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vendredi 21 août 2026

Le cri.









 
"Le cri" ( Skrik) réalisé par le norvégien Edvard Munch en 1893.

Beaucoup se sont interrogés et s'interrogent toujours sur l'origine de ce ciel rouge si particulier. Une des hypothèses prend sa source en Indonésie. Le 27 août 1883, le volcan indonésien Krakatoa explose projetant ses cendres à plus de 40 km de hauteur. Ces particules se sont déplacées en faisant sept fois le tour de la terre au gré des vents. Elles ont provoqué des couchers de soleil spectaculaires et inhabituels aux couleurs rouge sang et orange, y compris en Europe du Nord et en Norvège.
En 2004, une équipe d'astrophysiciens de l'Université du Texas ont émis l'hypothèse que Munch avait vu ces couchers de soleil en tout point identiques à celui qu'il a peint. Dans son journal intime, on peut lire cette phrase: "Le soleil se couchait, le ciel est devenu brusquement du sang [...] des nuages comme du sang et des langues de feu pendaient au-dessus du fjord bleu-noir de la ville."
Pour comprendre le caractère exceptionnel de cette éruption, il faut savoir que le bruit de l'explosion, évalué à 310 décibels à sa source, était tel qu'à 64 kilomètres de distance, il a perforé les tympans des marins qui se trouvaient sur des navires à proximité. Le bruit a été entendu jusqu'à l'île Rodrigues proche de l'île Maurice ainsi qu'à Perth en Australie. La détonation a été perceptible sur environ 8% de la surface de la terre ce qui correspond à entendre à Paris un bruit produit à New-York. Cependant la Norvège est distante de plus de 10 000 km du volcan et, contrairement à ce que prétendent certains, Munch n'a pas l'entendre avant de se boucher les oreilles, par contre il a pu voir le ciel rouge.
Or, contrairement au titre du tableau, le personnage ne crie pas! il essaie de se boucher les oreilles pour ne pas entendre. C'est le cri, oui, mais pas poussé par le personnage. Munch nous dit que c'est la nature elle-même qui s'est mise à hurler autour de lui. Il s'agirait alors de l'expression désespérée de l'angoisse existentielle de l'homme moderne. Ce "cri" a dû profondément affecter Munch puisqu'il a réalisé quatre versions du "cri".
Une autre hypothèse a été avancé pour expliquer l'origine de ce ciel. Il pourrait s'agir de nuages nacrés, phénomène très rare propre aux régions polaires.
Le visage du personnage est très particulier. Munch se serait inspiré  d'une momie Inca exposée à Paris lors de l'Exposition universelle de 1889. Dans un coin du tableau figure une phrase écrite par Munch lui-même: " Kan kun være malet af en gal Mand!" ( Ne peut avoir été peint que par un fou!)
A ce propos, on ne peut passer sous silence le contexte psychologique qui affecte Munch. Il perd sa mère à l'âge de 5 ans, sa sœur aînée à l'âge de 14 ans, toutes deux victimes de la tuberculose. Sa sœur cadette souffre d'une profonde dépression à tendance schizophrénique et passe sa vie dans un hôpital psychiatrique. Lui même est bipolaire et souffre de paranoïa et d'attaque de panique.
Dans les années 1890, Munch fréquente les milieux anarchistes qui prône la destruction de la société bourgeoise, l'amour libre et l'autodestruction. Munch adopte avec zèle toutes ces théories tout en plongeant dans un alcoolisme sévère pour lutter contre son anxiété et ses insomnies. Il est hanté par le risque d'avoir hérité de la "folie" qui touche sa famille.
C'est à cette époque qu'il peint "le cri" . L'endroit où se trouve le personnage se situe à proximité de l'asile dans lequel est enfermée sa sœur et proche d'un abattoir où s'échappent les cris des animaux abattus. On peut alors penser que ces cris, la détresse psychologique dans laquelle il se trouve et le souvenir de la vision du ciel ont provoqué chez lui une crise de panique incontrôlable. Quelques années plus tard, en 1908, il finira par se faire interner pour soigner ses hallucinations.
Il n'empêche, malgré un contexte chaotique, "le cri" est une œuvre mondialement connue qui ne laisse personne indifférent, à tel point que le personnage du tableau est devenu l'émoji de la peur.


mercredi 23 mai 2018

Chronique du 22 août 1858.

Chronique du 22 août 1858.


Le nombre des maris qui attentent aux jours de leur femme est illimité; le meurtre conjugal se répète si souvent qu'on renonce à l'enregistrer, à moins qu'il ne soit, comme dans les faits suivants, marqués de circonstances étranges.
Près de Cherbourg, dans le bois de Varangrou, passaient, vers deux heures du matin, le nomme H*** et sa femme, qui venaient de faire un pèlerinage au bienheureux Thomas de Biville et qui avaient quitté la grande route pour ce sentier solitaire.
Rien n'était mieux fait pour adoucir l'âme que ce caractère de pèlerin que venait de prendre le mari, les bords d'un bois charmant et le calme d'une nuit d'été. Cependant, en cet endroit, H*** a frappé sa femme de dix-neuf coups de poignard, dont plusieurs lui ont traversé le coeur.
C'est le mari qui avait décidé de faire le pieux voyage. S'il voulait donner la mort à sa malheureuse femme, comment pensait-il à prier saint Thomas, et s'il revenait réellement de pèlerinage, comment pensait-il sacrifier sa pauvre compagne de route?
Un berger qui, au point du jour, menait son troupeau le long de ces ombrages, a trouvé le corps de la victime, dont un mantelet de soie noire couvrait la tête, et, après s'être assuré qu'elle n'existait plus, il est allé en faire le rapport au maire de Sainte-Croix.
Tandis qu'on cherchait l'assassin, celui-ci, revenu à son domicile, rue de l'Alma, à Cherbourg, faisait part à un agent de police de sa connaissance, du forfait auquel il s'était livré et il était immédiatement arrêté.
L'instruction de l'affaire éclaircira sans doute le caractère de ce pèlerin.

*****

Le sieur B*** et sa femme, habitants d'Epinay-sur-Seine, possédaient tout ce qui peut rendre une union heureuse: de l'aisance, de la jeunesse, une affection mutuelle. Rien n'avait jamais dénoté en eux ces luttes intestines qui précèdent les événements tragiques; seulement la jeune femme était extrêmement jalouse de son mari, qui souvent, à la vérité, lui donnait sujet de l'être.
Il y a peu de jours, une scène amenée par ce motif avait éclaté entre les deux époux; mais tout devait faire penser qu'elle s'était terminée par un raccommodement lorsque la mère de la femme de B***, en venant la voir, monta dans la chambre à coucher et trouva sa malheureuse fille assassinée et étendue morte sur son lit.
B***; après avoir accompli le meurtre, était sorti immédiatement de chez lui. Le soir on retira son corps de la Seine, où il s'était précipité auprès de Saint-Denis
En quelques heures, de ces deux heureux époux, il ne restait plus rien sur terre.


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A propos de mariages, la statistique a relevé les chiffres suivants. Dans le cours du dernier mois, les dames de Paris ont formulé vingt-deux demandes en séparation de corps et de biens d'avec messieurs leurs maris; le tribunal là-dessus a rendu quinze jugements affirmatifs; les autres demandes ont été rejetées. On voit quel doit être, dans le cours d'une années, le nombre des unions rompues.

*****

Un honnête ouvrier, du faubourg Saint-Antoine, vient de périr bien malheureusement. Le sieur G***, tourneur en chaises, habitait au cinquième étage d'une maison mal tenue, mal fermée, comme il en est tant dans ce quartier.
A l'heure où il rentrait, son petit garçon, qui l'adorait, courait toujours au-devant de lui. Le sieur G***, en ce moment, prit son enfant dans ses bras, et en le faisant sauter ne s'aperçut pas qu'il reculait un peu. Il se trouvait là une large ouverture au niveau du sol, ancienne fenêtre dont les vantaux tombés de vétusté n'avaient pas été remplacés. Le malheureux ouvrier fut précipité par cette ouverture, et alla se briser le crâne sur le pavé. mais en tombant, son instinct de père l'avait porter à rejeter hors de lui son enfant, qui a été sauvé.

*****

Ces jours-ci, à l'église Sainte-Clothilde, on remarqua une jeune femme d'une très-agréable figure, qui communiait à deux chapelles; on la suivit et on la vit communier à trois et à quatre. Les personnes témoins de ce fait si fort en dehors des lois religieuses en furent tellement scandalisées, qu'elles firent arrêter la jeune femme. Celle-ci s'éloignait avec peine de l'église, et faisait signe qu'elle voulait communier encore.
Chez le commissaire de police, on remarqua qu'elle portait sur la tête une espèce de bandeau, imitant la couronnes d'épines, et aux bras également des morceaux de draps, figurant les liens dont fut chargé Jésus-Christ.
L'excès de dévotion l'avait rendu folle.


*****

On sait que notre admirable comédienne, mademoiselle Déjazet*, cumule les deux plus charmants rôles des femmes; elle est à la fois actrice et dame de charité. Dans sa dernière tournée, elle vient de dégager une parole donnée par elle il y a plus de dix ans. Etant alors à Nantes, elle promit à la souffleuse du théâtre de donner une représentation pour dégager son fils de la conscription. et aujourd'hui, l'âge étant venu où le bambin d'autrefois allait devenir soldat, mademoiselle Déjazet, l'a racheté avec le prix d'une soirée.
Elle a eu elle-même une charmante surprise à Angers, la ville des fleurs. A la fin du spectacle, deux enfants de troupe sont montés sur la scène en portant un bouquet qui mesurait quatre mètres de circonférence, et le lui ont présenté en disant:
- Mademoiselle, de la part des officiers de la garnison.
Mademoiselle Déjazet a embrassé de tout coeur les deux petits soldats, qui ont reçu au port d'armes ce gracieux remerciement.

                                                                                                                         Paul de Couder.

Journal du Dimanche, 22 août 1858.

* Nota de Célestin Mira:



jeudi 2 novembre 2017

Chronique du 14 février 1858.

Chronique du 14 février 1858.

Folle par amour, tel est le titre de bien des romans et l'histoire de bien des femmes.

- La femme B..., demeurant rue Saint-Séverin, entretenait des relations avec un sieur X... Celui-ci ayant été obligé de quitter Paris pour faire un long voyage, son absence plongea dans un profond chagrin la femme B... qui éprouvait pour lui une vive affection. Elle demeura en proie à une sombre mélancolie, et elle donna quelques signes d'aliénation mentale.
A son retour, le sieur X... se rendit chez la femme B..., et, apprenant que sa santé était altérée, lui témoigna le plus vif intérêt. Mais il était trop tard; le coup était porté, et le sieur X... ayant été obligé de repartir, l'émotion que ressentit sa maîtresse lors de cette nouvelle séparation activa le dérangement de son esprit. Croyant voir du sang partout, elle détruisit tous les objets ayant la couleur rouge.
Enfin, elle s'imaginait qu'elle était poursuivie par des individus qui en voulaient à sa vie. Un matin, voulant échapper à ses persécuteurs imaginaires, elle se précipita par l'une des fenêtres de son logement, situé au cinquième étage, et se fractura le crâne sur le pavé. La mort a été instantanée.
- La demoiselle Aimée Caron, âgée de vingt-et-un ans, modiste, demeurant rue Sainte-Anne, entretenait des relations avec un sieur D..., employé, domicilié rue Meslay, au quatrième. Une discussion assez vive eut lieu entre eux, après laquelle le sieur D... sortit, laissant la demoiselle Aimée seule dans son logement. Quelques instants après, celle-ci se précipitait par la fenêtre donnant sur la voie publique, et venait se briser la tête sur le pavé. La mort a été instantanée.
- Dernièrement, au moment où les fidèles rassemblés dans l'église Saint-Marcel attendaient le commencement de la messe solennelle, ils furent fort surpris d'entendre une voix sortir de la chaire. Se tournant de ce côté, ils aperçurent un homme à cheveux gris, dont la mise n'avait rien de commun avec le costume sacerdotal et qui commençait par fulminer l'anathème contre toutes les personnes présentes en leur annonçant que les temps prédits par le prophète étaient arrivés, que le soleil allait s'éteindre, que les eaux de la Seine se changeraient en sang, et que, si elles ne dépouillaient à l'instant leurs vêtements pour se revêtir de cilices et se couvrir de cendres, elles seraient dévorées par le feu du ciel.
Le bedeau et le suisse, avec l'assistance d'un sergent de ville de service, s'empressèrent d'interrompre ce prédicateur trop zélé, de le faire descendre de la chaire et de le conduire chez M. Bazile Fréjac, commissaire de police de la section. Aux premières paroles de cet individu, le magistrat reconnu qu'il avait perdu l'esprit. C'est un sieur L..., âgé de soixante-deux ans, domicilié rue Saint-Victor. Il a été envoyé au dépôt de la Préfecture de police et on l'a fait admettre dans une maison d'aliénés.
- On se plait tous les jours à signaler les ridicules inconvénients de la crinoline et des robes gonflées et encombrantes.
Les faits que nous allons publier modifieront peut-être cet état des choses, lorsqu'il sera établi que ces toilettes peuvent servir à la contrebande aussi bien qu'aux fraudes de la coquetterie.
C'est devant le tribunal correctionnel que l'usage lucratif mais malheureux, de la jupe-ballon, a été dévoilé.
La femme Peguillan et sa fille, dans le courant du mois dernier, entraient par une porte de ville.
En les voyant venir, les employés de l'octroi ne furent pas dès l'abord étonnés de la rotondité de ces deux femmes, justifiée par les lois de la mode, et ils allaient les laisser passer, lorsque l'un d'eux aperçut une difformité suspecte.
On les conduisit dans le bureau, et, au grand étonnement de tous, douze perdrix ou bécasses tombèrent des jupes de l'une des femmes, et un lièvre et trois lapins de celle de l'autre.
Procès-verbal fut dressé, et la femme Peguillan, appelée seule de la police correctionnelle, a été condamnée à 100 fr. d'amende.

                                                                                                                     Paul de Couder.

Journal du Dimanche, 14 février 1858.

mardi 4 novembre 2014

De l'influence des professions sur la folie.

De l'influence des professions 
                        sur la folie.



Il résulterait  des recherches faites en France que la folie est plus rare chez les travailleurs des campagnes que chez ceux des villes: la proportion serait de 1 à 8.
Les professions dites libérales sont représentées en plus grand nombre que toutes les autres dans les maisons d'aliénés.
Au premier rang viennent les artistes, parmi lesquels les dérangements de l'esprit sont de beaucoup plus fréquents que dans toutes les autres classes de la société. Ce qui peut paraître plus difficile à comprendre, c'est qu'au second rang viendraient les juristes et au troisième les ecclésiastiques. A ces trois professions succèdent celles des médecins et des pharmaciens, des professeurs et des hommes de lettres, qu'on supposerait devoir être aussi exposés à la folie que les artistes; au dernier rang, les fonctionnaires et les employés.
On a cru pouvoir établir entre ces états les proportions suivantes (1) :

                                                                            Proportion sur 100

Artistes.................................................. 9,60
Juristes.................................................. 8,41
Ecclésiastiques...................................... 4,13
Médecins et pharmaciens...................... 3,85
Professeurs et hommes de lettres........... 3,56
Fonctionnaires publics et employés........1,37

Les professions qu'on ne désigne pas habituellement sous le nom de libérales échappent, dans une proportion assez notable, au danger de la folie, comme semble l'indiquer cet  autre tableau:

                                                                                           Proportion sur 100

Professions libérales................ 3,10
Militaires et marins..................1,99
Domestiques et journaliers..... 1,55
Rentiers et propriétaires........ 1,01
Ouvriers................................. 0,66
Commerçants et négociants... 0,42

Il est difficile de ne pas être tenté de se livrer à des considérations morales pour expliquer cette distribution des aliénés entre les divers, entre les divers genres de travail ou de la manière de vivre; mais il faut résister à la tentation. Jusqu'ici les faits ne sont ni assez précis, ni assez démontrés pour servir de fondements solides au raisonnement.
Les statisticiens eux-mêmes ne sont guère d'accord: c'est d'abord qu'il vient aux maisons d'aliénés beaucoup plus d'habitants des villes que d'habitants des campagnes; puis les classifications sont, pour la plupart, sujettes à doute ou à controverse.


(1) Voy. Parchappe, Alexandre Layet, etc.

Le magasin pittoresque, septembre 1876.



dimanche 3 août 2014

La claquette de la Mère folle.

La claquette de la Mère folle.


Ce petit instrument est en bois et à de hauteur trente quatre centimètres. On assure qu'en 1741 il appartenait à M. Parise, trésorier de France, à Dijon. Il fait partie maintenant de la collection Jubinal, où nous avons puisé si souvent de curieux objets. Ce ne serait rien de moins qu'une des marottes de la Mère Folle.
Nous avons donné des détails sur la "compagnie de la Mère Folle, ou infanterie dijonnaise", qui a existé depuis la moitié la moitié du quatorzième siècle jusqu'au milieu du dix-huitième siècle. Cette singulière association parcourait en chantant les rues de Dijon, tous les ans, à l'époque des vendanges et pendant les trois derniers jours du carnaval.
On lit une relation des fêtes qui eurent lieu en 1638, à l'occasion de la naissance du Dauphin (depuis Louis XIV), que l'infanterie dijonnaise parut, composée de plus de quatre cents hommes à cheval, "masqués en habits de diverses couleurs et faisant entendre des rimes bourguignonnes."
Tous les membres de la société portaient un bonnet à deux pointes avec des sonnettes, et tenaient à la main des marottes (ou des claquettes) ornées d'une tête de Folie.

Magasin Pittoresque, 1877.