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jeudi 8 mars 2018

Ceux de qui on parle.

Pierpont-Morgan le riche.

Les millionnaires américains sont d'autant plus sympathiques qu'ils ont commencé leur carrière misérablement. L'histoire extraordinaire de leur fortune nous ravit par son caractère romanesque et peut être aussi parce que nous avons tout au fond de nous-mêmes, nous autres gueux, le sentiment très vague qu'une pareille aubaine pourrait bien nous arriver un jour.
Cependant tous les richards transatlantiques n'ont pas commencé par être ouvriers ou camelots. M. Pierpont-Morgan, par exemple, qui est le fils d'un banquier, est à ce point de vue l'un des moins intéressants des princes de la finance. Il s'est contenté de faire fructifier l'héritage paternel, assez heureusement, puisqu'il possède aujourd'hui un magot estimé sept cent millions, somme qui, placée à six pour cent l'an (taux fort bas pour l'Amérique) apporterait quarante deux millions par an, soit plus de cent quinze mille francs par jour ou quatre mille huit cents francs par heure. Autant il y a d'heure dans l'année, autant de ménages pourraient vivre à l'aise, avec les revenus de ce financier qui n'est pas, à beaucoup près, le plus riche de son pays. Il n'est même pas milliardaire.



La fortune de M. Pierpont-Morgan et surtout la puissance des moyens financiers dont il dispose grâce à sa maison de banque, lui ont valu les bons offices de plusieurs souverains d'Europe.
L'empereur guillaume II lui-même l'a reçu avec les honneurs souverains et l'a traité en égal.
A Rome, le pape et le roi l'ont tour à tour accueilli les bras ouverts. Ce n'était que justice, M. Pierpont-Morgan ayant eu une attention très généreuse pour l'Italie. Des voleurs avaient dérobé une chape d'un très grand prix dans l'église d'Ascoli et l'avaient été offrir au richissime banquier, qui l'avait achetée et payée. Quand il en connut la provenance, il restitua spontanément la chape et supporta seul la perte de la somme qu'il avait versée. Le roi Victor-Emmanuel, en remerciement, lui a conféré le grand cordon de l'ordre des Saints- Maurice et Lazare et a fait frapper à son intention une médaille d'or. De telle sorte que cette affaire se termina à la satisfaction de tous: des voleurs qui ne furent pas retrouvés, des Italiens qui revirent leur relique, et de M. Pierpont-Morgan, dont la vanité s'accommode mieux d'une décoration que de quelques milliers de dollars, voire même d'une chape authentique.
M. Pierpont-Morgan est en Amérique l'agent financier de la Russie. De temps en temps, quand l'Empire est à bout de ressources, on câble à M. Pierpont-morgan, et celui-ci, qui ne se dérange pas pour si peu, envoie au tsar un représentant, j'allais dire un ambassadeur, afin d'étudier les conditions d'un nouvel emprunt russe.
M. Pierpon-Morgan a un fils qui, si l'on en croit la chronique américaine, s'entendra mieux à manger son patrimoine qu'à le développer. Lisez plutôt ce récit de la dernière fantaisie que s'est offerte ce jeune fils de famille.
Après un voyage à travers l'Ancien Continent, il revenait en Amérique à bord d'un grand transatlantique allemand. Quelques chiens très précieux achetés par lui en Ecosse l'accompagnaient. Pour qu'ils n'eussent pas à souffrir du trajet, pour éviter surtout à ces petites bêtes, dans la mesure du possible, les atteintes du mal de mer, Pierpont-Morgan junior retint pour eux douze cabines de luxe. Il y fit installer une salle de bains et un domestique fut engagé pour leur tenir compagnie et veiller à ce que rien ne leur manquât pendant toute la traversée.
Est-il possible de pousser l'excentricité plus loin? 

                                                                                                                     Jean-Louis.

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 11 août 1907.

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