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mercredi 2 septembre 2026

Amours aristotéliciennes.






Aristote, avec Platon dont il fut le disciple, est l'un des plus grands intellectuels de la civilisation occidentale. Mais il fut aussi le tuteur d'Alexandre le Grand, le conquérant de l'Egypte, de la Perse et de l'actuel Pakistan.
Au XIIIe siècle, vers 1220, Henri de Valenciennes publie un poème en vieux français, d'après un conte oriental qui parlait d'un roi distrait par une courtisane indienne ou arabe. C'est un lai courtois du genre fabliau. Il raconte l'histoire d'un roi détourné de son devoir par sa maîtresse. Un vieux sage tente de raisonner le roi qui prend ses distances avec la femme. Celle-ci décide de se venger en séduisant le vieil homme.
Les moines copistes et écrivains, décidèrent d'attribuer le rôle du vieil homme à Aristote et celui du roi à Alexandre le grand, afin de donner plus de caution morale au récit. Et le texte fut appelé : "le lai d'Aristote".
Dans ce texte français, la femme n'est pas nommée. Elle est décrite comme une captive indienne dont Alexandre est tombé amoureux. Le lai fit une excursion dans les territoires germaniques et la femme nous revint avec le nom de Phyllis.
Pour séduire le vieil homme, après avoir prévenu Alexandre de regarder par sa fenêtre, Phyllis descend dans le verger situé sous les fenêtres d'Aristote, vêtue d'une simple chemise, cheveux au vent. Elle cueille des fleurs tout en chantant un lai d'amour. Le philosophe abandonne ses livres pour la rejoindre. Phyllis dit à Aristote qu'elle craint le soleil et lui demande de la transporter jusqu'à un bosquet, en se mettant à quatre pattes et en acceptant d'être bridé et fouetté tel un cheval. Aristote, aveuglé par le désir accepte. C'est dans cet équipage qu'Alexandre surprend Aristote et lui demande des explications.
Mais Aristote savait se défendre: il répondit à Alexandre: "Si l'amour peut faire un tel imbécile d'un homme mûr et sage comme moi, imagine à quel point il est dangereux pour un jeune roi comme toi! Tu vois bien que mes avertissements étaient fondés."

Sans entrez dans le détail du lai, on peut toutefois citer quelques passages clés.

« De biaus mos conter et retraire
ne se doit on mie retrere,
ainz doit on volentiers entendre
biaus mos, quar on i puet aprendre… » 

"On ne doit pas s'abstenir de raconter et de propager de beaux mots, mais on doit au contraire écouter volontiers les belles paroles, car on peut y apprendre quelque chose..."


« En un vergier lez une fontenele,
dont la jors est clere et la rousee bele,
se siet la damoisele… »

"Dans un verger, près d'une petite fontaine, là où le jour est clair et la rosée est belle, s'est assise la demoiselle..."

Le poème se termine par la célèbre réplique d'Aristote:

« Veritez est et je le di,
qu'amors vaint tout et tot vaincra
tant com cis siecles durera. »

"C'est la vérité et je le proclame: l'amour vainc tout et vaincra tout, tant que ce monde durera."

Malgré le fait que le philosophe n'a jamais croisé la route de Phyllis, ce thème était très populaire au moyen âge, on retrouvait la fameuse scène du cheval un peu partout, sur des coffrets de mariages, sculptée sur des stalles d'église, sur des récipients en bronze utilisés pour se laver les mains et bien entendu sur une quantité d'estampes.




Dessin à la plume de l'allemand Hans Baldung Grien en 1503.





Gravure sur bois de Hans Baldung Grien en 1513.





Gravure sur cuivre de l'allemand Georg Pencz vers 1545.





Gravure sur bois du néerlandais Lucas van Leyden vers 1515.





Pointe sèche du Maître du Livre de Raison vers 1485.





Gravure du flamand Johan Sadeler vers 1590.






Gravure sur cuivre de l'allemand M.Z., identifié comme
 Matthaüs Zaisinger, vers 1502.







Peinture de l'allemand Lucas Cranach en 1530.





 Bas relief  du Maître d'Ottobeuren vers 1520.





Vitrail de 1520.








Peinture baroque de l'italien Alessandro Turchi, vers 1690.




Photographie de 1886, colorée à la main.
Collection du sexologue autrichien Richard von Krafft-Ebing.




Eau-forte du mexicain  Julio Ruelas, en 1902.



De nos jours, l'attrait pour ce genre de parade est faible, Aristote n'intéresse plus grand monde et les Phyllis se font rares, ce qui est dommage, convenons-en.

mardi 14 octobre 2025

Pont-Neuf.



On connait ce vieux dicton: On ne passe pas sur le Pont-Neuf  sans y rencontrer un militaire, un cheval blanc et une catin.
Deux femmes de la cour du Régent se trouvant sur ce pont, voulurent vérifier le proverbe. En effet, elles aperçurent d'abord le militaire et le cheval blanc; puis l'une, poussant l'autre du coude, lui dit: Quant à la catin, vous et moi nous n'en sommes pas en peine.

                                                                                                  (Facétiana)


Dictionnaire des anecdotes par Edmond Guérard, Librairie Firmin-Didot, Paris 1876.

mardi 17 décembre 2019

Un homme de cheval.

Un homme de cheval.


I

L'aristocratique hôtel dont il s'agit, au portail orné, en son relief de pierre, d'un antique écusson aux armes indéchiffrables, presque abolies par l'outrage du temps, s'élève, mélancolique et comme désillusionné, entre sa cour et le ridicule jardin anglais, auquel ses quinconces séculaires ont dû céder la place.
Cet hôtel que le destin, en ses vues mystérieuses, exposa aux surprises des publiques enchères, était devenu, de par acte authentique, dûment enregistré, la propriété légitime du vieil escompteur Duraud; si bien qu'à la mort de cet émérite financier, son unique fils et légataire, Louis, "du Raud" par bienséance, sur la carte de visite, était absolument fondé à dire, en parlant de la seigneuriale demeure: mon patrimonial domaine.
Estimant, sans doute sur la foi de ses très vagues réminiscences historiques, qui confondait la noblesse féodale, indifféremment, avec la chevalerie, qu'il ne saurait être de gentilhomme bon teint qui ne fût doublé d'un cavalier, Louis du Raux s'ingéniait, avec un soin jaloux, à réaliser le type étincelant d'homme de cheval.
Et cet aimable commerce avec gens et choses d'écurie, joint à la distinction native, faisait de lui un jeune homme parfaitement à la mode. Il n'était pas, enfin, jusqu'à son langage spécial, fruit de laborieuses études sur plus d'un turf, qui n'empruntât ce cachet de haut goût, auquel les petites dames faciles et le domestique des cabarets en renom reconnaissent, sur-le-champ, l'homme "chic" par excellence.
Toutefois, une folle ambition, il n'est point de bonheur parfait, en ce monde! dévorait littéralement M. du Raud; être aimé pour lui même eût comblé ses vœux les plus chers.

II

C'était donc, pour réaliser ce rêve que, fatigué  des amours vénales, vraiment trop douloureuses pour sa bourse, bon chien ne chasse-t-il pas de race?, il avait ourdi, sous le modeste travestissement de poète parnassien incompris, des relations fort tendres, en vérité, avec une jeunes piqueuse en bottines, trop pauvre pour rester vertueuse.
Afin de mieux s'incarner en son rôle, il avait loué, sur les hauteurs de Montmartre, une petite chambre meublée, toute simple, dans laquelle il s'imagina d'abriter ses ingénieuses amours. Plus de coûteuses agapes à la Maison Dorée*: de vulgaires dîners, le strict nécessaire, dans les restaurants excentriques.
Pour plus de vérité, enfin, il ne sortait jamais sans un volumineux carton de poésies, manuscrites, bien entendu, et qu'il avait achetées, au poids, d'un famélique pion de pensionnat, terrible dispensateur de pensums.
Toutefois, tant il est vrai que le machiavélisme le plus profond se trouve souvent en défaut, par suite de quelque infâme détail, imprudemment négligé, un programme de steeple-chase, une carte d'enceinte du pesage, parfois même une cravache achetée au hasard des flâneries, auraient pu, choses oubliées qu'elles ne devenaient que trop fréquemment, dans la mansarde complice, éveiller les soupçons de la petite ouvrière au minois futé.
Aussi, en dépit de ses efforts à ne personnifier qu'un pauvre poète, avait-il tremblé plus d'une fois, que sa "gentry" ne transparût.

III

De longues semaines se sont écoulées.
L'épreuve maintenant, lui paraît concluante: il est aimé pour lui-même!
Cette pensée ne laisse pas de le grandir à ses propres yeux; un frisson d'orgueil, bien naturel, n'est-ce pas? l'agite. Et c'est avec une commisération sincère qu'il jette ses regards sur les promeneurs, dans l'allée du parc Monceau, où son amie doit venir le rejoindre, tout à l'heure.
Les derniers rayons du couchant, que tamisent les vertes éclaircies, se jouent, rieurs, sur le "complet", de coupe extra-anglaise, dont M. du Raud est revêtu.
Plus de contrainte désormais! N'est-il pas décidé, en sa conviction du désintéressement de Lydie, à lui faire l'aveu de sa véritable condition sociale? Et qu'il lui semble bon, tout en savourant d'avance la joyeuse surprise de sa maîtresse, de s'abandonner, enfin, à son naturel!
Mais, la voilà!
L’œil correctement oblitéré du monocle vainqueur, le rictus des lèvres bien arrondi sur le pur havane de calibre, il s'empresse à la rencontre de Lydie, le stick-cravache au bout des gants, les jambes arquées, ainsi qu'il convient, du reste, à tout homme de cheval, quelque peu soucieux de la dignité de son prestige.

IV

Depuis quelques minutes, et tandis qu'un élégant coupé les emporte vers l'hôtel du noble faubourg, M. Raud a tout expliqué à sa maîtresse.
Mais, contrairement à son attente, ni le faste de sa toilette, ni ses éblouissantes confidences, ne semble avoir produit l'effet espéré. Certes, une joie immodérée eût été de mauvais goût, trop synonyme, en vérité, d'appétits vulgaires; cependant, de cette attitude à une heureuse surprise, un peu confuse, peut-être, il y avait place.
Songeur, il s'était tu; inquiet, à la pensée que son amie pouvait bien avoir pénétré son secret, depuis longtemps. Il se remémorait certaines imprudences, d'inconsidérées paroles, jusqu'à des gestes maladroits, sans doute révélateurs.
- C'est qu'il n'est point aisé, non plus, se disait-il, de dépouiller son individualité, au point de jouer, sans une faute, un rôle fastidieux.
Mais la voiture venait de s'arrêter.
Il aida Lydie à descendre; puis, ayant ouvert une petite porte dérobée, la fit entrer dans le jardin de l'hôtel.
- Voyons, fit-il, pendant qu'ils s'avançaient vers le perron, dis-moi, là, bien franchement, si tu m'avais deviné?
- Peut-être bien!... répondit la jeune fille.
Mais l'intonation plus troublée que narquoise, avec laquelle elle prononça ces deux mots, ne manqua pas de lui démontrer que Lydie dissimulait, maintenant, l'émotion croissante d'une surprise enfin justifiée.
Cachant sa joie, il fit entrer sa maîtresse dans le vestibule désert, il avait congédié ses gens, afin de savourer son bonheur plus à l'aise, puis, poussant les deux battants de la porte du salon d'honneur, d'une voix entendue mais sonore, comme celle d'un parfait huissier d'annonce, il s'écria:
- Mademoiselle Lydie du Raud!
Positivement interdite à cette exclamation, n'osant plus bouger, en ce grand salon luxueux, où ses pieds s'enfonçaient, inhabiles, dans la haute laine du tapis, la jeune fille, d'un geste effaré, lui fit signe de se taire.
Étonné à son tour, M. du Raud fixa vers sa maîtresse un regard interrogateur.
Mais elle, saisissant le bras du jeune homme dans une étreinte rapide, tout bas, très vite, lui jeta ces mots:
- On n'est pas imprudent à ce point: si tes maîtres allaient rentrer!

                                                                                                                                Emile Pierre.

La Vie populaire, dimanche 26 avril 1885.

* Nota de Célestin Mira:

* Maison Dorée:

La Maison-Dorée vers 1900.
La Maison Dorée était un restaurant situé à Paris,
20 boulevard des Italiens dans le 9ème arrondissement.
C'est aujourd'hui le siège de BNP-Paribas.

mardi 5 mars 2019

La béquille de sûreté pour voitures à deux roues.

La béquille de sûreté pour voitures à deux roues.

C'est un louable esprit de charité envers les animaux qui a guidé M. Edeline, l'inventeur de cet appareil. Il s'agit, en effet, d'éviter les trop nombreux accidents dont sont victimes les chevaux attelés à de lourdes voitures ou tombereaux à 2 roues.



Voiture attelée munie de la béquille.

Cette béquille, placée à l'avant du véhicule, est constituée par une petite roue dont le support est à télescope avec un fort ressort à l'intérieur.



La béquille de sûreté.

La marche d'une voiture à 2 roues produit des vibrations sur la dossière du cheval, et parfois des à-coups terribles qui peuvent atteindre jusqu'à plus de 1.000 kg. Dans la cas présent, la béquille reçoit une partie des chocs, les amortit grâce au ressort placé à l'intérieur et soulage d'autant le cheval. Si l'animal, sur un terrain gras, ou gelé, ou encore dans une descente, glisse, il ne peut tomber, car il est retenu par la béquille, et ainsi, il n'est plus exposé à être écrasé sous le poids du chargement de la voiture.
En tout cas, on lui épargne de pénibles blessures. Le conducteur bénéficie également d'un certain nombre d'avantages qui ne sont pas négligeables. Il n'est plus exposé à être précipité hors de son siège, puisque la voiture ne peut basculer en avant.



Voiture reposant sur sa béquille.

L'appareil est construit de telle sorte qu'une manivelle que l'on tourne dans un sens ou dans l'autre, permet dans les montées ou les descentes, et pour que la roue touche toujours le sol, d'allonger ou de raccourcir le télescope et de tendre ou de détendre le ressort.
La béquille de sûreté est construite par son inventeur M. Henri Edeline, 108-110, rue de la Réunion, Paris.

La Nature, revue des Sciences et de leurs Applications aux Arts et à l'Industrie, 13 juin 1908.

jeudi 28 juin 2018

Comment on apprend à monter à cheval au régiment.

Comment on apprend à monter à cheval au régiment
                                          pour les jeunes soldats.







"C'est en forgeant qu'on devient forgeron", dit le proverbe. En équitation, il en va de même qu'à la forge, et ce n'est qu'à force de monter à cheval que l'apprenti cavalier peut prétendre à passer maître.
Donc, en instruction équestre, l'enseignement pratique prédominera toujours sur l'enseignement théorique. Pas de longs raisonnements, surtout au début, mais le strict indispensable pour initier l'homme de recrue à son métier nouveau, et de suite à la forge, c'est à dire en selle. En selle, les bleus, dès le lendemain de votre arrivée au régiment, il n'y a pas de temps à perdre!
Pour former un cavalier, deux buts sont à atteindre dont le second demeure subordonné au premier: 1° se mettre en selle; 2° savoir conduire son cheval. Si l'on ajoute pour le cavalier militaire, l'obligation de savoir manier ses armes, on aura formulé l'ensemble des résultats à obtenir.
C'est donc à ce triple but que l'Instructeur militaire achemine chaque année sa classe. On appelle classe le groupement d'un certain nombre d'homme de recrues sous la direction d'un même instructeur. Dans la cavalerie, c'est toujours un officier: lieutenant ou sous-lieutenant. Le chiffre moyen d'une classe est de quinze cavaliers.
Nous ne prétendons pas, dans le cadre de cette causerie familière, décrire toutes les phases de l'instruction équestre, pas plus que nous ne songeons à exposer les difficultés grandissantes de cet enseignement avec la diminution croissante de la durée du temps de service. Notre but est plus modeste, et nous estimerons l'avoir rempli si nous avons su formuler au cours de ces trois séries d'exercices les qualités essentielles du cavalier et attirer sur ce sujet l'attention de ceux de nos jeunes lecteurs qui seront prochainement appelés à servir dans la cavalerie.
En tête de ce court formulaire, il y a une qualité, bien française d'ailleurs, qu'il faut écrire en lettres d'or parce qu'elle doit présider à toutes choses en équitation: la hardiesse sans laquelle il n'y a pas de cavalier militaire.

Se mettre en selle.

Se mettre en selle, s'asseoir, est, sans contredit, la partie la plus ingrate de l'équitation. C'est un travail purement mécanique où l'homme "peine dur". Trotter souvent et longtemps, en argot militaire: piler du poivre, galoper et sauter dans la suite, le tout sans étriers, telle est la progression à suivre. 



Il faut arriver à rompre son corps aux divers mouvements du cheval, à se tenir par la souplesse et spécialement par la souplesse du rein, l'agent par excellence en équitation.
Le Centaure, cet être double de la Fable, n'est pas sorti de la seule imagination des poètes d'antan, mais aussi du spectacle de l'homme primitif si étroitement lié au dos de sa monture qu'il faisait corps avec elle. Il faut être de nouveau Centaure.

Conduire son cheval.

Lorsque le cavalier tient à cheval, le moment est venu de lui apprendre l'emploi de ses aides. Ici, on commence à faire appel à l'intelligence, mais la part laissée à la pratique demeure grande. On appelle aides, l'expression est parlante,  les jambes et les rênes.
Les jambes donnent le mouvement que les rênes régularisent.
Vigueur et Tact entrent en jeu. Vigueur et tact dans l'emploi des jambes, tact seul dans l'emploi des rênes, tact aussi pour la relation voulue entre les jambes et les aides, ce qui s'appelle l'accord des aides.



Quand la bête est fatiguée, "ce sont, dit le proverbe, les jambes du cavalier qui font les jambes du cheval". Rien n'est plus vrai. Quant à la main, elle doit être légère, et tout en demeurant par l'intermédiaire des rênes en contact permanent avec la bouche du cheval, ne jamais l'offenser. On dit que le cavalier qui réalise ce délicat problème a de la main.

Manier ses armes.

Le cavalier sait maintenant monter à cheval et conduire d'une seule main: la gauche; on a eu soin de lui enseigner en même temps le maniement de ses armes, d'abord à pied, puis sur le cheval de bois, reste à lui apprendre à les manier sur son cheval, sans toucher sa monture et sans cesser de la diriger à sa guise.
Tel est l'objet de cette troisième étude où le cavalier aura à faire preuve d'adresse.



En selle, cavalier, sabre en main et sus aux mannequins! l'instruction sera terminée quand l'homme saura toutes les allures, en tous terrains, même parsemé d'obstacles, en toutes positions, frapper au point voulu et d'estoc et de taille tel ou tel mannequin placé dans des circonstances de guerre (escarmouche, ou charge).

Les qualités requises du cavalier.

Le but est atteint et l'instruction individuelle est terminée après 6 ou 7 mois de travail opiniâtre. Hardiesse, Souplesse, Vigueur, Tact et Adresse, telles sont les cinq qualités dont le cavalier a dû faire preuve tout à tour pour arriver au résultat et qui lui demeureront d'un emploi incessant, s'il veut se perfectionner dans la science équestre, car ce sont toutes qualités essentielles en équitation.



Ce sont celles qui caractérisent la "monte hardie" de nos officiers de cavalerie, vos futurs instructeurs, dont la maestria demeure sans conteste, puisqu'ils ont su prendre la première place dans les épreuves internationales: au concours hippique de Turin, au raid Bruxelles-Ostende.
Hardiesse, souplesse, vigueur, tact et adresse doivent être votre lot, ne l'oubliez pas, futurs disciples de saint Georges, le patron des cavalier!

                                                                                                   Un capitaine instructeur.

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 11 octobre 1903.

lundi 19 mars 2018

Chronique du 13 juin 1858.

Chronique du 13 juin 1858.

Les malfaiteurs, maintenant effarouchés dans Paris par le grand nombre de sergents de ville, sont en grand nombre dans les campagnes d'alentour. En voici un, du moins, qui vient de faire une fin digne de lui.
Une lingère, du nom de Madeleine L..., s'était arrêtée, pour déjeuner, dans une petite auberge de Vaugirard. Un individu qui se trouvait à la même table, et qui avait remarqué sur elle une chaîne d'or, un porte-monnaie bien garni, s'informa du lieu où elle se rendait, apprit que c'était à Meudon, et offrit de l'accompagner.
Ils ne furent pas plutôt dans les champs, aux bords de la Seine, que le galant chevalier, assurant que sa compagne était fatiguée, la força de s'asseoir sur l'herbe à ses côtés.
Mais sous le bouquet d'arbres où ils s'étaient reposés, cet homme prit Madeleine dans ses bras et s'élança avec elle dans la rivière, où il fit tous ses efforts pour la tenir enfoncée et la noyer.
Cependant, les cris jetés par la malheureuse femme avaient été entendus par deux pêcheurs; ils se jetèrent à la nage et se dirigèrent à l'endroit où les jupes de Madeleine, la soutenant sur l'eau,  la faisait apercevoir. A leur aspect, le malfaiteur venait de lâcher prise, et les pêcheurs purent ramener au bord la victime encore vivante.
Pour le meurtrier, qui n'osait reparaître à la surface de la rivière, le courant l'avait entraîné; et après une heure de recherches, on ne trouva plus que son cadavre.

***

On parle d'un autre voleur non moins providentiellement puni.
Dans une belle ferme de nos campagnes habitait un chien qui, par son excellent naturel, s'était fait l'ami de toute la maison et aimait aussi profondément ses maîtres.
Un ouvrier cosmopolite passa; et comme le chien était aussi beau que bon, il trouva le moyen de s'en emparer pour le vendre.
Il le traîna longtemps à sa suite, le tenant attaché à une corde, et le maltraitant souvent, jusqu'à ce qu'il en trouvât un prix convenable.
Le chien, qui s'était d'abord montré plein de regrets pour ses anciens maîtres et furieux contre le ravisseur, comprit qu'il fallait changer d'apparence.
Il feignit tout à coup une tendresse extrême pour l'ouvrier, passa sa vie à lui lécher les mains et le caresser. Par ce moyen, il parvint à se faire ôter son lien.
La première nuit où il fut libre, profitant du sommeil du ravisseur, il fouilla dans ses habits, y prit le vieux portefeuille qui contenant le passeport et les papiers de l'ouvrier.
Puis, il s'élança au dehors, courut bride abattue jusqu'à se ferme chérie de Moutoronne, et remit à son maître, avec ce portefeuille, le nom et le signalement qui pouvait mettre la justice sur les traces du voleur. Ce qui arriva bientôt, en effet.

***

C'est à juste titre qu'on vante les chevaux anglais. Voici les hauts faits accomplis par l'un d'eux.
Son maître, vaquant à ses affaires, l'avait attaché avec le cabriolet au poteau d'un réverbère. L'animal n'aimait pas attendre. Au bout de peu de minutes, ennuyé de son oisiveté, il cassa son lien et se mit à galoper en tous sens.
Le premier résultat de cette distraction folâtre fut de briser en mille pièces le pauvre cabriolet contre un tronc d'arbre. Ensuite, il s'en alla heurter l'avant-train contre une grille, et l'y laissa accroché.
Bien plus libre alors pour ses jeux, et suivant un chemin qu'il avait peut-être vu prendre à son maître, il courut vers un débit de boissons, s'y élança ventre à terre, renversa tout dans le comptoir, et alla se jeter de tout son long sur un canapé qui décorait un cabinet particulier.
Mais tout s'enfuit sur son passage; et le cheval, si bien installé qu'il fût, s'ennuya de sa solitude. Il prit son élan et alla enfiler une fenêtre fermée, comme s'il eût été au Cirque en face d'un ballon de papier. Il y passa comme une lettre à la poste, si ce n'est qu'il mit en pièces vitres, boiseries et persiennes.
Mais la fenêtre donnant sur une cour fermée, il lui fallut mettre fin à ses prouesses. Ce fut là qu'on s'empara de sa personne, en disant avec plus de conviction que jamais, que rien n'est leste et fin coureur comme un cheval anglais.

                                                                                                                   Paul de Couder.

Journal du Dimanche, 13 juin 1858.

dimanche 11 mars 2018

Chronique du dimanche 6 juin 1858.

Chronique du dimanche 6 juin 1858.

Peu de personnes savent pour quelles raisons le bois de noyer n'est pas exporté de France.
Le maréchal Soult avait été choisi pour représenter le roi au couronnement de la reine Victoria. Pendant son séjour en Angleterre, le maréchal visita les arsenaux. A la tour de Londres, il remarqua le bois des fusils; et, sachant que la Grande-Bretagne produisait peu de noyers, il demanda d'où on tirait ce bois.
Il lui fut répondu que c'était de France.
A son retour à Paris, Son Excellence prit un arrêté pour qu'il ne fût plus exporté de bois de noyer; et depuis ce temps, l'Angleterre a dû s'en passer pour la fabrication de ses armes.

A propos de prohibition, un négocient belge a trouvé le moyen de faire passer en France ses dentelles sans payer de droits et à la barbe de toute la douane.
On envoie de Belgique des paniers de pigeons vivants; chaque panier contient trente à quarante pigeons, et ils y sont extrêmement pressés.
Au milieu de ces pigeons vivants, le négociant en plaçait un certain nombre d'empaillés, qu'il était impossible de distinguer des autres; et ces pigeons-là étaient empaillés de fines malines et de riches bruxelles. Au moyen d'une spirale élastique, il leur donnait le mouvement d'oiseaux vivants, comme on le voit sur quelques devantures des boulevards; et jamais aucun douanier n'avait remarqué l'artifice.
Plusieurs mille mètres de dentelles sont parvenus ainsi au correspondant de Paris.
Mais il n'est si belle fête qu'elle ne finisse; l'industrieux industriel a été trahi.

L'if, si commun, dans nos jardins, n'était guère connu pour un poison, lorsque, l'autre jour, trois beaux chevaux, attachés près de l'un de ces arbres, se sont mis à manger de ses feuilles et sont tombés foudroyés. L'attention ayant été éveillée par ce fait, on a bientôt découvert que ce végétal était mortel pour un grand nombre d'animaux; il leur cause des vertiges, une sorte d'ivresse, puis une léthargie suivie de mort.
La société protectrice de ces bonnes bêtes va sans doute s'en alarmer et proscrire des arbres d'agrément si peu agréables à ses protégés.

Par compensation des beaux chevaux perdus de cette manière, on vient de découvrir le moyen de dompter ces animaux les plus fougueux sans les tourmenter le moins du monde, au contraire.
On les magnétise. Des passes faites avec patience sur la tête du cheval, entre ses oreilles, puis sur son encolure, détendent ses muscles d'une manière extraordinaire, et lui donnent tout à coup l'humeur la plus douce.
Après quelques jours de ce traitement, l'animal le plus impétueux est dompté.
Mais on ne dit pas si le cheval ainsi magnétisé devient lucide.
Il est malheureux qu'on ne puisse employer ce moyen pour les hommes.

On a eu dernièrement au Havre un spectacle épouvantable. Un matelot, nommé Lemerelle, a conçu le désir effréné de tuer un douanier. Cet homme, taillé en Hercule, étant à trois heures du matin sur le pont notre-Dame, s'est précipité sur le sous-brigadier Dutertre, et l'a accablé de coups de poings, en cherchant à lui arracher son sabre pour le frapper.
Traduit pour ce fait devant la justice, le matelot, après quelques jours de prison, a été à l'audience. Là, il s'est jeté en furieux sur les agents de police, voulant ce jour-là tout tuer. Avec sa force colossale, ayant la rage dans les yeux, l'écume à la bouche, il n'a cédé que devant le grand nombre d'adversaires, et en laissant derrière lui de nombreuses blessures.

                                                                                                                        Paul de Couder.

Journal du Dimanche, dimanche 6 juin 1858.

mercredi 21 février 2018

Chronique du 9 mai 1858.

Chronique du 9 mai 1858.


Le secret des lettres est chose sacrée et inviolable; on doit en être bien persuadé par le trait suivant:
Dans la ville d'Unne, en Allemagne, où le divorce est en vigueur, un mari plaidait pour être séparé de sa femme. Il produisit une lettre de madame adressée au complice de son infidélité.
La lettre fut reconnue authentique; la preuve qu'elle contenait était suffisante; le mari gagna son procès, le divorce fut prononcé.
Mais aussitôt après, la dame fit un procès au mari pour avoir ouvert une lettre qui ne lui était point adressée, et s'être rendu coupable d'un délit.
L'accusé se défendit avec véhémence, au nom de toute l'autorité que s'arroge la barbe en ménage; mais ce fut en vain.
Attendu le délit constaté, il a été condamné à une amende de trente-sept mille francs cinquante centimes envers la dame.
Voilà au moins un tribunal équitable.

***

Madame Catherine Levasseur, demeurant dans la commune de Bazancourt, a des accès de gaieté folle. L'autre jour, vers trois heures de l'après-midi, elle s'amusait après avoir pris le fusil de son mari, à en faire partir les capsules. Un voisin accourut, la supplia de laisser ce divertissement dangereux et voulut lui ôter l'arme à feu. Mais le jeu la réjouissait beaucoup; elle continua à remplir la maison des éclats de sa brillante fusillade. Malheureusement, ayant fait un pas au dehors, elle étendit sans vie la jeune Françoise Béranger, sa domestique.
Cette dame, arrêtée, aura à rendre compte à la justice des éclats de sa turbulente gaieté.

***

Un sinistre arrivé dans le département de l'Eure a eu des effets bien surprenants:
Dans l'après-midi un coup de foudre a renversé un bâtiment vaste, neuf et bien construit; la toiture a été emporté à une grande distance, et les murs se sont complètement écroulés.
Deux personnes, un homme et une femme, étaient dans l'intérieur au moment de la catastrophe. Par un bonheur bien étonnant, le vent abattit une porte devant les pas de l'homme qui voulait s'élancer au dehors, et qui n'aurait pas eu le temps d'ouvrir cette porte avant la chute des murailles; il se sauva par cette issue.
Pour la femme, elle fut ensevelie sous les décombres. On attendait que le monceau de ruines fût un peu déblayé pour chercher son corps, lorsqu'on la vit sortir saine et sauve de dessous cette montagne.
Dans la chute des murs, il s'était formé une voûte, qui, abritant de charpentes entrelacées l'endroit où elle se trouvait, lui avait laissé un passage dans les ruines.

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Une autre pauvre vieille femme vient d'être conservée d'une manière encore plus singulière, non pendant sa vie, mais après sa mort.
La femme Maria B..., ancienne actrice du boulevard, habitait seule dans un étroit réduit situé sous les toits et où on pouvait à peine se tenir debout. Elle avait subi trois mois de prison, et depuis ce temps s'était retirée dans le plus complet isolement.
Pendant plusieurs jours on ne la vit point descendre.
Le propriétaire, qui ne tenait pas à une semblable locataire, et la croyait furtivement partie, fit seulement placer un cadenas à la porte, afin qu'elle ne pût revenir chez lui à son insu.
Cinq jours s'écoulèrent sans qu'on revît la femme Maria. L'autorité fut alors prévenue; le commissaire de police entra chez elle, assisté d'un médecin et des gens de la maison.
Tout le monde fut alors témoin d'un spectacle singulier. La femme B..., morte depuis cinq jours, était assise et se tenait droite sur sa chaise, dans toute la roideur cadavérique.
Près d'elle étaient des fourneaux éteints, mais qui, entourés d'ustensiles de ménage, faisaient présumer que c'était dans la pensée de préparer son repas et non de se suicider qu'elle avait allumé ces fourneaux, dont l'étroitesse extrême de son domicile avait fait des instruments de mort.
Les vapeurs concentrées, par une particularité étrange, s'étaient opposées à la décomposition du corps et l'avaient entièrement réduite à l'état de momie. La peau sèche et dure résonnait sous les doigts comme un tambour; elle était d'un bronze foncé; les articulations criaient sous les doigts quand on les faisait mouvoir, comme celles des mannequins des peintres; enfin ce corps ne répandait aucune odeur mortuaire.

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Nulle terreur au monde ne peut être comparable à celle éprouvée par le malheureux Pierre Dumont.
Pierre est un honnête ouvrier tourneur qui habite un rez-de-chaussée au faubourg Saint-Antoine. Une de ces nuits dernières, sa porte est enfoncée avec un fracas épouvantable, ses meubles sont renversés. Se dressant sur son lit, Pierre regarde et écoute. Il voit s'approcher de lui un fantôme, dont la taille dépasse de beaucoup celle de l'espèce humaine, dont la bouche jette un souffle enflammé.
Demi-mort de peur, Pierre a pourtant encore la force de crier au secours.
On accourt avec de la lumière, et on voit... un cheval devant le lit.
C'était en effet un impétueux coursier d'une écurie voisine, qui, sortant de son domicile, était venu faire irruption dans celui de Pierre.
Il n'y a eu besoin, contre cette apparition, ni d'eau bénite, ni de gendarmes et tout se termina à l'amiable.

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Dernièrement, dans un moulin des environs de Chauny, une femme se présente pour acheter de la farine. Au moment de son arrivée, des garçons enlevaient des sacs au rez-de-chaussée à un premier étage assez élevé. L'un d'eux, mû par une pensées diabolique, passa la corde au cou de cette femme, qui se trouve ainsi enlevée comme un sac de grain. Tout naturellement, au terme de son ascension, cette malheureuse se trouve asphyxiée, et on n'a eut que le temps de la débarrasser bien vite de la corde pour la rendre à la vie. Depuis, cette pauvre femme est toujours souffrante; et le mari, ces jours derniers, déposait plainte entre les mains de l'autorité.

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Un certain samedi soir, une mère passait par une rue où se tient d'ordinaire l'assemblée d'actionnaires d'une compagnie véreuse.
On était en séance.
Le bruit du dedans arrivait jusqu'au dehors.
- Mais, maman, dit l'enfant, qu'est-ce que cette cloche qui fait sans cesse: Gredin!, gredin! gredin!
- Ma fille, c'est l'appel nominal.

                                                                                                                 Paul de Couder.

Journal du Dimanche, dimanche 9 mai 1858.