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mercredi 3 août 2016

Les prisons de Richemond.

Les prisons de Richemond.


Les journaux de New-York sont remplis de détails sur les prisons de Richemond, depuis qu'un espion du Nord, étant parvenu à pénétrer dans le triste séjour où les confédérés retiennent leurs prisonniers, en a fait à son retour le plus navrant tableau.
Nos correspondants nous adressent, de leur côté, des renseignements assez complets: et quoique nous faisions la part de l'exagération que suscitent en tout temps les passions politiques, il est évident que le régime auquel sont soumis dans le Sud les prisonniers du Nord laisse beaucoup à désirer.
"Nos pauvres camarades, dit The Examiner, sont jetés sur l'îlot de Belle-Isle, près Richemond, au nombre de plus de cinq mille. Pendant que les prisonniers confédérés sont chez nous l'objet de bons traitements, qu'ils reçoivent une nourriture abondante et jusqu'à des rations de tabac, nos soldats sont traités avec la plus grande inhumanité. Ils sont couverts de haillons, et on les voit se traîner, maigres et décharnés, en proie à la fièvre et à la faim, n'ayant pour tour abri que les misérables gîtes qu'ils parviennent à se construire eux-mêmes. 



Chaque jour la mort fait de grands vides dans leurs rangs et nous ne savons lesquels plaindre le plus, ou de ceux qui meurent ou de ceux qui survivent."
Nous ne pouvons que faire les vœux les plus sincères pour que les belligérants, à quelque parti qu'ils appartiennent, n'oublient jamais et le respect dû au malheur, et les droits imprescriptibles qu'ont les prisonniers à être traités avec humanité. Puissent de pareils excès ne jamais se renouveler.

                                                                                                                                 A. H.

Le Monde illustré, 9 janvier 1864.

samedi 16 juillet 2016

La mort du président Mac Kinley.

La mort du président Mac Kinley.


Après la mort du président Mac Kinley, la condamnation capitale de son assassin ne pouvait faire question.
Le lundi 23 septembre commençait, devant la cour suprême de l'Erié, à Buffalo, le procès de l'anarchiste Czolgosz. 



Les débats furent brefs, la cause prêtant peu à la discussion, puisque l'anarchiste revendiquait cyniquement la responsabilité de son crime. Le mardi 24, à 4 h 1/2, le jury rapportait un verdict déclarant Czolgosz coupable de meurtre avec préméditation et intention de tuer, et le jeudi suivant, la cour le condamnait à mort. L'arrêt porte qu'il subira l'électrocution dans la semaine qui commencera le 28 octobre. Son sort est désormais certain, à quelques expédients de procédure que puissent recourir, pour le sauver, ses défenseurs.
Au prononcé de la sentence, non plus qu'au cours de tout le procès, il n'a manifesté d'ailleurs aucune émotion. On l'a tout aussitôt transféré à la prison d'Auburn, où il subira sa peine. Nous reproduisons, à titre de document, une curieuse photographie empruntée au journal américain le Leslie's Weekly, et qui aurait été prise tandis que l'assassin était encore à la prison de Buffalo.






La fureur contre les anarchistes, dans l'Amérique du Nord entière, est grande et il paraît certain qu'à l'avenir les autorités des Etats-Unis vont un peu se départir de la tolérance, excessive peut-être, qu'elles ont témoignée, jusqu'ici aux anarchistes accourus de toutes les parties du monde dans ce pays par excellence du "laisser faire, laisser passer".
C'est ainsi qu'au lendemain de l'attentat de Buffalo, on arrêtait une célèbre agitatrice anarchiste, miss Emma Goldmann, une virago aux cheveux courts, aux allures masculines, originaire de Russie, dont l'influence sur l'acte de Czolgosz n'était que trop certaine. 




Il l'avait entendu, peu de temps avant son crime, parler dans une conférence à Cleveland, et avait été fortement impressionné. 
"Sa doctrine, a-t-il déclaré au cours de ses aveux, à savoir que tous les gouvernants devaient être exterminés, me remua profondément. Ses paroles me traversèrent de part en part, et quand je quittai la réunion, je résolus de faire quelque chose d'héroïque pour la cause que j'aimais."
Cependant, on n'a pu sévir contre Miss Goldmann, aucune loi ne le permettant, et, au bout de quelques jours, on la laissait en liberté.
Le nouveau président des Etats-unis, M. Théodore Roosevelt est-il homme à prendre l'initiative de mesures de coercition contre la dangereuse secte? La popularité dont il jouit aux Etats-Unis lui en donnerait la force.
Cette popularité lui vient surtout de sa conduite héroïque pendant la campagne de Cuba. Sous-secrétaire d'Etat à la marine, au moment où les choses se brouillaient entre l'Espagne et les Etats-Unis, il démissionna dès le début des hostilités, et, appelant à lui les meilleurs des cow-boys qu'il avait connu pendant ses chasses dans les plaines de l'Ouest, dont il avait même partagé la vie pendant un an, en manière de sport, à sa sortie de l'université d'Harvard, il forma ce fameux régiment des rough-riders, les "rudes cavaliers", dont les prouesses, sous les ordres du colonel Wood d'abord, puis du colonel Roosevelt, sont devenues là-bas légendaires.




M. Roosevelt n'a que quarante-trois ans, étant né à New-York en 1858. 





Il était, du vivant de M. Mac-Kinley, vice-président des Etats-Unis, et, en vertu de la constitution, a recueilli la succession du président assassiné.

L'Illustration, 5 octobre 1901.