Translate

samedi 7 juillet 2018

Jeanne Samary.

Jeanne Samary.


La Revue Illustrée avait demandé à M. Richard Paraire le portrait de Jeanne Samary; il devait être donné ici au moment où nous l'eussions applaudie au Théâtre-Français dans la Parisienne*. Qui nous eût dit, hélas! que ce fin médaillon ne serait plus aujourd'hui qu'un souvenir triste; que la mort, la stupide mort aurait passé par là, et qu'à l'aurore d'une saison théâtrale dont la pièce de Becque allait être un des premiers événements importants, la future créatrice de Clothilde succomberait, emportée en quelques jours par la fièvre typhoïde imbécile, compliquée de troubles au coeur et aggravée par le muguet, cette maladie des enfants jaseurs, s'attaquant à ces lèvres rouges et à cette bouche adorable!...



Jeanne Samary.

Nous avions assisté, par le plus grand des hasards, à son ultime représentation, il y a un mois. A peine de retour de vacances, tout comme l'eut fait Sarcey, nous entrâmes à la Comédie-Française, c'était le 1er septembre, et nous la vîmes encore une fois,la dernière, dans Suzanne de Villiers du Monde où l'on s'ennuie. Tour à tour émue et rieuse, spirituelle et profonde, emportée et réfléchie, elle était bien l'instrument idéal qui convenait à l'auteur de cette jolie comédie. Et feu Joseph Prudhomme, élève de Brard et Saint-Omer, n'eût pas manqué de dire que c'était le stradivarius dont Pailleron était le Sivori. Cela eût paru bête dans la forme, mais c'eût été vrai dans le fond.
Vous le rappelez-vous dans l'Etincelle, où le rôle de Toinon, qu'elle égayait de sa folle vivacité, fut une de ses créations les plus franchement applaudies et lui valut glorieusement, à vingt-deux ans, son titre de sociétaire? Vous vous souvenez que son entrée, dans la pièce, était accompagnée des aboiements d'un roquet à la cantonade. On n'a pas l'habitude au théâtre, de demander à ces animaux une réplique qu'ils ne se décideraient sans doute pas à donner... C'est pourquoi, , dans le principe, à chaque représentation de la comédie de M. Pailleron, Jeanne Samary amenait avec elle dans les coulisses son jeune frère Henri, encore élève au Conservatoire, qui, possédant à merveille l'art d'imiter le roquet, avait consenti à accepter ce rôle d'un nouveau genre, en attendant que l'avenir ne lui en taillât d'autres plus importants.
Dans la Souris enfin, pour épuiser la série de ses créations dans les œuvres de M. Pailleron, elle animait de sa verve éclatante et colorée le rôle de Pepa Raimbault, une honnête fille fin de siècle qui parle couramment la langue boulevardière. Elle était, comme toujours, le boute-en-train, la gaieté de la pièce, en cette petite Parisienne, Hispano-Batignollaise, qui "la connaît dans les coins" et méprise la campagne " parce qu'elle est trop loin de Bon-Marché". Ajoutons que la comédienne eut, ce soir-là, l'insigne honneur d'introduire l'argot dans la maison de Molière. Quelques personnes la trouvèrent un peu triviale. Mais relisez la pièce; le rôle veut cela. "La belle Écaillère", c'est ainsi que l'appelle son amie Hermine. Et de fait, Jeanne Samary était fort belle.
Les bras nus, et quels bras, ô Praxilète! ô Pradier!, les bras bus jusqu'à la naissance de l'épaule, le corps jouant avec des allures de panthère souple dans une tunique lâche, rouge pourpre de Tyr, séparée à la taille par une cordelière tombante, la voyez-vous encore dans la Femme de Socrate, où elle agrandit le rôle de Xantippe et l'élargit jusqu'aux proportions d'un type général et éternel: la femme créée, mise au monde pour être le tourment et le charme de l'homme de génie et du rêveur. Telle est visiblement d'ailleurs, l'intention du poète. Elle ne fit que la réaliser, mais avec quelle sûreté, quelle vigueur et quel tact jusque dans les emportements! Je ne sais, en dépit des habituelles emphases des oraisons funèbres, si Jeanne Samary fut ce qu'on appelle une "grande comédienne", n'abusons pas du mot, mais ce fut, à coup sûr, un incomparable tempérament d'artiste.
Banville, qui lui devait bien ça, l'avait, un jour, photographiée à miracle. "C'est, écrivait-il, la Nicole du Bourgeois Gentilhomme, devenue dame et modernisée, mais sans cesser d'être livrée en proie au fantastique démon du Rire. Jeanne Samary est et sera peut être toujours une enfant. Les épais brouillards blonds de sa chevelure tombent jusqu'à ses grands et gros yeux de myope, troubles et phosphorescents comme le flot de la mer turbulente. Le teint semble fait d'une pâte de roses-thé. Les lèvres sont d'un rouge sanglant et montrent dans un tyrannique éclat de rire le blanc cruel de ses dents. Le nez, qui au premier abord semble un nez sans malice, est, au contraire, tout ce qu'il y a de plus capricieux et à lui seul mobilise et rend spirituel ce visage, qui parfois, semblerait incohérent avec son regard toujours absent et égaré dans quelque rêve..."
Qui sait si ce regard ne pressentait pas une fin prématurée, à l'âge de trente-trois ans, en plein bonheur domestique, en pleine gloire artistique, à la veille d'une éclatante création?...
Les nécrologistes ont justement vanté, ces temps-ci, la très honnête femme, la mère admirable, voire même l'ingénieux écrivain des Gourmandises de Charlotte*. Nous nous contenterons de saluer d'un respectueux coup de chapeau la dernière soubrette de Molière. Avec quelle vois sonore et quelle verve entraînante ne jouait-elle pas merveilleusement la Toinette du Malade! Et comme, dans le Bourgeois, elle lançait avec une gaieté communicante les fusées de rire de la bonne servante! C'étaient des gammes ascendantes et descendantes, dont l'effet sur le public était irrésistible. Depuis Augustine Brohan, son illustre tante, on n'avait pas ri comme cela, affirmaient les anciens. "Ah: si vous aviez entendu rire Jeanne Samary!" dirons-nous à notre tour à nos enfants.

                                                                                                                Edmond Stoullig.






Revue Illustrée, juin 1890- décembre 1890.


 Nota de Célestin Mira.

* La Parisienne de Henri Becque, comédie en trois actes, présentée pour la première fois au théâtre de la Renaissance le 7 février 1885 et reprise à la Comédie-Française le 11 novembre 1890.




*

Les Gourmandises de Charlotte de Jeanne Samary. (source BNF)

jeudi 5 juillet 2018

Kaemmerer.

Kaemmerer.


Il y a peu de temps encore, lorsqu'on voulait se donner le plaisir de serrer la main de l'ami Kaemmerer, la recette n'était pas des plus simples. Il fallait se munir d'une forte canne, faire saillir ses biceps et jeter, en faisant le moulinet, cette adresse au cocher furieux: "126, boulevard de Vaugirard." 
Jamais, quant à moi, je n'allais là-bas sans me souvenir de ce si joli dessin de Cham. C'était à l'époque de l'Exposition de 1878 et un cocher montrait avec orgueil, à un bourgeois ahuri, une dépouille bizarre qui ornait l'arrière train de son cheval: Ça, disait-il, c'est la peau du dernier qui m'a demandé de le conduire à l'Exposition." Qu'aurait dit et fait cet estimable automédon, si on l'eût envoyé chez Kaemmerer?
C'était en effet bien plus loin que les Invalides, là-bas, là-bas, tout au bout de la terre, dans se quartier béni des bals-musettes et des assommoirs, au milieu d'une population haut casquettée qu'habitait le peintre de toutes les élégances du Directoire!
Un bijou que ce grand atelier, au milieu des jardins pleins d'arbres et d'oiseaux, pleins de soleils aussi, j'entends de fleurs de ce nom, chères aux perroquets et aux chefs de gare, toute gare n'a-t-elle pas en effet sa collection de soleils! et les perroquets, chacun le sait, s'engraissent, les cruels, du coeur même de cette infortunée plante.





Donc, Kaemmerer vivait isolé, ensoleillé, tranquille et heureux, n'ayant pas d'histoires avec ses voisins. Mais un jour, jour néfaste, où notre ami revenait d'une de ces fugues familières qui le promènent à droite et à gauche, il s'aperçut qu'un joli mur briques et pierres s'élevait majestueusement et blanc à trois mètres de son atelier. Il n'y avait plus à hésiter, et le pauvre Kaemmerer déménagea. Il habite actuellement rue de Vaugirard, mais nous le retrouverons bientôt autre part, je l'espère, car rien n'est triste comme ce petit local. Ces pauvres Merveilleuses aux costumes écourtés, aux jupes de gaze transparente, aux bas de soie si tendre, semblent transies de froid sous cette lumière blafarde, sous ce jour lugubre.




Ce qu'elle s'indique, o Kaemmerer, la jolie voiture de déménagement. Voyez mon intérieur, je suis capitonnée!... Ne ratez pas le coche, o mon ami kaemmerer. Si je n'ai pas donné le numéro, c'est que, supposant que l'atelier sera bientôt à louer, je ne veux pas trop déconsidérer l'immeuble.
Heureusement que ce pauvre kaemmerer a un autre domicile à Lagny, où il a relégué les bibelots qui lui tenaient à coeur et le chien qu'il aimait tant: Petit, dit Mimi, produit chinois et comestible, animal étrange; une mince touffe de poils émerge seulement de sa tête pointue, telle, aurait dit Ignotus, la perruque d'un clown. En hiver, cet intéressant animal, que vous avez du reste pu voir dans le Portrait de la Marquise*, ce bijou qu'exposa dernièrement Kaemmerer, en hiver, dis-je, ce pauvre Petit, avec son paletot de flanelle, a l'air absolument d'un perdreau bardé de lard prêt à être mis à la broche. Kaemmerer affirme qu'il est très intelligent et comprend toutes les langues!




C'est à Lagny aussi que se trouve l'atelier, non pas l'atelier de peinture qui, pour Kaemmerer, n'est que secondaire, mais le vrai, le seul atelier, celui où il travaille vraiment, l'atelier de menuiserie. C'est là que Kaemmerer, artiste peintre, fait de préférence tout ce qui ne concerne pas son état: tabletier, menuisier, jardinier; la scie, le rabot, la varlope, n'ont pas de secrets pour lui. Il parle d'acheter un tour et il nous sera peut être donné de le voir découper, d'une main légère, des ronds de serviette pour ses amis.




Actuellement, l'atelier où il peint, quand il ne peut pas faire autrement, est plein d'études et de tableaux en train, mais... Kaemmerer a une nouvelle passion. Le malheureux est alpiniste. Oui, vous entendez bien: Kaemmerer fait partie de ces bandes errantes de gens stupéfiants que l'on découvre vaguement, de temps en temps, au bout d'un télescope, gravissant péniblement quelque abrupte montagne. Si encore il avait l'excuse d'un ventre à faire tomber; mais l'ami Kaemmerer est plus plat que les vers de M. X..., de l'Académie française. Cet homme est incompréhensible. Peut-être aussi, ne suis-je pas digne de comprendre cette noble folie, moi qui, comme glacier, n'admet que Tortoni*.
Victime de ses passions, Kaemmerer fait des tableaux de montagnes. Une grande toile en cours d'exécution représente "l'Ascensionniste Ramond, à Turqueroy."* Un sujet palpitant s'il en fut. Toujours affable, Kaemmerer a tenu à me narrer les trois ascensions de ce digne savant. Il m'a instruit sans m'amuser. D'autres études du même genre sont encore là. Je n'en parle pas, car je les ai bien vite délaissées en l'honneur d'une adorable chose, "la Jolie Bouchère." Oh la charmante toile! Le voilà bien tout entier, mon ami Kaemmerer, avec son joli et spirituel dessin, sa couleur fine et chatoyante, sa composition si trouvée... et combien peu je pensais, en admirant cette belle fille, à feu Ramond, "ascensionniste du mon Perdu."



La Jolie Blanchisseuse.

L'histoire de Kaemmerer est des plus simples, comme son genre d'existence: né à La Haye, son éducation artistique se fit à Paris. Gérome fut son maître, et il est facile de retrouver dans les œuvres de Kaemmerer cette netteté de dessin, cette sûreté d'exécution qui distinguent les élèves du maître dessinateur.
L'homme est moins bien connu que ses œuvres si populaires, si reproduites. A toutes les vitrines de marchands de tableaux ou de gravures, vous êtes à peu près certain de trouver des "Kaemmerer"; la collection complète est presque toujours en vue, attirant et retenant l'amateur. 




Qui ne possède ou ne connaît la Sortie de l'Eglise*, le Traineau*, une Noce sous le Directoire*, le Patinage*, l'Ascension du premier Balcon, le Charlatan*, etc... Mais chaque médaille a son revers, et Kaemmerer est la victime de copistes. Chromolithographes, aquarelles, lithophanies, tous les procédés de fabrication sont bons pour le piller. Il nous a été donné dernièrement de contempler le Baptême sous le Directoire*. Cette jolie sortie d'église, d'un ton si fin, d'une coloration si spirituelle; la singulière chose qu'en avait fait le copiste! Sous prétexte de simplifier sa besogne, le misérable avait bistré tous les fonds, supprimant des têtes, enlevant des bras et des mains, et enfin, pour couronner l'oeuvre, remplaçant la vieille tapisserie verdure, si bien jeté par le peintre sur les marches mêmes de l'église, par une affreuse courante d'escalier vert bouteille agrémentée de filets rouges! C'est boulevard des Italiens qu'était perpétuée cette infamie!




L'oeuvre de Kaemmerer est essentiellement personnelle. Élève de Gérome, c'est par l'impeccabilité du dessin et le charme de la composition qu'il se rattache au maître. Quant à la coloration, ce Hollandais relève des maîtres espagnols. On l'a dit et très justement, son faire rappelle beaucoup celui de Fortuny. Même souci de la forme sous ce joli papillotage de couleurs éclatantes, même recherches de colorations chatoyantes, et sa peinture, enlevée de verve, garde toute sa fraîcheur, toute sa finesse. Il est facile, en songeant à ces remarquables qualités, de comprendre la très grande vogue dont jouit Kaemmerer près des collectionneurs. Pas de belles galeries sans un Kaemmerer. Ses toiles sont vendues avant presque d'être commencées, et, trop souvent, elles s'en vont bien loin.
Notre ami en fait actuellement la triste expérience. Qu'aura-t-il, que pourra-t-il avoir en 1889? Rien, ou presque rien. Vendues fort cher, les toiles de Kaemmerer sont, pour la plupart, en Amérique; et les droits que l'artiste aurait à payer au fisc américain pour retourner ses tableaux à leurs propriétaires seraient tels, que Kaemmerer n'a pas les moyens de se donner ce luxe. 




N'est-ce pas étrange et abusif de voir les Américains imposer à ce point nos productions artistiques, alors que c'est par douzaines, par centaines même, qu'arrivent annuellement en France les Yankees qui se destinent à l'art? Chez nous, peuple de gobeurs et de bons enfants, tout est gratuitement ouvert aux étrangers, écoles, musées, bibliothèques, collections; ils sont partout seigneurs et maîtres. Chez eux, mal reçus, enviés, en butte à mille tracasseries et à mille vexations, il nous faut payer tout et pour tout. La main à la poche pour visiter un musée, la main à la poche pour entrer dans une église, la main à la poche pour faire lever le voile d'un tableau (un comble, les tableaux voilés). Combien j'approuve cette proposition de faire à notre tour payer tous ces gens-là pour les autoriser à visiter nos merveilles. Un tourniquet un peu partout, comme chez eux, et ils seraient bien mal venus de se plaindre. Nous payerions aussi, nous autres, et sans rechigner; mais la chose est trop simple, trop pratique et trop utile pour qu'elle ait chance de réussir en France, et c'est du fond du coeur que nous le déplorons.
Mais revenons à notre ami Kaemmerer. Depuis quelques années, tout son travail est destiné à la maison Goupil. Le Paris Illustré a reproduit, et avec quel succès, ses douze mois, douze adorables figures de femmes toutes plus jolies, toutes plus séduisantes les unes que les autres. Ce n'était pas chose facile que de trouver douze motifs différents, douze poses dissemblables. L'année s'éternisait pour Kaemmerer. Afin de choisir dans le nombre, il lui a fallu faire dix-neuf mois!





Et cependant, qui, mieux que lui, sait trousser une jolie figure de femme, manier une foule? Toutes ses toiles sont ravissantes, Le Portrait de la Marquise, le Charlatan, sont de pures merveilles de goût et d'arrangement. Et ces illustrations multiples qu'il fit pour un grand nombre de publications illustrées, le Figaro Illustré, entre autres, presque chaque année, reproduit quelque importante composition de Kaemmerer. Compositions qui deviendront rapidement populaires, et cela d'une façon assez originale. Les encadreurs variés qui s'échelonnent dans Paris choisissent presque chaque fois des Kaemmerer et les Detaille du numéro de Noël pour donner l'échantillon de leur savoir-faire, si bien que notre œil est bien souvent sollicité par Après la pluie*, le Patinage*, le Rendez-vous* de Kaemmerer., ou quelqu'une des admirables compositions militaires de Detaille. Le poisson fait passer la sauce, et le cadre qui entoure ces jolies choses est regardé, grâce à ces maîtres-là.
En 1888, il exposait la Romance*, une charmante personne en costume Empire, s'accompagnant elle-même sur la harpe. Nous reverrons ce joli tableau en 1889, Kaemmerer s'étant réservé le droit de l'exposer. 




En ce moment, l'atelier renferme plusieurs tableaux en cours d'exécution. D'abord une suite de sujets montagnards, sur lesquels nous nous sommes expliqués plus haut, puis Une Ravaudeuse. La jolie fille! et comme l'on déchirerait soi-même volontiers ses bas de soie, pour avoir le plaisir d'être "recousu" par elle! Voilà un tonneau dont on se contenterait bien, sans poser pour un Diogène! Enfin, la Jolie Bouchère, oh! oui, la très jolie bouchère. Comme on comprend les gens qui s'en vont faire leur marché eux-mêmes! Tout cela est exquis de goût et d'arrangement. Personne, d'ailleurs, ne sait mieux arranger un tableau que Kaemmerer. Il faisait, il y a trois ans, Une Ascension de Ballon au Luxembourg sous le Directoire*. Le ballon s'élève dans les airs, et la foule, endimanchée et grouillante, applaudit les aéronautes. Les femmes agitent leurs mouchoirs, les hommes lancent en l'air leurs chapeaux, on bat des mains, les gamins crient; c'est un fouillis indescriptible, plein de vie et de mouvement. Mais comment faire pour éviter de n'avoir que des dos à présenter au public? C'était la grande difficulté du tableau. Kaemmerer imagine alors un charmant expédient. Un muscadin, en habit rayé, voit la chaise sur laquelle il est monté s'effondrer sous lui; il tombe, entraînant dans sa chute sa voisine et un petit limonadier porteur d'un plateau plein de glaces et de sorbets. On se retourne, comme bien vous pensez, et il est loisible au spectateur de parler à des figures.
Excellent garçon, simple et bon, Kaemmerer a autant d'amis que de connaissances. Il est juste d'ajouter qu'il ne se prodigue pas; c'est un spectacle des plus curieux que de le voir peindre. Tout un monde spirituel et coloré éclot à vue à vue d’œil, pour ainsi dire, sous ses doigts. D'ailleurs, paresseux comme l'est Kaemmerer, il suffit de compter son oeuvre, déjà considérable, pour en tirer cette sage déduction que, s'il peint bien, il peint vite aussi. Mais alors qu'il s'agit d'obliger et de faire plaisir, Kaemmerer ne compte plus ses peines ni son temps.




Autrement, c'est un monde à soulever que de le faire se remuer. Celui qui écrit ces lignes a sauvé d'une destruction fatale une ravissante tête de femme à l'aquarelle, que ce fainéant avait déjà roulée pour allumer son cigare, simplement pour éviter de se lever et d'aller chercher une allumette, et ce n'est certes pas la graisse qui le gêne!
J'étonnerai bien du monde en annonçant que Kaemmerer n'a qu'une troisième médaille, et cela depuis 1974!!! alors que ses œuvres sont si appréciées, si estimées! Je dis la chose sans me charger de l'expliquer, ne la comprenant pas moi-même. Espérons que bientôt, enfin, Kaemmerer recevra la récompense méritée depuis si longtemps, et n'aura plus alors à essuyer la sévère réponse que lui fit un ami à qui il tendait la main: "Devrais-je vous la donner? car, enfin, pour n'avoir qu'une médaille avec votre talent, il faut que vous ayez subi quelque condamnation qui vous prive de vos droits aux récompenses que la France vous doit."
P. S. - Cette étude fut écrite l'an dernier, en mars 1889. Kaemmerer, depuis, a reçu, à la suite du succès qu'il obtint à l'Exposition Universelle, la croix de la Légion d'honneur, et jamais récompense ne fut mieux méritée ni plus applaudie.

                                                                                                                         Georges Cain.

Revue Illustrée, juin 1890-décembre 1890.


* Nota de Célestin Mira:


Portrait de la Marquise, Kaemmerer.

* Café- Glacier Tortoni.



La terrasse du café Tortoni vers 1900, par Paul Renouard.


* l'Ascentionniste.


L'Ascensionniste, par Kaemmerer.
*

La sortie de l'église, Kaemmerer.

* Le traineau: plusieurs exécutions de Kaemmerer.








*

Noce sous le Directoire, Kaemmerer.

*

Le Patinage, Kaemmerer.

*


Le Charlatan, Kaemmerer.
*


Baptême sous le Directoire, Kaemmerer.
*


La pluie, Kaemmerer.

*


Le Rendez-Vous (?), Kaemmerer.
*


La Romance, Kaemmerer.
*


Une ascension de Ballon au Jardin du Luxembourg,
Kaemmerer.

mercredi 4 juillet 2018

La joyeuse vie de Bohème.

La joyeuse vie de Bohème.





Alphonse Karr, à qui la ville de Saint-Raphaël vient d'ériger un monument, avait fait deux parts de sa vie: il consacra l'une aux lettres et l'autre aux fleurs. Volontiers, sur le tard, il se disait jardinier. C'est l'ami des fleurs qu'on a célébré surtout à Saint-Raphaël.
Ce sage, qui mourut à quatre vingt-deux ans, fut jadis, bien peu se le rappellent aujourd'hui, un de nos Parisiens les plus excentriques.

Au commencement de ce siècle.

En haine des Grecs et des Romains de l'Empire, la littérature et les arts, vers 1825, se jetaient en même temps sur le moyen âge. Alors commença le règne des Almanzors, des preux et des troubadours. Dans les ateliers retentissaient des jurons énergiques empruntés à l'idiome des vieux paladins. Les Malepeste, les tudieu, les sang et damnation qui envahirent la langue courante datent de cette époque.
Les plus exaltés portent une chevelure mérovingienne qui tombait en flots abondants sur leurs épaules. Le pourpoint, le chapeau mou ou la toque de velours étaient de rigueur. On poussait le culte de la couleur locale jusqu'à rendre aux nom leur ancienne orthographe gothique. Les Pierre devenaient des Petrus, les Jean des Jehan, les Estienne des Stephan.

Les farces des rapins.

Les costumes les plus étranges étaient orgueilleusement exhibés en public et soulevaient l'admiration des badauds. Les fantaisies les plus bizarres avaient cours.
Un matin, les pieux faubouriens qui se rendaient à l'église de Saint-Germain-des-Prés furent très étonnés de rencontrer, devant l'édifice sacré, une troupe de Bédouins accroupis sur la chaussée, fumant gravement de longues pipes à la manière orientale. 



Cette troupe était composée des locataires de la Childebert, une grande maison ainsi désignée parce qu'elle se trouvait rue Childebert*. Elle servait alors de repaire à une colonies de jeunes peintres, de sculpteurs, de poètes et de dramaturges, dont les exploits remplissaient de crainte tout le quartier. Ce furent eux qui imaginèrent de lancer dans les rues de Paris un gros dogue peint en tigre, après lui avoir préalablement attaché une casserole à la queue.
Privat d'Anglemont, qui s'est fait historien de cette maison, raconte que le séjour en était impossible à tout ce qui n'était pas artiste.
Ce carnaval perpétuel eut son apogée aux approches de la révolution de Juillet. C'était le temps de Nanteuil, de Théophile Gautier, de Murger, de Roger de Beauvoir, de Gérard de Nerval, dont les ébats troublaient régulièrement chaque nuit les habitants de la rive gauche.
Le 28 février 1830, à la première d'Hernani, , le grand Théo revêtit un gilet rouge qui devint célèbre dans les fastes du romantisme et dont il disait plus tard assez mélancoliquement: "Je ne l'ai mis qu'un jour et je l'ai porté toute ma vie."
C'est à la même époque qu'Alphonse Karr, un jour de première représentation à l'Odéon; paraît aux avant-scènes en habit noir avec un casque de pompiers. 



De 1830 à 1835, les Echos de Paris ne cessèrent de retentir de ses frasques.
Son originalité dépassait tout ce qu'on avait connu jusqu'à lui. Après s'être brouillé avec son père qui voulait le détourner de la littérature, il alla demeurer rue des Fossés-Saint-Victor, dans une mansarde où il se trouva fort incommodé par un voisin qui jouait de la flûte et continuait d'en jouer malgré les observations du jeune homme dans son travail.
Rempli de fureur, Alphonse Karr appela un jour un Auvergnat et lui ordonna de répandre dans sa chambre le contenu de son tonneau. Le voisin mélomane, qui habitait justement l'étage au dessous, monta en jetant les hauts cris:
- Qu'est-ce que cela veut dire, monsieur? l'eau coule à flots chez moi!. C'est une inondation!
- Voilà qui me préoccupe peu, lui répond l'excentrique. Vous aimez jouer de la flûte, moi j'aime la pèche à la ligne. Chacun son goût!




A cette fantaisie, succéda une passion subite pour le luxe des civilisations orientales, on vit Alphonse Karr se transformer en vrai Croyant et recevoir ses éditeurs et ses amis dans le riche costume des Osmanlis. Bientôt après, il dévalisait les magasins de chinoiseries et s'attribuait les honneurs du mandarinat.
Las enfin de son pittoresque de bric-à-brac, ce Protée toujours inassouvi court les guinguettes des rives de la Seine et se fait canotier. A Montmartre, il devient horticulteur et cultive des jardins immenses. Il prend une hyène en guise de chien, mais il est obligé de s'en défaire, après quelques accidents dus à la férocité de l'animal. Il achète alors un superbe chien de Terre-Neuve qu'il confie à son nègre Cuir d'Ebène. Le chien fait des tours et le public émerveillé interroge l'Africain.
- Quel superbe animal. A qui est-il donc?
Et Cuir d'Ebène de répondre:
- Il appartient à maître à moi, messé Alphonse Karr.
C'est par centaines que l'on pourrait citer les traits bizarres semés par le jeune écrivain dans cette période de ses débuts littéraires.

                                                                                                                    Henri Plessis.

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 20 octobre 1907.

Nota de célestin Mira:

Caricature d'Alphonse Karr.

*

Paris 6ème, rue Childebert vers 1860.


Août.

Août.




Revue illustrée, juin 1890-décembre 1890.

Londres, Petticoat Lane.

Londres, Petticoat Lane.


Je me trouvais, il y a quelques semaines, à Londres. C'est une ville très extraordinaire dont il a été déjà un peu parlé depuis qu'elle existe. On croit la connaître et toujours on y découvre quelque chose de nouveau, dans l'étrange, dans le beau ou dans l'horrible, souvent dans les trois à la fois.
J'y ai vu, lors de mon dernier voyage, un spectacle si curieux, que je ne puis résister à l'envie d'essayer d'en donner une idée, même très faible. Il s'agit d'un ghetto où vivent à part, et entre eux, vingt-trois mille juifs polonais. C'est en plein Londres, dans la quartier de White-Chapel, que les exploits de Jack l’Éventreur ont si lugubrement rendu fameux.
Il faut parcourir ce ghetto de préférence un dimanche, et le matin, à l'heure du marché*, qui rappelle en cohue, bien qu'il les surpasse, les marchés du Caire. Je ne tenterai pas de décrire par ordres la série des scènes qui attirent, retiennent, ou repoussent le regard, cela m'est impossible; pour rendre, si la chose était faisable, le tohu-bohu, le pèle-mêle étourdissant, la houle animale de cette masse humaine, il faudrait écrire tout chaud, sans choisir ses expressions, jeter les phrases au hasard, par lambeaux, sans lien, laisser tomber les épithètes au fur et à mesure que l'étonnement ou la nausée vous les arrachent, se résoudre à une description en style nègre, baroque ou hachée, où les pensées ne seraient traduisent que pas des mots, entrecoupés d'interjections, et correspondant aux seules sensations de vue, d'ouïe, d'odorat.
Imaginez des groupes compacts d'hommes et de femmes parlant, criant, s'interpellant la voix haute dans une langue incompréhensible où n'entre pas une syllabe anglaise, couvrez ces hommes de vêtements déteints, rapiécés, vermoulus à croire, quand on les frôle en passant, qu'ils vont se désagréger et tomber comme des morceaux de mousse, en laissant tout nus les corps qu'ils protègent; ces corps, représentez-vous les d'une saleté surhumaine, voulue, avec des cheveux peuplés de vermine, des barbes et des moustaches qui sont de véritables fumiers à l'abandon, des mains gantées de crasse vernie, des yeux dévorés de maladies syphilitiques, des dents gâtées, des gencives bleues, des ongles noirs; au milieu de tout cela, jetez par terre, sur le sol, sous les pieds, dans la boue du ruisseau, des hottées, des tombereaux de nourriture, de légumes, de comestibles encombrant la rue, de telle sorte qu'il n'y a plus une place libre pour y poser la semelle de sa chaussure, et une fois tout cela fait, regardez, regardez attentivement, vous n'aurez pas même alors le temps de tout voir, de tout saisir, quelque soit l'électrique rapidité de votre coup d’œil.
Ici, c'est des enfants, demi-nus se grattant des croûtes sur la nuque, assis sur des tessons de bouteilles, des boudins de rats pesés dans des balances vert-de-grisées, des coquillages dans des terrines, des chats qui agacent de la dent des boyaux; là, c'est des montagnes de salades, des tomates qui roulent, des chaudrons qui fument, des jeunes filles en cheveux qui manient par les ouïes des anguilles roses, c'est des lévites graisseuses sur des dos en manche de contre-basse, des doigts levés qui marchandent, des bouches qui grimacent, des yeux qui furètent. Sous les chapeaux, sous les bonnets, montent et descendent des gammes de roux à désespérer la palette d'un Titien de bas-fonds, des roux blancs, des roux argentés, albinos, des roux jaune mat, des roux dorés, des roux carotte, brique, sang; les hommes sont généralement maigres, noueux étroits, le nez et l'âme pointue, tout en vrille, avec des pommettes tristes; les femmes souvent grandes, le sourcil dur, la mâchoire autoritaire, souvent aussi énormes, surtout dans la vieillesse, et alors, elles demeurent affalées au coin des maisons, derrière des ventres et des poitrines de monstres, couvertes d'abcès et de gales; et quant aux enfants, tous ceux que j'ai vus, les pauvres êtres, m'ont laissé un souvenir spécial de hideur et d’écœurement, mitraillés de petite vérole, de boutons, sales et débiles, se roulant comme des petits gnomes dans des mares de sang de poisson, tout à côté de vieillards demi-perclus accroupis sur le trottoir, essayant à tâtons des souliers éculés, duvetés de moisissure.
Cependant, debout sur des tréteaux, au milieu de la chaussée, les grands marchands gesticulent, la joue animée, la prunelle noire, et lancent la réclame à coups de gosiers sonores, marchands de chapeaux, marchands d'habits, marchands de chaussures. Les marchands d'habits sont les plus écoutés, les plus recherchés. Je me rappelle un grand brun coiffé jusqu'aux oreilles d'une casquette de jockey en satin cerise, essayant successivement, les uns après les autres, des vestons, des redingotes, des pardessus qui voltigeaient sur lui, s'y appliquaient, et le quittaient avec une étonnante vélocité, je revois ces jaquettes décolorées qu'il secouait avant de les enfiler, d'où s'échappaient des papillons jaunes paille, ces redingotes grattées, rongées, couleur de lilas aux aisselles, ces pantalons et ces chapeaux de femme aussi, qui faisaient des monceaux dans la boue, ces boisseaux de velours tout défoncés, cousus de fleurs et de plumes brisées que des filles-mères de quinze ans essayaient avec un pale sourire devant des miroirs à main fendus, tout en allaitant de chétifs nourrissons eu museau plissé.
Mais j'arrive près d'un mur auquel sont adossés une douzaine d'hommes de quarante à cinquante ans, les mains tombées le long du corps, le regard morne, le néant sur la face; je demande à l'ami qui me guidait quels sont ces hommes, et il me répond que ce sont des hommes à vendre, des hommes qu'on peut acheter, qu'on achète; ils gagneraient ensuite vingt-neuf sous par semaine, ils pourraient alors, comme les autres, s'offrir le dimanche le poisson confit dans la gelée, débité à plein saladiers d'étain.
Je ne m'étonne plus, je suis sans force; je continue, des coudes et des genoux, de fendre cette foule grouillante et pouilleuse, et je vois toujours des grosses femmes, des maigres, des enfants; toujours des épluchures sur lesquelles je glisse, des artichauts, du nougat, du fromage, des fichus de couleur, du miel, des os desséchés, des bottes à revers, des pattes d'agneau dans du papier bleu de ciel, des buffleteries, des tub crevés, de la ferraille; les ruelles se resserrent, me pressent, je n'avance plus qu'avec peine dans cette boue humaine qu'il faut crever, je suis frôlé par des barbes terribles, je subis d'effroyables haleines; les petites voitures, poussées à bras, me heurtent les jambes, m'entrent dans les reins; c'est un labyrinthe de couloirs, bordés d'échoppes sombres, au seuil desquelles il faut se courber pour pénétrer. Et toujours mêmes cris, même rumeurs, mêmes spectacles. Partout des gens qui comptent des gros sous, en grignotant des bonbons de sucre noirci ou bien en croquant des fritures à la graisse... et tout à coup, à un tournant de rue, le calme; il semble que cette basse humanité pullulante, se soit évanouie comme à la fin d'un brusque songe, balayée par une brise de réveil. Je me tâte, je me gratte, je pense: quoi! ces hommes sont-ils nos frères? Et soudain je me confirme à moi-même: " C'est égal, ne regrette rien si tu aimes l'art, tu viens de voir un colossal Rembrandt."

                                                                                                                    Henri Lavedan.

Revue illustrée, juin 1890- décembre 1890.

* Nota de célestin Mira:



Marché de Petticoat Lane, dans le quartier juif de Londres vers 1900.

mardi 3 juillet 2018

Ce que disent les juges.

Ce que disent les juges.


Les cartes d'abonnement.

Certains voyageurs mettent une mauvaise volonté inexplicable lorsqu'il s'agit de remettre au contrôleur leur ticket ou leur carte d'abonnement, et il en résulte des procès assez fréquents.
Un voyageur ayant montré sa carte d'abonnement en refusant de la laisser prendre pour vérification par le contrôleur a été cité devant le tribunal correctionnel de Charleville qui l'a condamné à 25 fr. d'amende et aux frais.
Aussi, pourquoi refuser de remplir une si simple formalité?

Les accidents.

Encore le Métro! On sait combien rapides sont les trains et brefs les arrêts: 7 secondes à chaque station. Deux dames ayant été bousculées et blessées se sont plaintes au tribunal qui a condamné la Cie du Métro à payer à chacune des voyageuses 500 fr. de provision en attendant qu'une expertise médicale fixât définitivement le montant des dégâts.
Tous ceux qui ont usé du Métro savent qu'il faut "se grouiller", soit pour descendre, soit pour monter. Mais ne serait-il pas possible que dans les wagons une des portes soit affectée à l'entrée et l'autre à la sortie?
Les accidents d'automobile deviennent d'une fréquence telle que les tribunaux redoublent de sévérité dans l'application des peines.
Un riche Anglais vient d'être condamné à Londres pour excès de vitesse à 250 fr. d'amende, au retrait de sa licence pour 2 ans et à un mois de hard labour, peine particulièrement rigoureuse, puisque les prisonniers sont obligés d'effilocher du chanvre goudronné qui déchire rapidement les mains.
La peine nous semble grave, puisqu'il n'y a pas eu d'accident et que le condamné s'offrait de prouver que sa machine, en mauvais état ne pouvait pas faire plus que 25 kilomètres à l'heure, et nous suspectons le témoignage d'un simple agent qui évalue au jugé la vitesse d'une voiture lancée.
Un compteur de vitesse pratique est encore à trouver et serait d'une incontestable utilité.

Un âne condamné.

Devant le Tribunal de Londres vient de comparaître un âne aussi petit que méchant; il avait blessé dans la rue plusieurs personnes; Son maître le défendit avec une telle éloquence que le juge, ébranlé, demanda que le "prévenu" fut amené devant le Tribunal. L'animal y vint, mais s'y conduisit fort mal, jouant du gosier, des dents et des pieds.
On le condamna à mort, et la sentence fut impitoyablement exécutée.
On se croirait revenu au bon vieux temps où les animaux coupables de meurtres ou de déprédations passaient en justice et montaient souvent au gibet ou sur l'échafaud.

Question de couleur.

Les Américains ont une telle horreur des nègres, des mulâtres et des Indiens, que ceux-ci doivent monter dans des wagons qui leur sont réservés.
Dernièrement une jeune fille étant montée dans un compartiment à l'usage des blancs en fut brutalement expulsée par le contrôleur.
Mais la voyageuse n'était ni mulâtresse, ni négresse, elle avait la peau sombre de ses sœurs Caucasiennes, et son père, furieux, assigna la Cie. Celle-ci a dû verser 25.000 fr. de dommage-intérêts "pour avoir insulté miss Flowers en la prenant pour une négresse".
Il ne faut pas disputer des couleurs a-t-on dit: et pourtant c'est en disputant que le papa a gagné une petite dot à sa fille qui n'en avait peut être pas besoin.

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 20 octobre 1907.