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vendredi 10 novembre 2017

Une fiancée, s'il vous plait?

Une fiancée, s'il vous plait?

Une grande maison de confection des Etats-Unis vient de battre le record des primes à accorder à ses clients.
C'est ainsi qu'elle annonce qu'elle procure une fiancée à chaque célibataire qui s'engage à acheter chez elle le trousseau obligatoire.
En outre, la maison s'occupe de tous les préparatifs et démarches nécessaires, jusques et y compris la bénédiction du mariage par un prédicateur de choix. Jusqu'ici une douzaine de mariages ont été conclus par l'intermédiaire du magasin de confection, mariages sans garanties pour la durée de la lune de miel.
Nous voyons très bien les clients entrant dans le magasin et s'adressant à l'employé: "Le rayon des fiancées, s'il vous plait?"- Prenez l'ascenseur au fond. Troisième étage, à droite!

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 13 décembre 1908.

mardi 4 octobre 2016

Un couvent de Paris au temps jadis.

Un couvent de Paris au temps jadis.


A l'angle des rues de Grenelle et de Belle-Chasse, une chapelle à coupole sert de temple protestant, une caserne occupe des bâtiments claustraux; ce sont les restes de l'abbaye de Panthémont où furent élevées, au dix-huitième siècle, toutes les jeunes filles de qualité.
Louise d'Esparbès de Lussan y entra, en 1776, à la veille de sa première communion. Elle y connut un peu plus tard la duchesse Jules de Polignac qui vit dans cette enfant jolie, aimable et douce, petite-fille du riche financier Rougeot, une épouse à souhait pour son frère, le comte de Polastron.
En 1780, date du mariage, Louise n'avait que quinze ans, son mari n'en avait pas plus de seize. La jeune épouse fut replacée au couvent. 
Nul séjour n'était moins austère. Les pensionnaires avaient chacune leur femme de chambre et donnaient à leur toilette tout le temps qu'elles voulaient; la musique, le dessin, la danse, tenaient dans leurs études une place importante; elles recevaient beaucoup de visites; les soirées se prolongeaient en d'aimables causeries.
Le jeune époux, très affectueux, venait souvent voir sa petite femme; on veillait seulement à ce qu'il ne l'enlevât point, comme le duc de Bourbon avait enlevé la sienne quelques années auparavant. Louise d'Esparbès allait constamment à Versailles; on la voyait aux bals, aux concerts, aux spectacles, à toutes les réunions de "la galerie de bois" où la duchesse de Polignac recevaient tous les familiers de la reine. Marie-Antoinette s'était prise pour la jeune comtesse d'une vive amitié que partageait déjà le comte d'Artois.
C'est ainsi que le couvent, dont le nom seul évoque pour beaucoup l'idée de claustration et de solitude austère, était un lieu de plaisance. On y jouait, on y dansait, on y donnait la comédie comme dans le plus mondain des salons. Et l'on y préparait les fiancées à tenir magistralement leur place de "grandes dames".
Tous les couvents n'étaient d'ailleurs pas ainsi: la sévérité de certains cloîtres fait frémir.

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 19 mars 1908.

vendredi 20 février 2015

Un homme qui attend sa fiancée pendant 74 ans.

Un homme qui attend sa fiancée pendant 74 ans.

A long Island on vient de célébrer un extraordinaire mariage. Pareille cérémonie est aussi rare aux Etats-Unis, cependant pays des merveilles, qu'en notre vieille Europe.
M. Longtime, âgé de cent quatre ans  (vous liez bien: 104) épousait une veuve, relativement jeune par rapport à lui, puisqu'elle ne comptait que soixante-dix neuf hivers.


La première fois que le jeune (!) marié vit sa future femme il en devint éperdument amoureux; elle avait cinq ans (!) ; il résolut d'attendre la majorité de l'enfant pour l'épouser, et dès lors, dans la famille, il fut considéré, comme le fiancé officiel; malheureusement, à sa vingtième année, la jeune fille épousa un autre de ses soupirants, probablement plus riche que le pauvre Longtime.
Ce dernier ne se découragea pas et dit:
- C'est bon, j'ai le temps, j'attendrai la prochaine occasion!
Et en effet, très patiemment, oh! combien!, il attendit pendant près de soixante ans; tout dernièrement le mari de son éternelle fiancée mourut, alors il se mit aussitôt sur les rangs, et l'on vient de voir qu'il fut agréé.
Voilà une patience et des feux d'une ténacité peu ordinaire et qui méritaient bien d'être récompensés!
Souhaitons aux nouveaux époux bonne chance, longue vie et... beaucoup d'enfants!

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 18 octobre 1803.

lundi 3 novembre 2014

Les accords matrimoniaux.

Les accords matrimoniaux.

Debout, les mains appuyées à la balustrade de fer ouvragé, la fiancée regarde le ciel profond, puis les collines d'un bleu velouté, puis le fleuve d'argent et la ville dont les vieilles maisons sont toutes grises. Sur le point d'entrer dans une vie inconnue, on dirait qu'elle demande à tous les objets qui l'entourent le secret de sa future destinée.
Il lui semble que le ciel lui parle d'un bonheur profond, et son œil sourit.
- A quoi pensez-vous? lui demande timidement son fiancé.
La question n'est peut être pas d'une discrétion parfaite, mais le brave garçon a honte de demeurer silencieux, et il aime encore mieux questionner que de ne rien dire.
- A rien, répond la fiancée, non sans une petite pointe de malice.
Le fiancé retombe dans un silence embarrassé.
Les collines bleuâtres parlent à la fiancée d'une vie calme et sereine; encore une fois son œil sourit, encore une fois son fiancé se hasarde à lui demander timidement:
- A quoi pensez-vous?
- Je me demandais si les collines, d'un bleu si doux quand on les voit de loin, n'ont pas, quand on les aborde de près, des pentes escarpées, et des sentiers rudes et pierreux.
Le fiancé répondit que cela se pourrait bien, ne trouva rien de plus éloquent à ajouter, et s'accouda sur la balustrade.
Les yeux de la fiancée étaient fixés sur le fleuve d'argent. Depuis des siècles, il s'en va du même pas à la mer, reflétant la vieille ville où l'on naît, où l'on vit, où l'on se marie, où l'on meurt, où l'on est heureux ou malheureux, sans qu'il semble jamais s'en inquiéter.
- Que nous sommes peu de chose! se dit la fiancée, que nos sentiments sont peu de chose, et quel néant que notre bonheur!
Cette réflexion pourra paraître un peu bien philosophique: mais il y a des gens qui ne peuvent se tenir sur un lieu élevé sans frissonner, ni embrasser un vaste horizon sans être pénétrés du sentiment de leur petitesse et de leur néant.
- Auriez-vous vos vapeurs? demanda le fiancé d'un air inquiet.
- Oh! non, répondit la fiancée en souriant; mais j'éprouve toujours une sorte de vertige et de fascination quand je regarde de si haut à mes pieds.
Alors, détachant son regard de l'horizon, elle se détourna et les reporta sur la table où venait de se célébrer le destin des fiançailles.


Les deux pères de famille avaient rapproché leurs chaises et causaient confidentiellement avec animation; ils comptaient sur leurs doigts, ils hochaient la tête d'un air important, et l'on entendait voltiger sur leurs lèvres tous les mots barbares dont se servent les procureurs, tabellions et autres gens de loi.
En entendant ces mots, la fiancée fronça les sourcils; sans être romanesque, il lui déplaisait de voir traiter son mariage comme une affaire ordinaire. Et cependant, si elle eût voulu prendre la peine de réfléchir pendant une demi-minute, elle eût fait, et de bonne grâce, amende honorable. Que faisaient les deux vieux amis? Ils déblayaient d'avance le chemin que devait suivre leurs enfants pour traverser la vie; ils en ôtaient les grosses pierres, en comblaient les fondrières, et bouchaient les sentiers de traverse par où les gens de chicane peuvent s'introduire dans le ménage le plus uni.
Mais la fiancée était jeune, et si la jeunesse n'était pas un peu imprudente, elle ne serait plus la jeunesse.
Le fiancé, par crainte de se rendre importun, demeura accoudé à la balustrade.
La fiancée, lançant un regard de reproche aux deux vieux amis, se dirigea vers sa mère qui prenait discrètement son café à l'écart.
Quand elle l'eut débarrassée de sa tasse, elle se mit à genoux à ses pieds, lui prit les deux mains et la regarda dans les yeux. Dans ces yeux toujours si doux et si tendres pour elle, dans ces yeux où elle avait lu si longtemps son devoir, elle put lire sa destinée bien plus clairement que dans le ciel profond, dans les collines bleuâtres et dans le fleuve d'argent.
- Mère, dit-elle d'une voix douce, répétez-moi que vous avez été heureuse.
- Aussi heureuse qu'on peut l'être dans ce monde, mon cher cœur.
- Comment faire pour être heureuse comme vous?
La mère sourit et hocha la tête sans répondre; la fiancée reprit:
-C'est donc bien vrai, bien vrai ce que vous m'avez dit si souvent quand je n'étais encore qu'une petite péronnelle! Il faut donc absolument, pour être heureux, s'oublier autant que possible, et penser aux autres autant qu'on le peut?
Un petit signe de tête, accompagné d'un sourire, lui fit comprendre que "c'était bien vrai, bien vrai!"
- Est-ce que c'est bien difficile?
- Tu sais bien que non, mon cher cœur. Tu as tort de te défier de toi-même.
- J'essayerai, dit "mon cher cœur" en se relevant, et pour commencer, je vais tâcher d'être un peu moins capricieuse.
- En cas de décès... disaient en ce moment un des vieux amis.
- Le bon Dieu les bénisse! murmura la fiancée en hâtant le pas.
Et elle alla parler de l'Armide de Gluck avec son fiancé, qui était un gluckiste passionné.

Le magasin pittoresque, août 1876.

mardi 13 mai 2014

Le carnet de Madame Elise.

Le lorgnon.

Conseils à un fiancé.

Dans un roman intitulé Le Lorgnon, Mme de Girardin développe cette thèse: "Il est préférable, pour notre bonheur, que chacun de nous ne puisse lire dans le cœur de ses semblables." Elle imagine un héros possédant un lorgnon avec lequel on peut voir clairement l'âme des humains; il découvre perfidie, haine, calcul, là où il croyait auparavant à l'existence de la bonté, du dévouement et de la tendresse. En général, notre cécité à cet égard est bienfaisante et il vaut mieux que nous soyons dans l'impossibilité d'explorer les replis tortueux et déconcertants des consciences. 
Pourtant il est des cas pour lesquels nous n'aurions qu'à nous féliciter de ce don de double vue, j'en connais un et veux vous le signaler.
Je reçois beaucoup de lettres de jeunes gens qui pensent à se marier et je constate qu'ils n'ont point les vilains calculs et les projets égoïstes dont on les accuse couramment.
Ils n'ont qu'une immense bonne volonté, un vif désir de rendre leur fiancée heureuse; seulement, ils se montrent assez embarrassés sur la façon de mener à bien leur entreprise. L'un deux m'écrit:
" Que faut-il dire à ma gentille fiancée? Elle est près de moi silencieuse et rougissante; je l'interroge sur ses goûts, les livres qu'elle a lus, les pays qu'elle a visités; elle répond par monosyllabes et notre dialogue a la tournure d'un examen. Elle est gênée, je suis ridicule; que faire? Ces tête-à-tête nous laissent étrangers l'un à l'autre."
Voilà malheureusement ce qui se produit presque toujours si la période des fiançailles n'est pas employée à faire connaissance.
La jeune fiancée est toujours un peu timide et indécise, même sous des airs de bravade et de désinvolture; une anxiété la tenaille; elle songe à sa vie nouvelle et au moyen d'en tirer le meilleur parti possible. Sa plus grande force sera de plaire à son fiancé, elle le sait; et elle est si désireuse d'y réussir, qu'elle joue inconsciemment la comédie pour étaler les sentiments, les principes qui lui paraissent de nature à sauver sa conquête; 
Cette duplicité involontaire ou non les égare tous deux et rend impossible la pénétration sincère des âmes qui est la première condition de l'amour durable.
C'est au jeune homme, moins troublé, moins novice dans ces sortes de négociation, à agir avec beaucoup de tact et de bonté.
Avant tout, il doit, par tous les moyens possibles, persuader sa fiancée qu'il l'aime entièrement et qu'elle peut, sans craindre de lui déplaire jamais, se montrer à lui telle qu'elle est.
Lorsqu'elle aura acquis cette conviction, vous verrez avec quel abandon heureux elle parlera, dirigeant elle-même la conversation et se racontant gentiment; le bonheur de votre futur ménage est presque assuré si elle ose être simple, naturelle, si elle s'épanouit dans une absolue confiance. Vous l'aimez fortement: qu'elle le sente, qu'elle soit sûre de votre tendresse; cette certitude calmera son émotion et son désir de se faire un personnage; dès lors, elle s'abandonne avec une naïveté d'enfant à la bienveillance enveloppante de votre affection; sans détour, elle dit ses goûts, ses tendances, ses aspirations et même... laisse deviner ses défauts. Le fiancé n'est pas obligé d'admirer tout en bloc; il fera bien, devant un acte répréhensible, de manifester un peu de surprise, un peu de chagrin; pourvu qu'il le fasse avec bonté, sa fiancée se corrigera volontiers et sans effort.
Le désir de plaire subsiste toujours chez une femme; ce qui la rend méchante, inquiète ou sournoise, c'est la crainte de ne pas réussir; mais, quand elle est assurée de son pouvoir, elle devient volontiers bonne, surtout quand l'amour éclairé de son futur guide la pousse doucement dans ce chemin.

                                                                                                            Madame Elise.

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 10 mai 1903.