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jeudi 15 octobre 2026

Voyeurisme II.







 
Peinture sur cuivre réalisée entre 1603 et 1606 de Giuseppe Cesari dit le Cavalier d'Arpin et intitulée "Diane et Actéon".

Le mythe d'Actéon est un épisode tragique des "Métamorphoses" d'Ovide (Livre III).
Fils d'Aristée et d'Autonoé, Actéon est un jeune prince thébain. C'est un redoutable chasseur formé par le centaure Chiron. Un jour, il part chasser sur le mont Cithéron accompagné d'une meute de plus de 50 chiens. Malheureusement, sous l'emprise de la traque qu'il mène, il s'égare. Il cherche en vain son chemin de retour et pénètre par mégarde dans une grotte sacrée. Et quelle ne fut pas sa surprise de surprendre Diane elle-même se baignant nue en compagnie de ses nymphes.
Les nymphes, surprises dans le plus simple appareil, poussent des cris d'orfraie et s'empressent de masquer le corps de leur chaste maîtresse. Diane entre dans une grande colère pour avoir été vue nue par un simple mortel. Ce crime ne pouvait rester impuni mais ne disposant pas de ses armes sous la main avec lesquelles elle aurait tué Actéon sans hésitation, elle prend de l'eau dans sa main et la jette au visage du jeune homme en lui disant: "Va maintenant, s'il te l'est possible, raconter que tu m'as vue sans voile!"
Le châtiment ne tarde pas à venir. Soudain, des bois de cerfs poussent sur le front d'Actéon. On peut voir sur le tableau un belle paire de cornes en train d'orner son front. Son cou s'allonge, ses oreilles s'étirent en devenant plus fines. Ses pieds, ses mains se transforment en sabots. Sa peau se couvre d'un pelage fauve et la peur, une peur animale, s'empare de son coeur.
Le voilà complétement transformé en cerf, mais il conserve sa conscience humaine. Incapable de parler, Actéon s'enfuit. C'est alors que ses chiens reniflent son odeur d'animal et se mettent à le traquer. Ils le rattrapent et le déchiquettent et Actéon meurt sans avoir pu prononcer une parole humaine.

Le principal symbole exprimé par ce récit porte sur l'interdit du regard. Voir Diane nue est une atteinte aux secrets de la nature et aux mystères du divin qui doivent rester ignorés des humains. Les mortels ne peuvent supporter la vision directe de la vérité absolue et du sacré.

Le plus étonnant est d'apprendre que le message porté par cette scène reste toujours d'actualité. Fin 2023, une professeur de français, dans un collège des Yvelines, à Issou, projette à ses élèves ce tableau pour illustrer les "Métamorphoses" d'Ovide au programme de sixième. Tollé dans la classe, plusieurs élèves refusent de regarder le tableau, en affirmant qu'ils ne pouvaient voir des images de femmes nues par conviction religieuse. Le récit de l'incident est sorti de l'école, l'enseignante fut traitée d'islamophobe suite à quoi l'équipe pédagogique fit valoir son droit de retrait, les médias se déchaînèrent à tel point que le ministre dut intervenir personnellement.

N'est-il pas plaisant de constater que les conflits liés au tabou du regard de la nudité voulu par le peintre sont toujours présents 400 plus tard? Ne pouvait-on faire un plus merveilleux cadeau au Cavalier d'Arpin?


mercredi 15 mars 2017

La Diane d’Éphèse.

La Diane d’Éphèse.

Le temple d’Éphèse était, dans l'antiquité, un des plus célèbres par son ancienneté et sa grandeur. Suivant Pline, sa longueur était de 401 pieds 5 pouces 8 lignes; sa largeur de 207 pieds 9 pouces 4 lignes; sa hauteur de 56 pieds 8 pouces.
Ce fut en l'an 356 av. J-C qu'il fut brûlé par Erostrate, ce fou qui, suivant la tradition antique, voulut s'immortaliser par cet acte d'impiété. Il fut reconstruit, quelques années après, par les Éphésiens. C'est dans ce temple que les anciens venaient adorer la divinité dont notre gravure représente la statue.




Nous ne connaissons cette statue que par la description qui en est faite par les historiens de l'antiquité, et par différentes copies et images qui ont été retrouvées. La forme appartient aux premiers temps de l'art grec, à cette époque où, n'ayant pas commencé son développement original, il imitait encore les statues égyptiennes. Les auteurs varient sur la matière dont elle est composée, et sur les ornemens dont elle était chargée: suivant les uns, elle était en or; suivant les autres, en bois. Il est probable que les premières statues de la déesse furent sculptées en bois, matière dont les artistes se servaient dans les premiers âges, et que plus tard la piété des peuples la fit exécuter en or. Elle ne présenta d'abord qu'une tête, des bras, des pieds, et un corps en forme de graine, comme presque toutes les statues des premiers temps de la civilisation grecque; puis la dévotion des peuples la couvrit d'ornemens qui étaient le symbole d'autres divinités, surtout d'Isis, Cybèle, Cérès, etc.
Le pouvoir de la déesse, dans l'opinion des peuples, augmentait avec la multiplicité de ses attributs; elle était regardée comme une des plus grandes divinités de l'Olympe. Son culte s'étendit dans l'Asie Mineure, dans la Syrie, dans la Grèce proprement dite; il était dans son plus grand éclat sous les empereurs romains. 
C'est à cette époque que, le nombre des divinités se multipliant, le sacerdoce païen conçut l'idée de ces figures panthées, qui réunirent les attributs de tous les dieux; la statue de la Diane d’Éphèse servit de modèle. Cette création de figures panthées était alors une grossière modification du polythéisme, obéissant au besoin qui tourmentait l'humanité et annonçait le christianisme.

Le Magasin pittoresque, 1833, livraison 26.