Lancelot.
Cette enluminure provient du manuscrit français intitulé "Le livre de Lancelot du Lac" daté d'environ 1401-1425. Ce livre est conservé à la Bibliothèque de l'Arsenal à Paris.
Dans les récits du cycle arthurien, Lancelot est réputé pour sa beauté et sa bravoure. De nombreuses femmes, qu'elles soient châtelaine ou magiciennes, sont émerveillées en le voyant et tentent de le séduire. Mais Lancelot, conformément aux règles du fin'amor reste fidèle à la reine Guenièvre.
Morgane, la demi-sœur du roi Arthur, ennemie jurée de la reine Guenièvre, passe son temps à tenter de piéger Lancelot afin de révéler à tous sa passion pour la reine.
Nous assistons dans cette scène à un des stratagèmes de la magicienne Morgane. Elle demande à une jeune femme, dont le nom reste inconnu, de se glisser nue dans le lit d'Arthur et de tout mettre en œuvre pour le faire plier. La nuit venue, Lancelot, se déshabille pour se coucher et se dirige vers son lit. C'est là qu'il découvre qu'il n'est pas seul, qu'une femme s'offre à lui, mais son amour pour Guenièvre est le plus fort. Il résiste et préfère s'enfuir en sous-vêtements, malgré le fait que l'inconnue s'agrippe à sa liquette.
L'enlumineur a sacrifié la réalité de l'époque aux injonctions de l'Eglise. Au moyen âge, les gens dormaient entièrement nus sans intention érotique: c'était la règle. Ici, Lancelot se met au lit en conservant sa chemise et ses braies. Ce choix, bizarre pour l'époque, indique symboliquement que Lancelot refuse les avances de la dame et qu'il conserve sa pudeur.
Cette scène fait penser à la réaction de Joseph face à la femme de Putiphar qui le retient par un pan de chemise dans la Bible.
L'affaire s'arrête là. Mais, par la suite, Lancelot sera berné à l'aide d'un philtre magique qui fera apparaître Elaine de Corberic sous les traits de Guenièvre. Il consommera et de cette union incertaine naîtra Galaad qui accomplira la quête du Saint Graal. Mais ceci est une autre histoire.

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