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vendredi 23 mars 2018

L"Adam et l’Ève malgaches.

L'Adam et l’Ève malgaches.


Quand la terre émergea des flots, Dieu y laissa tomber l'homme et la femme tout faits. Longtemps ils vécurent comme deux étrangers. Mais la femme, qui n'aime pas la solitude, fit la coquette auprès de l'homme. Ils nouèrent connaissance, resserrèrent petit à petit leurs liens d'intimité et s'unirent.
De cette union un fils naquit.
Aussitôt Dieu apparut aux deux époux dans un nuage brûlant et leur dit:
" De même que les bêtes sauvages, vous ne vous êtes nourris jusqu'ici que de racines et que de fruits. Maigre nourriture au demeurant. Il vous en faut changer. Laissez-moi tuer votre enfant: avec son sang je créerai une plante magnifique de laquelle vous tirerez plus de force que des fruits et des racines. Réfléchissez; je reviendrai chercher votre réponse."
A cette proposition inattendue, l'homme et la femme s'entre-regardèrent, et n'auraient certainement pas pu articuler un seul mot si Dieu avait exigé une réponse immédiate. La nuit durant ils mêlèrent leurs larmes. Leurs sanglots déchirants troublèrent le grand silence de la nature.
"Ah! ah! s'écria enfin la femme à bout de pleurs et affolée d'angoisse. Ah! ah! ah! que Dieu me prenne, mais qu'il laisse la vie à mon enfant."
L'homme, morne et recueilli, ne dit rien, mais de ses yeux maintenant taris, un sombre éclair jaillissait."
Le jour vint et Dieu aussi, sur son nuage toujours brillant. Mais plus brillant encore que le nuage apparaissait dans sa main un couteau à la lame tranchante comme celle d'une sagaie neuve. A cette vue un frisson de terreur parcourut la femme de la tête aux pieds et la secoua toute. Sa décision de la nuit l'abandonna. Elle s'élança vers l’Éternel et se prosterna la face dans la poussière en s'écriant:
"O mon Dieu! mon Dieu! prends mon enfant, pends-le, prends-le!"
L'homme lança à sa compagne un regard de pitié, puis saisissant son enfant à plein bras, il le pressa sur son coeur et le remit à sa mère. S'avançant alors, la poitrine découverte, il dit à Dieu:
"Tue-moi! mais laisse vivre mon fils!"
L’Éternel brandit alors l'arme terrible qu'il tenait à la main. La lame brillante envoya des éclairs de tous côtés.
"Tu vas mourir, cria-t-il d'une voix tonnante. Réfléchis avant que je te frappe.
- Inutile. Tue-moi."
Encore une fois le couteau tournoya dans l'air. L'homme ne sourcilla pas. Aucun trait de son visage ne trahit la plus minime émotion. La lame pénétra dans la chair, près du cou. Quelques gouttes de sang perlèrent sur la peau.
La blessure n'était que légère. Le Créateur avait voulu éprouver sa créature et il était content d'elle. Il prit ce sang et le répandit sur la terre. Aussitôt le riz germa et poussa.
"Tu sarcleras trois fois ce riz avant sa maturité, dit-il à l'homme, puis tu en récolteras les épis; tu les feras sécher au soleil et tu les conserveras dans un grenier que tu construiras pour cet usage. Tu battras ces épis pour en détacher les grains; tu pileras ces grains pour en séparer le son, tu pourras alors les manger et donner le son aux animaux domestiques."
En termes plus précis, il apprit à l'homme à faire cuire le riz et à le manger, et avant de remonter au ciel, il ajouta:
"Femme, écoute bien ma dernière parole: l'Homme sera le maître de l'enfant parce qu'il a préféré la vie de l'enfant à la sienne et toi tu seras toujours soumise."
C'est depuis ce temps, à jamais mémorable, que le père est le chef de famille et que l'homme connait le riz et le mange.

                                                                                                            Frédéric Dillaye.

Journal des Voyages, dimanche 27 octobre 1889.

mercredi 10 décembre 2014

Le pommier d’Ève.

Le pommier d’Ève ou l'arbre du fruit défendu.


L'arbre qui est représenté dans cette figure, porte le nom de pommier d’Ève ou Arbre du Fruit défendu, et croît à Ceylan, l'une des îles les plus belles et les plus fertiles du monde, et qui, située entre le sixième et le dixième parallèle de latitude septentrionale, jouit d'un été continuel.


L'histoire naturelle a été tant négligée à Ceylan, qu'il nous impossible de donner avec tous les détails que nous voudrions la description de cet arbre, une des plus curieuses productions de cette île. Cependant, nous pouvons garantir que notre gravure a été exécutée avec l'exactitude la plus scrupuleuse, d'après les dessins originaux.
Dans un catalogue de plantes de l'île de Ceylan, rédigé en langue malaise, d'après le système de Linné, l'arbre qui fait le sujet de cette gravure porte le nom scientifique de Tabernœmontana dichotoma. Celui que lui donnent les indigènes est Diwi Kaduru, qui signifie: redouté du tigre. Cet arbre dont on distingue neuf espèces, réussit dans les lieux bas où la terre est légère. On le trouve en grande abondance près de Colombo, capitale de Ceylan.
On dit que la fleur de cet arbre répand une odeur suave; son fruit est d'une grande beauté; il est couleur orange à l'extérieur, et rouge foncé à l'intérieur. 


La manière dont la pomme est suspendue aux branches de l'arbre est remarquable; elle présente une forte dépression, comme si elle avait été mordue. C'est cette circonstance, jointe à cet autre fait, que ce fruit est un poison des plus violens qui fit que les mahométans, à l'époque de la découverte de Ceylan, qu'ils regardaient à cause de la douceur de son climat et la prodigieuse fécondité du sol, comme le siège du paradis terrestre, donnèrent à ce pommier le nom d'Arbre du Fruit défendu du jardin d'Eden. Selon eux, la dépression qui se fait remarquer dans chacun de ces fruits est l'empreinte de la dent d’Ève, et c'est là un avertissement donné aux hommes de se défier de ces fruits, dont l'apparence est si séduisante, et dont l'usage serait si funeste.

Magasin  universel, juin 1835.