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mercredi 13 juillet 2016

Duel Léon Daudet- Gérault Richard.

Duel Léon Daudet-Gérault Richard.


M. Léon Daudet, le fils aîné du célèbre romancier, ayant jugé offensant un article de M. Gérault Richard, une rencontre à l'épée fut décidée.
Elle eu lieu le lundi 29 juillet, au vélodrome du Parc des Princes, moderne Pré aux Clercs, appelé à voir désormais tous "les rendez-vous de noble compagnie". Et elle a été ce que sont, aujourd'hui, toutes ces rencontres dites sensationnelles, où sont conviés, par invitation, les sportmen, les reporters et les photographes. 





Elle n'eût en rien différé du duel Damotte-San Malato, ou du duel Max Régis-Laberdesque et de quelques autres, n'eût été la présence, en costume professionnel, bras et jambes au vent, de quelques coureurs cyclistes, venus pour s'entraîner sur la piste.





Et tandis que le médecin pansait M. Léon Daudet, légèrement piqué, l'un de ces messieurs, victime d'une récente chute et couvert de taffetas d'Angleterre sur toutes les coutures, a même paru trouver, pour le dire en passant, que l'escrime était un sport infiniment moins dangereux que celui qu'il cultive lui-même.
- "Vrai! disait-il à ses camarades, l’œil collé à une fente de la cabine où M. Daudet recevait des soins, quand nous nous ramassons une pelle, nous nous faisons d'autres dégâts!"

L'Illustration, 3 août 1901.

lundi 1 février 2016

Ceux dont on parle.

M. Léon Daudet.


M. Alphonse Daudet a laissé de délicieux romans et un fils qu'il appela Léon. Les romans avaient une si grande réputation que M. Léon, tout jeune, en fut jaloux.
- Pourquoi ne parle-t-on pas de moi dans les journaux? soupirait-il! Ah! si j'étais un roman au lieu d'être un homme!
Comme il n'y avait pas de fée pour réaliser le vœu de M. Léon Daudet, il décida de se servir de lui-même.
Sans quitter l'humanité, il enfanta non pas un roman mais plusieurs et l'on prétend que, depuis ce temps-là, la terre tourne plus lentement.
C'est qu'ils sont pesants, les ouvrages de M. Léon Daudet; d'une pesanteur proboscidienne, si j'ose dire. Autant ceux de son père étaient délicats, souriants et pomponnés, autant les siens sont rébarbatifs et maussades. Il atteignit pourtant son but, qui était la célébrité, mais peut être son mariage avec la petite fille de Victor Hugo contribua-t-il à ses succès.




Le plus remarqué de ses premiers ouvrages fut les Morticoles paru en 1894. Encore ne suis-je pas sûr que le bruit fait par ce livre ait dépassé le cercle des hommes de lettres et des médecins.
Les Morticoles sont une satire contre les médecins, satire violente, sans esprit et sans élégance, l'oeuvre d'un étudiant en médecine qui avait peu de disposition pour les lettres.
Alphonse Daudet, d'abord surpris et inquiet de la faiblesse des premiers essais de son fils, se rassura en lisant les Morticoles.
- Décidément, pensa-t-il, Léon revient tout à fait à la médecine. Ce galimatias me le prouve. Mais il y revient trop vite. Pourquoi mépriser à ce point l'art que cultive son père?
Hélas! pauvre père! Jamais M. Léon Daudet n'avait été si résolu à abandonner la médecine, jamais il ne s'était cru plus grand écrivain. Pauvre père! Pauvre France!
M. Léon Daudet n'a pas fait seulement des livres. Il a fait des articles de journaux dans lesquels il défend, au dire de ses amis, la politique traditionnelle de la France. Quelques-uns de ces articles ont été réunis en volumes intitulés La France en alarmes et Le pays des parlementeurs. Parlementeurs! admirez cet ingénieux calembour.
Au bout de quatre ans de ménage Léon Daudet et Jeanne Hugo divorcèrent, mais chose curieuse, ce divorcé a écrit depuis ce temps une satire contre le divorce.
Que conclure, sinon que M. Léon Daudet, en critiquant la loi sur le divorce, se réjouissait in petto d'avoir vécu sous le régime de cette loi funeste et par là, on peut juger de la souplesse de son esprit.

                                                                                                      Jean-Louis.

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 20 janvier 1907.