Translate

jeudi 5 novembre 2026

Renaud et Armide.








 
Tableau de François Boucher de 1734 intitulé "Renaud et Armide".

C'est ce tableau que François Boucher a présenté pour être définitivement admis à l'Académie royale de peinture et de sculpture. L'histoire est inspirée de "La Jérusalem délivrée" (Gerusalemme liberata) de l'écrivain italien Torquato Tasso (Le Tasse) publié en 1581. Elle représente la magicienne musulmane Armide et le chevalier Renaud dans son jardin enchanté.
Pour devenir membre de l'Académie royale, il fallait soumettre un "morceau de réception" dans une catégorie hiérarchisée. Les sujets mythologiques, historiques ou religieux étaient les mieux notés. Boucher était surtout très bon dans les scènes légères, érotiques. Il a, à dessein, choisi Le Tasse comme source d'inspiration pour tromper l'Académie, mais n'a pu s'empêcher de nous montrer les seins d'Armide. Il a été reçu triomphalement le 30 janvier 1734.
Le succès de ce tableau fut tel que Louis XV a ordonné à la Manufacture des Gobelins d'en faire une version tapisserie pour décorer une de ses résidences.
Le tableau de Boucher a vécu bien des aventures. En 1793 il est saisi comme bien national et envoyé au château de Versailles. En 1818 il est ramené à Paris et orne la "salle des huissiers" du ministère des Finances. Il est enfin "redécouvert" et regagne les réserves du Louvre, puis il est prêté pour décorer le château de Meudon, avant d'être envoyé au château de Fontainebleau en 1889. Enfin, au XXe siècle il rejoint Le Louvre où il est exposé de nos jours dans l'aile Denon.

Il est important de resituer cette scène dans son histoire.
Pendant la première croisade, la nièce du roi de Damas, Armide, une princesse très belle, musulmane et magicienne, est envoyée dans le camp des Chrétiens pour y semer la discorde et affaiblir leur force. Elle parvient à capturer quelques chevaliers mais le plus courageux, le plus preux Renaud (Rinaldo) réussit à les délivrer. Armide est furieuse et jure de se venger. Un jour que Renaud se trouve au bord d'un fleuve, elle utilise ses talents magiques pour l'endormir. Une fois le gaillard endormi, elle sort un poignard, bien décidée à le trucider. Elle s'approche, le regarde dormir et est émerveillée par sa beauté. Bouleversée, la haine qui l'habitait se transforme en amour passion.
Renonçant à l'aider à rejoindre ses ancêtres, elle l'enlève et le transporte dans les îles Fortunées qui ne sont autre que les îles Canaries. Au sommet d'une montagne isolée, elle crée un palais magique entouré de jardins enchantés. Dans ces lieux enchantés et enchanteurs, le printemps dure éternellement. C'est de là que vient l'expression "jardin d'Armide" pour qualifier un jardin voluptueux, qui invite à la paresse et aux plaisirs, bref, un lieu de délices.
Pour être tranquille et savourer sa proie à sa guise, elle jette un sort à Renaud et utilise un miroir pour qu'il oublie son passé, la croisade et sa foi. Le farouche guerrier devient un amant soumis en contemplant le reflet des yeux d'Armide, dans un miroir de cristal. Le "miroir d'Armide" est aussi devenu une expression, presqu'oubliée de nos jours, pour désigner un objet de séduction, d'illusion et de fascination.
C'est cette scène que Boucher à peint. On voit un angelot supporter sur son dos le lourd miroir.
Cependant, le camp chrétien réagit à la disparition de Renaud. Deux chevaliers, Charles et Ubalde sont envoyés pour le retrouver. Passons les détails et disons seulement qu'ils arrivent à déjouer les pièges qu'a laissé Armide grâce à un sceptre d'or et un bouclier de cristal. Ils s'introduisent dans le château. Et si certains en doutent, il suffit de regarder, à droite du tableau, derrière les colonnes massives et les drapés verts on aperçoit deux visages casqués: ce sont nos deux compères.
Grâce au bouclier de cristal, ils présentent à Renaud son image efféminée et son allure avachie. Le charme est rompu. Renaud sent la honte l'envahir et il décide de fuir pour accomplir son devoir. Armide le supplie, pleure, crie, lui proposant même de l'accompagner comme simple servante, rien n'y fait. 
Armide, qui est d'un tempérament sanguin, est furieuse et détruit son palais. Elle rejoint l'armée des infidèles et promet sa main à celui qui tuera Renaud. Mais tous les hommes qu'elle envoie échouent face à Renaud. Désespérée, Armide s'isole dans un bois pour mettre fin à ses jours. Coup de théâtre, Renaud arrive et retient son bras à temps. Il la console, il la dorlote et lui promet de rester son chevalier, mais sans magie cette fois-ci. Armide accepte, renonce à la magie, se convertit au christianisme et prononce ces mots "voici la servante du Seigneur"
Tout est bien qui finit bien, y compris pour François Boucher.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire