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dimanche 13 décembre 2015

Pour ne pas désobéir à Mahomet.

Pour ne pas désobéir à Mahomet.

La plupart des petits chefs nègres sénégalais sont musulmans et ne peuvent par conséquent boire d'alcool. Mais, disent ces rusés moricauds, si le Coran défend d'absorber l'alcool à boire, il est tout à fait muet au sujet de la parfumerie!
Aussi font-ils un usage fréquent de nos meilleures essences parisiennes, toutes à base d'alcool. Ils aiment surtout l'eau de Cologne, l'eau de Botot et le Lubin. Ces palais noirs trouvent excellent ces breuvages qui sont consommés soit purs, soit, plus rarement, avec de l'eau, comme apéritif; apéritifs de luxe, que seuls, nous l'avons dit, les chefs et les riches indigènes ont les moyen de s'offrir.
Il y a ainsi, sur les côtes du Sénégal, non loin de Dakar, un roitelet musulman et nègre, qui peut rivaliser avec le plus invétéré des alcooliques de l'Europe; on le rencontre éternellement ivre-mort et, pourtant, Mahomet ne peut rien contre lui, puisqu'il ne boit que du Lubin...
Voilà un nouvel usage des odeurs, usage que nos charmantes Parisiennes ne soupçonnaient certainement pas.

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 26 janvier 1908.

jeudi 10 octobre 2013

Souvenirs de lecture.

Les souvenirs sont des parfums.

Quelle chose précieuse est donc le parfum, qui, sans rien faire perdre à la plante dont in émane, s'attache aux mains d'un ami, et le suit en voyage pour le charmer et lui rappeler longtemps la beauté de la fleur qu'il aime ?
Le parfum de l'âme, c'est le souvenir. C'est la partie la plus délicate, la plus suave du coeur, et qui se détache pour embrasser un autre coeur et le suivre partout. L'affection d'un absent n'est plus qu'un parfum; mais qu'il est doux et suave ! qu'il apporte à l'esprit abattu et malade de bienfaisantes images et de chères espérances!
Ne crains, ô toi qui as laissé sur mon chemin cette trace embaumée, ne crains jamais que je la laisse se perdre. Je la serrerai dans mon coeur silencieux comme une essence subtile dans un flacon scellé. Nul ne la respirera que moi et je la porterai à mes lèvres dans mes jours de détresse pour y puiser la consolation et la force, les rêves du passé, l'oubli du présent.

                                                                                                                George Sand.

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 8 mars 1903.