La Puce.
En parcourant "Le Bestiaire ou Cortège d'Orphée" de Guillaume Apollinaire, publié en 1911, on trouve ce petit quatrain rédigé en octosyllabes:
Puces, amis, amantes même,
Qu'ils sont cruels ceux qui nous aiment!
Tout notre sang coule pour eux.
Les bien-aimés sont malheureux.
Ce poème présente l'avantage d'être court. Bien avant, en 1583, un autre ouvrage, collectif cette fois, traitait longuement, de l'audace d'une puce qui osa piquer le sein de Mme Catherine Desroches. L'attentat commis par l'animal sur le sein de Catherine inspira des poètes et des magistrats qui firent un concours de rimes pour célébrer l'événement réunies dans "La Puce de Catherine des Roches" dont voici un extrait pour se mettre en appétit.
Petite Puce fretillarde,
Qui d'une bouchette mignarde
Sucçotes le sang incarnat
Qui colore un sein délicat,
Vous pourroit-on dire friande
Pour desirer telle viande ?
Vrayment nenni, car ce n’est poinct
La friandise qui vous poingt,
Et si n’allez à l’adventure
Pour chercher vostre nourriture,
Mais, pleine de discretion,
D’une plus sage affection,
Vous choisissez place honorable
Pour prendre un repas agreable...
Pour desirer telle viande ?
Vrayment nenni, car ce n’est poinct
La friandise qui vous poingt,
Et si n’allez à l’adventure
Pour chercher vostre nourriture,
Mais, pleine de discretion,
D’une plus sage affection,
Vous choisissez place honorable
Pour prendre un repas agreable...
Insecte, d'autant plus insaisissable, qu'il quitta, au début du XIXe siècle, la famille des aphaniptères pour rejoindre insidieusement celle des siphonaptères. Hélas!, ce changement d'identité ne changea pas son comportement, et un peintre en particulier observa les conséquences fâcheuses de son acharnement.
L'italien Giuseppe Maria Crespi en peignant "La Chercheuse de Puce, (ou la Puce)" entre 1710 et 1730, fut témoin d'une de ses attaques sournoises.
On y voit une jeune femme en train de chercher une puce dans sa chemise de nuit. La chambre est modeste et en désordre comme en témoigne une cuvette blanche en céramique destinée à la toilette intime simplement posée sur une chaise. Mais ne nous y trompons pas. La traque de la puce n'est qu'un prétexte pour dévoiler la nudité, toute relative, d'une femme à une époque où la censure était intraitable. La puce était un objet érotique codé, de par sa liberté de parcourir à sa guise le corps féminin et d'y trouver refuge dans les endroits les plus intimes.
Vers 1715, Crespi récidive en réalisant "La Femme à la Puce".
On y voit une servante en pleine chasse. Le pot d'eau placé sur le tabouret est destiné à noyer les insectes. Par la petite fenêtre située en haut deux enfants observent la scène.
Ce tableau est conservé au Louvre. L'examen radiographique de cette toile a révélé que le peintre a réalisé de nombreux pentimenti (repentirs) et modifications sous les couches de peintures. La preuve que la puce ne se laisse pas facilement capturer.
Et, toujours à la même époque, il nous remet ça. Et pourtant, cette fois-ci, la jeune femme avait pris des précautions en suspendant une tresse d'ail au mur censé chasser les insectes.
La raison est plus prosaïque. Crespi remporta un immense succès avec ce thème et pour satisfaire la demande il réalisa au moins 7 versions différentes qui sont aujourd'hui réparties dans différents musées.
Outre le sous-entendu érotique de la puce, elle symbolise aussi, chez Crespi, la condition humaine. La puce ne fait pas de distinction sociale: paysanne, servante ou courtisane, tout le monde est piqué de la même manière.



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