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mardi 7 mars 2017

Ancienne religion des Gaulois.

Ancienne religion des Gaulois.


La religion que Jules César trouva si fortement établie dans la croyance des Gaulois n'était pas nationale: ils l'avaient reçue des Bretons à une époque dont l'histoire ne fait pas mention; et plus tard sous la domination des Romains, ils abandonnèrent le culte du dieu Teutatès pour celui de Jupiter et des autres divinités de l'Olympe. L'Evangile fut ensuite prêché par des ministres  sans armes ni soldats, et les conquêtes de la religion chrétienne amenèrent encore de nouveaux changemens.
Mais comme il n'est pas au pouvoir de l'homme de transformer entièrement ses idées et ses croyances, le Gaulois mêla quelques restes de la religion des druides à celle des Romains, ses vainqueurs et ses maîtres; et lorsqu'il devint chrétien, les deux cultes anciens ne furent pas complètement oubliés. Quelques pratiques religieuses du moyen âge ont beaucoup d'analogie avec celles que César a décrites; il n'est donc pas sans intérêt de se reporter à cette époque éloignée de près de vingt siècles.
Teutatès fut le Jupiter des Bretons et des Gaulois; les druides étaient ses ministres, distribuaient ses faveurs, lançaient ses foudres contre les impies, interprétaient les réponses que le dieu daignait leur faire lorsqu'ils l'interrogeaient suivant les rites de son culte, etc.; ils s'étaient même emparés de l'administration de la justice, et si quelqu'un osait décliner leur juridiction, ils le privaient de toute participation aux sacrifices: le recours à la divinité était alors interdit, à moins qu'on ne commençât par apaiser le courroux des ministres. Ainsi l'excommunication fut une arme redoutable entre les mains des prêtres de Teutatès, comme elle le fut par la suite lorsqu'elle fut lancée par des prêtres chrétiens.
Les druides offrirent leurs secours aux malades, mais sans exercer la médecine: c'était par leur intercession auprès de Dieu qu'ils promettaient de rendre la santé; mais Teutatès était parfois très exigent, et si la maladie était mortelle, il ne fallait rien moins qu'une victime humaine pour racheter la vie que l'on voulait conserver. Dans les cas ordinaires, le dieu voudrait bien se contenter de l'offrande de quelques bestiaux.
La cueillette du gui de chêne fut la cérémonie la plus imposante de la religion des druides, et celle dont la tradition a conservé le plus de vestiges. Nous sommes encore assez près du temps où le gui était un sujet de chants populaires, au lieu d'être traité comme un ennemi dont une bonne culture délivre les arbres. Chez les Gaulois, lorsque l'on avait découvert un gui de chêne, on s'apprêtait à le cueillir, en observant scrupuleusement les rites prescrits en cette occasion. Deux taureaux blancs étaient attachés par les cornes au tronc du chêne chargé de la précieuse excroissance; le don qu'on allait recevoir valait au moins cette offrande. Un druide montait sur l'arbre armé d'une serpe d'or, et détachai le gui; d'autres le recevaient sur un tissu de laine blanche destiné à cet usage. C'était une panacée universelle, dont une parcelle infusée dans l'eau préservait des atteintes du poison, procurait aux bestiaux un accroissement de force et de fécondité, etc. Pour célébrer dignement cette heureuse trouvaille, les dévots présentaient leurs offrandes, et c'était l'élite de leurs troupeaux. Les victimes étaient partagées en trois parts: l'une pour le dieu (elle était livrée aux flammes), l'autre pour les druides, et la troisième restait aux donataires.
Dans les grandes calamités publiques, ou avant d'entrer en campagne contre un ennemi formidable, les druides avaient introduit l'effroyable usage des holocaustes humains. 




On construisait un énorme mannequin représentant un homme, on le remplissait de malheureux condamnés dans les assemblées, et si leur nombre était insuffisant, on choisissait des victimes parmi les homme hors d'état de se défendre; on entassait des combustibles autour de cette horrible figure, et l'on y mettait le feu.
Quand on lit le détail de ces scènes d'horreur, on est tenté d'en révoquer l'authenticité; mais malheureusement, le souvenir encore tout récent de l'inquisition est trop positif pour nous permettre de rejeter sur l'humeur poétique des historiens, et sur les infidélités des traditions, les crimes dont l'espèce humaine fut coupable.

Le Magasin pittoresque, 1833, livraison 13.

lundi 19 septembre 2016

Le caractère gaulois.

Le caractère gaulois.


Nous trouvons ce piquant éloge du caractère gaulois dans des lettres inédites d'Addison que révèle l'Athenœum de Londres. L'illustre écrivain britannique les adressait en l'an 1700, de Paris, à son ami l'évêque Hough. La première est écrite après six mois de séjour en France:
" Le seul avantage que j'aie recueilli de ce séjour, outre l'acquisition de la langue française, est que je me suis initié au caractère et aux mœurs du peuple, que l'on apprend mieux à connaître, selon moi, dans des villes telles que Blois, qu'à la cour ou dans les grandes villes où la dissimulation et l'artifice sont de mode.
Et franchement, d'après ce que j'ai vu des Français, je les tiens pour la plus heureuse nation du monde. Il n'est pas au pouvoir de la misère ou de l'esclavage de les rendre chagrins. On ne rencontre sur tous les points du pays que gaieté et pauvreté. Chacun chante, rit et meurt de faim. La conversation des Français est généralement agréable, car l'esprit et le bon sens ne manquent jamais de se manifester chez les Français qui en sont doués. Ils n'attendent pas pour se lier. Dès la première rencontre, ils usent de toute la familiarité et de l'abandon qu'une longue intimité ou de fortes libations ont peine à inspirer à l'Anglais. Leurs femmes excellent dans l'art de faire valoir tous leurs avantages, et savent donner la plus jolie mine du monde aux plus vilains usages de l'Europe."

Le petit Moniteur illustré, 7 octobre 1888.