la perte de toutes les dents suite à l'ulcération des gencives, des tremblements, des nécroses osseuses et de nombreux morts par empoisonnement.
- Le iodure de potassium. Apparu dans les années 1830, il n'était pratiqué que dans la phase ultime de la maladie. Il ne guérissait pas de l'infection mais il réduisait les tumeurs cutanées et soulageait les douleurs des lésions.
- Les purges, les sudations, les saignées. Le but était de purifier le sang. Les patients passaient des heures dans des étuves pour transpirer abondamment. On utilisait aussi des décoctions diverses, comme celle à base de bois de gaïac, le bois-saint, originaire des Antilles pour provoquer des vomissements et des diarrhées. Enfin, la saignée restait une pratique courante au début du XIXe siècle pour réduire l'inflammation du patient.
Ce n'est qu'en 1909 avec la découverte par Paul Ehrlich du Salvarsan, un composé à base d'arsenic et surtout par l'usage de la pénicilline en 1943 que la syphilis fut vaincue rapidement et définitivement.

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