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mercredi 30 septembre 2026

Les fruits de la philosophie.









Caricature réalisée sous le pseudonyme "Drat" intitulée "When Bradlaugh Triomphs" de 1877.

Cette illustration fait suite au procès intenté à Annie Besant et Charles Bradlaugh qui avaient publié The fruits of Philosophy (Les fruits de la philosophie) écrit par le médecin américain Charles Knowlton qui décrivait différentes méthodes de contraception.
Au centre, Annie Besant et Charles Bradlaugh dansent en pleine rue, célébrant le verdict du procès. A droite, on voit un cabinet fermé du médecin local surmonté d'un panneau "A Sawbones Surgeon and Accoucheur" et une pancarte "This Shop To Let" (Boutique à Louer).  Sawbones est un terme argotique signifiant "scieur d'os" assimilant le médecin au boucher. A gauche, deux femmes portant des pancartes, l'une "Wet Nurse" (nourrice allaitante) et l'autre "Monthly Nurse" (garde-malade) qui semblent désœuvrées. Devant la porte de l'église, un panneau informe que la "révérente" Annie Besant fera un sermon le dimanche, se moquant ainsi du statut de libre penseuse athée et de militante féministe de celle-ci.

Resituons le contexte de l'affaire.
En 1876, un libraire de Bristol est arrêté pour avoir vendu The fruits of Philosophy, un livre américain vieux de quarante ans. Pour stopper les poursuites, le libraire plaide coupable et s'engage à détruire tous ses stocks.
Charles Bradlaugh et Annie Besant s'insurgent contre cette censure et décident de créer leur propre maison d'édition (Freethought Publishing Company). Ils réimpriment le livre et informent la police de la date de sa mise en vente pour se faire arrêter. Ce qui ne manque pas. Ils sont arrêtés en avril 1877 et tombent sous le coup de l'Obscene Publications Act de 1857 (Loi sur les publications obscènes).
Le procès débute en juin 1877 devant la haute cour du Queen's Bench en suscitant un grand intérêt parmi le public. Ils assument eux-mêmes leur propre défense. Le jury, entièrement masculin, est fasciné par les talents oratoires d'Annie Besant. Elle défend avec vigueur, pendant plusieurs jours, l'intérêt d'un contrôle des naissances pour sortir les femmes de la classe ouvrière de la pauvreté.
Le procureur, quant à lui, affirme que le livre est "sale et immonde" et susceptible de "dépraver les mœurs publiques".
Le jury conclut les débats en déclarant qu'effectivement le livre est de nature à corrompre les mœurs mais que ce n'était pas l'intention des deux accusés. La sentence tombe: Six mois d'emprisonnement pour les deux, amende de 200 livres et interdiction de continuer à diffuser le livre.
Appel est interjeté et en février 1878, devant la cour d'appel Charles Bradlaugh parvient à faire casser le jugement de première instance pour un vice de procédure: l'accusation n'avait pas indiqué les passages du livre considérés comme obscènes. Les condamnations sont annulées.
Pendant ce temps, profitant de la publicité fournie par le procès, le livre s'est vendu à plus de 125 000 exemplaires.

Le livre en question, "The Fruits of philosophie" est considéré comme le premier livre traitant de la contraception en Angleterre. Il préconisait trois méthodes:
- la douche vaginale: Knowlton proposait d'utiliser l'eau froide mélangée à des solutions d'alun, de vinaigre, de sulfate de zinc ou de bicarbonate de soude. L'auteur insistait sur le fait que cette méthode était "sûre, bon marché, pratique et inoffensive".
- la barrière mécanique: elle était assurée par une petite éponge naturelle, humidifiée par du vinaigre qui bloquait l'accès à l'utérus.
- Les méthodes comportementales: le coitus interruptus, mais il n'était pas fiable et surtout dépendait du partenaire et la continence périodique en identifiant les périodes fertiles, même si les connaissances scientifiques étaient, dans ce domaine, rudimentaires.

Il fallut attendre les premiers préservatifs en caoutchouc pour une protection efficace. Avant l'arrivée du caoutchouc, les préservatifs existaient déjà, mais ils étaient réalisés à partir d'intestin de mouton ou de vessie de porc. Ces préservatifs étaient cousus à la main et les coutures étaient épaisses. Ils coûtaient très chers mais ils étaient réutilisables. Il fallait les laver, les faire sécher et les huiler avant tout nouvel usage. Mais surtout, ils n'étaient pas extensibles, ce qui posait certains problèmes notamment aux coutures.
En 1839, l'américain Charles Goodyear met au point la vulcanisation consistant à faire chauffer le caoutchouc avec du souffre. Le matériau obtenu était élastique, imperméable et résistant aux déchirures. Dès 1855, les premiers préservatifs apparurent, mais ils étaient confectionné à partir de bande de caoutchouc vulcanisé que l'on enroulait sur des moules en forme de pénis. Les bords étaient ensuite soudés à chaud pour former une couture. Cette couture était rigide, épaisse et fragile et nuisait aux sensations. A la fin du XIXe siècle, on pensa à l'immersion du moule en verre ou en porcelaine dans une solution de caoutchouc liquide mélangé à du benzène; en séchant une fine pellicule entourait le moule supprimant la couture.

Au moment où Anne Besant et Charles Bradlaugh gagnaient leur procès, les préservatifs étaient produits industriellement en Angleterre mais ils étaient vendus de façon confidentielle, sous le manteau, par des pharmaciens ou des herboristes comme article d'hygiène afin de lutter contre la syphilis, la loi interdisant la promotion des contraceptifs.

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