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dimanche 1 mars 2015

Chronique du Journal du Dimanche.

Chronique.

Il est probable que la monotonie du suicide est comme le choléra, un mal répandu dans l'air; car, dans certains moments, elle se manifeste avec une intensité extraordinaire.
Telle est la journée qui vient de s'écouler.
A une heure du matin, le sieur Guillaume D... s'est précipité dans le canal Saint-Martin, d'où il a été retiré, vivant encore, par Eugène Rémont, qui suivait le bord de l'eau à cette heure matinale.
A quatre heures du matin, Célestine Benoit a été trouvée morte dans sa chambre. Au moment où son mari y rentrait, elle venait d'expirer par la vapeur du charbon.
A cinq heures, Alexandre E..., peintre en bâtiments, a tenté de s'asphyxier aussi, et n'a été dérangé dans son projet que par ses voisins, qui, entrant chez lui, l'ont conduit au poste voisin.
A neuf heures, le sieur Jean M..., âgé de quarante ans, a été trouvé sans vie dans son domicile, où il avait également fait usage du gaz carbonique.
C'est encore le même moyen dont s'est servie Eugénie D..., jeune modiste, perdue par des chagrins d'amour, et qu'on a trouvé morte à midi.
A neuf heures du soir, H. R... , âgée de soixante ans, s'est précipitée dans la Seine, d'où elle a été retirée à temps, et ensuite consignée au dépôt.
A dix heures du soir, le malheureux M... F... , poussé au suicide par la misère, s'est jeté du haut d'un bateau de savon dans l'eau, où il a péri.
A onze heures, Auguste R..., garçon marchand de vins, a cherché la mort dans le canal Saint-Martin, d'où il a pourtant été retiré par deux jeunes peintres qui passaient.
Enfin, à minuit, le sieur Henri C... s'est précipité dans le même canal, d'où il a aussi été retiré sain et sauf par un brave nageur, François Pilgrain.
Voilà une journée funèbre, s'il n'en fut jamais.

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Un fait touchant s'est produit à la justice de paix du canton de Montaner. Une femme ayant fait assigner un meunier pour le payement d'une certaine quantité de grains qu'elle lui avait fournie, et qui s'élevait à la somme de trente francs, le juge de paix interrogea le détenteur. Celui-ci répond qu'il est loin de nier sa dette; mais que, ne sachant où prendre le pain nécessaire pour nourrir sa nombreuse famille, il est obligé de demander un délai. Le juge se tourne alors vers la demanderesse et lui demande s'il ne lui est pas possible de souscrire à cette touchante supplication. La pauvre femme répond à son tour qu'elle le voudrait, mais que son mari vient d'être incarcéré pour dettes, et qu'elle n'a d'autres ressources pour nourrir sa famille que ses trente francs. En face de ces deux misères, le juge, ému, tira de sa poche les trente francs; il les remit à la pauvre femme, et le meunier sort libéré de sa dette.

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Tout le monde connait le Panthéon Nadar, cette oeuvre à la fois comique et gigantesque; et ceux qui l'ont vue veulent la voir encore.
On trouve là les portraits charges de toutes les illustrations contemporaines. Dans une immense feuille, tirée à deux teintes, le spirituel auteur a tracé l'image fidèle et grotesque, mais toujours saisissante, de toutes nos célébrités, dont la procession se déroule depuis le premier plan jusqu'au lointain de la page, et a dédié ce portrait de notre siècle à la postérité.
Le Panthéon Nadar se vend chez l'auteur, 113, rue Saint-Lazare, et chez les principaux éditeurs d'estampes.

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On a beaucoup remarqué à l'Exposition deux groupes représentant Héloïse et Abeilard. Dans le premier, les amants sont jeunes et aux plus beaux moments de leurs amours; les figures y sont admirables de passion et de charmes. Dans le second, l'art a reproduit l'austérité de la vieillesse et la majestueuse empreinte du malheur. Ces doux groupes, d'un jeune statuaire qui révèle un talent du premier ordre, M. Emile Chatrousse, ont été en partie inspirés par le beau livre d'Héloïse et Abeilard, de notre collaboratrice madame Clémence Robert.

                                                                                                                     Paul de Couder.

Journal du Dimanche, 8 novembre 1857.

dimanche 19 octobre 2014

Chronique du Journal du Dimanche.

Chronique.


On a tous les jours sujet à s'entretenir de l'enchérissement excessif, étourdissant, des loyers; car il n'est personne au monde que cela ne touche; il faut à chacun sa coquille, grande ou petite, pour s'abriter; mais voici un habitant du faubourg Montmartre qui a pris la chose trop au sérieux.
Il allait changer de logement, et on ne s'inquiétait point de lui voir faire de longues courses et rentrer l'air fort soucieux de n'avoir pas trouvé d'appartement, vu qu'il n'y en a point. Enfin, avant hier, les personnes de la maison remarquaient que, au lieu d'aller courir les écriteaux comme les jours précédents, il n'était pas même descendu de sa chambre. Son fils, qui habite la même maison, s'inquiéta, força la serrure de la porte d'entrée, et trouva son malheureux père, homme fort raisonnable jusque là et âgé d'une soixantaine d'années, pendu, à l'aide d'une cravate, à l'espagnolette de sa fenêtre. Il avait laissé un billet contenant ce peu de mots:
"Ma mort est volontaire. N'ayant point pu trouver de logement, il ne me restait pas d'autre parti à prendre."
C'est une triste extrémité; mais enfin, pour les locataires dans l'embarras, c'est un moyen d'être assurément logés.
Disons, du reste, qu'il y a en ce moment un nombre extraordinaire de suicides.
Contre toute raison, ces beaux jours d'été, pendant lesquels il semble qu'il soit si doux de vivre, sont surtout ceux que l'on choisit pour s'en aller de ce monde.
Un éclusier du canal Saint-Martin a retiré hier le corps d'un nommé Morlot, qui, depuis trois jours, se promenait dans l'eau, et dont la mort évidemment avait été volontaire.
Un habitant du village Levallois, venu à Paris, en passant par le boulevard Pigalle, s'est précipité sous la roue d'une énorme voiture de plâtre, où son corps a été entièrement broyé.
Plus loin, l'un des employés du cimetière du Sud trouvait près d'une tombe un homme, d'une cinquantaine d'années, étendu sans mouvement et ayant au cou une large blessure faite avec un rasoir, d'où son sang s'écoulait. C'était un mari qui n'avait pu survivre à la perte de sa femme, et qui était venu mourir sur sa tombe.
Dans la même soirée, un individu, qui est resté inconnu, se précipitait aussi dans la Seine pour y chercher sa fin.
Mais un autre suicide a été accompli dans des circonstances bien plus douloureuses:
Un artilleur, caserné à Vincennes, entrait l'autre soir dans une maison mal famée de ce pays. Au bout de peu d'instants, on entendit dans la chambre où il était entré une scène très-vive entre lui et la femme qui s'y trouvait. Presque en même temps, un coup de feu retentit. La femme descendit éperdue, échevelée, et, depuis ce moment, disparut. Comme elle était sortie seule, on pénétra dans la chambre où l'artilleur devait être resté, et on y trouva le malheureux, qui s'était fait sauter la cervelle d'un coup de pistolet.
D'après de forts indices, cet acte de désespoir se trouve expliqué; on dit que c'est sa propres sœur que le militaire avait retrouvée et reconnue dans cette maison de femmes perdues.
Aux environ de Pau, un prêtre, interdit par son évêque, avait eu l'étrange idée de travailler à son compte. Il avait élevé dans sa chambre un fort joli autel, et là, il disait des messes à ceux qui venaient lui en demander pour l'âme de quelque parent décédé ou la satisfaction de sa propres piété.
La cour impériale de Pau n'a pas voulu admettre cette industrie personnelle et a condamné le prêtre pour escroquerie.
Deux hommes perdus pour un lapin! Un de ces jours derniers, à Bernay, le garde champêtre était en tournée, lorsqu'il entendit à quelque distance un coup de feu résonnant dans le bois. Calculant que l'homme qui avait tiré devait revenir sur ses pas, et passer près de l'endroit où il était, le garde s'embusqua dans un taillis.
Bientôt il voit venir un jeune homme de seize ou dix-sept ans, portant un lapin,  fruit de son braconnage. Il s'élance, veut le saisir au collet; mais lorsqu'il est à quatre pas, le braconnier tire et le tue.
Aussitôt arrêté, le malheureux est maintenant en prison, où il aura à méditer sur ce que coûte l'amour effréné de la chasse.

                                                                                                                  Paul de Couder.

Journal du Dimanche, 5 juillet  1857.