Accostage.
Caricature anglaise publiée par Carington Bowles le 4 juin 1781 et intitulée "An English man of War, taking a French Privateer". Cette estampe est conservée au British Museum.
Cette caricature joue sur le double sens des mots. Il convient de rappelait qu'en 1781, la France était en guerre contre la Couronne britannique au sujet de l'indépendance des Etats-Unis. La traduction littérale du titre est: "Un navire de guerre anglais capturant un corsaire français".
Première dualité, "man of war", en anglais, veut dire, indifféremment "homme de guerre" ou "bâtiment de guerre" et seconde, "privateer" se traduit pas "corsaire" ou "prostituée" qui croisait à la manière des navires, dans les rues, à la recherche des clients.
Ce qui fait que l'autre traduction devient: "un homme de guerre anglais s'empare d'une courtisane française".
Le décor est planté, il manque les accessoires. La courtisane est habillée à la dernière mode extravagante de Paris. Elle tient dans ses mains une boîte contenant des accessoires divers, le maquillage et les parures des courtisanes. Au passage, le dessinateur se moque aussi de l'obsession des femmes anglaises pour la mode française, malgré la guerre.
Le marin anglais est habillé à la mode des marins de l'époque: pantalon à rayures blanches et rouges, veste bleue, chapeau rond. On peut remarquer qu'il porte une badine souple sous son bras. Au XVIIIe siècle, en Angleterre, seuls les nobles et les officiers avaient l'autorisation de porter l'épée dans la rue. Pour se donner une certaine prestance, les autres, dont les marins, et par opposition aux esclaves qui n'avaient droit à rien du tout, le port de la badine était fréquent. Surtout chez les marins en goguette, car sur les navires, la badine servait aussi à punir les marins. A terre, muni de sa badine, le marin se sentait libre et pouvait faire le beau pour séduire les femmes.
Le marin anglais parlait un jargon incompréhensible du reste de la population. Outre leurs tenues plus que voyantes il avaient une démarche chaloupée caractéristique (sea-swagger).
Après des mois en mer, le retour à terre donnait lieu à des débordements légendaires des "men of war", dilapidant leurs soldes en quelques jours, dans les tavernes, au jeu ou avec des prostituées.
Qui mieux que Paul Fort pourra décrire les états d'âme du marin en escale?
C'est là l'sort de la marine,...
On accost' mais on devine
Qu'ça s'ra pas le paradis!
On aura beau s'dépêcher
Fair' bon dieu, la pige au temps,
Et l'bourrer d'tous nos péchés
ça n's'ra pas ça et pourtant...
Tout' les joies, tous les soucis,
Des amours qui dur'nt toujours,
On les r'trouvent en raccourci
Dans nos p'tits amours d'un jour.

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