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vendredi 28 avril 2017

Les Arabes et les Maures.

Les Arabes et les Maures.


C'est une erreur très commune, adoptée même par un grand nombre d'historiens, que celle qui confond les Arabes et les Maures, et les regarde comme faisant partie du même peuple. 
Les Arabes sont des Asiatiques: c'est au milieu d'eux qu'est née la religion de Mahomet; ce sont eux qui les premiers l'ont répandue en Asie, en Afrique, en Europe. Les Maures ou Mores sont des peuplades d'Afrique qui furent converties au mahométisme par les musulmans arabes. Les Maures ne sont donc pas plus des Arabes, que les Goths, les Francs, les Bourguignons et les Lombards qui embrassèrent la religion chrétienne des Romains, n'étaient des Romains eux-mêmes. Au contraire, l'empire temporel de Mahomet fit détruit par les Maures et les Turcs devenus musulmans, de même que l'empire de Constantin fut détruit par les barbares devenus chrétiens.

Le Magasin pittoresque, 1833, livraison 49.

dimanche 6 septembre 2015

Le lion du marabout.

Le lion du marabout.

Tous les ans, à certaines époques, on remarque dans les rues d'Alger un énorme lion conduit par des Arabes et des nègres et tenu en laisse par une corde en poil de chameau. Ces indigènes vendent des amulettes et reçoivent des aumônes pour le compte d'un marabout qui est en grande vénération dans toute la province d'Alger.



La coutume de promener ainsi ce lion est déjà ancienne et la légende qui court dans le peuple est assez curieuse.
Le vénérable marabout au profit duquel se fait la quête a reçu du ciel un pouvoir surnaturel. Ce pouvoir s'étend spécialement sur les animaux féroces qui d'eux-mêmes viennent lui rendre hommage. Ainsi le lion qui accompagne les quêteurs n'est jamais le même. Ces derniers vous racontent que, aussitôt leur quête faite, ils chassent leur lion en rentrant au marabout, et que cette bête retourne dans les fourrés d'où elle vient. L'année suivante un nouveau lion vient se constituer prisonnier à l'époque déterminée et se laisse passer la corde au cou pour assister à la quête.
Cette teinte de merveilleux, à laquelle ne se laissent pas prendre les Européens, n'est pas sans influencer vivement les arabes, et la quête s'en ressent largement.

                                                                                                                                M. V.

Le Monde illustré, 2 janvier 1864.

mardi 18 août 2015

Le costume de la femme arabe en Algérie.

Le costume de la femme arabe en Algérie.


Le costume de la femme arabe du peuple, dit un voyageur, consiste en une habaya serrée à la taille par un cordon. Dans la rue, la habaya est couverte d'un haïk ou manteau laissant voir les pieds nus ornés d'anneaux de métal. Les longues boucles d'oreilles sont cachées par les tresses d'une riche chevelure, tandis qu'une quantité de colliers, d'amulettes, de perles de corail ou de verre s'étalent sur le cou et le sein tatoué, mais nu. Tous ces ornements sont la propriété personnelle de la femme arabe, elle s'en pare avec plaisir et le plus souvent qu'elle peut. Elle teint ses mains parfois, ses ongles toujours, avec le henné, qui leur donne une couleur jaune orangée, et se noircit les cils avec du koheul.
Avant le temps de Mahomet, on ne connaissait pas l'adjar, et c'est la propre jalousie du Prophète qui a condamné les femmes musulmanes à avoir toute leur vie le visage couvert de ce voile. Or, cette loi de Mahomet n'a pas peu contribué à rabaisser la condition sociale de la femme musulmane vis-à-vis des hommes. Quand les femmes arabes le peuvent, elle ne se gênent pas pour écarter ce voile qui non seulement cache leurs charmes, mais encore les empêche de respirer l'air libre, de sorte qu'on les voit souvent dévoilées quand il n'y a pas d'Arabe dans le voisinage. Quand elles en voient un s'approcher, elles baissent tout de suite le voile, mais quand elle rencontre un roumi, elles ne sont plus aussi scrupuleuses, de sorte qu'on a souvent l'occasion de voir leur visage.
En Kabylie, l'adjar n'est pas porté, car les Kabyles traitent leurs femmes comme leurs égales et ne sont pas aussi soupçonneux que les Arabes. Les jeunes femmes arabes et maures couvrent leur visage, parce que c'est ordonné; les vieilles trouvent l'adjar convenable, parce qu'il cache leurs traits, et elles tiennent peut être encore plus que leurs maris à ce qu'on le porte, faisant par envie ce que les hommes font par défiance. Quelques femmes ne laissent voir qu'un œil; elles tirent pour cela le manteau qui les couvre de la tête aux pieds, sur leur figure, et n'y ménagent qu'une petite ouverture.
Nous avons souvent, dans nos courses autour d'Alger, rencontré des femmes ainsi enveloppées, qui, en nous voyant les considérer curieusement, faisaient tout à coup tomber le rideau qui ne laissait voir qu'un œil noir, et nous permettaient d'examiner une figure qui n'avait nulle raison d'être cachée. Elles faisaient cela gaiement, avec un regard qui semblait dire: Etes-vous satisfait?...

Journal des Voyages, 17 octobre 1886.

samedi 18 octobre 2014

Armes et projectiles incendiaires.

Armes et projectiles incendiaires
                     employés par les arabes
           au treizième et quatorzième siècle.  (1)


On conserve, au Musée asiatique de Saint-Pétersbourg, un manuscrit arabe qui a pour titre: Recueil réunissant les diverses branches de l'art. L'auteur n'est pas nommé; M. Reinaud, de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, suppose que ce pourrait être Schems-Eddin-Mohammed, né en 1292 (691 de l'hégire), mort à Damas en 1350 (751 de l'hégire), et qui a composé un autre ouvrage intitulé: l'Art de la guerre de Mohammed, ou l'Art de la guerre à l'usage des Mahométans. Le recueil dont il s'agit serait donc de la première moitié du quatorzième siècle.
Il y avait alors plus d'un siècle que l'usage du salpêtre dans les artifices, ou, si l'on veut, la poudre, était connu des Arabes. Le manuscrit de Saint-Pétersbourg est une copie faite dans la seconde moitié du quinzième siècle pour un émir de la cour des sultans mameluks d'Egypte, nommé Djerbasch; il est orné de dessins qui semblent remonter jusqu'à l'ouvrage original. On y trouve représentées des armes à feu, notamment des espèces de massues et de lances incendiaires. Le texte indique l'emploi de la poudre à canon comme force projective. Il désigne sous le nom de madfaa la boîte en bois ou en fer destinée à recevoir la poudre, et sous le nom de bondoc la balle: ce mot bondoc s'est appliqué depuis à l'arme même, fusil ou pistolet.
Dans la première des scènes que nous reproduisons, un personnage tient à deux mains le manche d'un madfaa, et semble l'approcher d'une lumière et mettre le feu à la charge pour faire partir le bondoc, qui sort d'une capacité plus large que celle où est placée la poudre.



Dans la scène qui est au-dessous, le guerrier qui marche derrière le cavalier porte sur son épaule un madfaa, dont la cavité n'a pas plus de profondeur que de largeur. Suivant la description du texte, le cavalier, le cheval et les deux autres personnages sont vêtus de manière à se couvrir de feu de tous côté, et à produire ainsi l'épouvante parmi les ennemis. Ils sont couverts d'une espèce de gros drap noir parsemé de touffes d'étoupe. Le bonnet du cavalier est en fer et garni d'un feutre rouge arrosé de naphte. La lance qu'il porte est enduite de salpêtre à ses extrémité et munie aussi d'étoupes: pour la tenir sans danger, il a frotté ses mains de poussière de talc.
Dans les deux gravures qui suivent (tirées d'un manuscrit arabe de la Bibliothèque impériale, numéro 1128, ancien fonds) on voit aussi des cavaliers et des hommes de pied couverts de manière à paraître tout en feu. 



Leurs vêtements, ainsi que les caparaçons du cheval, sont garnis de matelassures en feutre. Avant d'y coudre des clochettes garnies de naphte, on avait soin de les humecter d'une préparation formée avec du vinaigre de vin, de la sanguine, du sel dissous, de la colle de poisson et de la sandaraque. Chaque cavalier était précédé et suivi d'hommes à pied munis de massues incendiaires.
Ces stratagèmes ne pouvaient pas toujours réussir. En 1300 (an 699 de l'hégire) , dans une bataille livrée par le sultan d'Egypte à Gazan, khan des Mogols de Perse, aux environs d'Emèse, en Syrie, cinq cents cavaliers mameluks s'élancèrent tous armés de leurs artifices; mais Gazan ordonna à ses soldats de rester immobiles, et le naphte des mameluks s'éteignit avant qu'ils eussent atteint les ennemis.


(1) Extrait du savant ouvrage de M. le colonel Favé, intitulé: Etudes sur le passé et l'avenir de l'artillerie, t. III: Histoire des progrès de l'artillerie, Paris, 1862.

Le magasin pittoresque, 1865.