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mardi 2 décembre 2014

Garçon ou fille?

Garçon ou fille?

La possibilité de savoir si une femme enceinte donnera le jour à un garçon ou à une fille a de tous temps préoccupé les humains, et les moyens que l'on a trouvés pour permettre de faire cette prédiction sont innombrables, encore que plus fantaisistes les uns que les autres.
Hippocrate pensait que, lorsque le petit être à venir est un garçon, la mère est plus colorée de figure, qu'elle a le teint plus frais, et il croyait aussi que les garçons se portent surtout sur le côté droit du ventre.
Un auteur du XVIIe siècle, Laurent Joubert, qui a traité des questions concernant la mère et l'enfant, nous a transmis les croyances qu'on avait de son temps à ce sujet, en même temps que son opinion personnelle. Le passage vaut la peine d'être cité:
"Encore moins certains, dit notre auteur,  sont les signes qu'on baille vulgairement: que, si c'est un fils, la femme a meilleur appétit, sent remuer l'enfant à trois mois; son ventre est pointu, toutes ses parties droites sont plus habiles à tous mouvements; le premier pas qu'elle fait, étant droite, est du pied droit; si, étant assise, elle se veut lever, elle met plutôt la main droite sur le genou droit pour s'y appuyer; l’œil droit est plus mobile, le tétin droit grossit plus tôt et le mouvement de l'enfant est du côté droit, au contraire d'une fille.
On dit aussi que, si l'on met sur la tête de la femme enceinte, sans qu'elle s'en avise, une plante de hache avec sa racine, si le premier nom qu'elle prononcera est un nom masculin, elle est grosse d'un fils, autrement d'une fille. 
Si la femme enceinte jette dans l'eau une goutte de son lait et qu'il aille au fond, c'est une fille; sinon un fils. On en dit autant d'une goutte de son sang; duquel aussi on prend cet argument que, si la femme saigne du nez, elle est grosse d'une fille, d'autant que son sang est plus aqueux ou séreux, ou que la fille n'en consomme pas tant que le fils.
Mais je m'arrête plus à la couleur et consistance du lait, qui est communément plus aqueux et plus roux quand il s'agit d'une fille, plus épais et plus blanc quand il s'agit d'un fils. Dont il advient aussi que, si l'on jette de ce lait contre un miroir, ou une autre chose lisse, il s'y tient ferme en petits grains ronds comme des perles ou comme des grains d'argent vifs, et même si c'est au soleil. De même si on en jette dans l'eau, il va au fond perpendiculairement, à cause de sa crassitude et pesanteur. Ce que ne fera pas celui d'une fille, d'autant qu'il est plus clair et subtil; comme aussi il est plus chaud et bilieux, ainsi que nous le démontrerons plus amplement au cinquième chapitre du cinquième livre, contre l'opinion vulgaire."
N'est-elle pas bien curieuse, cette croyance de Laurent Joubert, qui s'imagine pouvoir deviner d'avance si c'est un garçon ou une fille qui va naître à la simple inspection du lait de la mère? Lui qui prétendait combattre les préjugés de son temps, il était aussi crédule que les bonnes gens, avec toutes leurs croyances absurdes, telle que celle, par exemple, qui consiste à penser qu'il suffit de dire à la femme enceinte de regarder sa main: si elle regarde la paume, elle aura une fille; dans le cas contraire un garçon.
Les croyances bizarres sur ce point ne manquent pas. D'aucuns croient que la femme est plus gaie quand elle est enceinte d'un garçon que lorsqu'elle doit accoucher d'une fille. D'autres pensent que le ventre fortement proéminent est l'indice d'une fille, le ventre peu saillant faisant au contraire présager d'un garçon.
Pour Aristote, le vent du Nord faisait engendrer des garçons, le vent du Midi des filles.
On a aussi, pendant longtemps, attribué à la lune une influence sur la diversité des sexes. "Suivant les bonnes femmes, dit Gardien, lorsque dans une première grossesse la femme conçoit en nouvelle lune, elle engendre un garçon. Si la conception a lieu vers le déclin de la lune, elle doit accoucher d'une fille. Si la femme a déjà eu des enfants, pour déterminer le sexe de celui qu'elle porte, il faut considérer à quelle phase lunaire correspondait son dernier accouchement. Si elle est accouchée, la première fois, avant le plein de la lune, elle mettra au monde un garçon dans la couche suivante. Si l'accouchement s'est fait vers le déclin de la lune, on regarde comme certain qu'elle aura une fille la première fois qu'elle deviendra mère."
A la vérité, si l'imagination s'est donnée libre carrière pour trouver un moyen de résoudre cette grave question, c'est qu'on ne connaissait pas de signe sérieux permettant de prévoir d'avance le sexe de l'enfant. Et nous ne sommes pas plus avancés de nos jours.

Les annales de la santé, 15 juin 1910.

Les invalides.

Les invalides.


Du moment où le gouvernement a fait du métier des armes une profession exclusive, il devait assurer un asile aux vieux soldats que le fer et le canon de l'ennemi avaient épargné.
Pendant près de deux siècles après l'institution des troupes soldées et permanentes, la plupart des vieux soldats ne vécurent que de brigandages ou d'aumônes, lorsque leurs chefs ne les jugeaient plus capables de servir. Quelques-uns d'entre eux obtenaient une place de garde dans une forteresse ou de frère lai dans les abbayes de fondation royale.
La première idée de la fondation d'une maison de retraite en faveur des militaires âgés ou meurtris dans les combats, appartient à Philippe-Auguste; mais ce monarque vivait à une époque où les institutions utiles et généreuses étaient mal appréciées. Aussi son projet resta-t-il sans exécution. Henri III accomplit le projet qu'avait formé Philippe-Auguste. Il fonda en 1575, dans la rue de l'Oursine, une maison royale et hospitalière, pour les officiers ou les soldats âgés ou infirmes, et leur donna une décoration qu'ils portaient sur la poitrine; elle consistait en une croix nacrée avec cette devise: Pour avoir bien servi. Ce nouvel ordre de chevalerie reçut le nom d'Ordre de la charité chrétienne.
Henri IV rendit plusieurs édits par lequel il assura le sort des officiers et des soldats blessés au service; il augmenta la dotation de l'hôpital de l'Oursine.
En 1634, Louis XIII, dans le même esprit, fit exécuter des travaux à Bicêtre, pour faire de ce lieu une maison de refuge pour les invalides, qui fut plus tard érigée en  commanderie de Saint-Louis. Mais les soulagemens qu'on accorda alors à ces vieux soldats étaient insuffisans, et n'avait aucun caractère de durée ni de fixité.
Il appartenait à Louis XIV de donner à l'institution créée par ses aïeux le développement que réclamaient donné sous son règne à l'armée, et le grand nombre d'invalides que ses nombreuses guerres avaient laissés à la suite de ses régimens. Un arrêt du conseil, du mois de mars 1660, assigna des fonds pour la construction des bâtimens et la dotation de cet établissement royal. Au mois de novembre suivant, les travaux commencèrent, et quatre ans après, les invalides purent prendre possession de leur nouvelle demeure. Ce ne fut du reste que trente ans plus tard que le monument fut achevé dans son ensemble, sous la direction de Jules Hardouin Mansard, auteur du plan du magnifique dôme qui est le plus bel ornement de l'hôtel des Invalides.
En 1690, plusieurs officiers et soldats qui avaient recouvré la santé et leurs forces  à l'hôtel demandèrent à faire un service actif. On détacha plusieurs compagnies d'invalides à qui l'on confia la garde des forts, des citadelles et des prisons d'état. En 1696, ces compagnies prirent rang dans l'armée, du jour de leur création. Telle est l'origine du corps des vétérans.
Les abbayes et les prieurés formèrent le premier fond destiné à la dotation de l'hôtel des Invalides, mais son insuffisance fit bientôt recourir, pour l'augmenter, à de nouveaux moyens. On y parvint d'abord en ordonnant la retenue de deux, puis de trois deniers pour livres sur toutes les dépenses de la guerre. D'un autre côté l'administration sut tirer parti d'un vaste terrain dépendant de l'hôtel. Ce terrain, livré à la culture, ajouta un nouveau produit au fond primitif. En 1789, les revenus des Invalides s'élevaient à 1.700.000 francs. Sous le gouvernement impérial, la dotation de l'hôtel consistait dans la retenue de 2 % sur le traitement des officiers de l'armée de terre, sur les retraites, sur les pensions civiles, militaires et de la Légion d'Honneur; en une rente de 100.000 francs, inscrite sur le grand livre de la dette publique; en une part du produit des salines de l'Est; dans le prélèvement de 50 % sur le produit des bris maritimes, des prises, etc.; dans celui de 1 % sur les octrois; dans le produit des herbages et postes de guerre; enfin, en un produit sur le dessèchement des marais de Rochefort et du Cotentin. Au commencement de 1798, la dépense de l'hôtel avait été fixée à 5.722.986 francs.
La bibliothèque, qui se compose actuellement de 26.000 livres, et la batterie que l'on voit sur l'esplanade, furent établies en 1800.


Les guerres de la révolution et l'accroissement successif de nos armées, ayant considérablement augmenté le nombre des invalides, deux succursales furent créées la même année, à Louvain et Avignon: elles devaient recevoir chacune 2.000 hommes. La dernière subsiste encore.
Les officiers, logés dans un quartier séparé de l'hôtel, ont une chambre pour deux ou pour quatre. Les officiers supérieurs ont chacun une chambre particulière. Les sous-officiers et soldats occupent des chambres de quatre ou douze lits.
Une ordonnance du 21 août 1822, assigne, dans l'armée, le premier rang aux invalides. Une ordonnance du 5 janvier 1710 prescrivait de n'admettre à l'hôtel des Invalides que les militaires ayant au moins vingt ans de service, ou qui auraient été grièvement blessés. Après avoir subi diverses modifications, ces conditions restent déterminées comme il suit: "Nul ne peut entrer s'il na perdu un ou plusieurs de ses membres, ou s'il n'a pas trente ans de service effectif et soixante ans d'âge." La perte de la vue, par suite d'événements de guerre, est aussi un titre d'admission. Les militaires retirés du service doivent de plus jouir déjà d'une pension de retraite (1)

(1) Les gratifications mensuelles accordées aux militaires de tous grades, après avoir également éprouvé diverses modifications, sont aujourd'hui établies conformément au tableau ci-après. Nous y ajouterons les droits à la retraite des invalides, lorsque cette retraite est demandée, en échange des droits de l'hôtel.

                                                                           Gratifications                    Droits à la
                                                                              mensuelles                       retraite

Colonel..................................................30 fr.                                3.000
Lieutenant-colonel................................24                                      2.400
Chef de bataillon, d'escadron et major...20                                      2.000
Capitaine...............................................10                                      1.600
Lieutenant..............................................8                                       1.200
Sous-lieutenant......................................6                                       1.000
Adjudant sous-officier............................4                                          800
Sergent-major........................................4                                           600
Sergent et fourrier..................................3                                          600
Caporal..........................................?........3                                           500
Soldat.....................................................2                                            450

A l'époque de leur institution, les invalides de l'hôtel étaient armés de l'épée, de la hallebarde ou de la pique; les plus agiles ou les moins estropiés portaient le fusil, le mousqueton ou la carabine. Toutes ces armes étaient prises dans les magasins de l'état et parmi celles qui se trouvaient hors service. De nos jours, ils sont tous armés de sabres ou de fusils, ou seulement de la baïonnette.

Magasin universel, 1834.

Lillebonne.

Lillebonne.
Le château d'Harcourt- la tour de Guillaume.



La ville de Lillebonne, située dans le département de la Seine-Inférieure, et qui n'est autre que l'antique Juliobona, capitale du pays des Calètes, dut jouir sous les Romains, d'une assez grande importance, si l'on en juge par les nombreux vestiges de chaussées, d'amphithéâtres, de souterrains, de tombeaux, d'urne sépulcrales, qui sont parvenus jusqu'à nous.
Mais elle s'éclipse durant l'invasion des barbares, et à l'exception de quelques mots de la chronique de saint Wandrille, qui indique qu'on alla chercher à Lillebonne vers le milieu du VIIIe siècle, dans les débris des temples payens, les pierres propres à la construction des voûtes et de la façade de l'église Saint-Michel, on ne trouve plus de traces de l'existence de cette ville jusqu'à la domination des Normands qui, attirés par la beauté de sa situation, y édifièrent des châteaux dont celui d'Harcourt fait partie. Le temps et les révolutions successives ont fait subir des changements à ce vieux manoir: le style de chaque époque a rendu son origine presque méconnaissable.
Son enceinte vide ne présente plus qu'une cour immense dans laquelle on pénètre par une ouverture coupée, en forme de guichet. Une nappe de verdure foncée qui couvre ces débris, leur prête un aspect solennel et imposant. A gauche de la porte d'entrée s'élève la tour Guillaume que l'on appelle aussi tout de Lillebonne, et que représente notre gravure.


Elle est séparée du corps d'habitation par un pont levis de trente-trois pieds, jeté sur un fossé très profond. Son diamètre de cinquante-deux pieds, est partagé de la manière la plus égale entre le plein et le vide; les murs ont treize pieds d'épaisseur. Les fenêtres à pointes aiguës, les arêtes des voûtes, chargées de cul-de-lampes élégans, révèlent déjà cet âge de perfectionnement, ou si l'on veut d'ingénieuse imitation, dans lequel l'originalité des conceptions romantiques de l'architecture intermédiaire commençait à reconnaître et à subir l'influence d'une architecture plus classique. On parvient à son sommet avec un peu de difficulté parmi des décombres que le temps accumule tous les jours, et de ce point élevé la vue embrasse une des vues les plus délicieuses de la Normandie; mais ce château est surtout célèbre par ses anciens et intéressans souvenirs. Son histoire se trouve en quelque sorte liée à celle de Guillaume-le-Conquérant; nous allons donc esquisser rapidement les principaux événemens de la vie de ce prince.
Guillaume-le-Conquérant était fils naturel de Robert-le-Diable, duc de Normandie; il naquit à Falaise en 1027, et fut, à l'âge de 18 ans, investi de l'administration des états de son père, lors du départ de celui-ci pour la Terre-Sainte. Son premier soin fut de rechercher l'alliance de Henri 1er, roi de France, et, avec l'aide de ce prince, à qui le duc Robert avait lui-même rendu d'importants services, il pût comprimer la rébellion que les seigneurs de Normandie avaient fomentée contre lui. Après avoir remporté sur eux une victoire complète, l'an 1047, à Val-aux-Dunes, entre Caen et Argentan, il étouffa dès leur naissance plusieurs autres tentatives, et rétablit le calme dans ses états. Ayant plus tard terminé à son avantage quelques différens avec les ducs du Maine et d'Anjou, et même avec le roi de France, il se crut assez fort pour entreprendre la conquête de l'Angleterre. C'est principalement à cette expédition que Guillaume doit sa célébrité. Ses droits au trône d'Angleterre ne reposait que sur un prétendu testament d'Edouard-le-Confesseur; mais, fort de la sanction donnée par le Saint-Siège à son entreprise, il attira sous les drapeaux une foule d'aventuriers, et se disposa à faire une descente en Angleterre. Ce fût dans le château de Lillebonne qu'il fit tous ses préparatifs, et qu'ils assembla ses barons pour délibérer avec eux sur l'exécution de son audacieux projet. Au mois de septembre 1066, la flotte de Guillaume se réunit à Saint-Valéry. L'expédition ne semblait pas s'annoncer sous de favorables auspices: pendant plusieurs jours les vents furent contraires, et retinrent au port les troupes normandes. Les soldats étaient découragés, et on les entendait dire: "Bien fou est l'homme qui prétend s'emparer de la terre d'autrui; Dieu s'offense de pareils desseins, et il le montre en nous refusant le bon vent."
Cependant les vents changèrent, et la flotte mit à la voile; quatre cents gros navires et plus d'un millier de bateaux de transport s'éloignèrent de la rive au même signal. 


Le vaisseau de Guillaume voguait en tête, portant, en haut de son mât, la bannière, envoyée par le pape, et une croix sur son pavillon. Ses voiles étaient de diverses couleurs, et l'on y avait peint en plusieurs endroits trois lions, enseigne de Normandie; à la proue était sculptée une figure d'enfant, portant un arc tendu, avec la flèche prête à partir.
On débarqua, sans éprouver de résistance, à Pevensey, près de Hastings. On raconte que le duc de Normandie, en mettant pied à terre, fit un faux pas et tomba: alors un murmure confus s'éleva parmi les hommes d'armes, et des voix s'écrièrent: "Dieu nous garde! c'est un mauvais signe." Mais Guillaume se relevant, dit aussitôt: " Qu'avez-vous? pourquoi vous étonner! J'ai saisi cette terre avec mes mains, et par la splendeur de Dieu, elle est à nous!" Cette vive répartie arrêta subitement l'effet de mauvais présage.
Harold, roi des Saxons, ne tarda pas à venir à la rencontre des Normands; les deux armées prirent position en face l'une de l'autre, et commencèrent le combat. L'attaque fut vive et les Normands furent d'abord repoussés; on avait fait courir dans leurs rangs que Guillaume avait été tué, et cette nouvelle leur avait fait prendre la fuite; mais le duc de Normandie se jeta au devant des fuyards, les menaçant et les frappant de sa lance, et parvint à les ramener au combat. Les Saxons, qui les poursuivaient en désordre, commencèrent alors à faiblir et à lâcher pied, et la victoire, après avoir été long-temps incertaine et courageusement disputée, resta enfin aux Normands. Guillaume eut son cheval tué sous lui. Le roi Harold (1) et ses deux frères tombèrent morts, au pied de leur étendard, qui fut arraché et remplacé par la bannière envoyée de Rome. Bien long-temps après ce fatal combat, la superstition patriotique des Anglais crut voir encore des traces de sang frais, sur le terrain où il avait eu lieu; elles se montraient, disait-on, sur les hauteurs au nord-ouest de Hastings, quand un peu de pluie avait humecté le sol.
Guillaume, que cette seule bataille rendait maître de l'Angleterre, fit élever au même endroit un couvent sous l'invocation de la Sainte-trinité et de Saint-Martin, patron des guerriers de la Gaule. Ce couvent fut appelé, en langue normande, l'abbaye de la bataille. Des moines du grand couvent de Marmoutier, près de Tours, vinrent s'y fixer, et prièrent pour les âmes de ceux qui avaient perdu la vie à Hastings.
Une administration pleine de sagesse gagna d'abord à Guillaume l'affection de ses nouveaux sujets; mais la sévérité de ses ministres la lui fit perdre bientôt. Quelques troubles éclatèrent, et le conquérant en profita pour ôter les emplois à tous les Anglais, proscrire les nobles, confisquer leurs biens, et rétablir des impôts odieux. Il désarma les rebelles par la force et par la ruse, et les épouvanta par la dévastation du Northumberland. Malgré cette tyrannie insupportable, malgré les conspirations nouvelles que plus tard elle provoqua, Guillaume conserva l'intégralité de sa puissance, sur la Normandie et la Grande-Bretagne, jusqu'à sa mort, arrivée en 1087.

(1) On sait que la mort d'Harold a fourni à l'un de nos plus grands peintres, M. Horace Vernet, le sujet d'un magnifique tableau, que l'on admira, il y a quelques années, à l'exposition du Louvre. Il représentait Edith (la belle au cou de cygne) , accompagnée de plusieurs moines, et cherchant parmi les morts, le corps de son royal amant.

Magasin universel, 1834.

lundi 1 décembre 2014

Le mauvais œil.

Le mauvais œil.


Le Dr Monprofit d'Angers a publié récemment dans l'Anjou médical un document de jurisprudence médicale absolument authentique et d'une rare saveur. Il est daté du 10 octobre 1770.
Trois chirurgiens du roi, Monescaut, Delcour et Niel, assisté de Billaud, notaire royal, furent commis pour examiner, disent-ils, "le corps du nommé Alphin, officier dans le bataillon du Languedoc, à qui l'un de nous avait fait ordonnance pour un clystère composé et qui était passé de vie à trépas sans le recevoir".
Or le maître apothicaire Blanchard contre qui plainte a été portée, a déclaré "qu'il s'étoit présenté hier vingt-sept au domicile d'Alphin, étant porteur d'une seringue en bon estat, pour réouvrir et deffermer les courants cholédoques, et qu'il avoit cherché à l'insinuer suivant les règles de l'art (tuto et jucunde) mais inutilement et avec grand empressement et fascherie; qu'il avoit cependant regardé de plus près in fundamento, et qu'ayant écarté les posters, il avoit aperçu, contre tous usages et coutumes, un œil qui le regardait en face, ce qui n'étoit jamais arrivé depuis sept vingt ans qu'il pratiquait, qu'il avait jugé que son honneur était outragé et qu'il s'était retiré du céans".
A leur tour, les experts procédèrent à l'examen du fondamentum d'Alphin. "Le poster étant ouvert, déclarent-ils, nous avons rencontré un fragment de cristal qui faisait œil et qui regardoit. Jugeant le cas neuf et extraordinaire mais exempt de maléfice, jongleries ou autre perfidie, nous avons interrogé les gens de service qui nous ont appris qu'Alphan avoit accoutumé de mettre son œil dans un verre d'eau et qu'il avait pu l'avaler dans son délire. C'est pourquoi nous avons jugé que Blanchard, maistre apothicaire, adolé et outragé, avait sagement agi en se retirant pour attendre la visite du chirurgien ordinaire du Roy, et déclarant que les torts et rébellions sont du côté du mort".
Pauvre Alphin! Aux yeux des médecins, les malades, morts ou vivants, ont toujours tort.

Les annales de la santé, août 1909.

Pilules perpétuelles.

Pilules perpétuelles.

Autrefois on faisait avec l'antimoine métallique des petites balles qui purgeaient: elles agissaient comme des corps étrangers provocant des contractions intestinales et étaient rendues avec les selles telles qu'elles avaient été absorbées.
On les lavait et on les avalait de nouveau en  guise de purgation, d'où leur nom de pilules perpétuelles. Certaines de ces pilules servaient à plusieurs générations.

Les annales de la santé, Avril 1909.

De l'origine des étrennes.

De l'origine des étrennes.


La coutume de donner des étrennes est fort ancienne; on a prétendu qu'elle remontait au temps des premiers rois de Rome: on lit dans quelques auteurs que Tatius ayant reçu, le 1er janvier, comme un bon augure, quelques branches de palmier, coupées dans un bois consacre à la déesse Strenna, cette coutume fut désormais autorisée, et porta le nom de strenæ (étrennes) , à cause de la divinité qui présida depuis à ces sortes de cérémonies.
Les Romains firent de ce jour-là un jour de fête, qu'ils dédièrent au dieu Janus, représenté avec deux visages, l'un devant, l'autre derrière; symbole du passé et de l'avenir, et qui semble regarder en même temps une année qui finit et une année qui commence. Le mois de janvier est dédié à Janus; ce fut Numa Pompilius, deuxième roi de Rome, qui l'ajouta au calendrier. Le premier jour de janvier, on revêtait ses habits les plus beaux, on se souhaitait une heureuse année les uns les autres, et il n'était pas permis de prononcer aucune parole de celles qu'on croyait être de mauvaise augure. Les présens ordinaires étaient des figues, des dattes de palmier et du miel, et chacun envoyait ces douceurs à ses amis, pour témoigner qu'on leur souhaitait une vie douce et agréable. Les cliens offraient en outre à leurs patrons une pièce de monnaie. Avec le temps, l'or finit par remplacer la modeste pièce d'airain. Sous le règne d'Auguste, le peuple, les chevaliers et les sénateurs, venaient offrir des étrennes à l'empereur.
Tibère avait désapprouvé cette coutume, et de son autorité despotique, il avait défendu, sous des peines sévères, l'usage de faire des présens; cette défense ne subsista pas long-temps; car, sous Caligula, un édit spécial fit savoir au peuple et aux chevaliers que l'Empereur recevait désormais tous les cadeaux qu'on voudrait bien lui faire, suivant les usages anciens.
Dans les premiers siècles de l'Eglise, on continua à offrir des présens non-seulement à l'empereur, mais aux magistrats; les pères et les conciles s'élevèrent contre cet abus, qui a fini par disparaître. Mais du moment où les étrennes n'ont plus été que des témoignages réciproques de bienveillance et d'amitié, et qu'elles ont été purgées de toutes les cérémonies païennes, l'Eglise a révoqué sa sentence de proscription.
Tous les anciens historiens de la monarchie de France; Grégoire de Tours, le moine de Saint-Denis, Monstrelet, Froissart, Alain Chartier, Juvénal des Ursins, détaillent avec un soin particulier les divers présens que faisait le seigneur au roi, les somptueuses étoffes qu'il envoyait à ses alliés et confédérés: "Le roi Charles sixième surtout ne manqua l'observance d'icelle cérémonie, et, suivant l'ancienne coutume de donner une marque de son affection, mandait une fois chacun an de riches étrennes, soit joyaux et pierreries, soit certaines pièces de velours cramoisi, au roi et à la reine d'Angleterre."
Et quels beaux présens ne faisait pas la reine Marguerite, sœur de François 1er. Au commencement de chaque année, eût-elle jamais manqué d'envoyer pour étrennes à son frère une épître gentiment tournée en vers gracieux et élégans? Rien n'égala sa générosité à l'égard des seigneurs de la cour: Brantôme, avec son style louangeur pour tous les personnages dont il nous a décrit la vie, raconte que "Madame Marguerite était toute bonne, toute splendide et libérale, n'ayant rien à soi, donnant à tout le monde; tant charitable, tant aumônière à l'endroit des pauvres! aux plus grands, elle faisait honte en libéralités, comme je l'ai vue, au jour des étrennes, faire de si riches présens à toute la cour, que le roi, son frère, s'en étonnait et n'en faisait jamais de pareils."
Peu de personnes ignorent que, sous le règne de Henri IV, le ministre Sully ne manquait jamais, à chaque renouvellement d'année, d'apporter au roi pour ses étrennes deux bonnes bourses de jetons d'or "et le félicitait et complimentait gracieusement sur l'année qui allait se commencer."
Cet usage des cours se reproduit dans les villes: le 1er janvier, les bons bourgeois enchaperonnés se rendaient des visites en grande cérémonie; chacun portait son petit cadeau, lequel consistait souvent en dragées et confitures sèches; ils se faisaient mutuellement de belles harangues, se souhaitaient bonheur et prospérité. De nos jours, l'époque des étrennes est, en quelque sorte, un moment de crise sociale; toutes les populations s'agitent; le monde est en mouvement; et ce qui est encore un plaisir pour quelques-uns est devenu pour le plus grand nombre un rigoureux devoir.
Voltaire se fit une réputation précoce par une pièce de vers qu'il composa pour un invalide du régiment Dauphin. Ce vieux soldat avait servi sous le fils de Louis XIV, le père de l'élève de Fénelon, et les récita à ce prince à l'époque du jour de l'an. " Cette bagatelle d'un jeune écolier, dit Voltaire, dans son Commentaire historique, fit quelque bruit à Versailles et à Paris." Ninon voulut le voir et lui fit peu de temps après un legs de deux mille livres.
Parmi les traits plaisans auxquels le jour de l'an a donné naissance, on a souvent cité celui-ci: le cardinal Dubois avait un intendant dont les friponneries lui étaient connues. Au jour de l'an, cet intendant venait rendre ses devoirs à son maître: au lieu de lui donner ses étrennes, comme aux autres personnes attachées à son service, le cardinal se contenta de lui dire: "Monsieur, je vous donne ce que vous m'avez volé." Et l'intendant se retirait après avoir salué bien respectueusement son maître, comme un pénitent que la parole du prêtre a lavé de ses péchés.
En Angleterre les étrennes se donnent le 25 décembre, jour commémoratif de la naissance de Jésus-Christ et époque à laquelle plusieurs peuples de l'Europe commençaient l'année, dans le moyen-âge. En Russie les cadeaux se font plus particulièrement à Pâques.

Magasin universel, 1834.

L'art de bien se moucher.


L'art de bien se moucher.

Le Dr Laxe, de Londres estime qu'il y a danger sérieux à se moucher trop fréquemment et surtout trop violemment, surtout quand on est atteint de coryza ou rhume de cerveau. Il y a en effet de bons motifs de considérer que l'infection des cavités accessoires peut être produite par l'acte de se moucher quand il existe un état catarrhal aigu de la muqueuse nasale, car il faut bien admettre que la partie antérieure du nez doit-être fermée par les doigts, de façon à obtenir la force de propulsion nécessaire à l'expulsion du mucus nasal, et je suis convaincu qu'ainsi, peut quelquefois être lancée dans un sinus possédant un orifice assez large, une petite quantité de matière infectante, qui n'aurait, autrement, jamais pénétré dans cette cavité. L'oreille peut être infectée de la même façon. Conclusion: quand on a du rhume de cerveau, se borner à s'essuyer le nez et ne pas se moucher violemment.
Mais, à l'état normal, quand on n'a ni rhume de cerveau ni autre catarrhe nasal, quelle est la meilleure manière de se moucher? Les doigts ou le mouchoir?
Les uns et les autres ont du bon, mais aussi leur mauvais côté. Un jour, j'assistai à Delhi à une danse de bayadères. Je vis l'une d'elle s'approcher de la fenêtre, appuyer délicatement un doigt sur une narine et lancer dans la rue le paquet de mucosité qui encombrait l'autre narine, et ce avec un geste d'une rare élégance. Je ne pus réprimer un sourire qui n'échappa pas à la jeune hindoue. Avec une moue, elle déclara à une de ses compagnes: "L'Européen est vraiment surprenant; il rit de mon geste; tout à l'heure il s'est mouché avec un linge qu'il va conserver toute la journée dans sa poche. L'Européen est vraiment dégoûtant".
Les Japonais qui sont généralement des gens d'une propreté méticuleuse, ont trouvé un moyen terme. Ils portent dans les manches de leurs kimonos des carrés de papier souple et résistant avec lesquels ils se mouchent, s'essuient la bouche ou la figure, et qu'ils jettent après s'en être servis. Les femmes en portent même dans leur chignon. Au point de vue hygiénique, c'est évidemment l'idéal.

Les annales de la santé, mars 1909.