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mardi 29 septembre 2026

L'Odalisque brune.









 

Huile sur toile, de style rococo, de François Boucher réalisée en 1745 et intitulée "L'Odalisque brune".

Le tableau montre un grand désordre dans les tissus et les coussins. Mais le désordre n'est qu'apparent, l'organisation du tableau est au contraire d'une grande rigueur géométrique. Si l'on trace les deux diagonales du tableau, mais aussi les lignes médianes qui coupent le tableau en deux parties égales, leurs intersections se situent en un point unique juste sur la raie des fesses de la jeune dame. C'est le centre du tableau. Dans les compositions académiques, le centre d'un tableau est réservé à l'élément le plus noble ou le plus sacré. 
C'est un piège pour l'œil, on peut regarder un élément du décor, quel que soit l'endroit, on est vite ramené au centre. L'érotisme n'est pas suggéré il est contenu dans une construction mathématique. Le centre du tableau devient le centre du monde (pas bien loin de l'origine du monde de Gustave Courbet). On peut imaginer que Boucher a commencé son travail à partir de ce centre pour organiser son tableau.

L'odalisque brune a beaucoup choqué la société de l'époque. On admettait alors de peindre une femme nue à la seule condition qu'elle soit liée à un alibi historique ou mythologique comme par exemple une nymphe, ou Vénus ou encore Diane. Mais là, il s'agit d'un nu profane, d'une simple mortelle. Elle est allongée sur le ventre, la chemise relevée, le fessier à l'air sans aucune gêne. Elle montre même sur son visage une certaine complicité, un accord tacite qui enferme le spectateur dans le rôle du voyeur. Le scandale a été d'autant plus grand que des contemporains de Boucher ont cru reconnaître les traits du visage (évidemment!) comme ceux de Marie-Jeanne Buzeau, la propre femme de Boucher. Quand Diderot à découvert une estampe réalisée à partir de ce tableau, il est entré dans une fureur inouïe. Il a accusé publiquement Boucher de "prostituer sa propre femme" en vendant son intimité.

A l'époque, le tableau n'était pas visible. Il s'agissait d'une commande privée qui n'était pas censé être montrée au public. Pourtant, en 1765, une gravure représentant fidèlement le tableau est produite, celle que a provoqué la colère de Diderot. C'était une attaque directe contre Boucher, d'autant que la gravure était accompagnée d'un texte: "Gravé d'après le tableau de Monsieur Boucher, Premier peintre du Roi".
Pourtant, Boucher s'était montré très discret. En regardant de très près la petite table en bois sur laquelle repose un brûle-parfum, on voit, gravé dans le bois de la table la signature de Boucher suivie de la date 1745 (non visible sur cette image).

Le tableau est resté longtemps caché au public. Il n'a quitté les boudoirs isolés ou les cabinets de curiosité privés qu'en 1914 par un leg au Louvre du collectionneur Basile de Schlichting. Ce n'est qu'après la première guerre mondiale que le public pu le découvrir.

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