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lundi 3 juillet 2017

Pas moyen!

Pas moyen!

- Il fait bien froid, monsieur le ravaudeur. Voici mon unique paire de bottines. Pouvez-vous y mettre une pièce pour boucher ce grand trou par lequel l'eau pénètre?
Et l'enfant attend résigné la réponse du Docteur en reprises.




- Pas moyen, mademoiselle, pas moyen! s'écria le bouche-trou d'un air entendu.
La bottine est usée. Hélas! il faudra marcher dans la neige, il faudra piétiner dans la boue. Il faudra geler, il faudra braver l'hiver pieds nus tout en gagnant son pain.
Quelle résignation douce dans cette figure d'enfant! c'est bien la pauvreté fière du travailleur qui cache et supporte sa misère d'une façon stoïque et puise dans  l'amour du devoir ce courage quotidien si nécessaire à ceux qui souffrent, et qui n'ont rien à espérer.

                                                                                                                             P. C.

Le Musée universel, revue illustrée hebdomadaire, premier semestre 1874.

dimanche 22 janvier 2017

Les malheureux de Paris.

Les malheureux de Paris.

Il y a environ 134.000 individus, représentant à peu près 51.600 ménages à qui la ville de Paris vient en aide.
Si nous examinons les professions de ces indigents, nous constatons que celles pour lesquelles on relève le plus grand nombre d'individus, sont:

1°- Les hommes de peine;
2°- Les cordonniers;
3°- Les ébénistes;
4°- Les concierges;
5°- Les menuisiers;
6°- Les maçons;
7°- les tailleurs, etc.

Quant aux femmes qui fournissent le plus fort contingent, ce sont:

1°- Les femmes de journée;
2°- Les femmes de ménage;
3°- Les couturières;
4°- Les lingères;
5°- Les concierges;
6°- Les blanchisseuses;
7°- Les confectionneuses;
8°- Les chiffonnières, etc.

Si l'on veut enfin établir un rapprochement entre les ménages ayant des enfants au-dessous de quatorze ans et ceux qui ne se trouvent pas dans ce dernier cas, on remarque que les premiers sont dans la proportion de 37,72 % pour 19.466 ménages, et les autres dans celle de 62,28 % pour le surplus, soit 32.134.
Les arrondissements qui comptent le plus d'enfants sont les 11e, 13e, 18e, 19e et 20e arrondissements.

Le petit Moniteur illustré, 18 août 1889.

lundi 28 décembre 2015

La pauvreté en France.

La pauvreté en France.


D'après une statistique de 1865, on comptait à cette époque, en France, 1.500.000 individus en état d'indigence, et 1.700.000 autres individus exempts de contribution personnelle et mobilière à cause de leur état de gêne. 
Ce seraient donc trois millions de Français réduits à la pauvreté, c'est à dire près du tiers de la population au-dessus de vingt ans. Mais ce chiffre même doit être de beaucoup augmenté, si l'on suppose, selon la vraisemblance, qu'un nombre notable de ces Français sont chefs de famille. 
Assurément, il y a loin de là à la pauvreté qui couvrait une partie si considérable de la France aux siècles précédents, d'après les témoignages incontestables de Vauban, de Bois-Guilbert, d'Arthur Young, et de tous les historiens et économistes qui se sont occupés de cette douloureuse question. Il n'en est pas moins évident qu'il reste à faire de grands efforts pour forcer ce chiffre de plusieurs millions à décroître insensiblement.
Le perfectionnement de certaines législations y peut beaucoup; l'extension de l'esprit d'association et de secours mutuels également, mais, dût-on nous considérer comme étant sous l'empire d'une idée fixe, nous répéterons que l'un des moyens les plus efficaces de diminuer la misère est de répandre et de fortifier l'instruction afin de rendre les hommes plus capables de travaux intelligents et productifs, de les mettre à même de tirer un meilleur parti de leurs forces afin se stimuler leur initiative privée et de les détourner, en leur donnant des goûts plus élevés, des habitudes grossières et des vices ruineux où les entraîne trop souvent l'ignorance. Plus des deux tiers des trois millions que la statistique signale à notre pitié sont complètement illettrés.

Le Magasin pittoresque, mars 1875.

mardi 20 mai 2014

Misère des ouvriers en France.


Misère des ouvriers en France.

Lille.

M. de Villeneuve, préfet du département du Nord en 1829, époque depuis laquelle les choses ont encore empiré, exposait au ministre que, sur un nombre de 69.860 habitants, 31.664 étaient classés dans cette ville au nombre des indigents, d'après les listes dressées par les personnes chargées des distributions charitables pour les pauvres, comme devant être plus ou moins secourus, et que, sur ces 31.664 indigents, on en comptait 3.657 habitant exclusivement des caves étroites, privés d'air et de lumière.

Orléans.

La population de la ville d'Orléans est d'environ 42.000 habitants; antérieurement à la révolution de juillet, on y comptait 10.500 pauvres dans la nécessité de recourir aux charités publiques. C'est un pauvre sur 4 habitants.
Depuis la révolution de juillet, il y en eu jusqu'à 14.000, dont près de 12.000 inscrits sur la liste des pauvres.
C'est un sur 3 habitants.
Dans le reste du département du Loiret, peuplés de 264.000 habitants, la plupart livrés à l'agriculture, on comptait au plus, avant juillet 1830, 42.000 pauvres, c'est à dire, moins d'un sur 21 habitants, et depuis juillet 1830, à peu près 15.000, ou moins d'un sur 17 habitants.

                                                                          Bigot de Morogue (d'Orléans).

Journal des Connaissances Utiles, avril 1834.

De la misère en France.

De la misère en France.


Sur une population de trente-deux millions d'hommes en France, il y a cinq millions de pauvres, de pauvres dans toute l'étendue du mot, c'est à dire, mendiants ou prêts à mendier. Cent trente mille individus désolent le royaume par des déprédations de toute espèce; quinze ou vingt mille sont arrêtés et punis. La sûreté des routes, des villes, des bagnes et des prisons, coûte plus de quatre millions à l'Etat par an. La somme volée, ou des dommages occasionnés chaque année, peut être évaluée à deux millions au moins; il existe plus de cent cinquante mille personnes qui gémissent dans les prisons civiles et militaires ou maisons de force, ou qui végètent alternativement dans les hôpitaux, hospices, etc.
Il existe plus de soixante mille journaliers, fils de mendiants, ou bâtards rejetés par des parents pauvres, qui sont sans autre asile que les cabarets, les forêts et les cavernes de contrebandiers. La plupart, manquant de tout, sont obligés d'avoir une marche sourde et des domiciles secrets.
Enfin, il y a en France plus de trois millions d'individus dont la subsistance, n'est pas assurée pour un mois. Il faut encore ajouter à ce tableau effrayant les onze à douze mille forçats libérés des galères et les sept à huit mille prisonniers libérés de la réclusion.
Si l'on considère en masse les dépenses du gouvernement, les revenus des hôpitaux, des hôtels-Dieu, des hospices, les secours à domicile et les actes particuliers de bienfaisance, on peut évaluer à plus de cinquante millions de francs par an, ce qu'il en coûte pour prolonger l'existence de ceux qui survivent à la servitude des arts, à l'incontinence, au régime des hôpitaux et au châtiment de la loi.

                                                                            La Forest, ancien directeur 
                                                                               du Dépot de Mendicité,
                                                                             à Aix, Bouches-du-Rhone.


Journal des Connaissances Utiles, avril 1834.