Translate

Affichage des articles dont le libellé est jouet. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est jouet. Afficher tous les articles

mardi 19 septembre 2023

Inventions 


La nouvelle que nous avons donnée, il y a quinze jours de l'invention des audiphones* a suscité une foule de communications qui montrent l'intérêt qu'on prend à notre revue des inventions; on nous réclame d'ailleurs sa publication plus fréquente.
Nous continuerons ces revues, généralement illustrées, et nous pourrons y consacrer d'autant plus de place que les Vies des Saints, reportées dans des suppléments, ne nous demanderons plus autant d'hospitalité dans le corps du journal.
Pour répondre à nos correspondants relativement à l'audiphone, nous nous sommes mis en relation avec M. Colladon, de Genève (boulevard du Pin, 1), et nous ferons connaître s'il y a un dépôt à Paris des audiphones en carton et à quelles conditions on peut se les procurer.
Les audiphones en caoutchouc ne se fabriquent qu'à Chicago (Amérique) par l'invention de M. Rhodes.
Aujourd'hui, nous parlerons d'un invention plus récréative et qui pourrait être employée à représenter d'une manière saisissante des images de la Passion, si l'on comprenait mieux que toute chose, même une récréation, doit être ramenée aux seules préoccupations pour lesquels nous sommes faits, et devenir par là même, plus attrayante.
Expliquons l'invention, les bonnes applications viendront ensuite.

Le Praxinoscope.

Les impressions lumineuses perçues par l'œil demeurent sur la rétine pendant environ l'espace d'un dixième de seconde.
Cette circonstance a donné l'idée du Phenakistiscope*! Sous ce nom à la fois barbare et savant, il faut reconnaître un aimable jouet que nos lecteurs ont vu sans doute fonctionner dans leur enfance. Il s'agit de ce joujou composé d'un disque tournant, sur lequel sont reproduits en petits dessins les différentes phases d'une action quelconque.
Par exemple, prenons un saltimbanque qui saute; le premier dessin le montre au repos, le second dessin le montre s'élevant en l'air, le troisième plus haut... et le dernier dessin le ramène à la position de départ;
Quand le disque tourne, le spectateur voit à travers des fentes étroites ces dessins se succéder avec rapidité, et l'impression totale perçue par l'œil se trouve être celle de l'objet animé; c'est donc devenu une image vivante. Si curieux que soit le phénomène, l'instrument qui le révèle ne laisse pas que d'être assez imparfait. En raison même de la durée de l'impression lumineuse sur la rétine, durée qui n'est pas la même pour tous, il arrive, ou que, le plateau tournant trop lentement, le mouvement semble s'effectuer par saccades, ou que, tournant trop vite, il donne à ce mouvement apparent une rapidité nullement en rapport avec la nature du dessin, et que l'œil a d'autant plus de peine à saisir, que la perte de lumière résultant de l'emploi de fentes étroites et espacées est considérable.
M. Regnaud, un physicien, n'a pas dédaigné de mettre son savoir au service de jouet, et, combinant habilement différents phénomènes optiques, il en a fait un véritable instrument scientifique fort curieux.
D'abord, il a simplifié le nom et l'a diminué de deux syllabes, ce qui est déjà un progrès; c'est désormais le Praxinoscope*.
M. Raynaud dispose la succession de petits dessins sur la paroi intérieure d'un cylindre métallique que nous représentons ici;


Le Praxinoscope augmenté d'un décor, instrument plein d'illusions.

ces petits dessins ont la face tournée vers le centre et se reproduisent sur des miroirs dont on voit les facettes successives sous un flambeau. Les distances sont disposées de sorte que chaque image dans la glace semble située au centre de l'appareil, c'est à dire sous l'axe du flambeau.
Si maintenant, l'expérimentateur imprime avec la main un mouvement de rotation à l'ensemble de l'appareil, l'enfant qu'on a choisie dans notre dessin pour observateur, et qui est placée n'importe de quel côté, en fixant le miroir, verra successivement les images se former au centre du système, et se succéder sans qu'il y ait d'interruption entre elles, ni dans le rayon visuel. De là, dans l'apparence du mouvement, une douceur et une continuité que l'on obtenait pas autrefois.
L'illusion du mouvement se borne cependant jusque là à de simples images animées. M. Raynaud est parvenu à compléter son appareil en isolant ces figures de fond, afin d'offrir un décor qui manque ordinairement à ce spectacle: voici par quel artifice:
Chacune des figures est dessinée sur un fond absolument noir, sur lequel on projette, à l'aide d'une glace sans tain, l'image d'un décor spécial. Expliquons mieux:
On connait cette propriété des glaces sans tain qui, sous certaines conditions d'éclairage, permettent d'obtenir par réflexion l'image d'un objet en même temps qu'elles laissent voir par transparence les objets situés au delà. Une de ces glaces est donc disposée avec les inclinations convenables entre le couvercle et l'appareil, et le décor est placé au fond de ce couvercle, tourné du côté de la glace sans tain.
Une ouverture rectangulaire découpée dans le couvercle permet à l'observateur (voir la gravure) de regarder le phénomène à travers la glace sans tain, et comme cette glace réfléchit le décor, tout en laissant voir en même temps sur les miroirs de l'appareil la successions des dessins, l'observateur voit à la fois le décor toujours fixe et l'image vivante.
La position de cette glace est calculée de façon à ce que le décor en se réfléchissant paraisse derrière l'image, et l'ouverture du couvercle étant assez grand pour permettre l'emploi des deux yeux, le relief est saisissant. La seule précaution à prendre est de bien éclairer le décor, soit en se plaçant devant une fenêtre, soit en employant une simple bougie munie d'un réflecteur et placée sur l'instrument.
On peut limiter le champ de la glace sans tain par un encadrement opaque. L'appareil est alors caché ainsi que son mécanisme et les agitations de l'image dans l'espace tiennent du miracle pour le spectateur non prévenu.
L'impression, nous l'avons dit, est frappante, et, chose remarquable, elle est produite par de simples apparences, moins que des ombres. Image réfléchie du décor, image réfléchie du sujet. Que nos sens sont faciles à abuser, et quelle prudence est imposée à ceux qui tentent d'expliquer les grands phénomènes de la création! Combien de théories, d'ailleurs, avons-nous vu crouler, combien de temps dureront celles qui les ont détrônées?

Le Pélerin, 6 mars 1880.


* Nota de célestin Mira

* Audiphone:

L'audiphone était un appareil auditif qui utilisait la propagation des sons par transmission osseuse. 1879 vit l'invention du dentaphone muni d'une tige métallique destinée à être serrée entre les dents et qui utilisait aussi la transmission osseuse des sons.

Phenakistiscope:

Du grec Phenax (trompeur) et skopein (examiner), le Phenakistiscope fut inventé en 1832 par Joseph Plateau, de nationalité belge. 
Il comporte un disque en carton muni d'images fixes. 



La  persistance rétinienne lors de la rotation du carton donne l'impression du mouvement. Il faudra attendre l'invention de la photographie pour inventer le cinéma lui aussi basé sur la persistance rétinienne.




Voir les gifs animés de Wikipédia  

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/a/a2/Phenakistoscope_3g07690a.gif/270px-Phenakistoscope_3g07690a.gif

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/d/d3/Phenakistoscope_3g07690b.gif/270px-Phenakistoscope_3g07690b.gif


*Praxinoscope:



mardi 15 mai 2018

Jouets princiers.

Jouets princiers.


Le Président de la République vient de terminer ses voyages dans les pays d'Europe septentrionale. Les journaux ont relaté avec mille détails l'admirable réception qui partout lui a été faite par les souverains et leurs peuples; mais aucun ne nous a révélé l'accueil que lui ont réservé les jeunes princes de Russie et de Norvège: ce petit fait n'est peut être pas si minime qu'il le paraît. Il ne serait pas sans intérêt de connaître le souvenir imprimé par le représentant de la France dans l'esprit d'enfants qui demain conduiront de grandes nations. Nul doute, du reste, que l'impression n'ait été excellente. M. Fallières connaît l'âme des enfants et le chemin de leur coeur: il avait emporté de Paris des jouets superbes qui feront rêver tous les petits garçons de France et n'ont pu manquer de soulever l'enthousiasme même d'un futur empereur ou roi.
Les admirables jouets! Il nous a été donné de les entrevoir dans le salon de leur constructeur: car vous pensez bien que des jouets d'une si haute importance diplomatique ne peuvent se construire dans un atelier ordinaire: c'est dans un gracieux salon, artistement décoré, qu'ils ont pris naissance. Leur auteur, M. Brianne, leur a consacré toute l'ingéniosité et le goût que nos lecteurs ont pu maintes fois apprécier. Malgré le bref délai qui lui a été laissé, il a donné deux vrais chefs-d'oeuvre.
Il n'avait été chargé tout d'abord que de la construction d'un chemin de fer électrique en miniature pour le jeune prince de Norvège; lorsqu'il fut terminé, Mme et Mlle Fallières, qui avaient surveillé les détails de l'exécution, prirent un tel plaisir à le voir fonctionner qu'elles en commandèrent aussitôt un second pour le tsarévitch.
L'un et l'autre se distinguent par l'ingéniosité des combinaisons électriques et mécaniques, le soin apporté à l'étude de tous les détails et l'élégance de l'ensemble.
La voie de chemin de fer est une véritable voie avec rails éclissés sur traverses, et reposant sur du ballast fait d'un minuscule gravier; elle se déroule dans un joli paysage fait de toiles artistement peintes: le prince de Norvège pourra admirer un paysage tout maritime: vertes collines descendant en pente douce jusqu'à la mer; port rempli de bateaux, pont tournant desservant les bassins. le chemin de fer a son terminus à une gare, qui n'est autre que la gare du Nord; ce petit édifice a été construit d'après les plans donnés par M. Sartiaux, le chef des services électriques de la Compagnie du Nord; c'est la reproduction textuelle de la façade de la rue de Dunkerque; elle est richement pavoisée et illuminée électriquement.



La gare du Nord.

Le long de la voie court une vraie ligne de transport de force, elle passe sur des poteaux construits comme des poteaux télégraphiques que vous pouvez voir le long des voies ferrées; ils sont munis de petits isolateurs, en os au lieu d'être en porcelaine, et ils se fixent très simplement aux rails eux-mêmes. Ce sont les fils passant sur ces poteaux qui transmettront à la machine du train, aux lampes électriques de la gare et de la voie, le courant nécessaire à leur fonctionnement et fournit par des accumulateurs. Les candélabres qui éclairent les abords de la gare sont de reproduction exacte de ceux qui décorent nos boulevards.



Deux accessoires des jouets:
poteau télégraphique, candélabre.

Le matériel se compose d'une locomotive et d'un certain nombre de wagons; la locomotive, qui a été décrite ici même, il y a quelques mois, renferme un minuscule moteur qui reçoit son courant par l'intermédiaire d'un archet s'appuyant sur les fils; les wagons sont naturellement des voitures de luxe; nous avons remarqué le wagon restaurant avec sa table munie d'une nappe aux délicates broderies et garnie de gracieuses corbeilles de fleurs.



La gare de Lyon.

Le trajet comporte des aiguillages, des passages à niveau, des tunnels, etc., et le jouet est muni de tous les organes nécessaires, dans la réalité, à l'exploitation d'une ligne ferrée. Et ce ne sont pas de simples simulacres: ces organes s'agencent comme sur nos grandes voies et jouent un rôle analogue. Il ne faudrait pas oublier de manœuvrer l'aiguille au moment du passage du convoi; il déraillerait tout comme ses frères des grandes compagnies.
Pour donner une idée des dimensions de ces jouets, nous signalerons qu'ils couvrent, montés, une superficie de 15 m².



Le chemin de fer miniature
offert au prince de Russie.

Notre figure montre l'un d'eux rangé dans son écrin de peluche; le coffret ainsi ouvert occupe près de 3 m de hauteur sur 1,50 m de largeur.
Nul doute que les jeunes majestés ne s'amusent infiniment au jeu très moderne de l'ingénieur des chemins de fer; nul doute aussi, que les qualités d'originalité, d'ingéniosité et de goût que le fabricant a su déployer dans l'exécution de ce jouet et qui distinguent la production française en général ne soient appréciées comme elles le méritent.

                                                                                                           R. Villers.

La Nature, deuxième semestre 1908.