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mercredi 29 juillet 2026

Au lit.











Le lit, huile sur carton peint par Henri de Toulouse-Lautrec en 1892.





Dans le lit.






Le baiser.





Durant les années 1890, Toulouse-Lautrec a passé beaucoup de temps à peindre le quotidien des pensionnaires des maisons closes de Paris. Ces trois tableaux montrent deux femmes partageant le même lit. Une des femmes est coiffée "à la garçonne", coiffure très rare à l'époque et réservée pratiquement à certaines prostituées, ce qui pouvait laisser supposer qu'il s'agissait d'un homme. Mais Toulouse-Lautrec a documenté leur vie de couple et leurs relations respectives avec leurs clients masculins confirmant qu'il s'agissait bien de deux femmes.
 

mercredi 8 juillet 2026

 Dessin d'un boudoir, 

côté canapé.







Ce dessin, de Jean- Jacques Lequeu (1757-1826), montre une femme nue, un turban sur la tête, agenouillée sur un lit à baldaquin dont la traverse inférieure est brisée.

Le lit cassé représente, symboliquement l'ardeur des ébats amoureux et l'empreinte physique du plaisir sur les choses matérielles. Pour Lequeu, le lit devient un espace transgressif dans lequel la passion doit détruire les barrières de la civilisation et de la pudeur.

Lequeu était un architecte, qui n'a en fait rien construit, et était réputé pour ces dessins très osés qu'il a légué à sa mort à la Bibliothèque Nationale de France. Compte tenu de l'aspect très transgressifs de certains d'entre eux, ils ont été placé dans l'Enfer de la BNF.

Quelques dessins "montrables" de J. J. Lequeu:












La religieuse montrant son sein.







samedi 5 décembre 2015

La chambre à coucher.

La chambre à coucher.


L'hygiène, nous dit-on, est d'essence moderne. Il a bien fallu créer quelques remèdes pour nous permettre de lutter contre les microbes récemment découverts, alors que nos aïeux, s'il n'avaient pas les remèdes, avaient quelque chose d'encore meilleur: la santé. Mais faut-il croire que nos ancêtres et les anciens n'avaient aucun principe d'hygiène? La lecture, peu intéressante pour vous, chère cousine, des aphorismes d'Hippocrate, vous prouverait que les anciens se connaissaient un peu en matière d'hygiène. Leurs bains, leur vie au grand air et leur gymnastique valaient notre hydrothérapie, nos exercices de football et nos massages suédois.
Un écrivain antique, Vitruve, quand il parle de l'emplacement de la chambre à coucher, déclare "qu'elle doit regarder l'Orient, car son usage réclame la lumière du matin."
C'est la même phrase qu'écrira Xavier de Maistre, dans son Voyage autour de ma chambre.
Malheureusement, pendant des siècles, en France, on oublia des préceptes sages et prudents. Les salons étaient immenses, les chambres à coucher toutes petites, et, par surcroît d'incohérence, on enfermait le lit dans des alcôves, où, naturellement, ne pénétrait jamais l'air et la lumière. Si la Cour et la bourgeoisie en étaient là, on devine ce que pouvait être, dans les intérieurs de chaumières et de maisons villageoises, l'organisation hygiénique de la chambre à coucher.
Au moyen âge, dans les châteaux et les manoirs, on retrouve toujours la salle commune, "la salle" qui servait à tous les usages de la vie; on y déjeunait, on y dînait, on y couchait.
"Le seigneur, dit Racinet, y admettait jusqu'à ses serviteurs rentrant des champs, qui venaient participer au souper." A cette époque, les fenêtres étaient encore ouvertes dans le plein cintre roman; toutes les poutres du plafond étaient apparentes; le parquet était de carreaux de terre émaillée ou vernissée; les murs étaient enduits et peints, ainsi que les poutres du plafond et les fortes traverses sur leurs corbeaux.
La fenêtre avait deux châssis: l'un de verre à l'extérieur; l'autre de toile cirée, de parchemin ou de papier huilé. Les verres, mal fabriqués et mal joints, nécessitaient ce double appareil dont le but variait selon les saisons: combattre le froid ou l'ardeur du soleil passant à travers les vitres.
Les cheminées apparaissent, cheminées énormes, monumentales, qui fumaient horriblement: les seigneurs, qui lisaient peu, ignoraient les Lettres de Pline, et les "calorifères".
Pline nous conte qu'en sa maison de campagne, aux environs de Rome, il envoyait l'air chaud dans son appartement par des tuyaux de fer. Et, par mille autres détails, il nous prouve que le confortable existait véritablement à Rome, alors qu'en France, au moyen âge, et même aux époques modernes, on l'ignorait absolument;
Pourtant les lits, si l'on en croit Viollet-le-Duc, étaient moins durs qu'on ne pourrait le croire. On retrouve des descriptions de lits très riches, à partir du douzième siècle. Les bois sont couverts d'ornements incrustés, sculptés ou peints; les matelas sont ornés de galons et de broderies, ainsi que les couvertures; ils sont généralement accompagnés de courtines suspendues à des traverses, ou à des ciels portés sur des colonnes. 





C'est en somme le "lit à l'ange", devenu le "lit à langes" que l'on retrouve encore dans le Midi, aujourd'hui, ces toiles peintes en camaïeu, si amusantes à reprendre pour des décorations de campagnes.
Du douzième siècle, ce type de lit flamand que cite la chronique, avec, se dressant sur le traversin, un oreiller "d'ung coustil blanc comme ung cygne", fendu par un côté et paré aux quatre coins, de houppes pendantes.
Plus tard, les seigneurs aiment à être un peu plus chez eux; la salle commune est remplacée par des appartements et des chambres à coucher séparés: on adjoignit aux chambres à coucher des retraits "garnis de rouets et de métiers propres à des ouvrages de femmes". Les dames restèrent, pendant toute l'époque des croisades, à filer de la laine; mais les châtelains connurent, en Orient, les décors et le raffinement de l'art byzantin. Ils rapportèrent des goûts de luxe inconnus jusqu'alors.
Ils voulurent, comme à Constantinople, des pièces chauffées, des étoffes aux murs, des boiseries et des tapisseries, des coussins et des meubles richement décorés. Les bourgeois, dès le quatorzième et le quinzième siècles, imitent les seigneurs, et le mobilier devient, peu à peu, plus élégant.
On crée la "chambre de parade", ornée d'un lit sur lequel, d'ailleurs, on ne couche point. Le lit de parade constitue un luxe purement ornemental. On voit encore, à Versailles, le lit de parade de louis XIV. C'est dans cette chambre que se tenait le grand lever; mais louis XIV couchait dans une autre chambre et y tenait" le petit lever".
C'est par transformation du "lit de parade" que nous voyons le Parlement tenir des "lits de justice", dans lesquels le lit fut remplacé par un siège ou un trône.



A partir du seizième siècle, apparaissent les lits à colonnes; ceux des châteaux du temps de François 1er et de Henri II sont magnifiques; les colonnes sont coupées par des sculptures, cariatides ou figures mythologiques. Le renaissance italienne transforme le goût du mobilier, comme le retour des croisades bavait amené le luxe d'Orient.



Et c'est également de l'époque de la renaissance que datent les alcôves, véritables monuments dans les palais, réduits obscurs dans les appartements bourgeois. Le lit ne sert pas seulement au repos; pendant deux siècles, le lit servira de trône, de siège de réception, de divan ou de canapé.
"C'est un usage à Paris, écrira La Bruyère, que les nouvelles mariées reçoivent, pendant les trois premiers jours, leur visite sur un lit où elles sont magnifiquement parées, en compagnie de quelques demoiselles de leurs amies."




Si, de la Cour ou des maisons bourgeoises, nous passons à la ferme, que ce soit en Bretagne ou dans le centre de la France, nous retrouvons, sinon l'alcôve, du moins des lits hermétiquement clos. 
Le mobilier breton est très caractéristique. Le "gwilé", ou lit, est apporté par la femme et fait partie de sa dot. Un"gwilé", ou lit clos, dit "à hussiaux" est fermé par des portes ou des panneaux glissant l'un sur l'autre. On en voit encore en Bretagne, où, depuis le dix-septième siècle, la forme n'a pas changé. 



Dans les environs de Tréguier, plusieurs lits étaient superposés l'un sur l'autre, à la façon des couchettes de nos modernes sleeping-cars. Ils formaient une série de couchettes, et nécessitaient une pénible ascension pour pénétrer dans le monument. Tout lit était d'ailleurs, en Bretagne, accompagné d'une huche placée devant et qui servait à y monter.
Ces lits-armoires, dans lesquels se glissaient les dormeurs, aussi bien en Bretagne que dans d'autres provinces françaises, étaient, le plus souvent, ornés de jolies et fines sculptures: les battants du lit, qu'on retrouve, quand on ne les fabrique pas, du côté de Dinan et de Roscoff, sont, quelquefois, de véritables merveilles. Certains comptent un millier de fuseaux tournés, entrelacés de rosaces et sertis dans des moulures feuillagées et guillochées. Et l'imagination des menuisiers bretons fut tellement fertile, qu'on retrouve rarement deux lits absolument pareils.
En revanche, dans combien d'autres pauvres provinces de France le lit est-il resté ce qu'il était du temps des barbares: amas de foin, paille sèche, feuille de maïs, constituant de misérables paillasses posées entre des bois mal équarris? Visitez encore aujourd'hui, des villages de montagne, dans les Vosges, dans les Alpes ou au fond des Pyrénées, et vous retrouverez ces lits de misère sur lesquels reposent, souvent toute une famille réunie, ces mêmes lits où naissent et meurent des malheureux!
Nous ne pouvons pas ne pas rappeler quel rôle a joué le lit à certaines époques, en dehors de sa destination de repos.
Si les anciens se servaient du lit comme siège de table, ou comme autel funéraire, le lit, surtout au temps de Louis XIV, remplaça le salon.
Le salon n'existait pas du temps de Mme de Rambouillet. Les dames recevaient dans leur chambre, autour de leur lit. Et quelles dépenses d'esprit se fit dans les ruelles, chez Mme de Sévigné, Mlle de Scudéry, Mmes de Lafayette, de Coulanges, de Lauzun, ou chez Mme de Maintenon!
Faut-il parler du "ciel de lit", duquel pendaient les rideaux et qui effrayait tant Mercier? Dans son Tableau de Paris, l'excellent chroniqueur écrit "qu'il espère que la mode des ciels de lits, suspendus au plancher, cessera tout à fait, depuis qu'une machine de cette espèce a failli étouffer un contrôleur général des finances qui, rêvant millions et milliards, ne soupçonnait pas, dans le calme, un danger de cette nature."
"Ah! ces ciels de lit, écrit-il, sous lesquels mon imagination n'a jamais pu reposer, depuis l'histoire de cet aubergiste d'Allemagne qui faisait descendre, la nuit, le ciel de lit chargé de plomb sur un homme endormi, et qui le hissait lorsqu'il était étouffé."
Aujourd'hui, le bon Mercier pourrait dormir tranquille: les hygiénistes ne veulent pas plus de ciel de lit que de rideaux.
Certes, il ne faut pas médire de l'hygiène; mais on peut concilier la haine du microbe avec le charme de se créer une jolie chambre à coucher. Le lit en sera le principal ornement.
"Ce meuble délicieux, dit Xavier de Maistre, dans lequel nous oublions, pendant une moitié de la vie, les chagrins de l'autre moitié. Un lit nous voit naître et nous voit mourir; c'est le théâtre variable où le genre humain joue, tour à tour, des drames intéressants, des farces risibles et des tragédies épouvantables, qui devient un sépulcre après avoir été un berceau garni de fleurs."

                                                                                                                                     Henriot.

Les Annales politiques et littéraires, Revue universelle paraissant le dimanche, 24 mars 1907.

dimanche 22 novembre 2015

Le lit en Hiver et en Été.

Le lit en Hiver et en Été.


Au lit!
Tout le monde a pu remarquer que l'on dort plus ou moins bien selon la température du lit et le poids des couvertures.
Couvertures lourdes, édredon trop pesant et le sommeil est agité. Température trop basse sous les draps ou température trop haute, et l'on a beaucoup de peine à s'endormir. Le lit d'hiver de doit pas être, évidemment, le lit d'été. Quand arrive le printemps, on s'aperçoit vite qu'il faut se découvrir. En hiver, on supporte deux couvertures de laine, une couverture ouatée et même un édredon, et les débiles acceptent volontiers une bouillotte d'eau chaude; quelques-uns vont même jusqu'à deux bouillottes. Puis on s'allège progressivement pour ne plus conserver, en été, qu'un simple drap. Et ces habitudes sont instinctives. On s'arrange pour être à son aise. La règle, c'est de placer sur soi le poids le plus petit et de se garantir contre le froid nocturne selon la température extérieure. C'est tout simple.
Le poids des édredons et des couvertures ouatées doit être réduit au minimum pour ne pas gêner les fonctions du corps, les mouvements du cœur et des organes respiratoires. On dort très mal quand il y a surcharge. Il y a aussi une température optime qui convient le mieux à chaque personne: aux biens portants, aux nerveux et aux malades. On sommeille avec d'autant plus de calme que le lit atteint cette température. Pour les valétudinaires elle doit être assez élevée.
J'ai eu la curiosité de faire quelques déterminations de la température dans le lit, en priant diverses personnes d'installer près d'elles, à vingt centimètres du corps, dans le voisinage de la poitrine, un thermomètre sensible. Ces expériences, assez délicates à réaliser, donnent des résultats variables selon les individualités et selon les couvertures. La température intérieure du lit s'élève, un quart d'heure après le coucher, à trente-quatre et trente-cinq degrés, et plus, vers le tronc, et à peine à trente degrés du côté des jambes. Mais, si le lit porte plusieurs couvertures et un édredon, on obtient trente-six et trente-sept degrés; avec bouillotte simple, l'instrument marque souvent trente-neuf degrés. Cette température s'abaisse de quelques degrés vers la fin de la nuit. Elle varie sensiblement si le sujet pendant les froids, ne serre pas ses draps autour du cou, de façon à empêcher l'air de la chambre de pénétrer dans le lit. On suppose, ici, que la chambre est peu ou très peu chauffée.
L'atmosphère du lit est toujours légèrement toxique, par suite des émanations de la peau et de la respiration cutanée; aussi doit-on laisser pénétrer l'air nouveau en écartant un peu le drap à quelque distance des voies respiratoires. Ce renouvellement de l'air s'effectue toujours plus ou moins par diverses portes d'entrée et amène sans cesse une déperdition de calorique. J'ai recherché sur moi-même quelle était la température qui était la plus favorable au bon sommeil en hiver. En ce qui me concerne, c'est la température du sang; au-dessus de trente-sept à trente-huit degrés, on éprouve, dans les dernières heures de la nuit, une impression de refroidissement; au-dessus de trente-huit à quarante, on a trop chaud. On tend à se découvrir et, vite, le froid extérieur vous rappelle à l'ordre. Il vaut mieux chauffer plus que moins, parce que les diverses parties du lit étant à des températures différentes, les membres instinctivement se déplacent et choisissent la température qui lui convient.
En été, on commence à trouver gênante la température extérieure de vingt-trois à vingt-quatre degrés; on dort mal à partir de vingt-cinq à vingt-six degrés. C'est qu'alors la déperdition de calorique du corps est très faible, même sous un simple drap, et le milieu trop chaud est franchement nuisible à l'organisme. Quand on supprime aussi le drap, il y a toujours danger de refroidissement. La pratique de se découvrir la nuit complètement est à proscrire, surtout si, comme on le recommande aujourd'hui un peu partout, on dort avec une fenêtre entr'ouverte et masquée par les rideaux.
Donc, en hiver, lit chaud et même chauffé pour bien dormir. En été, c'est le contraire, notre corps a besoin de perdre le calorique qu'il fabrique en excès, et il recherche la fraîcheur. Il faut se couvrir au lit un peu comme on s'habille: légèrement ou beaucoup, selon les saisons, sans dépasser la mesure utile. Le système nerveux peut être excité d'abord par la grande chaleur, mais l'effet prolongé le calme et nous incite à dormir. Un bon équilibre de température nous est favorable, et nous devons toujours le rechercher dans les conditions ordinaires de l'existence.

                                                                                                                         Henri de Parville.

Les Annales politiques et littéraires, Revue universelle paraissant le dimanche, 9 juin 1907.

vendredi 31 janvier 2014

Un lit conditionné.

Un lit conditionné.


Pour une foule de personnes le lit n'est autre chose qu'un moyen de se dorloter, de s'amollir: c'est une grande faute. Jadis des milliers d'hommes couchaient sur la paillasse, parce qu'ils n'avaient pas de quoi s'acheter un lit plus confortable. Dans ma jeunesse, j'entendais souvent parler de cherté, de dettes occasionnées par la guerre, sous lesquelles le pays gémissait; par suite, les ménages étaient montés pauvrement et les habitants menaient une vie misérable. Les indigents dormaient sur une simple paillasse, avaient sous la tête un sac rempli de paille et un seul oreiller, et se couvrait d'un simple lit de dessus. Néanmoins le repos et le sommeil étaient délicieux. Rien n'est plus nuisible que de coucher sur un lit de plumes, parce qu'il produit une chaleur excessive et ramollit le corps.
Les lits de dessus sont ordinairement remplis de duvet, parfois en si grande quantité qu'il en résulte un calorique beaucoup trop intense. Si alors, en sortant de ce milieu surchauffé, on s'expose à l'air froid, un catarrhe devient inévitable. Quelqu'un a-t-il, outre ce lit de dessus tellement épais, un poêle chauffé dans sa chambre à coucher, toutes les mesures sont prises pour porter atteinte à la santé.
De nos jours une nouvelle mode vient de faire son apparition: celle des draps de lits faits avec la laine de mouton. Ce n'est pas assez du lit de plumes ou de duvet, il a fallu encore la couverture de laine, qui à elle seule suffirait pour se garantir du froid, et voici qu'à présent on cherche à augmenter encore le calorique moyennant les draps de lit en laine ! C'est la bonne manière de s'amollir encore davantage, de devenir plus incapable encore de lutter contre les influences pernicieuses. Qui plus est, en voyant sur un lit 2 ou 3 grands oreillers, bourrés de duvet et engendrant un excès de chaleur, il n'y a pas lieu de s'étonner que tant de personnes aient à se plaindre de maux de tête et d'un afflux de sang au cerveau. Quand la tête enfoncée dans de pareils oreillers vient à sortir et à se mettre en contact avec l'air frais, est-il possible d'éviter tous ces frissons et ces refroidissements?
Ami-lecteur, voulez-vous avoir un lit comme il faut? Ecoutez mon conseil. Mettez sur la paillasse un matelas solide, ainsi qu'un bon rouleau avec un seul oreiller de plumes. Si vous désirez vous servir d'une couverture de laine, je n'ai rien à objecter, à condition que vous preniez deux draps de lit; si, au contraire,  vous préférez faire usage d'un lit de dessus, n'y mettez que peu de duvet ou de plumes, pour ne pas avoir trop chaud, comme j'ai dit plus haut. L'amollissement qui provient de l'habillement trop chaud conduit certainement à la mauvaise habitude de s'amollir aussi au lit, et réciproquement. Pour quiconque s'est endurci par le moyen du genre de vie et d'habillement, le lit moderne n'a pas d'attrait; et quiconque s'accoutume à dormir dans un lit trop chaud et, par conséquent, amollissant, celui-là arrivera bientôt à ne plus se contenter des vêtements suffisants, il lui en faudra davantage et de plus chauds. Gardez-vous donc de ces deux défauts et endurcissez-vous d'une manière rationnelle; car si l'on s'amollit moyennant le lit et l'habillement et qu'on respire un mauvais air, on se prépare un bien triste sort.
Je viens de dire comment, en général, on peut faire erreur par rapport au lit; voyons maintenant quelle est la bonne manière de dresser la couche. Si vous alliez dans 15 ou 20 maisons différentes pour comparer les lits, vous trouveriez presque partout autre chose. Que de lits ne rencontreriez-vous pas dans lesquels il y a moyen de devenir difforme et bossu! Il y a des gens qui, en place de la paillasse ou du matelas ordinaire, s'avisent de mettre un grand coussin ou matelas de plumes; quand on se couche, il se creuse un profond enfoncement là ou repose le poids principal du corps, tandis que les pieds reposent à un niveau plus élevé et que le haut du corps s'appuie contre une montagne de 3 ou 4 oreillers et traversins: position excessivement malsaine pendant le repos de la nuit. Si vous voulez bien dormir et vous procurer un sommeil réparateur, rendez votre couche horizontale jusqu'à l'élévation sur laquelle repose la tête et qui ne doit pas être plus grande que la largeur de l'épaule (espace compris entre le cou et l'extrémité supérieure du bras). Il ne faut, en dormant, ni retirer les pieds, ni plier les genoux; autrement la circulation du sang serait gênée et des congestions pourraient se produire. La position la plus avantageuse pour le corps et surtout pour la circulation du sang, c'est d'allonger les jambes. Les mains non plus ne doivent pas être fermées, afin de ne point déranger le cours du sang, ni de favoriser les engorgements. Se coucher sur le côté gauche n'est utile à personne, impossible à beaucoup de monde, parce que le cœur a, dans cette situation, une charge trop lourde à porter. Le mieux c'est de se coucher moitié sur le côté droit, moitié sur le dos, et d'étendre les bras et les jambes, de manière à éviter le plus possible les courbures du corps et des membres.
Le lit doit avoir des dimensions suffisantes, pour qu'on puisse s'y reposer commodément: il ne faut donc pas qu'il soit trop étroit, ni trop court. La couverture également doit être longue et large, afin que, par suite d'un mouvement quelconque pendant le sommeil, l'air frais ne pénètre pas; autrement vous auriez facilement un rhumatisme en peu de minutes. Il y a beaucoup de personnes qui portent au lit des caleçons assez serrés: c'est ce qu'il faut éviter, parce que cela gène la circulation du sang. Le bord des manches de la chemise doit avoir suffisamment d'ampleur, pour ne rien comprimer. Le col restera ouvert; car, s'il était fermé, il pourrait survenir pendant le sommeil un serrement quelconque qui, de son côté, entraînerait une obstruction du sang et partant une augmentation de calorique. Si, dans un pareil état, la personne dormante aspirait un air froid, un catarrhe plus ou moins considérable en serait la suite.
Il y a des gens qui, pour avoir les pieds chauds, gardent les bas et les jarretières pendant la nuit; or, les jarretières déterminent sans peine des engorgements et des varices aux jambes, accidents que bon nombre de personnes se sont attirés par leur propre faute. Les diverses pièces d'habillement, comme bas, caleçons, etc..., qu'on porte au lit, ne dérangent pas seulement le cours du sang; elles occasionnent aussi une distribution inégale du calorique, ce qui fait tort également à la circulation régulière. Le bonnet de nuit est à rejeter aussi, parce qu'il fait obstacle à l'endurcissement convenable et qu'il attire passablement le sang à la tête, double influence dont peut résulter aisément un catarrhe.
Voilà des règles de conduite pour lesquelles plus d'un se moquera peut être de moi. J'entends d'ici comme on se récrie: "Je me trouve très bien de mon bonnet de nuit, je ne m'en dessaisirai pas." D'autres, qui ont l'habitude de garder au lit les bas, les caleçons ou des effets quelconques, parleront d'une manière analogue. Je leur répondrai à tous: Faites ce que vous voulez, que chacun fasse à sa tête! Si vous vous portez bien pour le moment, ce n'est pas à dire que cela continue ainsi, et il est fort probable que, dans un avenir plus ou moins rapproché, vous ayez lieu de vous plaindre de l'une ou de l'autre infirmité. Bien souvent, j'ai constaté qu'une foule d'accidents et de maladies ont leur source dans les habitudes dont je viens de parler.
Maintes fois on m'a demandé si, à cause de la transpiration, il faut changer de chemise en se couchant ou si l'on peut garder celle qu'on a portée pendant la journée. A mon avis, cette question n'est pas importante au point de vue de la santé. L'une ou l'autre manière de faire sont bonnes: car, en général, on ne doit pas transpirer pendant la nuit; si cela arrive quand même, c'est un signe que le lit n'est pas en règle. Lorsque vous êtes assis quelque part, vous ne commencez pas à transpirer; la même chose doit avoir lieu pendant le repos de la nuit. Si, en vous réveillant, vous êtes couvert de sueur, c'est votre propre faute, à moins que vous ne soyez malade.

Vivez Ainsi, Sébastien Kneipp, 1892.