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samedi 17 mars 2018

Causerie du 22 mars 1902.

Causerie du 22 mars 1902.

Avez-vous visité l'exposition d'aviculture? J'espère que oui, car l'exposition sera close quand paraîtront ces lignes, et vous auriez vraiment perdu la plus belle occasion du monde d'admirer ce que l'ingéniosité de l'homme peut tirer de la domestication des animaux. 
Bien entendu, je ne vais point vous promener, tout au long de cette causerie, devant les cages-mues et volières, où pépiaient, cancanaient, caquetaient, sifflaient, grisolaient, jacassaient de toutes les façons les représentants de la gent emplumée. Mais comment ne pas signaler au passage ces poules et coqs faveroles, au jabot merveilleux, aux bottes de plumes haut montantes comme les bottes de l'écuyère? Et ces orkington noires et massives, ces brahma huppés, ces malines en gris clair, ces coucous de Transylvanie au cou saignant et déplumé comme ceux des dindons et des vautours! Et les canards, pékin, aylesbury, barbarie, rouennais; les oies siamoises, égyptiennes, de Guinée, de Toulouse, de tous les pays du monde jusqu'à une petite oie frisée native d'Angleterre! Et les pintades grises, blanches, panachées! Et les pigeons, les montaubans blancs, les romains bleus, les grands boulants français, les queue-de-paon ocellés! On n'en finirait plus de tout énumérer.
L'avouerai-je cependant: poules, coqs, oies, pintades, canards, ces oiseaux de basse-cour m'ont causé moins de plaisir que les beaux spécimens d'oiseaux exotiques exposés, dans les serres de la ville de Paris, par le jardin zoologique d'Anvers. Prodige de la domestication! Les directeurs de ce jardin sont parvenus à apprivoiser des espèces considérées jusqu'ici comme particulièrement associables et farouches. Telles les poules d'eau du Brésil et les sultanes d'Egypte au plumage d'un bleu de saphir. J'ai vu des courlis dorés, des garzettes, des petits hérons roses, même un ibis sacré qui répondaient à l'appel des éleveurs, venaient picorer dans leurs mains.
Mais le miracle, ce sont les kamichis, gros échassiers de la Nouvelle-Zélande et de l'Australie, à la robe quelque peu sale, au chef panaché de plumes raides, l’œil rond, la mine bourrue, l'air de gendarmes en tournée d'inspection. De fait, on a réussi à les transformer en de vrais gendarmes. Pour ne pas payer d'aspect, les kamichis sont fort intelligents et peuvent remplacer avec avantages les meilleurs chiens de berger: on les dresse à garder les troupeaux d'oies, de dindes, de moutons. Leur vigilance, leurs coups de bec acéré maintiennent un ordre admirable dans la caravane. Que ne ferait-on point des kamichis? Un humoriste a suggéré que ce pourrait bien être les domestiques de l'avenir. Car vous connaissez la nouvelle, les domestiques à deux pattes, tant hommes que femmes, deviennent d'une telle exigence que, dans le monde, on est en train de chercher un biais pour s'en passer.
Ce biais, quelques personnes croient même l'avoir trouvé: c'est le corinthianisme. La mode du corinthianisme, si nous croyons M. Arsène Alexandre, a pris naissance, l'été dernier, dans les châteaux où l'on s'ennuie. Une maîtresse de maison, ne sachant quelle distraction offrir à ses invités, leur fit faire une partie de  corinthianisme. Les domestiques virent alors avec surprise les nobles invités de leur hôtesse arroser le jardin, secouer les tapis, cirer les chaussures, faire la cuisine, - et même la manger, quoiqu'elle fût détestable: le petit jeu du jour était lancé. Il ne restait plus qu'à le propager, ce qui ne tarda guère avec l'instinct imitatif qui distingue l'animal nommé homme. Maintenant, n'allez pas croire qu'en ce moment, à Paris, tout le monde soit corinthien à ce degré: on parle beaucoup de  corinthianisme parce qu'il faut bien parler de quelque chose, mais on le pratique encore assez peu. C'est plutôt un sport d'été qu'un sport d'hiver, et les belles corinthiennes de l'été dernier n'ont pas, cette saison renoncé aux services de leur femme de chambre. Ce sont toujours des cochers à gages et non des "cavaliers servants" qui mènent leur coupé. Enfin, il fait tant de boue, à Paris, pendant l'hiver, que peu de gens "chics" sont assez corinthiens pour décrotter eux-mêmes leurs bottines et brosser eux-même leurs vêtements...

                                                                                                          Tiburge.

La Veillée des Chaumières, 22 mars 1902.

dimanche 1 février 2015

L'art d'empailler les oiseaux.

L'art d'empailler les oiseaux.

Plusieurs de nos lecteurs nous ont demandé le moyen de conserver les oiseaux tués à la chasse; nous leur donnons, non-seulement ce moyen, mais encore celui de les empailler et de les monter. Nous passerons aussi en revue une série d'industries d'amateurs qui, nous en sommes convaincus, les intéresserons.

L'art d'empailler les oiseaux, se compose de quatre opérations différentes: le nettoyage, le dépouillement, le bourrage et le montage.

Première opération: Nettoyage.

Les oiseaux s'obtiennent ordinairement par deux moyens: la glu et le coup de fusil. Dans les deux cas, le plumage est plus ou moins sali, soit par la boue, soit par le sang; il faut faire disparaître toutes ces souillures avant le dépouillement.
La glu s'enlève au moyen de beurre frais ou d'huile d'olive. L'oiseau est suspendu par un fil passé dans les narines, on frotte légèrement les parties maculées jusqu'à ce que la glu soit enlevée; les plumes sont ensuite dégraissées au moyen d'une solution de potasse et enfin lavée à l'eau fraîche.
Pour faire disparaître les taches de sang, on lave le plumage avec une eau de savon très légère, et l'on rince à l'eau pure. Ces opérations terminées, il faut sécher les plumes le plus promptement possible. Voici le meilleur moyen adopté: les plumes lavées sont saupoudrées de plâtre fin, pulvérisé, qu'on détache, à l'aide du scalpel, à mesure qu'il forme croûte et qu'on a soin de renouveler tant qu'il reste la plus légère trace d'humidité. Il est expressément recommandé de ne pas ménager le plâtre; l'excès ne peut avoir d'inconvénient, la parcimonie aurait celui de laisser la dessiccation imparfaite.

Deuxième opération: Dépouillement.

Avant de décrire cette opération, qui est la plus délicate de l'art de l'empailleur, indiquons les principaux outils, dont doivent se munir les amateurs: un assortiment de bruxelles, pinces à dissection, de différentes grandeurs, un scalpel, un cure-crâne, une pince plate, une pince à pansement, une pince coupante. Joignez à cela, un léger marteau, une petite scie à main, une lime fine et une moyenne, des vrilles de différentes grosseurs, des aiguilles, du fil de fer de plusieurs grosseurs, deux pinceaux en crins et un blaireau. Ainsi équipés, vous aurez tout l'attirail nécessaire pour empailler et monter les oiseaux.
Voici, maintenant, comment il convient de procéder au dépouillement; avant tout, il faut boucher avec du plâtre le bec de l'oiseau et ses narines qu'on aura grand soin de ne pas déformer. Cette précaution a pour but d'empêcher les matières contenues dans l'estomac de s'épancher par le bec et d'endommager le plumage. L'oiseau est placé sur le dos, la tête du côté gauche de l'opérateur. De la main gauche, celui-ci écarte délicatement les plumes et met la peau à découvert sur une ligne partant de l’œsophage et longeant le sternum (os de l'estomac) , puis il pratique, à l'aide du scalpel, la première incision, de la fourchette du sternum jusqu'au ventre. On écarte alors les deux lèvres et on détache la peau sur le muscle à l'aide du manche plat du scalpel aussi loin que possible sous l'aile, en ayant soin de saupoudrer abondamment de plâtre pour empêcher que la peau ne se rattache aux chairs. L'autre côté s'enlève de la même façon. Quand le dépouillement atteint la naissance des ailes, celles-ci sont coupées avec les ciseaux courbes, et détachées du corps le plus adroitement possible, puis la peau est détachée autour de la base du cou qui doit être tranché le plus près possible du corps. A ce moment, on retourne comme un gant la peau à laquelle tiennent le cou et les deux ailes, et on la descend vers la queue en découvrant le corps. On agit alors pour les pattes comme pour les ailes et la peau descend jusqu'au coccyx que l'on écorche à moitié et que l'on tranche, ce qui termine la principale opération du dépouillement. 
Il reste maintenant à induire la peau de préservatif.

                                                                                                                           (A suivre)

La Petite Revue, premier semestre 1889.