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mercredi 8 mai 2019

Les bêtes condamnées par les tribunaux.

Les bêtes condamnées par les tribunaux.



Les animaux qui causent la guerre civile.

Tous les ans, le nombre est plus grand des Parisiens qui s'en vont habiter la banlieue, dans l'un de ces coins délicieux de verdure, l'été, que l'on trouve encore, en cherchant un peu, dans les environs de la capitale.
Or, ceux-là seuls qui ont habité des sites de plaisances savent les rivalités, les querelles qu'engendrent les animaux qualifiés de domestiques.
Qui dira les dégâts causés par les chats, dans les plates bandes, par les chiens dans les pelouses, même par les tendres pigeons. Heureux encore lorsque les querelles ne se terminent pas par quelques invectives, car souvent il arrive qu'un grincheux assigne son voisin devant les tribunaux, le rendant responsable, au civil, des méfaits de sa bête.

L'accusé Cochon et le cambrioleur Chat.

Lointainement, au temps du moyen âge, l'on incriminait point les propriétaires, c'était directement que l'on assignait: reconnu coupable, la bête était condamnée, puis exécutée bel et bien. On a conservé de ces curieux procès des sentences nombreuses: M. Albert Denis, un avocat et un chercheur, en a dressé la nomenclature la plus intéressante.
Il convient d'établir, d'abord, deux catégories: les bêtes étaient traduites en justice pour méfaits isolés, et c'était alors de véritables procès criminels, jugés en général par des juges laïques; ou bien, on s'en prenait à une espèce entière, qui, en raison de sa façon de vivre, causait dommage aux populations; tels les rats, les hannetons, limaces, chenilles, sauterelles et autres insectes, s'attaquant aux vignes, parfois aussi les oiseaux, les poissons.
Les crimes les plus fréquents, de la première sorte, provenaient de blessures causées par un animal domestique, blessures ayant ou non occasionné la mort. Les criminels ordinaires étaient des bœufs ou des taureaux ayant fait de leurs cornes usage meurtrier, des chevaux ou mulets, ayant, d'une ruade, blessé ou tué, et surtout, les porcs convaincus d'avoir dévoré des enfants.
On reprochait également aux animaux d'avoir contrevenu aux lois de la nature. ils étaient alors considérés comme coupable de sorcellerie et subissaient la peine du feu. Ainsi une brebis, ayant, en 1490, à Pont-à-Mousson, eu un agnelet pourvu de cinq pattes, fut jugée, condamnée, brûlée vive, en bonne et due forme. Une autre affaire dite de sorcellerie se déroule à Metz. Là, dans une ruelle d'un très vilain quartier, habitait, avec son chat, une pauvre vieille aux allures étranges. Le chat, probablement mal nourri, avait pris la fâcheuse habitude de se procurer gratis des suppléments chez le boucher du coin. Un beau soir, ce dernier, se mit en embuscade, et, au moment où le matou allongeait sa griffe, il reçut sur la patte un coup de hache.




Le malheur voulut que la vieille, s'étant blessée, sortit le lendemain, le bras en écharpe. Il n'en fallut pas plus pour la faire accuser de sorcellerie: on prétendit qu'elle-même et le chat ne faisaient qu'un et que le soir, métamorphosée en bête de race féline, elle allait au marché, commodément, sans bourse déliée. Le chat fut pris, brûlé. Quant à la bonne femme, il est probable qu'elle trouva le quartier malsain pour elle et qu'elle déménagea en sourdine, laissant ses voisins convaincus qu'elle avait été brûlée sous la forme chat.

Œil pour œil, dent pour dent.

Mais, sauf dans ces procès de sorcellerie, de magie où le feu se trouvait le châtiment tout indiqué, les juges semblent avoir été inspirés par le souci de rendre à la bête le mal pour le mal et de lui appliquer, dans toute sa rigueur, la peine du talion. C'est comme cela qu'en 1386, une truie ayant déchiré le visage et les bras du fils d'un artisan de Falaise, fut condamnée à être mutilée de la même manière. Quand l'animal fut amené au lieu de supplice, il était accoutré d'une veste, d'un haut de chausse et de gants et, afin que l'illusion fut complète, il portait sur la tête un masque représentant une figure harmonieuse.




En 1389, les échevins de Dijon condamnèrent à mort un cheval pour avoir méchamment occis un homme. En 1527,  la même peine fut prononcée à Brionne contre un cheval rétif, coupable d'avoir cassé la jambe à un manant. Un taureau homicide fut pendu, en 1512, par l'exécuteur de Metz, sur le chemin de Sainte-Barbe, lieu de la perpétuation du crime.

Pour pendre une truie.

Après l'histoire des procès, celle de l'exécution telle qu'elle est établie par l'attestation que voici, du baille de Mantes, datée du 15 mars 1413, pour les frais de la pendaison d'une truie qui avait dévoré un enfant:

" A tous ceux qui ces lettres verront, Symon de Baudemont, lieutenant à Meullent, de noble homme Mons-Jehan, seigneur de Maintenon, chevalier chambellan du roy nostre sire, et son bailli de Mantes et dudit lieu de Meullent, salut.
Savoir fassions que pour faire et accomplir la justice d'une truye qui avait dévoré un petit enfant, a convenu faire nécessairement les frais, commissions et despens ci-après déclarés; c'est à savoir:
Pour dépense faite pour ladite truye dans la geôle: 6 sols parisis;
Item, au maître des hautes œuvres qui vient de Paris à Meullent faire ladicte exécution par le commandement et ordonnance de notre dit maistre le bailli et du procureur du roy: 54 sols parisis;
Item, pour la voiture qui mena ladicte truye à la justice: 9 sols parisis;
Item, pour cordes à la lier et haler: 2 sols, 8 deniers parisis;
Item pour gans: 2 deniers parisis.
Lesquelles parties font en somme toute: 69 sols et 8 deniers parisis; et tout ce que dessus est dict nous certifions estre vray par ces présentes, scellées de notre scel, et à greigneur confirmation et approbation de ce, y avons fait mettre le scel de la châtellente dudict lieu de Meullent, le quinzième jour de mars de l'an 1443.

                                                                                                                               Signé:
                                                                                                                      de Baudemont."

On le voit, des gants étaient fournis au bourreau pour lui éviter le contact avec l'animal. on respectait ainsi la dignité humaine.




Aujourd'hui, quand les animaux causent des dégâts, leurs maîtres ne font que s'injurier!


                                                                                                                       Edmond Le Roy.

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, dimanche 14 mai 1905.

jeudi 14 février 2019

Animaux de légende et Bêtes exemplaires.

Animaux de légende et Bêtes exemplaires.



Saint Cuthbert sauvé miraculeusement de la famine par un aigle,
d'après le tableau de L. Duez.

Les bêtes apparaissent, dans les légendes des Saints, douces, serviables, meilleures, souvent que les hommes auxquels leur bonté est donnée en exemple. Au VIIe siècle, saint Cuthbert, un évêque breton, s'étant égaré dans un pays désert, cherchait en vain de quoi manger, quand un aigle laissa tomber à ses pieds un gros poisson qui l'empêcha de mourir de faim.



Saint François d'Assise prêchant aux oiseaux en Italie,
d'après une fresque de Giotto, un des maîtres italiens du XIIIe siècle.
Saint François d'Assise, cheminant un jour en Ombrie, s'arrêta devant une troupe de petits oiseaux qui cherchaient leur pâture. Le Saint se mit à leur parler. Quand il eut fini, dit la légende, les oiseaux se dispersèrent dans toutes les directions et partirent chanter la gloire de Dieu.






Le miracle de la mule,
d'après le tableau de Dom. Campagnola (Ecole Italienne)

Un homme de Rimini avait déclarait qu'il ne se convertirait que quand il aurait vu sa mule d'agenouiller devant l'hostie. On amena la bête devant le Saint. En vain l'homme voulut-il la tenter en lui présentant un boisseau d'avoine: dès qu'elle fut devant saint Antoine, la mule, fit la génuflexion promise.






Saint Paul et saint Antoine nourris par un corbeau,
d'après le tableau de Velasquez, le grand maître espagnol du XVIe siècle.

Saint Paul, au fond de son désert d'Egypte, dépérissait faute de nourriture. Un corbeau lui apporta un jour la moitié d'un pain dans son bec. Depuis lors, il revint chaque matin, pendant soixante ans. Un jour même que saint Antoine était venu voir le solitaire d'Egypte, l'oiseau leur apporta une double ration de pain.






La conversion de saint Hubert,
d'après un tableau de Crayer d'Artois, peintre flamand du XVIe siècle.
(Musée de Bruxelles)

Dans certaines légendes, les bêtes servent à amener les hommes au repentir. Tel est le sens de cet épisode de la vie de saint Hubert. Un jour ce grand chasseur poursuivait dans une forêt un cerf qui lui échappait toujours. Soudain la bête s'arrête et Hubert aperçoit entre ses bois une croix lumineuse. Ébloui, il tombe à genoux. C'est ainsi que fut converti celui qui devait être plus tard le patron des chasseurs.






L'intimité entre les saints et les bêtes féroces.
L'ermite saint Jérôme et son lion,
d'après le tableau de Giovanni Bosso.

Un jour, sur les bords du Jourdain, saint Jérôme vit se traîner vers lui un lion blessé à la patte par une grosse épine. L'ermite soigna le lion et le guérit. L'animal reconnaissant ne voulu plus quitter son sauveur. Quand saint Jérôme envoyait paître son âne, c'est le lion qui faisait office de gardien. Et la bête sauvage aimait tellement l'ermite que, quand celui-ci mourut, elle se coucha sur sa tombe et se laissa périr d'inanition.






Le miracle du poisson,
d'après un tableau de Bonfigli.
(Ecole italienne, XVe siècle)

Des marchands de Marseille avaient au cours d'un naufrage, perdu en même temps que leur cargaison une partie de leur argent. La protection de saint Louis de Toulouse, auquel ils avaient fait un vœu durant le péril, leur fit miraculeusement retrouver la somme perdue dans le corps d'un gros poisson qu'ils venaient de pêcher.






Saint Antoine et son compagnon,
d'après un tableau de Pisanello. 

Saint Antoine, dit la légende, vit un jour un petit cochon aveugle qui semblait implorer sa pitié. Le saint guérit la pauvre bête, qui, depuis lors, ne voulut plus le quitter. Le peintre met en présence sur son tableau saint Antoine et saint George, bien qu'ils ne se soient jamais rencontrés dans la réalité.






Saint Roch et son chien,
d'après un tableau de Magni (XVIe siècle)

Saint Roch, atteint de la peste, fut chassé de Plaisance. Il serait mort dans la forêt sans un chien qui venait lui porter à manger. Un jour le brave animal guida son maître jusqu'à la retraite du malade, qui fut guéri par ses soins. Par goût du pittoresque, le peintre a placé saint Sébastien en face de saint Roch, et la vierge complète la composition de cet étrange tableau.





Saint Paul piqué par une vipère,
d'après une tapisserie du Palais de Madrid.

Saint Paul ayant fait naufrage à Malte débarqua dans l'île. Voulant réchauffer ses compagnons, il dressa un bûcher. Mais une vipère cachée sous les sarments qu'il rassemblait le piqua. Au grand étonnement de tous les assistants, saint Paul continua sa besogne sans paraître ressentir aucune souffrance et sans être incommodé par l'accident.

Illustrations extraites de Lectures pour tous, octobre 1900.

dimanche 26 février 2017

Procès, condamnations, excommunications contre les animaux.

Procès, condamnations, excommunications contre les animaux.

Il fut un temps en France où des tribunaux prononçaient des condamnations contre des animaux prévenus de certains délits, et où l'autorité ecclésiastique lançait les foudres de l'excommunication contre des insectes nuisibles. Cet usage de la justice divine et humaine a paru si monstrueux aux générations nouvelles, qu'elles n'ont point voulu d'abord y ajouter foi; mais des documens authentiques ne permettent plus de conserver aucun doute. Ainsi, plusieurs manuscrits conservés à la Bibliothèque royale ou possédés par des savans, contiennent les dispositifs de ces jugemens, et jusqu'aux mémoires de frais et dépenses faits pour l'exécution des sentences prononcées.
Pendant une assez longue période du moyen âge, la pensée de soumettre à l'action de la justice tous les faits condamnables, de quelque être qu'ils provinssent, loin d'être ridicule, a été généralement répandue.
Chassanée, célèbre jurisconsulte du XVIe siècle, a composé plusieurs conseils; et dans le premier, après avoir examiné les moyens de citer en justice certains animaux, il recherche qui peut légalement les défendre, et devant quel juge ils doivent être amenés.
L'extrait suivant donne, avec l'indication des écrivains qui sont nos autorités, l'époque des procès et jugemens prononcés dans les affaires les plus singulières, le nom des animaux, le motif qui les a fait traduire en justice, ainsi que la date de plusieurs anathèmes ecclésiastiques.

1120.- Mulots et chenilles excommuniés par l'évêque de Laon (Sainte-Foix).
1386.- Truie mutilée à la jambe, à la tête, et pendue, pour avoir déchiré et tué un enfant, suivant sentence du juge de Falaise (Statistique de falaise).
1394.- Porc pendu pour avoir meurtri et tué un enfant, en la paroisse de Roumaigne, vicomté de Mortaing (Sentence manuscrite).
1474.- Coq condamné à être brûlé, par sentence du magistrat de Bâle, pour avoir fait un œuf. (Promenade à Bâle).
1488.- Becmares (sorte de charançons): les grands vicaires d'Autun mandent aux curés des paroisses environnantes de leur enjoindre, pendant les offices et les processions, de cesser leur ravage et de les excommunier. (Chassanée)
1499.- Taureau condamné à la potence, par jugement du bailliage de l'abbaye de Beauprè (Beauvais), pour avoir, en fureur, occis un jeune garçon. (DD Durand et Martenne)
Commencement du XVIe siècle.- Sentence de l'Official contre les becmares et les sauterelles qui désolait le territoire de Millière (Cotentin). (Théoph. Rainaud)
1554.- Sangsues excommuniées par l'évêque de Lauzanne, parce qu'elle détruisaient les poissons. (Aldrovande)
1585.- Le grand vicaire de Valence fait citer les chenilles devant lui, leur donne un procureur pour se défendre et finalement les condamne à quitter le diocèse. (Chorier)
1690.- En Auvergne, le juge d'un canton nomme aux chenilles un curateur; la cause est contradictoirement plaidée. Il leur est enjoint de se retirer dans un petit terrain (indiqué par l'arrêt) pour y finir leur misérable vie. (Descriptif de la France)
Un relevé de ces jugemens, présenté à la Société royale des Antiquaires par M. Berriat Saint-Prix, en élève le nombre à plus de quatre-vingt dix, dont trente-sept appartiennent au XVIIe siècle; et un seul a été rendu dans le siècle suivant, en 1741, contre une vache.

Le Magasin pittoresque, 1833, livraison 5.

dimanche 29 mars 2015

Chronique du Journal du Dimanche.

Chronique.

Nulle part la tolérance ne paraît aussi admirable que lorsqu'on la rencontre dans un prêtre. Dernièrement, soixante Arabes, pèlerins de la Mecque, étaient débarqués au port de Joliette. Comme l'heure de la prière était venue, ces musulmans se sont agenouillés sur le quai et ont récités à haute voix des versets du Coran, avec toutes les génuflexions accoutumées. Ce spectacle a mis en gaieté les gamins de la ville, et l'un deux s'est oublié jusqu'à envoyer une pierre à la tête d'un des pèlerins. On ne sait ce qu'il allait advenir de cette attaque, sans doute une violente querelle, lorsqu'un ecclésiastique, l'abbé Durant, venant à passer, a dignement pris le parti des musulmans, et a dit aux gamins comme à toute la foule:
"Respectez toujours ceux qui prient Dieu, sans que les fatigues du voyage, ni les besoins du corps, ni l'arrivée sur une terre étrangère puissent les détourner de leur devoir: leur conviction est sincère."

*****

Il paraît que quelques personnes suppose encore que le corps d'un débiteur mort insolvable peut être donné en payement à ses créanciers, comme cela se pratiquait chez les anciens Juifs. Cette semaine, un homme de bonne tenue se présenta chez un restaurateur du boulevard de Strasbourg, et se fit servir un excellent dîner, accompagné de tous ses accessoires. Ensuite il demanda l'addition. Au moment où la note était posée sur la table, il prit un couteau et se l'enfonça d'une main ferme dans le cœur en disant:
"Payez-vous."
Une lettre trouvée sur cet homme indiquait qu'il était privé de ressources, ayant mangé toute sa fortune. Mais avant de mourir, il avait voulu manger jusqu'à son corps, qu'il laissait en payement au restaurateur.

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Au nombre des choses que nous ne pouvons comprendre est la durée si différente de la vie des animaux. Par exemple, comment se fait-il que, lorsque la conformation d'un perroquet et d'un pigeon présente si peu de dissemblance, l'un vive cent ans et l'autre dix ans? Pourquoi les carpes vivent quatre cents ans et plus, tandis que d'autres poissons de même taille ne vivent pas deux printemps?
Quoi qu'il en soit, voici sur la longévité animale des chiffres fort exacts: le chien et le loup vivent environ vingt ans; le chat et le renard quinze ans; le lapin sept ans; l'éléphant, le doyen des quadrupèdes, vit cinq cents ans; les poules vivent jusqu'à trente ans; les aigles parcourent un siècle; les perroquets en voient quelquefois jusqu'à deux; des cygnes ont vécu jusqu'à trois cent cinquante ans. Parmi les poissons, les marsouins infectent l'eau de leur personne pendant vingt ou trente ans; les carpes restent dans les fossés des châteaux pendant quatre à cinq siècles; enfin les baleines, les doyennes des mers, vivent mille ans.

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A propos d'animaux, voici ce que nous venons d'apprendre:
La gendarmerie d'une de nos banlieues et le commissaire de police de la commune, faisaient cette semaine une descente dans l'établissement d'un sieur X..., marchand de vin, et dans cet endroit ils arrêtaient... soixante-deux chiens!
En effet, dans une salle du premier étage, formant une espèce d'arène, deux bouledogues s'entre-déchiraient d'une horrible manière, tandis que les autres mâtins attendaient dans la coulisse le moment d'entrer en scène, et que plus de trois cents spectateurs applaudissaient à ce hideux et cruel spectacle.
Ce jeu affreux durait depuis longtemps; et le sieur X... percevait chaque soir un franc d'entrée par personne qui venait y assister.
La police a tout saisi, et dressé procès-verbal contre le maître de l'établissement, pour avoir ouvert, sans autorisation, un spectacle de combat d'animaux... Pendant qu'on y était, que n'imposait-on aussi un peu d'amende et de prison à des spectateurs d'un goût aussi stupide et féroce!

*****

Il vient de mourir, à l'âge de cent-trois ans, une femme qui se nommait Lec, et portait le titre de Reine des Bohémiennes. Elle a vaillamment tenu jusqu'à cette époque avancée le sceptre de l'une de ces peuplades répandues sur toute l'Europe. Décédée à Woodford, son corps a été vingt-quatre heures exposé sous sa tente, et ensuite porté en terre au milieu d'un beau cortège, accompagnés de huit pleureurs et des plus fidèles sujets de sa couronne.

                                                                                                                 Paul de Couder.

Journal du Dimanche, 6 décembre 1857.



mercredi 12 novembre 2014

Persécuté par des mules.

Persécuté par des mules.

Le château qu'habite M. Vanderbilt, en été, est voisin d'une bourgade qu'il traversait en automobile pour gagner la campagne et y établir des records.
Or, en dépit de son habileté, le richissime chauffeur frôla un jour un mulet. Arrêt de la voiture et jérémiades du propriétaire de la bête qui, peu après,  s'en allait ravi, ayant reçu comme indemnités cent dollars (500 francs).



L'aventure s'ébruita, et le lendemain M. Vanderbilt trouvait sur sa route de nombreuses bêtes d'aspect minable. L'une des bêtes fut, Dieu sait comme, tamponnée par l'automobile. Nouvelles jérémiades, et nouvelle indemnité. 
Le procédé, quelque généreux qu'il fut, était mauvais. M. Vanderbilt en fit la cruelle expérience. La route se peupla de bêtes apocalyptiques qu'il eut désormais toutes les peines du monde à éviter. En désespoir de cause, M. Vanderbilt alla faire de l'automobile ailleurs!

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 23 août 1903.

jeudi 30 octobre 2014

Prix récents de quelques animaux rares.

Prix récents de quelques animaux rares.(1)



Mammifères.

Girafe femelle jeune, née au Jardin d'Anvers, 8.900 fr. Se nourrit d'herbe et de feuilles d'arbres. Celle-ci est toute petite, puisqu'elle peut voyager en chemin de fer. Il y en avait une plus grande à la vente, mais elle ne pouvait voyager qu'à pied et à petites journées; or un pareil transport a coûté au Muséum, il y a quelques années, de Marseille à Paris, 9.000 fr.
Dromadaire blanc, 450 fr.
Chameaux nés à Anvers, 2.860 fr. le couple.
Lionceaux nés à Anvers, 1.500 fr. le couple. Ils sont tout petits, et il faut beaucoup craindre l'évolution des dents, qui donne la maladie, tout à fait comme cela arrive aux jeunes chiens.
Panthère de l'Inde, 616 fr.
Hyène tachetée, 440 fr.
Ces trois dernières espèces se nourrissent de viande fraîche.
Ours aux grandes lèvres, 715 fr. Vient de Java; nourri de pain et de riz.
Ours brun, jeune, 267 fr.
Antilopes canna nées à Anvers, 1.980 fr. le couple. Il n'est ni plus difficile ni plus coûteux d'élever ces animaux que des vaches, ils ne mangent que du foin et des graines.
Antilope blesbock femelle, 880 fr. Même nourriture, même observation.
Antilope dama mâle, 770 fr. Même nourriture, même observation.
Lamas nés à Anvers, 1.430 fr. le couple. Même nourriture, même observation.
Bisons d'Amérique, 3.190 fr. le couple. Ils deviennent rares et coûtent beaucoup à transporter; leur nourriture est celle de nos bœufs.
Bison d'Amérique jeune, 605 fr.
Daims nés à Anvers, 275 fr. le couple. On peut en obtenir de jeunes partout en les laissant libres, pourvu que ce soit dans un espace fermé; mais leur valeur n'est pas assez élevée pour que leur élevage soit bien avantageux. On élèvera tout aussi facilement et au même endroit un couple de lamas de 1.500 fr. ou d'antilopes de 2.000.
Mouflons à manchettes. Trois, nés à Anvers, ont coûté ensemble 580 fr. L'acclimatation de cette espèce est si bien obtenue que la reproduction se fait aussi régulièrement que celle de la brebis. En peu d'années, si l'on pouvait en tirer un profit immédiat, ces moutons sauvages vaudraient de 50 à 60 fr. pièce.
Kanguroo rouge, femelle, née à Anvers, 1.045 fr.
Kanguroo mélanops, femelle née au même jardin, 715 fr. Ces animaux ne demandent pas plus de soins, une fois leur parc construit, que des lapins ou des chèvres. Le parc, en treillis de fil de fer, où ils doivent être enfermés, revient, tout posé, à 160 fr. par hectare pour un espace de 15 hectares ou plus; pour 25 hectares, le pris descendrait à 50 fr.

Oiseaux.

Casoar émeu mâle, 220 fr. C'est un oiseau de boucherie dont on songe à tirer parti pour la table; il a beaucoup baissé de prix depuis qu'il se multiplie en Europe avec une régularité parfaite. Au jardin des Plantes de Paris, on obtient une couvée tous les ans.
Faisan d'Amherst, le couple, 3.850 fr.
Faisan d'Amherst métis, mâle, 1.210 fr.
Euplocame prélat, 2.365 fr. le couple.
Tragopans satyres nés à Anvers, 1.320 fr. le couple.
Eperonnier de Germann, 1.122 fr. le couple.
Eperonnier chinquis, deux mâles, 265 fr. Le prix diminue chaque année.
Gallophase de Vieillot, 1.832 fr. le couple.
Acome à queue rouge, 660 fr. le couple.
Faisan vénéré, 495 fr. le couple. Le prix de cet oiseau a beaucoup diminué. Il sert à repeupler les chasses, où sa splendide parure le fait admirer, et où sa rusticité et sa défense naturelle le rendent facile à conserver.
Crossoptilon oreillard, 357 fr. le couple.
Houppifère de Swinhoé, 275 fr. le couple.
Faisan doré, 60 fr. le couple.
Euplocame argenté, 55 fr. le couple.
Faisan blanc de Bohème, 99 fr. le couple.
Faisan versicolore, 132 fr.
Tous les faisans se nourrissent de la même manière. Pendant la première semaine, ils exigent des distributions répétées, mais peu abondantes, d’œufs de fourmis très-propres; mais il ne faut pas leur donner à boire. Pendant les quinze jours suivants, on fait alterner avec les œufs de fourmis des œufs durs émiettés et saupoudrés de sel. On donne à manger toutes les trois heures. Dans la seconde quinzaine, on peut déjà donner une pâtée ainsi faite: mie de pain et œufs durs écrasés, salade, cœur de bœuf haché très-fin, le tout mélangé de farine de maïs. Peu à peu on y ajoute du millet, du chènevis et du sarrasin écrasés, et toujours de temps en temps, une poignée d’œufs de fourmis. Donner du tourteau de noix si l'on peut en avoir. Vers deux mois, répandre les œufs de fourmis dans l'herbe et dans le sable, de manière que les jeunes passent beaucoup de temps à les chercher et ne pensent pas à se quereller. Au delà de ce temps, le faisan s'agrène comme une poule, mais il a toujours besoin d'un peu de nourriture animale.
Talégalle de Lathan, 176 fr. le couple. Le talégalle s'acclimate bien et se reproduit partout.
Hocco à pierre, 880 fr. le couple.
Hocco crax, 440 fr. le couple. Cet oiseau, s'il arrivait à se vendre à bas prix, pourrait prendre place dans nos basse-cours à côté du dindon.
Paon spicifère, 660 fr. le couple. L'élevage est facile à faire et peut rapporter beaucoup.
Colin de Sonnini, 66 fr. le couple. Même remarque.
Dindon noir pur sang, 65 fr. le couple.
Agami trompette, 632 fr. le couple. Cet oiseau se nourrit d'une pâtée de cœur de bœuf et de vers de terre.
Pigeon de Nicobar, 275 fr. le couple.
Cacatois de Banks, 957 fr. le couple.
Grue caronculée, 891 fr. l'une. Se nourrit de blé et de pain sec.
Flammant rose, 330 fr. le couple. Se nourrit avec du riz cuit, des insectes, des crevettes et de petits poissons.
Cariama à crête, 330 fr. le couple.
Ibis rose, 364 fr. le couple. Régime très-animalisé.
Poule sultane, talève, 99 fr. le couple. Se nourrit de blé de maïs, de cœur de bœuf haché.
Pélican, 242 fr. l'un.
Cygnes blancs à cou noir nés à Anvers, 264 fr. le couple. Acclimatation facile aux endroits où l'on a de l'eau en quantité suffisante.
Cygne trompette, 577 fr. le couple. Même remarque.
Cygne noir, 286 fr. le couple. Le prix a beaucoup descendu; malgré cela, la vente est toujours facile: on ne peut suffire aux demandes.
Oie caronculée du Japon, 220 fr. le couple.
Le succès des éducations particulières pour l'introduction des espèces nouvelles d'oiseaux d'agrément dans les basses-cours est toujours croissant; les prix se maintiennent très-hauts; l'élevage de toutes les espèces qui suivent est une spéculation très-profitable.
Oie d'Egypte, 25 fr. le couple.
Oie du Danube, 32 fr. le couple.
Canard mandarin, 95 à 110 fr. le couple. On en vend beaucoup pour les parcs; les prix ne diminuent plus; de même pour les espèces suivantes.
Canard de la Caroline, 37 à 40 fr. le couple.
Canard d'Australie, 38 à 44 fr. le couple.
Canard casarka, 49 à 66 fr. le couple.
Sarcelle de Formose, 300 à 352 fr. le couple.
Sarcelle du Brésil, 100 fr. deux mâles.
Canard à bec jaune, 120 fr. le couple.
Canard du Chili, 82 fr. le couple.
Canard tadorne, 368 fr. le couple. Tous ces canards sont faciles à élever.
Galao caronculé, 440 l'un.
Touracou, 110 fr.
Toucan à gorge jaune, 135 fr.
Merle bronzé à longue queue, 137 fr. l'exemplaire.


(1) Jardin d'Acclimatation d'Anvers, 1873.

Le magasin pittoresque, février 1876.

vendredi 10 octobre 2014

Les animaux favoris de nos grands écrivains.

Les animaux favoris de nos grands écrivains.


Parmi les hommes de lettres, il en est peu qui n'aient aimé les bêtes. Beaucoup d'entre eux leur ont consacré des pages émues et nombreuses; beaucoup aussi les ont admises à partager l'intimité de leur foyer avant de les décrire et de les "raconter";
Nous savons, par exemple, que l'auteur de la "Comédie Humaine", Balzac, témoigna une affection toute particulière à un gros chien nommé Turc; ce fut, il est vrai, le seul animal qu'on lui connût. Par contre, Zola possédait, dans sa propriété de Médan, aux environs de Paris, toute une basse-cour. On se rappelle avec quelle émotion, il a conté la mort d'un chien dans la "Joie de vivre", celle d'un cheval dans "Germinal". Zola avait pour compagnon habituel un chien poméranien de petite taille dont il ne se séparait jamais, et qui couchait au pied de son lit. Ce fut un malheureux et fidèle toutou qu'on trouva étendu auprès du cadavre de son maître, également asphyxié.
Les frères de Goncourt furent les seuls hommes de lettres, croyons-nous, qui possédèrent un singe. Cette bête, dont ils ont parlé longuement dans un de leurs plus beaux livres, "Manette Salomon", avait nom, Vermillon. Lorsque Vermillon, qui, à force d'avoir observé son premier maître, un artiste, avait contracté le goût de la peinture, apercevait une poule, il se précipitait sur elle, et lui arrachait une poignée de plumes qu'il promenait ensuite sur tout ce qu'il trouvait d'à peu près blanc, après les avoir trempées dans le ruisseau.
Ce singe était peut être "impressionniste" à sa manière!

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C'est toute une ménagerie que l'illustre auteur de la "Vie de Jésus", Renan, logeait dans son appartement; une grosse chienne, Corah, un perroquet, Coco, et un affreux petit chat de gouttière que le philosophe, pris de pitié, avait recueilli dans la neige de la rue, un soir d'hiver.
Mais l'écrivain qui affectionna le plus les animaux, qui leur consacra non seulement de longues et belles pages, mais encore un livre tout entier, ce fut Léon Cladel, le chantre inspiré des paysans du Quercy. Tout ami des bêtes devrait posséder dans sa bibliothèque ce très intéressant ouvrage qui s'appelle "Léon Cladel et sa kyrielle de chiens" et qui est bien fait pour nous affermir dans cette idée que les bêtes sont bien nos frères inférieurs plus proches de nous que nous le croyons.
A plus juste raison, les poètes devraient aussi aimer les animaux. Celui qui a écrit ce délicieux poème provençal: "Mireille", Frédéric Mistral, raffolait, en effet,  d'un magnifique angora nomme Macabrun; ce chat avait un compagnon de jeu toujours prêt en la personne d'un chien barbet, baptisé du curieux nom de Pain-perdu.
Un autre poète, Catulle Mendès, éleva jadis des rossignols, ces oiseaux divins par leur chant. Mendès eut aussi des chats, et, comme le poète est de plus et à la fois excellent conteur et critique dramatique autorisé, il donna à ses pensionnaires des noms empruntés à l'épopée wagnérienne; l'un s'appelait la Valkyrie, l'autre Faffner, un troisième Fasolt.
Aussi bien, qui ne connait Hamilcar, prince somnolent de la "Cité des livres", ce chat philosophe, immortalisé par l'auteur de ce livre d'un idéalisme si pur et d'une langue si impeccable: "Le crime de Sylvestre Bonnard" ?
Donc Anatole France adore les chats. Quand Hamilcar quitta un jour son maître pour gagner le paradis des chats fidèles, l'écrivain essaya de la remplacer par Pascal: mais Pascal n'était point Hamilcar, et Anatole France garde toujours un souvenir ému pour l'ami caressant qui, à chaque retour de voyage, venait"se frotter contre ses jambes en bavant de joie".
N'oublions pas Moumoutte Blanche et Moumoutte Chinoise, les deux chattes célébrées par Pierre Loti dans "Le Livre de la Pitié et de la Mort". Moumoutte Chinoise fut rapporté d'Orient par Loti, et, pendant la traversée, dans la cabine, la chatte étrangère, désemparée, dépaysée, ne voulait pas quitter les genoux de son nouveau maître. Arrivée en France, elle devint cependant moins sauvage, et partagea bientôt les jeux de son "ancienne": Moumoutte Blanche.
Si Léon Cladel avait pour les chiens une grande affection, il est un autre écrivain, Huysmans, qui eut pour les chats une sympathie presque exclusive. Le maître de "A Rebours", de "Là-Bas", a mis en scène, dans presque tous ses romans, un de ces tigres en miniature. Qu'on se rappelle le célèbre chat Barre-de-Rouille de "En Ménage".
Bien d'autres encore, peintres romanciers, poètes, savants, sans compter Baudelaire dont les vers sont connus de tous, et Willy, plus moderne, aimèrent passionnément les bêtes.
Pour terminer congrûment, un proverbe nous semble de mise: celui-ci est courant en Provence: "qui aime les bêtes aime les gens". On dit aussi dans le Midi: "Souvent les bêtes apprennent aux gens".
Mais tant de gens, du reste, ne savent pas "regarder" les bêtes et préfèrent s'admirer... béatement eux-mêmes!

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 5 juillet 1903.

mardi 7 octobre 2014

Chronique du Journal du Dimanche.

Chronique.

Décidément la révolte est au camp des animaux; on verra bientôt les moutons conduire leur berger à la boucherie pour le découper, et s'en faire apprêter les côtelettes à la jardinière.
Dernièrement, dans la commune d'Orly, un bœuf exaspéré par la pensée qu'on allait le mener à l'abattoir, se mit à parcourir en furieux tout le pays. Les habitants s'armèrent de pied en cap de fourches et de bâtons et coururent sur ses traces; ils jetaient au bœuf mille invectives et mille menaces, tant que celui-ci fuyait devant eux; mais venait-il à faire volte-face, il s'opérait dans les rangs des assaillants un mouvement en arrière, et c'était un sauve qui peut général. Enfin il vint à passer un grenadier du 79e de ligne, qui tira sa baïonnette et la plongea dans le ventre de l'animal. Pour cette fois encore, les hommes ont été les plus forts; mais gare le ressentiment des bœufs quand il n'y aura plus là de grenadiers pour leur tenir tête!
Un âne, qui se promenait dans un plaine voisine d'Ossum, fut dérangé dans sa méditation solitaire par un habitant du pays qui ne voulait pas lui permettre de fouler ainsi cette prairie. Cet homme était le charcutier de l'endroit, qui, doué d'une grande force, essaya de jeter une corde au cou de l'animal et de l'attacher à un tronc d'arbre; mais celui-ci se retourna, renversa le charcutier, l'accabla de coups de pieds, puis, le prenant entre ses dents, le souleva et le rejeta violemment contre terre, le tout à plusieurs reprises. Au bout de quelque temps de cet exercice, le malheureux charcutier était expirant. Cependant il eut encore la force de tirer son couteau et d'en percer le cœur de l'âne, qui tomba mort.
Mais tout ceci indique que les animaux en ont assez d'être dominés par les hommes depuis le commencement du monde, et qu'ils songent sérieusement à prendre leur revanche.
Un crime d'infanticide a été commis dans les circonstances les plus déplorables. C'est un vieillard, un homme très-haut placé dans le monde, décoré de la Légion d'honneur, qui a étranglé l'enfant que sa fille venait de mettre au monde, et, en le cachant dans son paletot, est allé, vers minuit, l'enterrer dans un endroit solitaire.
Ceci se passait à Batignolle. Le concierge de la maison avait soupçonné quelque chose de suspect, et, voyant sortir nuitamment son principal locataire, s'était mis à le suivre. C'est ainsi qu'il l'a vu ouvrir la terre dans la plaine de Monceaux et y déposer le corps du nouveau-né. Puis cet homme est allé dénoncer à la justice le personnage si haut placé et coupable d'un crime si extraordinaire. Celui-ci est maintenant arrêté, ainsi que sa femme, qui paraît complice du meurtre de l'enfant.
Voici un fait étrange d'incendie au milieu de la rue. deux jeunes femmes de mise et de tournure distinguées suivaient le boulevard Montmartre. A la hauteur de la rue Drouot, elles se disposaient à traverser la chaussée, lorsque l'une d'elle se trouva subitement enveloppée de flammes. Sa compagne, qui se trouvait alors quelques pas en arrière, se précipita à son secours: mais, loin de pouvoir la protéger, elle ne fit qu'allumer sa robe à l'incendie et brûler à son tour.
Les passants accoururent et bientôt se rendirent maître du feu. Mais les vêtements de ces jeunes femmes, leurs robes, leurs mantelets et même leurs chevelures, étaient consumés. Ayant aussi reçu de graves brûlures, elles restaient dans un état déplorable. Un médecin qui se trouvait là les fit conduire dans une maison où elles reçurent les secours nécessaires. En même temps le docteur constata que la première avait marché sur une allumette ou un morceau de papier enflammé et jeté par un fumeur, et que le mouvement du jupon d'acier, qui, par sa forme, produit l'effet de pompe aspirante, avait activé le feu jusqu'à ce degré extrême.
On sait qu'aux dernières courses de Chantilly, un cheval renversa son jockey, qui resta sur place, privé de sentiment; la chute avait été si terrible, qu'on crut parfois qu'elle avait entraîné la mort.
Cependant, après une abondante saignée, le jockey rouvrit les yeux. ses premières paroles furent celles-ci: "Qui a gagné le Derby?- Potocki, lui fut-il répondu.- Ah! tant mieux, s'écria le moribond avec un heureux sourire; Potocki appartient à la même écurie."
Cet enthousiasme de jockey pour les tours de force des chevaux n'est guère que risible, tandis qu'il y a eu dernièrement un autre trait d'abnégation profondément touchant.
A la suite de l'accident arrivé sur le chemin de fer du midi, un mécanicien en chef avait eu les deux jambes emportées. Des amis entouraient son lit de douleur et lui exprimaient tous les regrets qu'inspirait son état. "Oh! pour moi, répondit-il, ce n'est rien, mais ma pauvre machine, comme elle doit être abîmée!"

                                                                                                       Paul de Couder.

Journal du Dimanche, 28 juin 1857.



mardi 11 février 2014

Amusants auxiliaires de l'homme.

Amusants auxiliaires de l'homme.

L'homme rencontre dans certains animaux des auxiliaires souvent imprévus. Livingstone fut, pensons-nous, le premier à signaler le coucou indicateur, qui, dans les forêts de l'Afrique australe, conduit l'homme à la recherche des nids d'abeilles. Cet oiseau est, en effet, fort avide de miel; ses allures sont fort curieuses à observer quand il part à la recherche d'une ruche et, au moment de sa découverte, le pillard pousse des cris qui attirent promptement l'attention des hommes s'il s'en trouve dans le voisinage.
Ceux-ci, semblables alors au requin qui suit toujours fidèlement le pilote, s'approchent, et traîtreusement, s'emparent de la proie du pauvre coucou.
Un autre oiseau, fort utile, car il est domesticable à souhait, c'est l'agami que l'on a souvent surnommé oiseau-trompette, à cause de sa voix sonore et métallique. L'agami s'attache à son maître qu'il suit dans ses promenades, comme un chien. Dans l'Amérique méridionale, où il se rencontre, les fermiers emploient l'agami à la surveillance des basse-cours. Très vite instruit de ses devoirs, ce gallinacé, de la taille d'un dindon, surveille les poules et les canards d'un œil maternel et en écarte à coups de bec et d'ergots les chiens, les renards et autres bêtes qui tenterait de les attaquer.
Une des plus récentes acquisitions de l'homme est, sans doute, le tzompilacahuit. Ce nom bizarre désigne un gastéropode escargotphage qui est, comme l'agami, originaire de l'Amérique méridionale. Notre musée d'histoire naturelle a reçu, dernièrement, quelques échantillons de cet animal. 
C'est en somme un escargot géant, doué d'un appétit formidable, et dont la nourriture favorite consiste en escargots et limaces de toutes les catégories, sauf la sienne, bien entendu. Il pourrait consommer par jour une soixantaine de ces excellents "Bourgogne" qui font les délices de nos tables. On affirme que certains maraîchers du Nouveau-monde ont, notamment aux alentours de Buenos-Ayres, introduit des tzompilacahuits dans leurs jardins et qu'ils se trouve à merveille de cette résolution. Si on peut acclimater cet escargot exotique en France, nul doute qu'il pourra nous rendre de grands services.
Les singes, occasionnellement, se montrent d'utiles collaborateurs. Mais on les emploie malgré eux et voici comment. Dans les régions avoisinant les montagnes de Won-is-han, les Chinois cultivent avec succès un thé très-apprécié des amateurs. Leur procédé de récolte est tout à fait original. Lorsque le moment est venu, les Chinois jettent des pierres sur les singes toujours très nombreux dans les plantations de thé. Les singes naturellement susceptibles et combatifs, se fâchent et, cassant des branches d'arbres à thé, les emploient comme projectiles dont ils bombardent leurs assaillants. Ainsi, grâce aux singes cueilleurs de thé, la récolte est promptement faite et avec un minimum d'effort et une élégance de solution qui plaît au naturel ingénieux des Fils du Ciel.
Vous savez peut être que ces mêmes Chinois dressent avec succès des cormorans à faire la pèche pour eux. C'est là  une réédition de l'exemple du bon roi de Pologne qui partait à la pèche avec sa loutre fameuse. Les cormorans plongent au commandement des pêcheurs montés dans les barques. Ils ont vite fait, dans les eaux du fleuve, de distinguer un poisson de forte taille et ils s'en emparent pour le rapporter à leur maître. Comme les oiseaux seraient parfois tentés de manger eux-mêmes leur capture, les Chinois leur entourent le cou d'un anneau de paille qui empêche, en leur serrant la gorge, le poisson de passer dans l'estomac.
Ajoutons, pour être complets, que dans certaines partie du Continent noir, des Africains récoltent des noix de coco en employant les singes, à peu près comme procèdent les Chinois.
Les animaux ont été l'objet de fables nombreuses et il faut bien se garder de rapporter sans précaution les récits souvent enthousiastes de voyageurs peu véridiques. C'est pourquoi, malgré l'autorité  des noms qui s'y attachent, nous ne citerons, que sous les plus expresses réserves, l'histoire suivante qui est trop jolie pour sembler vraie.
Il s'agit du fulgore, un magnifique papillon de nuit de très grande dimension, et que l'on rencontre particulièrement en Guyane. A cause d'une certaine phosphorescence, analogue à celle de nos vers luisants, le fulgore a été surnommé l'insecte porte-lanterne.
On a prétendu que le pouvoir lumineux de ces papillons était tel que, la nuit, si on les plaçait dans une chambre, ils pouvaient éclairer quelque peu. Nous doutons que les fulgores, même spécialement entraînés, arrivent jamais à faire concurrence à l'éclairage  au gaz ou à l'électricité. retenons simplement que ces animaux étincelants furent signalés pour la première fois au monde scientifique par deux femmes, Mme Sybille Mérian et sa fille, qui s'étaient rendues en Amérique pour étudier l'entomologie. Des Indiens avaient capturé pour elles quelques fulgores qui avaient été enfermés dans une boite. Une nuit, elles furent réveillées par un son extraordinaire. Les insectes avaient quitté leur prison et volaient en liberté dans la pièce.  "Ils répandaient çà et là une vive clarté, écrivit une des voyageuses, on eût dit des lanternes vivantes."

                                                                                                       André Savignon.

Le Journal de la Jeunesse, 1913.