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jeudi 11 mars 2021

Le joug du mariage.


Les femmes sont vraiment bien imprudentes. Elles vont nous forcer, par leur agitation inconsidérée, à regarder d'un peu plus près au petit "contrat social" qui nous lie à elles dans le mariage. Cette nouvelle révision d'une cause depuis longtemps jugée va peut être faire réfléchir bien des maris façonnés au joug par une tradition séculaire. Ils se rappelleront le trait spirituel de Gustave Larroumet:
- La femme est un être charmant qui voudrait avoir les avantages de tout et les inconvénients de rien.
Dans le camp féministe, le Code civil est l'objet d'une véritable exaspération. Laissez-moi vous exhiber deux échantillons de la grandiloquence rhétorique dont ces dames accablent les mânes de son auteur, Napoléon.

"Et les hommes ont osé inscrire dans un Code la sanction d'un pareil renversement de la loi morale! Rome en eut la honte. La France, sous les auspices de Napoléon 1er, en eut la triste gloire; elle osa écrire dans la loi: La femme doit obéissance à son mari. Ce qui veut dire: la femme doit être vaincue dans la femme, l'instinct de l'homme doit triompher, sa volonté doit être toute puissante, elle ne doit pas être entravée par la raison qui la gêne; elle a pleine liberté, liberté sanctionnée par une loi, protégée par la force publique, autorisée par l'Etat. C'est la force brutale triomphante et la suppression des entraves que la sagesse pourrait lui imposer, c'est la licence légitimée, encouragée, sanctionnée et glorifiée... (Mme C. Renooz)

Même note dans le journal l'Entente... et aussi même inexpérience du style véritablement oratoire, ou simplement du style:

Si le Code français, loin d'améliorer l'existence (l'auteur veut dire: le sort) de la femme, l'a rendue pire; si nous avons été plus asservies après la Révolution qu'avant (Ce n'est pas vrai: sous l'ancien régime, un mari pouvait faire enfermer sa femme dans un couvent; aujourd'hui, il ne le peut plus); si le souffle de liberté a passé au-dessus de nos têtes sans les atteindre (mal écrit), c'est que les idées généreuses proclamées en notre faveur à cette époque grandiose, et dont Cambacérés et Condorcet furent les principaux interprètes (équivoque), furent combattues, terrassées réduites à mordre la poussière (sic) par le plus grand batailleur des temps modernes, en même temps que le plus grand contempteur de notre sexe, Napoléon. (Mme Oddo-Deflou).

Je pense que quiconque veut se faire embrigader dans le bataillon féministe doit avoir fait la preuve qu'il a horreur de la mesure et qu'il exècre les nuances. Ainsi, je lis dans une brochure de l'auteur que je viens de citer en dernier lieu ce supplément au commentaire ci-dessus:

Même en notre pays, où la condition de l'épouse est à peu près la pire qui soit en Europe..., on trouve au moins étrange une législation qui attache pour (sic) un sexe une telle défaveur, qui la frappe de telles déchéances, que toute femme d'intelligence, d'énergie et de caractère doit hésiter avant de s'y engager.

Transposons ce lyrisme sur le mode badin et nous dirons familièrement:
- Le mariage est une chose si sérieuse, que ce n'est pas trop de toute sa vie pour y songer.
Va pour défaveur et déchéance! ces exagérations sont si absurdes qu'il est permis de hausser les épaules. Mais la conclusion, Mme Deflou ne la tire pas. Je vais la tirer pour elle. Eh bien! si condition pire qu'en Turquie il y a, si déchéance et défaveur il y a, une femme qui se respecte doit hésiter à s'embarquer dans la galère du mariage, il ne reste donc plus pour elle que le célibat ou "l'union libre". et voilà les deux seules issues que Mme Deflou ouvre au désespoir des femmes.

Revenons à la question juridique et morale. Car les deux aspects sont connexes Tout ce qui touche à l'institution du mariage doit nous être sacré, car, si le mariage est une institution humaine, il consacre un principe divin: l'amour. A quoi bon déconsidérer le mariage? N'est-ce pas encore ce que les hommes ont inventer de mieux pour diviniser la loi de l'instinct? C'est l'indissolubilité de ce lien qui le rend sacré.
Peu importe, au fond, que son statut légal soit, comme toute œuvre humaine, imparfait. L'essentiel est qu'il ait été conçu de bonne foi. Les meilleures lois du monde n'améliorent pas les mauvais ménages.
- Que ceux que le mariage fait souffrir se fassent protéger par le Code (il les protège, en effet), ou consoler par l'Evangile, disait Dumas fils qui est, précisément, l'inventeur du mot Féminisme.
Les discussions sur le régime des biens et sur les paraphernaux*, etc., ne commencent que lorsque l'amour s'est enfui. C'est quand il n'y a plus... d'amour au râteler que les époux entrent en procès:

C'est seulement quand le bonheur a fait banqueroute que l'on songe à s'en prendre aux lois des déboires d'une vie manquée. (Marc Hélys: Le Féminisme Suédois.)

Or, nulle loi ne pourra remédier à la mésintelligence des âmes et à la désunion des corps. Ce n'est donc pas le Code civil qui est fautif. Si vous vous aimez, tout ira bien; si vous ne vous aimez pas, tout ira mal. Le Code est tout ce qu'il peut être.

                                                                                                                        Théodore Joran.

Les annales politiques et littéraires, janvier-juin 1907.

* Nota de Célestin Mira:

* Paraphernal, paraphernaux: biens qui sont en possession d'une femme mariée, sans faire partie de sa dot,  et qu'elle peut administrer à sa convenance. (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales.)

vendredi 21 février 2014

Le code civil commenté par M. Paul Deschanel.

Le code civil commenté par M. Paul Deschanel.

Depuis que M. Paul Deschanel n'est plus Président de la chambre, il a des loisirs; et pour les occuper utilement et académiquement, le jeune immortel a écrit des Commentaires du Code civil. Mon Dimanche, qui va partout, a pu s'introduire nuitamment dans l'imprimerie où se compose dans le plus grand secret l'ouvrage de M. Paul Deschanel, et a réussi à en dérober quelques fragments; mais comme le larcin a été commis au milieu des ténèbres les plus complètes, nous sommes obligé de faire quelques réserves sur l'authenticité absolue des fragments que nous citons.

Art. 214.- La femme est obligée de résider avec le mari et de le suivre partout où il juge à propos de résider; le mari est obligé de la recevoir et de lui fournir tout ce qui lui est nécessaire pour les besoins de la vie, selon ses facultés et son métier.
Ce droit du mari de pouvoir traiter à sa suite son épouse bien-aimée est exorbitant.
Supposons que, vexé de recevoir les éclaboussures de l'omnibus et de la vie, il lui pousse la fallacieuse turpitude de loger à Carpentras ou sur les toits. Eh bien! quelque stupide que soit cette lubie, la femme devra la subir avec mansuétude et tous ses rejetons. Dura lex, sed lex.
Maintenant si la femme, par caprice ou par habitude, se laisse tomber d'un sixième ou en faiblesse, le mari est contraint de la recevoir dans ses bras.
Ici encore, la nécessité est aussi violente que la commotion qu'il recevra en même temps que son épouse.
La dernière prescription est de droit naturel.
Le mari ne doit pas lésiner lorsque sa femme lui demande mille vétilles de peu d'importance, telles que de la galette du Gymnase ou un bracelet, des jarretières ou quelques obligations de la Ville de Paris, des crêpes en pâte ou de Chine, etc.
Remarquons que la femme observe cette consigne du législateur avec une fidélité digne des plus grands éloges.

Art. 389- Le père est, durant le mariage, administrateur des biens personnels de ses enfants mineurs.
L'huissier le plus arriéré peut saisir le sens de cet article. Il importe seulement de savoir quelles choses forment la masse des biens d'un Français, qui n'a pas encore dépouillé la robe prétexte.
Ils comprennent en général:
1° Une lanterne magique.
2° Un cygne aimanté.
3° Un pantin articulé.
4° Une flotte en bois blanc.
5° Un sabre en fer non moins blanc.
6° Une bonne, doublée d'un militaire, etc, etc...
Toute cette bimbeloterie constitue le plus clair de la fortune d'un mineur, et ce n'est pas une petite affaire, pour un homme sérieux, que d'administrer une propriété pareille.
Ainsi, par exemple, qu'en un jour de tempête la flotte vienne à sombrer dans le bassin des Tuileries ou du Luxembourg, le père, en qualité d'administrateur des biens de son rejeton, devra opérer le sauvetage à ses risques et périls.
Ainsi du reste.

Art.390- Après la dissolution du mariage, arrivée à la mort naturelle ou civile de l'un des époux, la tutelle des enfants mineurs et non émancipés appartient de plein droit au survivant de père ou mère.
C'est ici le moment de définir la tutelle. Justinien explique fort judicieusement la chose dans les Institutes, titre XIII, livre 1er. Voici ses expressions:
Est autem tutela vis in capite ad tuendum eum qui se defendere requit ( que l'on traduit par: La tutelle est une vis que l'on enfonce dans la tête (in capite) pour tuer (ad tuendum) celui qui ne peut de défendre.)
Cette définition est ambiguë, comique ou complètement inintelligible. C'est là son avantage.
Première annotation.
La majorité est la terre promise du pupille.
Il s'y dédommage des privations souffertes dans le désert de la minorité.
Deuxième annotation.
En ménage, la survivance est une médaille dont la tutelle est le revers.

Art.476- Le mineur est émancipé de plein droit par le mariage.
Rien de plus vrai, car en agissant ainsi, il commet parfois ce que nous appellerons, si vous le voulez, une bêtise.
Ne vaut-il attendre que la mâchoire soit illustrée de ses dents de sagesse? C'est le meilleur moyen de ne pas se faire mettre dedans.

Art. 102- Le domicile de tout Français, quant à l'exercice de ses droits civils, est au lieu où est son principal établissement.
Le domicile d'un pochard est donc, en partant de ce principe, chez le marchand de vins, car c'est bien là, en effet, son principal établissement.

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 28 juin 1903.