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mardi 15 mars 2016

Au banquet du XXe arrondissement.

Au banquet du XXe arrondissement.



Le citoyen Lepelletier.

Citoyens!!... Nous voici donc réunis en ce jour maudit du Vendredi saint! Le nommé Jésus était un mouchard, a été dénoncé par des mouchards et condamné par des tyrans!! 
(Triple salve d'applaudissements.)
C'est lui qui a été la cause volontaire de l'écrasement de l'empire romain qui allait doucement à la libre pensée!!
(Applaudissements et trépignements formidables.)
Horreur donc à ce jour néfaste et mangeons, en l'honneur de l'immortelle Commune, le gras-double et le saucisson de l'amitié!!!!! Vive la Commune!!!
(Applaudissements frénétiques).

Le Triboulet, dimanche 4 avril 1880.

lundi 5 octobre 2015

jeudi 3 septembre 2015

Le banquet Roux.

Le banquet Roux.

Le banquet offert le 14 février dernier dans les Salons du Palais d'Orsay, à M. le directeur Roux, par les fonctionnaires du service qu'il dirige, se caractérise d'un mot: il a été magnifique...
                               
                                                                                                   (La Semaine Vétérinaire.)

Toutes les épaves, que peut charrier la marée démocratique agricole domestiquée,  s'était données rendez-vous au Palais d'Orsay. Parmi l'affluence des satellites qui gravitent autour de la constellation de la "Direction des Services sanitaires et scientifiques et de la Répression des Fraudes", se remarquait surtout et principalement le bouchon le plus léger, le plus creux, le plus vide, le plus véreux, le plus pourri... qui conduisait naturellement toute la théorie des bouchons flottants de l'Association des Vétérinaires départementaux; j'ai nommé le distingué rond-de-cuir départemental en chef du Nord: mouchard; fabricant de fiches malpropres pour vétérinaires sanitaires; inventeur du nœud de ficelle obstétrical, destiné à suspendre les vaches flamandes par la queue, pour la réduction du renversement du vagin et de l'utérus; fruit sec de l'Ecole vétérinaire d'Alfort, débarqué pour ignorance crasse; le plus brillant élève de la maison de Gavage de la rue Gay-Lussac, études rapides pour élèves en  retard, etc., etc.
Cet éminent savant, d'un poids considérable (plus de 120 kilos), l'ORGUEIL du département du Nord, était tout naturellement indiqué... pour tenir le crachoir officiel. Boursouflé de son rôle, météorisé de son importance et de sa suffisance, à la fin du repas, qui était exquis, M. Monsarral, qui est un gros mangeur, prit la parole au nom de la presque unanimité des vétérinaires!!!!
Dans une délicieuse salade russe assaisonnée de plates flagorneries, où M. le Ministre de l'Agriculture était mêlé à la Direction de l'éminent savant, collaborateur immédiat de M. Roux, était délayé de sang nouveau, le tout assaisonné de M. Cayol de l'enseignement vétérinaire; des réformes généreuses, du simili-cloître et de l'avènement prochain au doctorat vétérinaire, Jules, (il s'appelle Jules aussi), soufflant comme un phoque, suant, ruisselant, puant, leva son verre et but... il but en l'honneur de M. le Ministre présent, il but en l'honneur de M. Roux; il but en l'honneur de M. Leclainche, il but en l'honneur de M. Cayol et de sa haute distinction; il rebut à l'union féconde des Services sanitaires et scientifiques et de la Répression des fraudes... il buvait toujours... et l'homme à la belle barbe limoneuse... boirait encore, si ses deux voisins immédiats, attelés aux basques de son habit, n'étaient arrivés, à force de poigne et d'énergie, à le faire s'écrouler sur son siège.
Afin de renseigner très exactement mes lecteurs et La Semaine Vétérinaire, sur le cynisme auquel pouvait atteindre ce triste individu, qui espionne ses collaborateurs immédiats et fait surveiller ses confrères sanitaires comme des assassins, pendant des journées entières, par un agent de la police mobile, je fus consulter Mme de Thèbes qui me confia:
"Par le temps qui court, tout est possible, ce docteur en médecine, raté, candidat marron au Sénat, capable de tout, si les cochons hollandais ne lui flanquent pas "la peste porcine" peut aller loin "dans l'ignominie".

                                                                                                                 Eug. Eloire.

Les Annales de la Santé, revue illustrée, 15 mars 1912.

lundi 17 août 2015

Dans un banquet de médecins.

Dans un banquet de médecins.




Dessin de Djim.

Mon Dimanche, Revue populaire illustrée, 26 février 1905.

mercredi 1 juillet 2015

Les fêtes publiques à Paris.

Les fêtes publiques à Paris.

Au temps où le roi pouvait dire: "L'Etat c'est moi", et même plus tard, quand le roi et le peuple eurent fait ce traité qu'on appela la Charte, la grande fête nationale était naturellement la fête du Souverain. La veille, on tirait le canon sur les quais, et les portes des jardins royaux s'ouvraient à tous venants.
Le matin du jour solennel, le roi recevait au château des hommages officiels. Puis les dames des halles de Paris et de Versailles étaient admises à lui présenter leurs bouquets et leurs compliments. Quelques-uns de ces compliments nous ont été transmis par des mémoires intimes, mais ils sont généralement d'un tel style et d'une telle allure que je n'oserais les reproduire textuellement.
Le roi déjeunait en musique, puis il allait entendre la messe à la chapelle. Sous la Restauration, les discours se prononçaient dans la salle du trône, où défilaient les corps constitués et les officiers de la garde nationale. Le corps municipal offrait une médaille commémorative. Pendant le dîner "en grand couvert", le public pouvait passer devant la table de Sa Majesté.
Vers 1780, l'auteur du Tableau de Paris écrivait: "Une fête publique attire quelquefois cinquante mille étrangers." Il était rare alors que la fête se passât sans accident. Les rues de Paris étaient très-étroites et n'avaient pas de trottoirs. Il fallait faire des prodiges d'adresse pour se glisser entre les phaétons, les fiacres, les vinaigrettes et les cavaliers. Quand on tirait les feux d'artifice sur la place de Grève, il y avait toujours au moins huit à dix pauvres diables écrasés, étouffés ou brûlés.
Les distributions de victuailles se faisaient aux Champs-Elysées. On installait des buffets sous les beaux arbres qui avaient été plantés en 1770.
"Ces buffets, dit Mercier, sont merveilleux dans les descriptions; de près cela fait pitié. Imaginez des échafauds d'où l'on jette des langues fourrées, des cervelas et des petits pains; le laquais lui-même fuit le saucisson envoyé par des mains qui s'amusent à le lancer avec force à la tête de la multitude. Les petits pains deviennent pour ainsi dire des cailloux entre les mains de ces insolents distributeurs. Imaginez ensuite deux tuyaux étroits qui versent un vin assez insipide. Les forts de la halle et les fiacres s'unissent ensemble, mettent un broc au haut d'une longue perche, l'élèvent en l'air; mais la difficulté est de l'assujettir, au milieu d'une foule emportée et rivale qui déplace incessamment le vase où coule la liqueur. Les coups de poing tombent comme la grêle; il y a plus de vin répandu sur le pavé que dans le broc; celui qui n'a pas les larges épaules d'un portefaix et qui n'est point entré dans la ligue, pourrait mourir de soif devant les fontaines de vin, après s'être enflammé le gosier par la charcuterie.
" La petite bourgeoisie, que la simple curiosité a amenée, s'écarte avec frayeur de ces hordes qui viennent de conquérir un seau de vin; elle craint d'être heurtée, renversée, foulée aux pieds; car ces terribles conquérants vont revenir pour chasser leurs rivaux et mettre à sec les futailles.



"L'abjection et la misère, voilà les convives de ces fameux banquets; voyez-les dévorer debout les cervelas qu'ils ont attrapés: on dirait un peuple famélique, livré depuis un an aux horreurs de la disette, et à qui un nouvel Henri IV aurait envoyé du pain et du porc assaisonné.
"Ensuite des symphonistes déguenillés, perchés sur des tréteaux et environnés de sales lampions, font crier des violons aigres sous un dur archet; la canaille fait un rond immense, sans ordre ni mesure, saute, crie, hurle, bat le pavé sous une danse lourde; c'est une bacchanale beaucoup plus grossière que joyeuse; et comment donne-t-on une aussi froide orgie pour une fête nationale? Est-ce que les anciens faisaient participer les citoyens pauvres à l'allégresse publique?
"Si l'on jette de l'argent, c'est pis encore; malheur au groupe tranquille où l'écu est tombé! Des furieux, des enragés, le visage sanglant, et couvert de boue, fondent avec emportement, vous précipitent sur le pavé, vous rompent bras et jambes, pour ramasser la pièce de monnaie. C'est une masse qui tombe et se relève, ainsi qu'on voit dans les forges l'énorme marteau de fer qui écrase tout sur son passage en un clin d’œil.
"On est obligé de fuir la cohue tumultueuse, de se retrancher chez soi, parce qu'on risque de perdre la vie au milieu d'une populace qui vous blesse pour un cervelas ou pour une pièce de douze sous!"
Le tableau est sans doute chargé, et le style déclamatoire de Mercier lui donne des couleurs trop violentes. Quoi qu'il en soit, l'institution populacière des buffets a depuis longtemps disparu. Elle existait encore à la fin de la Restauration. Le compte rendu officiel de la fête de Saint-Charles, le 4 novembre 1826, en fait mention spéciale:
"Le peuple s'est porté en foule, dans la journée, aux Champs-Elysées et à la barrière du Trône. Dans le grand carré des Champs-Elysées, on avait installé six orchestres "de danse et de chant" (sic), un théâtre d'ombres chinoises, marionnettes et jeux pyrrhiques, un théâtre de danseurs et de funambules et un grand théâtre de pantomimes. Il y avait aussi des mats de cocagne...
"Aux Champs-Elysées, les fontaines de vin et buffets étaient au nombre de huit. Sur la place du Trône, il y en avait quatre."
Le Moniteur du 5 novembre constate cependant que tout s'est passé "avec calme".
Les pauvres ont leur part aujourd'hui, dans nos fêtes publiques; mais la distribution des secours se fait, dans les mairies parisiennes, avec beaucoup d'ordre et de convenance. 



Le malheur a sa dignité; la misère a presque toujours droit à certains égards, l'infortune noblement supportée, impose le respect. C'est ce que l'administration a enfin compris.
Les dernières fêtes publiques ont du reste prouvé qu'un immense progrès s'était accompli dans les mœurs.
Un homme qui a joué un rôle assez considérable dans la Révolution de 1790, disait avec une brutale franchise: "La populace parisienne ne sait point établir l'ordre dans ses mouvements; une fois sortie des bornes, elle devient pétulante, incommode et tumultueuse."
Cette populace est devenue un grand peuple.

                                                                                                                                 S. D.

La mosaïque, Revue pittoresque illustrée de tous les temps et de tous les pays, 1878.


samedi 14 mars 2015

Bonne chère, mais chère chère.

Bonne chère mais chère chère.

On peut encore en parler, n'est-ce pas?
A propos de l'élection présidentielle, il y eut de nombreux repas extraordinaires à Versailles. Certains de nos politiciens traitèrent leurs hôtes républicains royalement. dans la ville du Roi Soleil, cela s'explique.
Malgré tout le luxe dont notre époque est capable, nous n'avons jamais égaler pour la table les anciens. L'histoire nous apprend sue l'empereur romain Vitellius donnait trois ou quatre repas par jour et que le prix de chacun de ces repas était de 400.000 nummorum, c'est à dire environ quatre-vingt-cinq mille francs de notre monnaie. dans le plus fameux de ces festins, on servit, paraît-il deux mille poissons et sept mille oiseaux; on comprend alors facilement les sommes dépensées.
Plutarque nous apprend aussi que lorsque Lucullus donnait à souper, le repas lui coûtait cinquante mille drachmes, soit trente-sept mille francs de notre monnaie. Ces chiffres laissent rêveurs.

Magasin pittoresque, février 1913.

samedi 25 octobre 2014

Repas d'une élection en Angleterre.

Repas d'une élection en Angleterre.


Hogarth a choisi pour lieu de cette scène une auberge de village. Le repas est fini, et l'on voit toutes les conséquences, les unes ridicules, les autres hideuses ou atroces. Si nos repas d'élection peuvent prêter quelquefois d'excellentes scènes à la verve comique, du moins nous ne savons pas qu'elles aient jamais offert le spectacle de désordre et de barbarie qu'à reproduit l'artiste anglais.



On peut croire que cette planche représente ce qui se passe à l'intérieur de l'hôtel que l'on assiège dans la première planche intitulée la Brigue des votes (voy. 1837, p. 297).
A la gauche du lecteur, sous le drapeau, le candidat qui a si bien repu et enivré les électeurs cause avec une vieille dame d'un embonpoint très remarquable. Un convive, debout sur un siège, fait usage de la familiarité que les circonstances autorisent, et frappe l'une contre l'autre la tête de la dame et celle du héros de la fête; en même temps, il répand les cendres de sa pipe sur les cheveux poudrés de ce dernier, qu'une petite fille cherche aussi à dépouiller de ses bagues. 
Le groupe suivant se compose d'un homme de bonne foi que tourmente un savetier ricaneur et un barbier. Le premier lui saisit la main avec une énergie capable de lui déboîter toutes les articulations des doigts, tandis que le second, passant son bras autour de son cou, lui jette dans l’œil la fumée de sa pipe.
Derrière ces personnages, on voit un conseiller ivre qui brandit un verre plein de vin au-dessus du chapeau d'une jeune dame qui cause avec un officier. A peu près au milieu de la table carrée, un théologien tient sa perruque d'une main et essuie sa tête chenue. Au fond, un joueur de cornemuse écossais souffle dans son instrument et se gratte; une femme racle du violon; un autre musicien les accompagne très sérieusement sur un violoncelle, et un quatrième au-dessous rit et boit avec un convive. Près de là deux campagnards paraissent singulièrement réjouis en voyant un personnage qui, avec une serviette nouée autour du poing, a formé une espèce de tête d'homme qu'il fait mouvoir en chantant. A gauche est un vieux goutteux qui paraît peu satisfait. Derrière eux, on jette par la fenêtre l'eau d'un chaudron et un tabouret aux fauteurs du parti opposé qui assiège l'auberge et jette des pierres. Le haut de la table ronde est occupé par un personnage évanoui, coiffé d'une immense perruque à nœuds: c'est probablement le très honorable maire. sa gloutonnerie l'étouffe; il essaie encore d'avaler une huître. Un barbier-chirurgien lui a mis à nu le bras et veut le saigner. Immédiatement derrière lui, un agent de l'élection offre un présent à un tailleur puritain pour le corrompre; mais celui-ci refuse l'argent en joignant les mains, malgré les remontrances de sa femme; elle se plaint sans doute de la misère, et elle pose sa main à gauche sur la tête de son enfant, qui montre son pied nu.
Sur le premier plan, un malheureux homme de loi vient de recevoir au front une pierre lancée de la rue par les assaillants; un de ses voisins, également blessé, est assis à terre entre les mains d'un boucher qui verse du gin dans sa plaie. un petit garçon remplit de punch une cuve à lessive; un marchand quaker est auprès; il lit un billet à ordre dont l'argent est vraisemblablement destiné à acheter des gants, des rubans, etc., que le candidat veut offrir aux femmes et aux filles de ses électeurs.
En jetant les yeux vers la porte, on entrevoit une troupe d'assaillants armés de bâtons; un seul agite un sabre. A la muraille, au-dessus de la femme qui joue du violon, est suspendu le portrait lacéré de Guillaume III. Le drapeau déployé porte pour devise: Liberté et Loyauté. sur un autre drapeau tombé à terre sous le pied de l'un des blessés, on lit: Rendez-nous nos onze jours (give us our eleven days) ; c'est probablement une allusion à l'altération du style faite en 1752. Cette année on ne compta pas les onze jours depuis le 2 jusqu'au 14 septembre. On remarque aussi la devise: Pro patria, sur la tête du boucher.

Le magasin pittoresque, juin 1838.