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lundi 13 juillet 2026

 Remplaçants des remplacés.




Départ des remplacés.



Gravure de 1797, intitulée "départ des remplacés" ou "tableau de Paris et de la France en Floréal, suivie de l'autre gravure ci-dessous.

Les "remplacés" désignent les politiciens battus à la suite des élections . On voit sur cette gravure un couple d'"Incroyables et de Merveilleuses", figure de la nouvelle bourgeoisie, affichant une opulence ostentatoire et quittant la scène politique avec leur fortune mal acquise.




Arrivée des remplacans.

L'homme, nouvellement élu, monte un cheval maigre et adopte une attitude raide qui se veut aristocratique. Il porte un habit qu'il pense à la mode mais qui trahit sa véritable condition.
La femme est assise de façon précaire sur une autre monture. Elle arbore une expression de stupéfaction et de panique en traversant les rues de Paris. Ses vêtements sont simples montrant ses origines populaires et en contraste avec les idées de grandeur du couple.


vendredi 8 novembre 2019

Le candidat de madame.

Le candidat de madame.


Mlle Julie, femme de chambre, domiciliée à Noire-le-Pont, chez sa maîtresse, Mme Z... la belle notairesse, comme on dit dans le pays, est en train d'écrire de sa main assez blanche, du reste, à M. Louis Watre,  cocher de M. le comte de K..., rue de Grenelle-Saint-Germain, n°...
Lisons, sans façon, par dessus son épaule assez ronde d'ailleurs.
- ... "Les Noirots sont en émoi, mon cher Louis. L'approche des élections..."
Ouvrons ici, avant de continuer, une large parenthèse. Nous avons besoin d'avertir nos lecteurs, leurs femmes et leurs belles-mères, qu'ils peuvent se permettre sans peur la lecture de la lettre de Mlle Julie Leroux. Nous passerons les endroits scabreux.
Quant aux paroles tendres, serments, baisers par écrit, etc., nous les laisserons tout à fait de côté. Les plus simples convenances nous en font un devoir austère. Maintenant fermons la parenthèse et poursuivons le cours de nos indiscrétions.
"... L'approche des élections fait travailler toutes les têtes. On ne parle plus que de cela, ici. L'autre jour, le boucher, après avoir pesé un gigot, priait Marie, la cuisinière, d'ouvrir son urne; il voulait dire son panier... En outre, les fournisseurs de la maison ne présentent plus leur petite note. c'est un bulletin qu'ils envoient. On n'a pas idée du désordre qui règne à Noire-le-Pont. Les gens de partis opposés se regardent comme les deux chiens de faïence de la rue du Vert-Buisson, tu te rappelles? C'est dans cette rue, mon bon Louis, avant ton départ... (Supprimé).
"Deux candidats sont en présence: M. Pinvidé, l'homme de la préfecture (madame l'appelle comme ça), et M. Bonsable, l'ancien directeur de la feuille. Celui-ci, par exemple, ce n'est pas le candidat officiel. On m'a même dit, l'autre jour,  sur la place des Trois-Pavés, qu'il me ferait couper la tête. C'est le tambour de ville qui m'a dit cette farce-là. Madame prétend que M. Bonsable ne vaut pas mieux que M. Pinlevé. Quant à monsieur, il sourit toujours, lorsque madame lui parle, et ne s'occupe absolument que de son étude.
"A propos, la salle des clercs n'est plus au rez-de-chaussée. On les a mis, les pauvres garçons, au second, dans l'ancienne bibliothèque. Tu te rappelles la bibliothèque? C'est là que pour la première fois, avant ton départ... (Supprimé). On ne sait, dans le pays, à qui la victoire restera. Sera-ce M. Pinlevé, qui se promène dans les champs avec un arpenteur, et fait semblant de tracer des chemins de fer toute la journée? ou bien le nom de M. Bonsable sortira-t-il de l'urne? Quelle scie que cette urne! Et dis-moi un peu ce que c'est? En vend-on chez les marchands, à Paris, mon bon Louis? As-tu des scrutins dans ton quartier? Je voudrais bien ne plus être séparée de toi. J'attends avec impatience l'été. Sans doute, M. le comte viendra à sa terre, et tu le suivras. nous irons encore nous promener dans les près de Saint-Maclou où pour la première fois, avant ton départ... (Supprimé).
"L'étude de monsieur est mieux achalandée qu'autrefois. Tous les paysans un peu riches viennent maintenant chez nous. C'est maître Gavabo qui enrage! Tu te rappelles maître Gavabo, dans la rue Basse, où j'étais en service avant d'être chez madame? C'est chez lui que, un soir de mai, l'an dernier... (Supprimé).
"Madame est toujours à l'étude. Elle serre la main à tous les clients et leur fait verser des petits verres de Frontignan, le vin que tu préfères. Le vin que nous avons bu dans ma chambre... (Supprimé) avant ton départ pour la Capitale.
"Aussi, dans le pays, on ne jure que par madame. A la ville, madame est aussi très considérée. Si madame voulait recommander quelqu'un, je crois bien que ce quelqu'un serait nommé à l'unanimité.
"C'est le mot, n'est-ce pas?
" Mais je crois que M. Alphonse Bédiard, l'ami de monsieur et le cavalier de madame, n'est pas dans l'intention de se présenter aux suffrages, encore un mot dont j'ai les oreilles rabattues. En tout cas, il ne se presse guère et ne fait aucune visite. Il ne vient qu'à la maison. L'autre jour, il m'a donné une bague. Tu la verras cet été, c'est un homme charmant et je le répète à tout le monde. Ah! s'il voulait se présenter. Mais il est bien trop mondain pour cela. Il ne parle jamais que de chiffons avec madame. Par exemple, il en parle bien; grâce à lui (il a même fait le voyage à Paris pour être agréable à madame), madame a pu mettre, au bal de la préfecture, une toilette merveilleuse. Toutes les dames de la haute ville étaient furieuses. Madame a triomphé complètement.
" Je m'ennuie beaucoup de ton absence, mon bon Louis. Je voudrais bien te voir. Le soir, quand je suis seule... (Supprimé). Et le matin, je me réveille solitaire... (Supprimé). Quand reviendras-tu?
" Madame est toujours très bonne; elle est très charitable. Les pauvres ne peuvent prononcer son nom qu'avec admiration. M. Alphonse Bédiard est un brave cœur aussi. Dans les campagnes, où on le voit passer souvent, il cause avec tout le monde de la pluie et du beau temps, sans cérémonie. Marianne, la vieille Marianne, du hameau de la Rocheblanche, où nous avons tant ri, avant ton départ, le jour... (Supprimé), m'a dit que chaque fois que M. Bédiard faisait l'aumône, il recommandait aux gens de prier pour madame, la belle notairesse.
" Bref, mon cher Louis, l'opinion publique, que les promenade de M. Pinvidé et les réunions publiques de M. Bonsable avaient lassée, a saisi l'occasion de s'occuper un peu d'autre chose que des élections, et c'est la "conversion" de M. Bédiard qui est le sujet de toutes les conversations. On trouve qu'il a bien fait. Mon bon Louis, les nouvelles du pays t'amusent. c'est pourquoi je t'en envoie le plus que je peux; mais j'aimerais bien mieux te les donner de vive voix, au bal de Tivoli, sur le cours. C'est sur le Cours, tu te rappelles... (Supprimé).
"Hier, dimanche, tous les clients de l'étude sont venus en ville. Du matin au soir, le cabinet de monsieur n'a pas cessé d'être assiégé par les bonshommes, comme on dit. Ils veulent tous consulter monsieur, savoir son avis sur les élections. Monsieur, comme d'ordinaire, souriait en regardant ses cartons. Mais madame qui était présente, a prié ces messieurs (elle les a appelés comme ça) de revenir dans huit jours. M. Pinvidé et M. Bonsable sont venus à la maison, également dimanche. Ils sont sortis du salon l'air enchanté tous les deux. Voilà qui est bien drôle.
"En attendant que j'aie la joie de t'embrasser... (Supprimé) et sur tes beaux cheveux, je me déclare ta fidèle amie et fiancée pour la vie..."

                                                                                                                      Julie Leroux.

Huit après la réception de cette lettre, M. Louis Watre, cocher de M. le comte de K..., rue Grenelle-Saint-Germain, lisait le journal le Siècle, chez un marchand de vin. Ses yeux tombèrent sur l'entrefilet suivant:

            NOUVELLES DES DÉPARTEMENTS

Noire-le-Pont (Deux-Sèvres). - Un troisième candidat, M. Alphonse Bédiard, propriétaire, s'est décidé, au dernier moment, à prendre part à la lutte électorale. La nouvelle, aussitôt qu'elle a été connue dans le pays, a excité un véritable enthousiasme.
Nul doute que M. Bédiard, un des bienfaiteurs du pays, esprit très avancé, etc., etc., etc.

- Tiens, qu'est-ce que me chantait donc Julie! s'écria M. Louis, cocher. Madame la notairesse a lancé son candidat, ce me semble. En voilà un qui peut dire que son affaire est dans le sac!

                                                                                                                      Ernest d'Hervilly.

La Vie populaire, dimanche 5 août 1883.

jeudi 8 mars 2018

Les on-dit du mois.

Les on-dit du mois.


Une maladie dont nous sommes atteints depuis de longues années, sévit en ce moment avec une rigueur extrême.
Cette maladie est biennale et se manifeste sitôt que le Printemps s'annonce et fait renaître les bourgeons.
On la nomme la "suffragite".
Les individus qui en sont affectés présentent des phénomènes qui permettent de poser le diagnostic à coup sûr.
Il en existe deux catégories. 
La première et la seconde.
Ceux qui appartiennent à la première sont pris d'un espèce de frénésie ambulante, ils vont par les rues le sourire gracieux et engageant, la main tendue vers ceux de la seconde catégorie.
Le plus souvent, après une pression énergique des extrémités digitales, le groupe, ainsi formé, pénètre chez un débitant de boissons variées, qui sert à chaque membre du groupe, un de ses nombreux produits. Quelques mots échangés de part et d'autre, ainsi que des promesses, et le malade de la première catégorie donne quelque monnaie au débitant qui sourit.
Les malades de la deuxième catégorie sont calmes au début, l'état aigu se présente au moment de l'officielle ouverture de la période électorale qui est la cause déterminante de la maladie qui nous occupe.
A partir de ce moment, ils éprouvent une violente excitation cérébrale qui provoque de leur part des discours plus ou moins cohérents; cette excitation est produite probablement par la lecture d'affiches polychromes par lesquelles ils apprennent que des gens, sollicitant l'honneur de représenter le peuple dans une des assemblées où ces représentants ont accoutumé de se réunir, sont les pires des scélérats.
Les malades de la première catégorie éprouvent à l'égard les uns des autres une violente phobie.
Ceux de la seconde sont dans le même cas, suivant que leur voix porte dans l'une des directions indiquées plus haut.
Les malades de la première catégorie sont aussi, quelquefois, atteints du délire de la persécution; ils voient partout des gens conspirant contre eux et il en résulte des accusations réciproques.
On peut alors lire sur les murs des affiches où il n'est question que d'infamies, guet-apens, mensonges, faux, trahison, concussions, pots de vin, etc., etc. C'est un léger aperçu des occupations auxquelles ils se livrent pendant la période qui sépare chaque accès de la maladie.
Ils présentent alors de la folie mystique, ils prêchent alors dans de grandes salles, et ayant fait l'étalage de toutes les misères dont souffre l'humanité (exception faite de la suffragite), ils prétendent tous être le seul, l'unique, qui pourra régénérer le monde en le transformant en société généreuse (cette manie, quoique peu dangereuse,  ne devra pas être flattée par trop).
Les malades de la seconde catégorie écoutent plus ou moins attentivement et à la fin ils lèvent les bras en l'air et poussent des cris divers.
A la sortie, ils échangent leurs impressions et tous tombent d'accord pour reconnaître qu'ils n'ont rien compris. 
Il arrive cependant que certains d'entre eux se livrent à des gestes désordonnés, cela se traduit par quelques faces traumatisées.
Cette période aiguë et délirante dure quinze jours et se termine un dimanche soir.
Il peut se produire une rechute, les mêmes phénomènes réapparaissent et les malades sont définitivement guéris huit jours après.
On a essayé toutes sortes de traitement qui jusqu'ici ont échoué.
Cependant, un chimiste distingué, doublé d'un chercheur opiniâtre, pense avoir découvert dernièrement un remède efficace.
Il s'agirait d'un sérum que l'on obtiendrait en injectant trente centimètres cubes de sueur de conseiller municipal à un âne.
Une simple injection hypodermique de ce sérum immuniserait les électeurs contre les dangers de la suffragite.
Jusqu'à présent cette maladie était commune à l'homme; depuis quelque temps, elle se répand chez le genre féminin.
Il y a maintenant des suffragettes.

                                                                                                              D. Beuvot.

Les Annales de la Santé, 15 mai 1912.

Nota de célestin Mira:


Affiche 1889.





Boulangistes conte opportunistes.


Suffragettes.

mercredi 17 janvier 2018

Elections.

Elections.

Les élections départementales se sont, à de très rares exceptions, accomplies avec un calme délicieux; on cite même des cantons où l'on pu trouver ni candidats, ni électeurs.
Est-ce que l'on commencerait à en avoir assez du bulletin de vote?
Il n'en va pas de même chez nos voisins Anglais; j'ai eu récemment l'occasion de constater chez eux à propos de leurs élections générales provoquées par la dissolution.
J'ai été voir voter et c'est très curieux.
Dès que la période électorale a été ouverte, chacun s'est précipité où il avait le droit de voter; bien que la season ne fût pas complètement terminée, Londres s'est dépeuplé et vous pouvez interroger les hôteliers de nos plages généralement fréquentées par les Anglais, ils vous diront le tort que ces élections leur ont fait.
Chez nous, on vote un seul tour; à six heures du soir, tout est bâclé à la fois. En Angleterre le vote prend plusieurs jours. Le premier on proclame élu d'emblée, tous ceux conte lesquels aucun autre candidat ne s'est présenté.
Enlevez! c'est toujours ça de fait.
On échelonne ensuite les séances pour donner tout leur temps à ceux qui ont droit de voter dans plusieurs circonscriptions.
Car ce n'est peut-être point tout à fait démocratique, mais cela n'est pas complètement illogique, on prend part aux élections en Angleterre en raison directe de l'intérêt qu'on a la bonne administration du pays; c'est ainsi que j'ai vu voter un de mes amis qui n'est pas Anglais mais possède de vastes propriétés dans le pays de Galles; on juge que nul plus que lui ne doit souhaiter un représentant sérieux de la contrée où ses capitaux sont engagés.
Je l'ai, plein de respect pour la loi d'outremer, conduit à la salle de vote; quatre messieurs très corrects siégeaient dans un édifice moitié temple, moitié école.
Deux d'entre eux vérifièrent son identité, un troisième détacha, pour la lui tendre, d'un registre à souche numéroté, une sorte de coupon sur lequel se trouvaient inscrits les noms des candidats.
Il s'agit de mettre une croix devant le nom de celui qu'on élit, et pour cela on se retire dans une sorte de guérite fermée où l'on doit rester le temps de tracer le signe convenu.
Après quoi, l'on dépose soi-même son bulletin dans l'urne et tout est dit.
Ce registre à souche a son avantage puisqu'il empêche qu'on puisse déposer plusieurs votes, mais il a aussi son petit inconvénient.
Le personnel du bureau n'a qu'à retenir le numéro du bulletin qu'il vous a remis pour savoir au dépouillement pour qui vous avez voté.
Dans ces conditions, le scrutin n'est plus que relativement secret. On pousserait de beaux cris en France si l'on procédait de la sorte.

                                                                                                            Simon Levrai.

Le Petit journal, dimanche 11 août 1895.

lundi 24 avril 2017

Le curé d'Ensival.

Le curé d'Ensival.

De notre temps, où il est sans cesse question de l'opinion publique et des moyens de la constater, il est peut être curieux de rappeler avec quelle simplicité on parvenait jadis à en obtenir l'exact résultat, dans un petit canton du pays de Liège.
En descendant la Wèze, on trouve, à une demi-lieue de Verviers, un vallon assez étroit, qu'occupe le bourg ou village d'Ensival. En 1637, Ferdinand de Bavière, prince évêque de Liège, y établit une cure à laquelle la commune eut droit de nomination.
Cette élection se faisait, dans l'origine, par le corps des habitans. Les notables du bourg, après avoir assemblé le peuple sur une place que partageait un petit ruisseau, lui présentaient les candidats. A chaque présentation, ceux à qui l'aspirant était agréable, sautaient de l'autre côté du ruisseau, de façon que le prétendant en faveur duquel le plus grand nombre avait sauté, était proclamé curé d'Ensival. Cette cérémonie, conforme à l'usage où les fidèles étaient, dans les premiers siècles du christianisme, de nommer dans les divers degrés de la hiérarchie à la pluralité des suffrages, n'eut plus lieu dans la suite; et l'élection se fit par les tuteurs et administrateurs de l'Eglise.

Le Magasin pittoresque, 1833, livraison 20.

dimanche 14 février 2016

Les élections: le candidat de liste.

Les élections: le candidat de liste.

Le candidat de liste, quelle que soit sa politique, est toujours bâti sur le même modèle. Multiple dans la forme, il est unique et uniforme quant au fond.
Avant la candidature, c'est un individu comme un autre, bourgeois, négociant, père de famille, propriétaire ou locataire, aimable, travailleur, mangeur, buveur, galant... un homme enfin.
Pendant sa candidature, c'est une espèce de braque possédé d'une idée fixe, l’œil perdu, la lèvre crispée, le dos aplati, l'échine courbée, la main tendue, la bouche en cœur. Il n'a plus ni femme, ni enfant, ni famille, ni foyer, ni chien, ni chat. Il n'a plus ni commerce, ni maison, ni champs, ni bétail. Il n'a plus faim, ni soif, ni sommeil, ni sens, ni amour, ni désir. Il vit dans, avec, sur, sous et pour une Urne.




Il est complaisant, prêt à tout faire et à tout accepter. Il n'y a pas de domestique plus servile que lui, de courtisan plus incliné, de mendiant plus humble. Il n'existe pas d'oreille plus docile et de derrière plus tendu. Pendant les deux mois de la période électorale, il vit dans l'angoisse et l'espérance, entre la joie et la douleur, entre l'injure et le dithyrambe. Sans cesse ballotté entre les mains des journalistes et des clubistes, il est tour à tour le dernier des gredins ou le premier des gentlemen, patriote et traître, lâche et vaillant, désintéressé et vénal, probe et fripouille, dupe et roublard, incapable et intelligent, vil et fier.





Sa vie se passe dans la rue, devant les affiches où son nom est placardé. Il guette le passant arrêté, le suit de l’œil, essaie de deviner sa pensée, scrute la satisfaction ou le mépris que l'électeur traduit par un œil sympathique ou une moue dégoûtée. Et si l'électeur est avec un ami, il les écoute, et, selon leur opinion, il pâlit de joie ou d'ennui, se contracte ou se dilate, se redresse ou s'affaisse.




Après sa candidature, si elle a réussi, le candidat devient un autre homme. Il est aussi orgueilleux qu'il était plat, aussi bouffi qu'il était écrasé, aussi insolent qu'il était modeste. Ambitieux à la Chambre, vaniteux dans le monde, despote en famille, bavard dans les salons, prétentieux dans son cabinet, arrogant dans la rue, impudent dans les couloirs, menteur avec ses commettants, satisfait dans la majorité, grincheux dans l'opposition, nul partout.
Le candidat de liste est sans conviction. Pour être nommé, il n'hésite pas à se faire ou à se laisser porter sur plusieurs listes et dans plusieurs départements. C'est en définitive un mauvais plat qui sort d'une méchante cuisine.

Physiologies parisiennes, Albert Millaud, illustrations de Caran d'Ache, Job et Frick, à la librairie Illustrée, 1887.

jeudi 11 juin 2015

jeudi 25 décembre 2014

L'insecte électeur.

L'insecte électeur.

Mon Dimanche vient d'expliquer à ses lecteurs comment on élit un pape. Voici aujourd'hui un autre mode d'élection beaucoup moins solennel, mais certainement beaucoup plus étrange et surtout beaucoup plus expéditif.
Les magistrats municipaux allemands avaient jadis un fort singulier moyen pour choisir leurs consuls, c'est à dire leurs maires.
Les échevins de certaines villes, surtout de Westphalie, se plaçaient autour d'une table ronde, de façon que l'extrémité de la barbe de chacun d'eux vint toucher le plateau de la table.
En plein milieu du dit plateau, on plaçait avec infiniment de précaution un petit insecte, un pou (puisqu'il faut l'appeler par son nom).
L'insecte errait quelques instants de droite et de gauche, puis il allait bientôt se réfugier dans une des barbes présentes.


L'heureux propriétaire de cette barbe favorisée était aussitôt nommé consul.
Pourtant il ne faut pas croire que la fraude électorale était complètement bannie de ce mode de votation primitif, car certains candidats ne craignaient pas de se parfumer outrageusement la barbe afin d'y attirer l'insecte électeur.
O corruption électorale, tu ne consistais pas alors en pots-de-vin, mais bien en pots... de pommade!

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 23 août 1903.

samedi 25 octobre 2014

Repas d'une élection en Angleterre.

Repas d'une élection en Angleterre.


Hogarth a choisi pour lieu de cette scène une auberge de village. Le repas est fini, et l'on voit toutes les conséquences, les unes ridicules, les autres hideuses ou atroces. Si nos repas d'élection peuvent prêter quelquefois d'excellentes scènes à la verve comique, du moins nous ne savons pas qu'elles aient jamais offert le spectacle de désordre et de barbarie qu'à reproduit l'artiste anglais.



On peut croire que cette planche représente ce qui se passe à l'intérieur de l'hôtel que l'on assiège dans la première planche intitulée la Brigue des votes (voy. 1837, p. 297).
A la gauche du lecteur, sous le drapeau, le candidat qui a si bien repu et enivré les électeurs cause avec une vieille dame d'un embonpoint très remarquable. Un convive, debout sur un siège, fait usage de la familiarité que les circonstances autorisent, et frappe l'une contre l'autre la tête de la dame et celle du héros de la fête; en même temps, il répand les cendres de sa pipe sur les cheveux poudrés de ce dernier, qu'une petite fille cherche aussi à dépouiller de ses bagues. 
Le groupe suivant se compose d'un homme de bonne foi que tourmente un savetier ricaneur et un barbier. Le premier lui saisit la main avec une énergie capable de lui déboîter toutes les articulations des doigts, tandis que le second, passant son bras autour de son cou, lui jette dans l’œil la fumée de sa pipe.
Derrière ces personnages, on voit un conseiller ivre qui brandit un verre plein de vin au-dessus du chapeau d'une jeune dame qui cause avec un officier. A peu près au milieu de la table carrée, un théologien tient sa perruque d'une main et essuie sa tête chenue. Au fond, un joueur de cornemuse écossais souffle dans son instrument et se gratte; une femme racle du violon; un autre musicien les accompagne très sérieusement sur un violoncelle, et un quatrième au-dessous rit et boit avec un convive. Près de là deux campagnards paraissent singulièrement réjouis en voyant un personnage qui, avec une serviette nouée autour du poing, a formé une espèce de tête d'homme qu'il fait mouvoir en chantant. A gauche est un vieux goutteux qui paraît peu satisfait. Derrière eux, on jette par la fenêtre l'eau d'un chaudron et un tabouret aux fauteurs du parti opposé qui assiège l'auberge et jette des pierres. Le haut de la table ronde est occupé par un personnage évanoui, coiffé d'une immense perruque à nœuds: c'est probablement le très honorable maire. sa gloutonnerie l'étouffe; il essaie encore d'avaler une huître. Un barbier-chirurgien lui a mis à nu le bras et veut le saigner. Immédiatement derrière lui, un agent de l'élection offre un présent à un tailleur puritain pour le corrompre; mais celui-ci refuse l'argent en joignant les mains, malgré les remontrances de sa femme; elle se plaint sans doute de la misère, et elle pose sa main à gauche sur la tête de son enfant, qui montre son pied nu.
Sur le premier plan, un malheureux homme de loi vient de recevoir au front une pierre lancée de la rue par les assaillants; un de ses voisins, également blessé, est assis à terre entre les mains d'un boucher qui verse du gin dans sa plaie. un petit garçon remplit de punch une cuve à lessive; un marchand quaker est auprès; il lit un billet à ordre dont l'argent est vraisemblablement destiné à acheter des gants, des rubans, etc., que le candidat veut offrir aux femmes et aux filles de ses électeurs.
En jetant les yeux vers la porte, on entrevoit une troupe d'assaillants armés de bâtons; un seul agite un sabre. A la muraille, au-dessus de la femme qui joue du violon, est suspendu le portrait lacéré de Guillaume III. Le drapeau déployé porte pour devise: Liberté et Loyauté. sur un autre drapeau tombé à terre sous le pied de l'un des blessés, on lit: Rendez-nous nos onze jours (give us our eleven days) ; c'est probablement une allusion à l'altération du style faite en 1752. Cette année on ne compta pas les onze jours depuis le 2 jusqu'au 14 septembre. On remarque aussi la devise: Pro patria, sur la tête du boucher.

Le magasin pittoresque, juin 1838.