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dimanche 8 août 2021

 Le langage muet des criminels.





"Le cambrioleur a, de naissance, la bouche cousue et, en matière de secret professionnel, rendrait des points à une carpe", nous disait plaisamment, l'autre jour, un ancien chevalier du rossignol et de la pince-monseigneur, à qui nous demandions la faveur d'une interview.
Ce ne fut qu'après d'éloquentes supplications, appuyées de solennelles promesses, que ce vieil ouvreur de portes, devenu ouvreur de portières, consentit à nous révéler quelques pratiques de son premier métier, pratiques curieuses qui nous ont paru dignes d'être publiées. Disons d'abord que le gentleman en question compte à son actif un nombre imposant d'exploits qui ont fait de lui, en son jeune temps, le chef d'une bande célèbre devant laquelle aucune maison, ni aucun coffre-fort ne demeuraient fermés, au grand dommage des propriétaires.

Les cambrioleurs ont un langage très ingénieux.

C'est surtout pour ces praticiens de l'effraction qui doivent opérer sans bruit et rivaliser de prudence avec Conrart* que le silence est d'or; aussi, ont-ils imaginé, à l'instar de l'abbé de l'Epée* un langage muet des plus expressifs. Ils se communiquent ordres et conseils au moyen d'une combinaison de signes d'autant plus ingénieux qu'ils sont simples et peuvent ainsi passer aisément inaperçus de tous ceux auxquels ils doivent échapper.
Pour avertir, par exemple, un copain que le moment n'est pas propice ou qu'il y a du danger à risquer certain coup, un des membres de la bande passera devant lui, en faisant claquer le pouce et l'index.

L'autre, pour indiquer qu'il a compris, se contentera de retourner l'annulaire et personne n'aura l'idée de suspecter des gestes aussi familiers.

Un cambrioleur des plus dangereux est un aimable et souriant vieillard.

Un des cambrioleurs les plus émérites qu'ait connus celui que nous interviewons était, paraît-il, un vieillard à l'air respectable, au visage sympathique, d'une correction et d'une affabilité parfaite. Avec une dextérité que lui eussent enviée nos plus habiles prestidigitateurs, il savait enlever une bague en donnant une cordiale poignée de main ou subtiliser une épingle de cravate, en époussetant d'une main légère le gilet d'un ami sur lequel il avait fait voltiger, comme par mégarde, de la cendre de cigare.


Il semblait mener une existence fastueuse, fréquentant assidument les endroits où se réunissait la meilleure société: théâtres, bals, restaurants, salons officiels, etc. Chaque soir, il se mettait en habit et souvent, à l'Opéra, on eût pu le voir confortablement installé dans un fauteuil et paraissant se livrer aux douceurs d'un sommeil dont tous les cuivres déchaînés de l'orchestre ne parvenaient pas à le tirer.


Mais un observateur attentif et prévenu eût deviné que cet obstiné dormeur n'avait jamais été si bien éveillé, et que sous ses paupières à moitié baissées les yeux se tenaient à l'affût, en quête de quelque victime. Dès qu'il en avait choisi une, le placide vieillard se croisait les mains sur la poitrine. C'était le signal attendu par un jeune dandy, assis non loin de lui. A eux deux, pendant l'entr'acte, ils avaient vite fait de s'emparer des bijoux.

Les discours silencieux.

Nul ne savait plus adroitement que lui prévenir ses complices, en cas de danger. Qui eût pu supposer qu'il leur donnait l'alarme, en caressant discrètement sa longue barbe blanche, en croisant nonchalamment les jambes ou en se mouchant avec un peu trop d'éclat?



Comment se douter, en le voyant dessiner sur une feuille de calepin une tête de bouledogue, que c'était une façon d'avertir ses associés que l'individu qu'ils filaient avait dans sa poche un revolver? Aucun de ses compagnons ne pouvait aussi bien que lui évaluer à distance la valeur des bijoux, étudier le plan d'un appartement à cambrioler, flairer la présence d'agent de la Sûreté et les reconnaître, quels que fussent leurs déguisements.

Des regrets unanimes dans le monde des cambrioleurs s'élevèrent à la mort de ce charmant vieillard qui s'était également acquis de très vives sympathies dans la haute société parisienne et auquel la presse consacra des bulletins nécrologiques sous ce titre: "Un vieil habitué des premières qui s'en va."
Les héritiers eurent à payer des droits de succession fort élevés, ce qui laisse à penser que l'héritage du digne escarpe dut être des plus appréciables et que les bénéfices d'une longue et laborieuse carrière ne furent pas dilapidés du vivant de leur propriétaire. Fait vraiment digne de remarque: jamais au cours de sa vie de cambrioleur et de pickpocket, le vieillard en question, dont Paris conserva toujours les faveurs, ne fut inquiété une seule minute, n'eut le plus petit démêlé avec la justice de son pays!

Le langage muet des policiers.

Si les malfaiteurs savent parfaitement se comprendre sur un simple geste, sur une attitude familière, les policiers leur donnent la réplique avec une égale habileté. En effet, au cours de leurs filatures, pendant les opérations parfois longues et délicates qui aboutissent à l'arrestation des malfaiteurs, les agents de la Sûreté, dissimulés sous les plus invraisemblables déguisements, se trouvent dans la nécessité absolue de communiquer entre eux, d'échanger des observations, de se tenir au courant des changements qui peuvent se produire dans la situation de leur gibier. En s'abordant, en conversant ouvertement entre eux, les agents donneraient ainsi l'éveil à ceux-là mêmes dont à tout prix ils doivent éviter d'être reconnus. Ils ont donc convenu entre eux d'une sorte de code par signes qui leur permet d'échanger des phrases entières, de soutenir une véritable conversation à distance et cela sans même se regarder!



MM. Claude et Goron, anciens chefs de service de la Sûreté, dans les si intéressantes Mémoires (1), où ils ont relaté toutes les dramatiques aventures de leur carrière, nous révèlent quelques secrets de ce code des gestes.
Deux agents en bourgeois sont perdus dans la foule, attachés au pas de quelque malfaiteur. L'un des agents veut-il appeler son collègue sans se retourner ni le chercher des yeux? Tout naturellement, il soulève son chapeau, légèrement, puis un peu plus haut, comme s'il saluait. Il se recoiffe: quelques secondes plus tard, le second agent, qui a compris le signal, le frôle du coude.
La conversation par gestes est-elle terminée? Convient-il que les deux compères se séparent? L'un d'eux porte à nouveau la main à son chapeau, salue d'un geste large, tenant son couvre-chef très éloigné de son corps... Déjà son camarade a disparu.

Dans un de nos grands magasins de Paris où les vols sont si fréquents, si un agent de la Sûreté veut indiquer à son compère que telle cliente, à l'aspect respectable d'une bonne mère de famille, dissimule sous son ample manteau des coupons de dentelle adroitement subtilisés au comptoir. Il boutonne du haut en bas sa redingote.



Ce geste, insignifiant pour les non-initiés, indique à l'agent le gibier à filer et à arrêter. Un individu porteur d'une arme blanche (couteau, stylet, poignard) est signalé par un agent à un confrère en faisant rentrer sous les manches le liseré des manchettes. Un revolver est signalé en faisant changer de doigt une bague apparente.
Ainsi malfaiteurs et policiers luttent d'habileté pour se dépister et se tromper naturellement!

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 30 avril 1905

(1) Mémoires de M. Claude, en volumes à 3 fr 50;
Mémoires de M. Goron, en livraison illustrées à 0 fr 50 la série.
Publications Jules Rouff et Cie, 4 rue de la Vrillière, Paris.


* Nota de Célestin Mira:

* Conrart:

Conseiller et secrétaire de Louis XIII, Valentin Conrart fut l'initiateur de l'Académie française. Il fut le premier secrétaire perpétuel de cette Académie de 1634 à 1675. Il fut raillé par Boileau qui, dans une de ses épîtres, dit: "J'imite de Conrart le silence prudent"


Tableau de Valentin Conrart, musée des Beaux-Arts de Tours.


* L'abbé de l'Epée:

Il fut le créateur d'un langage par geste destiné aux élèves sourds. Sa méthode est désignée par le sigle LSF( Langue des Signes Française). Il donna des cours, grâce à cette méthode, dans un classe créée par ses soins pouvant recevoir 60 enfants.




lundi 28 mai 2018

Le langage des timbres-postes.

Le langage des timbres-postes.

Le timbre, placé debout dans le coin à droite de l'enveloppe, signifie grande sympathie.
Au même endroit, la tête en bas, profond mépris; horizontalement, comptez sur mon dévouement. Dans l'angle gauche, mi-renversé, il signifie: "Je vous aime en silence, etc." 
Enfin, chaque place et position différentes expriment un sentiment quelconque. Il faut donc affranchir avec soin ses messages et faire ce que la poste recommande: placer le timbre en haut, à droite et debout; de cette façon la sympathie est générale pour tous.

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 8 novembre 1903.

Nota de célestin Mira: 

En fait, le langage des timbres est assez variable suivant l'auteur et chacun est en droit d'y trouver ce qu'il cherche!














mercredi 14 décembre 2016

Le langage des ombrelles.

Le langage des ombrelles.

L'ombrelle n'a pas toujours été l'instrument gracieux et démocratique qu'elle est entre les mains de nos charmantes midinettes. Au XVIIe siècle, elle ne protégeait des ardeurs du soleil que les nobles dames qui allaient gravement par les rues, accompagnées d'un page porteur d'un grand parasol, c'est ainsi qu'on appelait alors les ombrelles.
Quand ces personnes très élégantes se résignèrent à porter elles-mêmes cet instrument, elles en firent fabriquer de plus petits, mais qui ne se fermaient pas. Le système actuel à fermeture ne date, en effet, que de plus tard.
A Versailles, les grandes dames de la Cour virent bientôt le parti qu'elles pouvaient tirer de l'ombrelle et ce que leur coquetterie allait y gagner. Il s'en trouva même quelques-unes pour imaginer un langage du parasol, comme d'autres trouvèrent "ce que disent les fleurs". Et ce petit code d'amour est encore en usage dans certaines villes du midi de la France.
Portée sur l'épaule, l'ombrelle dit "indifférence". Lorsqu'on la tient haut, au-dessus de la tête, c'est signe que "l'on n'a rien à craindre"; inclinée vers la droite, elle signifie: "j'accepterai volontiers votre bras". L'ombrelle fermée veut dire: "je brave tout pour vous". Quand on la tient par la pointe, c'est signe de colère: "je vous battrais volontiers"!

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 17 mai 1908.

samedi 11 octobre 2014

Sur quelques mots empruntés récemment à la langue anglaise.

Sur quelques mots empruntés récemment à la langue anglaise.



Monsieur le Directeur,

Dans votre dernier volume (1864, page 257), vous avez publié une notice sur un de ces jardins que, depuis quelques années, on multiplie dans Paris pour le plus grand plaisir des yeux et aussi, je suppose, pour que les Parisiens conservent quelque notion de la verdure et de la végétation, aujourd'hui que presque tous les jardins particuliers ont disparu. Vous avez conservé en tête de votre article la dénomination que paraît avoir adopté l'édilité parisienne, SQUARE. C'est à ce sujet que je voudrais vous présenter quelques observations.
A ces enclos, tantôt carrés, tantôt ovales, et qui peuvent recevoir toutes les formes, pourquoi, au lieu du simple mot français jardin, préférer le mot anglais square, dont si peu de personnes à Paris connaissent la signification ou même la prononciation exacte (les ignorants naïfs disent squouarre, les ignorants prétentieux squouaire)?
Que veut dire ce mot? Tout simplement carré, que l'on écrivait autrefois quarré. C'est sous cette dernière forme que les Normands de Guillaume le Conquérant l'ont porté de France en Angleterre, où, par altération, il a reçu sa physionomie actuelle de square. Nos pères donnaient le nom de quarré à ces grands espaces que nous appelons places. C'est ainsi que devant les églises de l'Abbaye Sainte-Geneviève et Saint-Etienne du Mont était et subsiste encore le carré Sainte-Geneviève, qui a toujours été bien plus triangulaire que carré. Près du prieuré de Saint-Martin des Champs, il y avait le carré Saint-Martin, dont le nom s'est conservé, ainsi que l'emplacement, jusqu'à ce jour. Il y en avait d'autres encore à Paris et ailleurs. Square, en anglais, n'a pas cessé de désigner carré, et le verbe to square veut dire équarrir. Donc, ou reprenons notre vieux mot carré, non encore tombé en désuétude, même à Paris, ou disons simplement jardin.
Square n'est pas le seul ancien mot français que nous avons repris, tout défiguré, aux Anglais. Budget n'est autre que notre vieux mot bougette, qui signifiait sac de voyage, bourse.
Railway est généralement traduit dans nos dictionnaires modernes par chemins à barrières. Rail signifie, en effet, barrière, et way veut dire chemin. Mais, dans les dictionnaires antérieurs à l'invention des chemins de fer, rail signifie aussi rayon, rais, raie, et si vous prononcez ce dernier mot comme on l'a prononcé longtemps et comme nous prononçons encore paie, vous arriverez à la forme rail ou à peu près. Raie est, en effet, comme l'a démontré Génin, l'origine de railRailway est donc un chemin à raie, et cette désignation caractérise bien le chemin de fer qui étend au loin sa double raie. Par conséquent, nous devons, nous Français, dire non pas dérailler, mais dérayer, comme enrayer, qui signifie arrêter les raies ou rais d'une roue.
Pourquoi appelons-nous wagons les voitures qu'entraîne la locomotive sur la ligne de fer.? Lorsque les Anglais ont construit les premiers chemins de fer, où d'abord on ne transporta que des marchandises, ils employèrent tout naturellement le mot wagon, signifiant chariot. Ne pouvions-nous faire comme eux et appeler nos voitures de chemins de fer des voitures ? Qu'un mot nouveau soit crée pour dénommer une chose nouvelle, ou emprunté à la langue du peuple inventeur, soit; mais à quoi bon prendre dans un langage étranger les termes qui existent dans la notre?
Nos ingénieurs affectent, depuis peu, d'employer le mot allemand thalweg pour désigner ce que notre langue avait jusqu'ici appelé le lit ou le chenal d'une rivière. En quoi le mot allemand, qui signifie exactement la même chose, est-il préférable?
Je pourrais prolonger mes questions et mes exemples, mais en tout il faut se borner. Je ne repousse d'une manière absolue ni le néologisme, ni même l'emprunt aux autres langues, mais à condition que l'un et l'autre se conforment au génie naturel de notre propre langue, à condition surtout qu'on y ait recours qu'en cas de vraie nécessité, c'est à dire quand le mot n'existe pas encore chez nous. (1)

(1) Nous remercions notre correspondant. Ses critiques sont instructives; mais il est probable qu'elles seront sans influence: elles viennent trop tard, l'usage l'emporte. Auraient-elles été plus utiles venues plus tôt? On peut en douter. Il aurait fallu prévoir les abus et avoir assez d'autorité pour les arrêter à l'origine. quoi qu'il en soit, ses observations peuvent mettre en garde contre les engouements excessifs pour les mots étrangers.

Le magasin pittoresque, 1865.

jeudi 3 juillet 2014

Le beau langage au seizième siècle.

 Le beau langage au seizième siècle.

Il était généralement admis, au dix-huitième siècle, et c'est même encore de nos jours une croyance fort répandue, que les villes de Tours et de Blois font autorité en matière de langage: on y parle, dit-on le meilleur français.
En admettant la réalité de ce fait, il est bon cependant d'examiner à quelle époque cette opinion a pris de la consistance. Elle remonte à une époque beaucoup plus reculée qu'on ne croit, et un petit livre parfaitement oublié le prouve: Pierre Tolet, docte médecin, fort renommé à Lyon, écrivait, dès 1569, en parlant des langues: "la grecque a son atticisme, l'italienne son toscan, l'espagnole son castillan, la françoise son courtisan, ou bien le vieux parler tourangeau (tourangeois), lequel le temps passé se disoit la cresme de la langue françoise." (1)

(1) Vot. un étrange petit volume in-12 intitulé: la résolution et vraye opinion de la faculté du vinaigre contre les néotériques et modernes médecins: Lyon, 1569, in -12. pierre Tolet avait déjà donné: Pasquil antiparadoxe, dialogue contre le paradoxe de la faculté du vinaigre: lyon, 1549, in-12.

Magasin Pittoresque, 1865.

dimanche 1 juin 2014

Des signes usités dans les abbayes.

Des signes usités dans les abbayes
                ou le silence était prescrit.




On sait que la parole était interdite dans la plupart des anciens monastères; mais on avait été obligé d'y adopter certains signes pour correspondre dans les relations indispensables de la vie intime, et pour exécuter avec ordre et ensemble certains exercices. Ces signes n'avaient rien d'arbitraire; ils étaient les mêmes partout, et se trouvaient écrits à la suite des règles du monastère. Nous ne croyons pas qu'ils aient jamais été publiés en français. Ducange, dans son Glossaire, au mot Significare, en a dressé une longue et curieuse liste dont nous donnons ici un extrait.

Des signes qui regardent principalement l'office divin.

1- Pour demander un livre en général, étendez la main gauche, et agitez dessus deux doigts de la main droite comme pour feuilleter.
2- Pour demander le Missel, après le signe mentionné ci-dessus, faites de plus le signe de  la croix.
3- Pour le texte de l'Evangile, après le signe général d'un livre, faites le signe de la croix sur le front.
4- Pour le texte de l'Epitre, outre le signe général, faites encore le signe de la croix sur votre poitrine.
5- Pour l'Alleluia, levez la main, et après avoir replié l'extrémité des doigts, agitez-les comme pour voler, en souvenir des anges, parce que l'Alleluia est le chant des anges.
6- Pour la règle, après avoir fait le signe général pour demander un livre, saisissez avec deux doigts un cheveu pendant au-dessus de l'oreille.

Des signes qui regardent la nourriture, le coucher, la toilette, les supérieurs, etc.

7- Pour le signe du pain, faites un rond avec le pouce et les deux doigts voisins, ce qui imite la forme du pain.
8- Pour le pain que l'on appelle communément tourte, faites de plus une croix au milieu de la paume de la main; car ordinairement on partage ainsi le pain.
9- Pour un demi-pain, repliez le pouce d'une main avec le doigt voisin, et faites comme un demi-cercle.
10- Pour les fèves, appliquez sur la première jointure du pouce l'extrémité du doigt voisin, et faites ainsi dominer le pouce.
11- Pour le millet, faites un rond avec le doigt, parce qu'on le remue ainsi avec la cuiller lorsqu'il est dans le pot.
12- Pour le potage avec des légumes, mettez un doigt sur l'autre, et tirez celui qui est dessus, comme pour couper les herbes qu'on veut cuire.
13- Pour les poissons en général, imitez avec la main le mouvement d'une queue de poisson dans l'eau.
14- Pour l'anguille, serrez les deux mains comme pour retenir une anguille qui s'échappe.
15- Pour la lamproie, représentez avec le doigt sur la mâchoire les points que la lamproie a sur les yeux.
16- Pour le saumon, outre le signe général (voir n° 13), faites encore un cercle avec le pouce et l'index, et portez les autour de votre œil gauche, ce qui imite le grand œil du saumon.
17- Pour le brochet, aplanissez avec la main la superficie du nez; ce poisson a en effet un long groin.
18- Pour la truite, faites glisser le doigt d'un sourcil à l'autre.
19- Pour le fromage, joignez en les croisant les deux mains comme pour presser un fromage.
20- Pour les gâteaux, après avoir employé les signes du pain et du fromage (voir n°7, 19), courbez tous les doigts d'une main, et posez cette main ainsi concave sur la surface de l'autre, ce qui imite la forme élevée des gâteaux.
21- Pour le lait, mettez votre petit doigt entre vos lèvres, comme pour désigner l'enfant qui tète.
22- Pour le miel, faites sortir un peu la langue, et portez-y le doigt comme si vous vouliez le lécher.
23- Pour le vin, courbez le doigt, ce qui imite la forme d'une coupe, et portez-le aux lèvres.
24- Pour l'eau, joignez les deux doigts, et mouvez-les de côté et d'autre.
25- Pour le vinaigre, frottez le gosier avec le doigt, parce que c'est dans le gosier que le goût se manifeste.
26- Pour les fruits, surtout pour la poire et la pomme, refermez le pouce avec les autres doigts que vous pliez.
27- Pour les cerises, portez de plus le doigt sous un œil, ce qui imite une cerise pendant à l'arbre par la queue.
28- Pour le porreau cru, étendez le pouce et le doigt voisin joints ensemble.
29- Pour l'ail ou le raifort, étendez la main contre votre bouche tant soit peu ouverte, comme l'on fait souvent à côté de ceux qui mangent ces légumes, à cause de l'odeur qui s'en émane.
30- Pour la moutarde, posez le pouce sur la jointure antérieure du petit doigt, car la graine de moutarde est extrêmement petite.
31- Pour une tasse, étendez trois doigts quelque peu, et tenez-les en haut un peu courbés.
32- Pour une écuelle, faites le même signe avec toute la main.
33- Pour désigner chape, prenez le bout de ce vêtement avec trois doigts, c'est à dire avec le petit doigt et les deux suivants.
34- Pour la couverture, étendez tous les doigts d'une main, et, dans cette position, portez-les sur votre poitrine comme pour presser la laine; de plus, retirez par en bas la main sur le bras comme pour s'en couvrir au lit.
35- Pour l'oreiller, levez la main, courbez l'extrémité des doigts, agitez-les comme pour voler (signe de volatile pour indiquer la plume), placez-les ensuite auprès de la mâchoire comme fait quelqu'un qui dort.
36- Pour le cordon, passez un doigt autour de l'autre, et portez de côté et d'autre les doigts de l'autre main, comme pour se le mettre.
37- Pour désigner un métal quelconque, frappez un point avec l'autre.
38- Pour le couteau, tirez la main par le milieu de la paume.
39- Pour l'étui du couteau, passez l'extrémité d'une main dans l'autre main, comme pour mettre un couteau dans son étui.
40- Pour le stylet, ayant employé le signe du métal, le pouce étendu, imitez le mouvement de quelqu'un qui écrit.
41- Pour les tablettes, croisez les deux mains, et ouvrez-les ensuite comme pour ouvrir des tablettes.
42- Pour désigner le peigne, passez trois doigts par les cheveux comme pour vous peigner.
43- Pour désigner un ange, faites le même signe que pour l'Alleluia (voir n° 5).
44- Pour une vierge sainte, faites glisser une main d'un sourcil à l'autre.
45- Pour un abbé, prenez avec deux doigts un des cheveux.
46- Pour un moine, saisissez les cheveux avec la main.
47- Pour le prieur, feignez avec le pouce et l'index de sonner une petite cloche (scilla).
48- Pour le gardien d'église (le sacristain), faites comme si vous agitiez une cloche.
49- Pour le maître des novices, passez la main gauche sur les cheveux en glissant sur le front, ce qui indique un novice, et posez sous les yeux le doigt voisin du pouce, ce qui signifie la vue, l'inspection, le maître.
50- Pour le cellerier ou économe, feignez d'avoir une clé dans la main et de la tourner comme si elle était dans une serrure.
51- Pour le jardinier, courbez le doigt comme pour gratter la terre.
52- Pour l'aumônier, tirez la main de l'épaule gauche du côté droit, car c'est ainsi que les pauvres dont il a soin portent ordinairement leur besace.
53- Pour l'infirmier, posez la main sur la poitrine, puis ajoutez le signe de la vue (voir n° 49)
54- Pour un vieillard, passez dans les cheveux la main droite en frottant l'oreille.
55- Pour un enfant, approchez le petit doigt des lèvres.
56- Pour un compatriote ou un parent, tenez la main contre la figure, et mettez le doigt du milieu sur le nez à cause du sang qui coule par là.
57- Pour le signe de parler, tenez la main contre la bouche et remuez-là ainsi.
58- Pour le signe du silence, posez un doigt contre la bouche fermée.
59- Pour celui d'écouter, tenez un doigt contre l'oreille.
60- Pour dire qu'on ignore, essuyez les lèvres avec le doigt.
61- Pour consentir, levez un peu la main, et mouvez-là de telle sorte que la surface extérieure soit en haut.
62- Pour le signe du bien, posez le pouce sur une mâchoire et les autres doigts sur l'autre, et faites les venir avec grâce sous le menton.
63- Pour refuser, mettez sous le pouce l'extrémité du doigt du milieu, et faites le rebondir.
64- Pour voir, posez sous les yeux le doigt voisin du pouce.
65- Pour le signe du mal, posez çà et là les doigts sur votre visage, et imitez un oiseau qui attire quelque chose avec son ongle en le déchirant.

Magasin Pittoresque, 1838.



lundi 21 octobre 2013

Le langage des gants.

Le langage des gants.

Un oui se dit en laissant tomber un de ses gants. On les roule bien dans la main droite pour dire non.
Si l'on est devenue indifférente, on dégante à demi la main gauche.
Je ne vous aime plus du tout, se dit en se donnant des petits coups avec les gants sur le menton.
Pour je vous hais, on retourne ses gants à l'envers.
Je souhaiterais d'être près de vous se dit en lissant ses gants.
Si l'on veut dire ce charmant aveu: Je vous aime, on laisse tomber ses deux gants à la fois.
Si l'on veut témoigner que l'on est fâchée, on frappe de ses gants le dessus de sa main; furieuse, on les éloigne, etc.

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 26 avril 1903.