L'amour vénal.
Gravure sur bois du suisse Urs Graf, intitulé "L'amour vénal" et datée de 1511 environ.
L'image met en scène trois personnages. Au centre, une courtisane est coiffée d'une couronne de feuillage et de fleurs séchées, symbole de la débauche. A droite un jeune homme coiffé d'un grand chapeau à plumes d'autruche, attribut ordinaire des Reisläufer (mercenaires suisses). Enfin, à gauche un vieillard qui caresse le sein de la courtisane. Celle-ci ne reste pas inoccupée. Elle plonge une main dans le sac d'or du vieillard, et de l'autre, transfère les pièces dans la main du jeune homme.
Tous les trois sont proches d'une table de jeu. Dans la symbolique chrétienne de l'époque, la table de jeu est considérée comme l'autel du diable. On y trouve un jeu de trictrac, autrement dit backgammon ou jacquet, représentant la chance et le hasard, des cartes à jouer, un luth qui évoque le plaisir charnel et un plateau de fruits symbolisant la luxure.
La partie basse de l'image constitue le Memento Mori. Le phylactère qui accompagne le crâne et un os est rédigé en vieil allemand:
« Bedek das end das ist mein rot : Wan alle ding beschlüszt der todt »
« Songe à la fin, c’est mon conseil : car la mort conclut toutes choses ».
Le phylactère du haut est vierge. Deux hypothèses coexistent. La première est que ce vide symbolise la futilité et que les vivants n'ont rien à dire d'utile, contrairement à la mort. La seconde, et c'est sans doute la plus probable, rappelle que les gravures de ce type étaient vendues sur les marchés et qu'il était possible moyennant finance de demander à un scribe d'y inscrire la devise de son choix.
Urs Graf n'était pas un moine moralisateur. Il possédait un atelier d'orfèvre à Bâle, mais il alternait l'orfèvrerie avec une vie plus trépidante de mercenaire. Les batailles d'Italie et de France lui permettait de revenir avec du butin.
Contrairement à l'image que l'on se fait d'un orfèvre, les archives historiques de la ville de Bâle nous révèlent qu'il avait été souvent emprisonné pour des bagarres, des insultes, pour avoir battu sa femme et pour avoir beaucoup fréquenté les maisons closes et les prostituées. On peut donc conclure que pour les maisons de jeu, les lupanars et les courtisanes, Urs Graf était orfèvre en la matière.


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