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lundi 3 juin 2019

Les machines qui marchent, qui parlent et... qui font dormir.

Les machines qui marchent, qui parlent et... qui font dormir.



On considère généralement que le phonographe d'Edison nous donne l'imitation la plus claire et la plus distincte de la voix humaine qu'il soit possible d'obtenir à l'aide d'une mécanique. On a fait cependant connaître au public une merveilleuse invention qui réalise un progrès réel sur le phonographe ordinaire, en ce que, tandis que celui-ci se borne à répéter les paroles qui ont été enregistrées par le cylindre, l'autre parle de lui même, sans intervention préalable de la parole humaine.

Plus de sirènes à vapeur.

Cette machine parlante est de l'invention du docteur Marage, qui actuellement encore s'occupe activement de porter sa mécanique au plus haut degré de perfection. Il est arrivé aujourd'hui à construire un appareil qui prononce les cinq voyelles A E I O U aussi clairement et aussi distinctement que la voix humaine. Même au point où elle en est, la machine parlante trouve déjà ses applications, car le Dr Marage se propose de modifier les sirènes à vapeur employées à bord des bateaux, de telle sorte qu'elles imiteront le son des voyelles. On pourra ainsi obtenir différentes syllabes phonétiques qui serviront à constituer un alphabet international.




La machine est d'une conception très spéciale, possédant cinq têtes de mannequin fixées après elle, dans chacune desquelles est un modèle parfait d'une bouche humaine. Ces bouches artificielles ont des lèvres mobiles, des dents parfaites, et, en fait, constituent d'exactes reproductions mécaniques de la bouche de l'homme. Les sons sont produits par le passage de certains courants d'air à travers ces bouches, qui sont terminées par des sirènes dont l'ensemble fournit les diverses combinaisons de sons.

Pour endormir sans drogues.

Plusieurs inventeurs ont essayé de construire une machine à endormir, avec plus ou moins de succès. La plus récente invention de cette nature est celle du Dr Gaiffe, de Paris, dont la machine à endormir est connue sous le nom de "couronne vibrante".
Elle consiste en trois bandes de métal qui entourent la tête. Une autre branche de ruban métallique vient s'appliquer sur l'une des paupières à l'aide d'un ressort, vibre tout doucement contre elle. Le Dr Berillon, bien connu,  emploie cet instrument pour ceux de ses malades qui ne peuvent dormir et auxquels il est préférable de ne point ordonner de drogues.
Il existe aussi sur le marché plusieurs autres appareils plus ou moins compliqués pour produire le sommeil. L'un d'eux, construit par Mathieu, de Paris, consiste en une boîte d'acajou plein, de cinq pouces de haut sur quatre de large et trois de profondeur, au sommet de laquelle se trouve un pivot de nickel, pénétrant au centre de deux petites plaques d'ébène. Sur chacune est fixée, de chaque côté, une rangée de miroirs circulaires de la dimension d'une pièce de vingt sous, elles observent une vitesse d'un tour par seconde.
Pour produire le sommeil au moyen de cette mécanique, la pièce est plongée dans l'obscurité et les brillants rayons de la lumière d'une lampe ou d'un bec de gaz sont réfléchis par les miroirs. Le patient, en concentrant ses regards sur les plaques qui tournent est fasciné par leur vibration dont la monotonie fatigue bientôt les yeux, et il s'endort presque sans en avoir conscience.

Le sommeil par la plaque d'argent.

Une autre machine à endormir, très pratique, a été inventée par M. Verdin, un fabricant d'instruments de Paris. Elle ressemble un peu à la couronne vibrante du Dr Gaiffe.
Un plateau d'acier, de quatre pouces de large sur un pouce d'épaisseur, est fixé au front au moyen de deux courroies. Au centre de cette courroie métallique s'élève un petit tube d'acier à l'extrémité duquel est inséré un fil de fer très flexible terminé par une petite balle d'argent de la dimension d'un gros pois. 



En courbant convenablement le fil d'acier, la balle peut être fixée sous quelque angle qu'on désire au-dessus et très près des yeux, et l'effet est le même que celui des miroirs scintillants de l'appareil à endormir de Mathieu.

Un géant d'acier.

Il y a environ quinze mois, le capitaine Lewis Perez montra, à New-York, un automate, dont il était l'inventeur et qu'il affirmait pouvoir marcher à une vitesse de vingt kilomètres à l'heure. Cette étonnante mécanique, construite presque entièrement en aluminium, avait sept pieds cinq pouces de haut, portait des habits d'homme, parlait au moyen d'un phonographe placé dans l'estomac et remuait les yeux au moyen d'un mécanisme d'horlogerie caché dans la tête. Ce géant de fer était attaché à une automobile, qu'il semblait pousser, mais par laquelle il était en réalité mis en mouvement.





Quand l'appareil est mis en marche, le monstre lève son pied droit et le lance en avant, absolument comme ferait une véritable personne qui se met en mouvement; et cela, naturellement, est suivi d'un mouvement analogue du pied gauche.
Comment l'automate est-il conçu pour marcher, c'est là naturellement le secret de l'inventeur. Il est à présumer, toutefois, que l'automobile est un véhicule électrique, se mouvant de lui-même, mais qui, en même temps, transmet à l'automate la force nécessaire pour reproduire les mouvements de la marche.

La meute endiablée.

Toujours en Amérique, à Cincinnati, M. Conwdon, très riche propriétaire à l'esprit fort ingénieux, vient d'inventer, pour protéger ses biens contre les malfaiteurs, des chiens automates dont le rôle consiste à roder autour de sa demeure en poussant des aboiements féroces. Ils ne se bornent d'ailleurs pas à cela, ils se précipitent aussi sur tout ce qui se trouve à leur portée, et comme ils sont hérissés de crocs d'acier, ils font à ceux qu'ils rencontrent dans leur course les plus dangereuses blessures.
M. Conwdon est satisfait de sa meute: avant sa création, son parc était pillé chaque nuit par les voleurs et ses gardes n'arrivaient jamais à pincer les coupables.
Le jour, la nuit plutôt, où il lança à travers ses jardins ses animaux de fer, il y eut une surprise excessivement désagréable chez les nombreux individus qui venaient marauder les fruits et les légumes de l'Américain; l'un d'eux fut happé par deux automates et pressé contre un mur... il ne dut son salut qu'à une branche d'arbre qu'il put saisir et, faisant un rétablissement, il se mit hors d'atteinte des terribles chiens; au matin, on le trouva là n'osant bouger, les jambes percées de trous et en un piteux état... M. Conwdon ne voulut pas le faire arrêter par la police, le jugeant suffisamment puni; on l'amena à l'hôpital où il resta deux mois.
Méprisant cet avertissement, pourtant très significatif, un filou très connu à Cincinnati et dénommé Paker se vanta d'éviter les chiens du propriétaire et, qui plus est, de les démolir; aussi le lendemain soir, vers minuit, franchit-il le mur de briques qui séparait de la route le parc de M. Conwdon; il comptait probablement sur sa chance habituelle; il s'avançait parmi les allées désertes, prêtant attentivement l'oreille à tous les bruits afin d'éviter les monstres mécaniques...
Malheureusement pour lui, il ignorait que les automates peuvent être lâchés silencieusement et que leur aboiement est intermittent. Paker, soudain, fut saisi par derrière, projeté à terre: un chien venait de le rencontrer et le tenait accroché par une de ses redoutables pointes; l'homme essaya de se dégager: ce fut en vain, toute la nuit, l'animal d'acier le traîna après lui dans sa course fantastique à travers les champs... à l'aube, au moment où le ressort du mécanisme était tout à fait détendu et lorsque le chien s'arrêta, Paker n'était plus qu'un cadavre.
M. Conwdon fit photographier cette scène et l'on peut voir maintenant, tout autour de sa propriété des environs de Cincinnati, cette photographie tirée à un grand nombre d'exemplaires et placée dans un cadre au sommet d'un petit poteau de fonte, avec cette inscription:

N'entrez pas dans le champ

Vous auriez les plus grandes chances
de rejoindre dans l'éternité le bandit
dont vous voyez ci-dessous
la photographie ressemblante.


Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 4 juin 1905.

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