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samedi 26 septembre 2026

Judith.








 
Huile sur toile du peintre baroque hollandais Jan de Bray en 1659 intitulée "Judith et Holopherne".

La veuve juive Judith s'apprête à décapiter le général assyrien Holopherne avec sa propre épée tandis qu'un servante assiste à la scène.

Cette scène est tirée du "Livre de Judith". On estime qu'il a été écrit au IIe siècle avant J.-C. pendant la révolte des Maccabées. Envoyé par Nabuchodonosor, le général Holopherne assiège la ville juive de Béthulie. Judith, jeune veuve d'une grande beauté fait semblant de se rallier à lui. Une fois dans la camp militaire, elle s'infiltre dans la tente d'Holopherne, le séduit, le force à boire et profite de son ivresse pour le décapiter. Elle revient ensuite dans la ville de Béthulie et harangue son peuple qui, à la nouvelle de la mort d'Holopherne, met son armée en déroute et sauve la ville.
Ce texte est très controversé car il est truffé d'erreurs. Par exemple,  Nabuchodonosor est considéré comme le roi des Assyriens de Ninive alors qu'il était roi des Babyloniens à Babylone. Béthulie, la ville de Judith est présentée comme une ville stratégique qui bloque l'accès à Jérusalem. Or malgré des siècles de recherches archéologiques en Palestine, il semble que cette ville n'a jamais existé. Ninive a été complétement rasée en 612 avant J.-C. et le règne de Nabuchodonosor a commencé en 605 après J.-C. soit plusieurs années plus tard. Il est précisé dans le livre que le peuple juif vient tout juste de revenir de son exil à Babylone et qu'il a reconstruit le Temple de Jérusalem or c'est Nabuchodonosor qui a détruit le temple et déporté les Juifs à Babylone, etc.
Plutôt qu'une chronique historique, les historiens optent pour un texte religieux mettant en valeur la résistance face à un oppresseur. Ce texte est néanmoins inclus dans les bibles catholique et orthodoxe mais pas dans le canon hébraïque. De plus, il fut rejeté par les Protestants comme récit apocryphe.
En 1659, l'année où Jean de Bray peint ce tableau les catholiques utilisent Judith pour symboliser la victoire contre l'hérésie c'est à dire les protestants. Les protestants, bien qu'ayant banni ce texte, continuent d'admirer Judith qui incarne la résistance des Pays-Bas protestants contre l'Espagne catholique qui les occupe.

Jan de Bray, pour personnaliser Judith, a pris une de ses sœurs comme modèle et on pense qu'il s'est peint lui-même pour représenter Holopherne. 
Mais l'intérêt de ce tableau est autre. D'autres peintres avant lui comme Le Caravage, ont été inspiré par Judith et Holopherne. Mais en général le résultat était sanglant, la tête était exhibée. Là, Jean de Bray a figé le temps, juste avant que le sabre ne frappe. On ne peut s'empêcher de se sentir mal à l'aise quand on regarde la scène, on redoute la suite, l'atmosphère devient poisseuse, glauque. On s'attend à voir le sang gicler sur les draps blancs immaculés et on est satisfait de ne pas voir la suite, l'imagination nous suffit.

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