Translate

Affichage des articles dont le libellé est affection. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est affection. Afficher tous les articles

jeudi 11 février 2016

Le carnet de madame Elise.

Le jardinier mystique.

Quand un propriétaire met dans son jardin un petit plant de rosier, il ne se dit pas: "Maintenant me voilà assuré d'avoir sans cesse de belles roses; je n'ai plus qu'à étendre, chaque matin, la main pour cueillir ma fleur préférée, pour la respirer tout à l'aise; je l'ai planté, le travail est fini pour moi, je n'ai plus qu'à jouir en paix de la floraison assurée et régulière."
Le plus inexpérimenté des citadins ne tiendrait pas ce langage; il sait trop bien que la petite bouture ne poussera que si on l'entoure de soins; il faudra la préserver du vent, de la tempête... l'arroser en cas de sécheresse, l'abriter contre l'ardent soleil; ce n'est qu'avec une attention constante, une sollicitude éclairée, qu'il assurera son développement.
Eh bien, quand il s'agit d'une plante autrement délicate, autrement précieuse, portant les fleurs les plus charmantes qui se puisse trouver, des fleurs dont la vue soutient notre courage et ranime notre cœur meurtri, nous sommes incapables de faire le même raisonnement.
Cette plante "mystique", dont l'éloge ne saurait être fait d'une plume trop pompeuse, c'est l'affection; et nous sommes assez maladroits, assez aveugles, assez étourdis, pour ne pas comprendre que sa conservation et sa vigueur réclament beaucoup de soins!
Il faut cultiver (le terme est devenu banal, mais combien il est profond si nous y prenons garde) l'affection; qu'il s'agisse d'amour ou d'amitié, il faut un aliment, il faut des efforts, du travail, une ingéniosité attentive pour l'entretenir.
Le plus grand tort des affections solides, c'est de devenir ternes et inexpressives; c'est trop peu vraiment d'attendre les événements graves, les circonstances tragiques pour révéler à nouveau l'existence d'un sentiment profond, il est indispensable de se rappeler souvent à la mémoire, au cœur de celui qu'on aime par une manifestation aimable, une attention, une prévenance qui affirment la continuité de sa tendresse.
D'ailleurs cette activité volontaire doit viser deux buts: le premier (premier parce que son effet est plus apparent, mais second peut-être par son importance), c'est de donner à une âme la sensation constante d'être chérie, de susciter sans cesse en elle l'écho de la tendresse et de maintenir  son activité morale à l'unisson.
L'autre but est plus intime, c'est celui de garder en nous-mêmes la flamme qui s'éteint volontiers; une auto-influence est indispensable pour maintenir dans les austères régions de la fidélité votre cœur versatile et si facilement lassé.
Convenons-en donc bien simplement, nous sommes tous des humains pleins d'inconstance; dès que nous avons une affection sûre et profonde, nous la considérons comme une ferme retirée de province qu'on ne voudrait perdre pour rien au monde, mais qu'on ne tient pas à habiter continuellement; dès que l'impression de joie, de vie, de félicité produite par le début d'une amitié s'émousse, nous nous disons: "J'aime moins, ou l'objet que j'aime n'a vraiment pas toutes les qualités que je lui attribuais d'abord ou nous n'avons pas les mêmes idées, etc.
" Excuses, prétextes, que tout cela, prétextes de paresseux et d'ignorants, excuses d'égoïste; mais la plus noble, la plus sainte amitié réclame des soins assidus, comme notre rosier qui ne fleurira que sous la main du jardinier attentif; considérons-nous comme bienheureux d'avoir une plante à soigner!

                                                                                                                             Mme Elise.

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 13 janvier 1907.

dimanche 25 août 2013

Causerie du docteur.

Causerie du docteur.

L'hiver et les rhumes.





Voici venir l'hiver" tueur de pauvres gens"; voici le temps du froid, de l'humidité, de la neige, le temps où

                                         "...l'on s'enrhum' du cerveau
                                          Où l'on fait l'chat qui rebiffe
                                          Où l'blair coul' comme un nez d'veau"


comme dit le vagabond du poète Richepin, chantre des Gueux.
Pour peu poétique qu'elle soit, cette comparaison exprime bien l'un des principaux ennuis du rhume de cerveau, maladie démocratique, égalitaire par excellence, qui ne respecte aucun nez, si haut soit-il placé.

Le nez d'un milliardaire.

On a pu même apprécier récemment les conséquences sociales qui ... découlent de la "goutte du nez" d'un milliardaire, alors qu'il s'appelle Pierpont Morgan, car ses éternuements inattendus ont fait baisser la Bourse, tout autant que la chute d'un ministère ou que la perte d'une grande bataille!
Je vous vois déjà sourire, ô sceptiques lecteurs, et hausser les épaules en murmurant:
- Comment ! on va encore nous parler du rhume ! On sait depuis longtemps que tout ce que les médecins ont pu faire contre lui a été de le dénommer "coryza", et, assurément, les profanes "sont calés" là-dessus tout autant que la Faculté.
Eh bien, c'est ce qui vous trompe, chers lecteurs; le public, en général, ignore tout à propos de cette ennuyeuse affection; il ne sait surtout pas quels inconvénients graves peuvent succéder à un simple rhume, et surtout à quelles maladies mortelles celui-ci peut ouvrir la porte. C'est que le nez joue un rôle très important et pas assez connu.

L'importance du nez.

Par les cavités nasales doit passer l'air inspiré, seize à vingt fois par minute; et tous les microbes qui flottent autour de nous, dans l'air ambiant, sont, normalement, arrêtés par les bourrelets de la muqueuse nasale comme par les replis d'un filtre; là, ils meurent ou perdent leur propriétés nocives, ce qui revient au même.
Que cette muqueuse soit malade, irrités, ses sécrétions anormales ne pourront plus neutraliser ou paralyser les germes déposés, qui auront alors toute facilité pour pulluler et se propager dans le voisinage, c'est à dire vers de multiples directions:

Vers l'oreille. Les cavités nasales communiquent par la trompe d'Eustache avec l'oreille moyenne, c'est à dire avec cette portion de l'appareil auditif situé en arrière du tympan ( la caisse du tympan ) qui communique elle-même avec des cellules creusées dans l'épaisseur des os du crâne, d'où la possibilité d'abcès de l'oreille, de perforation du tympan, d'abcès du cerveau, de méningite etc, etc. On peut ainsi mourir d'un rhume de cerveau; il peut, en tout cas, devenir le point de départ d'une quasi-surdité très ennuyeuse ( cas des plus fréquents ).

Vers l'œil. Quand on pleure, on a envie de se moucher. Pourquoi ? c'est que le canal de la glande lacrymale vient s'ouvrir dans le nez. Les microbes peuvent donc remonter ce conduit et causer son infection, d'où abcès du coin de l'œil, irritation de l'œil lui-même; etc, etc.

Vers le front, vers la joue. Les os de la face sont creusés, au niveau des pommettes, du front, de larges cavités tapissées d'une membrane muqueuse en continuité avec celle du nez; donc, les abcès peuvent se collecter dans ces sinus, comme on dit, abcès souvent méconnus qui deviennent le point de départ d'un écoulement chronique par les narines et de douleurs névralgiques intolérables (sinusites maxillaires, sinusites frontales ). Une opération assez délicate peut seule venir à bout de ces affections repoussantes.

Vers les bronches, vers le poumon. Nous aspirons continuellement des bacilles de la tuberculose. La poussière est leur principal véhicule. Certaines professions surtout exposent à l'inoculation par l'air inspiré. Les étudiants en médecine, les infirmières, surveillantes des hôpitaux, qui passent une grande partie de leur vie dans des milieux particulièrement infectés, sont, plus que d'autres, capables de devenir phtisiques au cours d'un rhume de cerveau, puisque les bacilles ne sont plus arrêtés et détruits par le filtre nasal. Si bien que certains chefs de service interdisent la fréquentation de leurs salles d'hôpital aux élèves ou infirmiers souffrant d'un rhume.

Enfin, la muqueuse du nez elle-même peut s'infecter profondément, se farcir de microbes qui causent son épaississement, son hypertrophie, d'où écoulement purulent continuel par les narines et impossibilité de respirer avec elle.

Voilà donc les complications sérieuses qui peuvent accompagner le rhume de cerveau ou lui succéder.
Il ne faut donc pas négliger ou mépriser cette maladie parce qu'elle est banale et commune.

                                                                                                                           Dr André.

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 4 janvier 1903.