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lundi 19 septembre 2016

Le caractère gaulois.

Le caractère gaulois.


Nous trouvons ce piquant éloge du caractère gaulois dans des lettres inédites d'Addison que révèle l'Athenœum de Londres. L'illustre écrivain britannique les adressait en l'an 1700, de Paris, à son ami l'évêque Hough. La première est écrite après six mois de séjour en France:
" Le seul avantage que j'aie recueilli de ce séjour, outre l'acquisition de la langue française, est que je me suis initié au caractère et aux mœurs du peuple, que l'on apprend mieux à connaître, selon moi, dans des villes telles que Blois, qu'à la cour ou dans les grandes villes où la dissimulation et l'artifice sont de mode.
Et franchement, d'après ce que j'ai vu des Français, je les tiens pour la plus heureuse nation du monde. Il n'est pas au pouvoir de la misère ou de l'esclavage de les rendre chagrins. On ne rencontre sur tous les points du pays que gaieté et pauvreté. Chacun chante, rit et meurt de faim. La conversation des Français est généralement agréable, car l'esprit et le bon sens ne manquent jamais de se manifester chez les Français qui en sont doués. Ils n'attendent pas pour se lier. Dès la première rencontre, ils usent de toute la familiarité et de l'abandon qu'une longue intimité ou de fortes libations ont peine à inspirer à l'Anglais. Leurs femmes excellent dans l'art de faire valoir tous leurs avantages, et savent donner la plus jolie mine du monde aux plus vilains usages de l'Europe."

Le petit Moniteur illustré, 7 octobre 1888.

samedi 16 novembre 2013

Ce que disent les ongles des rois.

Ce que disent les ongles des rois.

Il y a deux siècles, les Casanova, les Cagliostro étaient fort bien accueillis par les souverains qui les comblaient parfois d'honneur et d'argent. Actuellement, les grands de ce monde ne dédaignent pas de livrer leur main aux regards investigateurs et indiscrets des chiromanciens, quoique ceux-ci, comme on le verra plus loin, ne soient pas toujours très flatteurs dans leurs conclusions.
Un "liseur de main" des plus notoires a, tout récemment, tiré les déductions suivantes de l'examen de l'ongle du pouce chez quelques "porte-sceptre" européens.
D'après ce sorcier très "modern style", un ongle du pouce dépassant la moyenne, est l'indice chez  l'homme, d'une intelligence supérieure et de qualités morales tout à fait hors pair; chez la femme, de tendances artistiques très accentuées et d'un vif penchant au plaisir, ou plutôt... aux plaisirs! quels qu'ils soient.
Or, si l'empereur d'Allemagne a la main plutôt fine, son pouce est trop court et l'ongle, court, plat et incolore, décèle surement quelque ... "fébrilité cérébrale", pour ne pas dire plus!
L'empereur d'Autriche a la main forte et quelque peu vulgaire; mais les ongles sont superbes, d'une blancheur nacrée, et de plus extraordinairement bombés et incarnés, signe de haute lignée et de tendances aristocratiques.
Le jeune roi d'Italie a l'ongle du pouce en spatule, ce qui indique "méfiance et férocité".
Quant à feu la reine Victoria, elle différait de tous les autres souverains par ce fait que ses deux pouces étaient totalement dissemblables; ce qui signifie, parait-il: "Astuce et longévité."
Enfin, la petite reine Wilhelmine de Hollande a une main forte et ordinaire; les ongles sont courts, à peine bombés et de forme commune.
Certains ongles présentent parfois de petits points blancs, tranchant sur le fond rosâtre; une tradition perpétuée chez les enfants fait de chacune de ces petites taches un stigmate révélateur d'un mensonge ou d'un "gros" péché! On serait curieux de connaître le souverain le plus menteur de tous!!!

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 5 avril 1903.

mercredi 16 octobre 2013

L'humeur des musiciens.

L'humeur des musiciens.

Les esprits superficiels et légers peuvent supposer que l'instrument musical est sans influence sur le caractère et l'humour de celui qui en joue. C'est une erreur. Entre l'homme et l'instrument, il existe, paraît-il, des rapports singuliers, qui viennent d'être révélés par un observateur patient, de son métier maître de chapelle en Allemagne.
C'est ainsi que les gens qui cultivent le basson et le hautbois sont généralement irritables et hautains.
Au contraire, la clarinette, dont on se sert volontiers dans les scènes champêtres, développe chez ses adeptes un sentimentalisme, un peu "bêlant" tandis que la flûte, alerte et vive, inspire le goût de la satire.
Volontiers le joueur d'alto se confine dans des fonctions bureaucratiques, laissant les hautes spéculations intellectuelles au grave violoncelliste, enclin aux méditations philosophiques.
N'en attendez pas autant des violonistes. L'usage de leur instrument fait naître en eux une excessive nervosité qui, par malheur, se communique souvent à leurs auditeurs, quand ils arrachent aux cordes en guise de sons harmonieux, de véritables grincements.
Le cor est mystique, et il faut se méfier de la trompette et du piston, qui incitent à l'orgueil et sont capables de déterminer, chez les sujets faibles, la folie des grandeurs.
Les tambours, les diverses caisses conduisent à la mystification, et il est rare qu'un cymbalier ne soit pas en même temps un agréable et subtil farceur.
Telles sont les affirmations de l'observateur allemand, qui vient de publier tout un livre sur ce sujet bizarre. On ne saurait douter de sa bonne foi, mais il y a tant de grosses caisses moroses, de cymbaliers qui ne rient jamais, de clarinettistes peu poétiques et de joueurs de basson amènes et courtois, qu'on est en droit de penser que le digne maître de chapelle s'est fourvoyé.
Le mal n'est pas grand, et l'on doit, malgré tout, à cet honnête homme, un amusant sujet de conversation.

                                                                                                      B. V.

Le Journal de la Jeunesse, premier semestre 1913.