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samedi 26 septembre 2026

Hystérie.







 
Huile sur toile de Hubert-Denis Etcheverry en 1900 intitulée " Une Consultation de Sigmund Freud".

Mettons tout de suite les choses au point: une consultation de Sigmund Freud est plus qu'improbable. Même si Freud a étudié à Paris dans le service de Charcot à la Salpêtrière en 1885-86, il vivait et exerçait à Vienne, en Autriche, et ce n'était pas du tout un médecin mondain qui se déplaçait dans les familles bourgeoises. C'est sans doute à cause de la renommée mondiale de Freud que le peintre ou des marchands d'art ont ajouté son nom au titre pour augmenter la valeur du tableau.
On voit donc un médecin prendre le pouls d'une jeune femme allongée qui semble épuisée ou victime d'une crise d'hystérie, fréquente à l'époque.
En arrière plan on voit deux hommes en train de discuter et qui ne semblent pas inquiet de l'état de la jeune femme. Seule la servante s'active sur ses oreillers sans doute par solidarité féminine.

Au XIXe siècle l'hystérie, ou réputée telle,  est une pathologie majeure des femmes. Jusqu'en 1860, la médecine reste influencée par la médecine de l'antiquité grecque. En grec hystera signifie utérus. En conséquence, les convulsions, les spasmes sont attribués à des "frustrations" de cet organe. L'idée la plus répandue dans le corps médical était que l'abstinence sexuelle, le célibat ou l'absence de maternité provoquaient des congestions de l'utérus. Celui-ci provoquaient alors des "vapeurs" qui remontaient au cerveau.
Face à une maladie aussi mystérieuse, les traitements délirants fleurirent. Il y eut d'abord le compresseur d'ovaire inventé par Charcot. L'idée était de comprimer fortement la zone ovarienne pour couper court à la crise. Il y eut aussi la douche glacée surprise qui créait un choc tel que la crise s'arrêtait. Enfin, on tenta les inhalations de substances toxiques, du nitrite d'amyle, de l'éther, du chloroforme qui plongeaient les patientes dans un calme artificiel.
D'autres rejetaient ces manières fortes et préconisaient l'isolement. On enfermait la patiente dans une chambre faiblement éclairée pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois. Il lui était interdit de se lever, de lire, d'écrire et même de parler. Elle se devait de rester dans une immobilité totale, la nourriture, exclusivement à base de lait, lui étant administrée par des infirmières. Ce traitement était censé reposer le cerveau. En fait il s'est vite révélé qu'il créait des atteintes psychologiques très graves par privation sensorielle.
D'autres encore, restant convaincu que l'hystérie était liée à la sexualité pratiquaient des massages pelviens. Le but, d'après eux, était d'amener la patiente au "paroxysme hystérique" afin de relâcher les tensions nerveuses de l'utérus. Le "paroxysme hystérique" en question était en réalité un orgasme! Comme malgré tout ces manipulations étaient longues et pénibles les premiers vibrateurs électromécaniques firent leur apparition dans les cabinets médicaux et furent présentés comme des instrument novateurs pour soigner les nerfs féminins.
Dans les cas incurables, pour les femmes indomptables, on allait jusqu'à recourir à la chirurgie, l'ovariotomie ou la clitoridectomie, notamment aux USA où des milliers de femmes furent ainsi mutilées.
Au delà de la médecine, au XIXe siècle,  toute femme qui refuse son rôle de mère ou d'épouse, qui a des colères excessives, une sexualité trop libre ou même des velléités d'indépendance est qualifiée d'hystérique. C'est une façon de la discréditer et de la mettre sous tutelle familiale ou médicale.

A la fin du XIXe siècle, Freud quitte le domaine neurologique pour celui de la psychologie en affirmant que ce qu'on appelle hystérie est le résultat d'un conflit psychique inconscient soit du fait d'un traumatisme ou des désirs sexuels réprimés ne pouvant s'exprimer par la parole. 

Jean-Martin Charcot, quant à lui révolutionna la compréhension de la maladie dans les années 1870-1890. Charcot se détourne de l'utérus et affirme qu'il s'agit de lésions au cerveau. Il détaille la crise d'hystérie en trois phases: la léthargie, la catalepsie et le somnambulisme. 
On ne peut toutefois pas parler de Charcot sans évoquer Blanche Wittman.
Blanche Wittman est internée en 1877 à l'âge de 18 ans pour des crises de convulsions. Elle est prise en charge par Charcot. Elle devient rapidement le cobaye parfait, étant très réceptive à l'hypnose. Charcot donne des séances publiques devant le Tout-Paris où Blanche est la vedette.





Ce tableau s'intitule "Une leçon clinique à la Salpêtrière". Il a été réalisé par André Brouillet en 1887. On y voit Charcot en train de présenter Blanche Wittmann, soutenue par Joseph Babinski, en état d'hystérie. Elle mime des hallucinations terrifiantes et adopte la posture célèbre de l'arc de cercle.
A la mort de Charcot en 1893, les séances d'hypnoses s'arrêtent et curieusement les crises d'hystérie aussi. Elle est déclarée guérie mais elle reste à l'hôpital en tant qu'employée. 
La découverte des rayons X révolutionne la médecine. Elle est affectée comme assistante au tout nouveau laboratoire de radiologie de la salpêtrière. Le problème est qu'à cette époque, on ignore complètement les dangers de la radioactivité. Blanche manipule et s'expose quotidiennement au radiations.
Elle développe de nombreux cancers de la peau qui nécessitent des amputations. On commence par les doigts, puis le bras gauche et enfin une partie du bras droit. Malgré ces mutilations, Blanche continue son travail dans une petite voiture à roulettes, avec un courage sans faille. Elle décède en 1912 à l'âge de 53 ans.

Alors, la jeune femme peinte par Etcheverry souffre-t-elle d'une crise d'hystérie comme le prétend le titre? Doit-on lui pratiquer des massages pelviens jusqu'au paroxysme hystérique? ou tout simplement d'une fatigue passagère? Chacun sera juge.

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