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dimanche 31 janvier 2016

Les sans-logis.

Les sans-logis.


Les journaux vous ont conté l'aventure du "fort-Cochon". L'honorable M. Cochon s'est rendu populaire en défendant de bruyante façon les pauvres locataires molestés par leurs propriétaires. Les poètes, eux-mêmes, chantent ses exploits. Ecoutez ce qu'en dit le spirituel Claudin:

Lorsque la première gazette
Imprima son nom folichon
Intrigué, on se dit: "Mazette!
Est-ce du lard ou du cochon?"
C'était à l'époque du terme,
Ce Cochon nous semblait fortuit.
Pour ménager notre épiderme, 
Il ne faisait que peu de bruit.

Mais depuis lors, quelle revanche!
Ce n'est plus quatre fois par an
Que Cochon, retroussant ses manches, 
Montre des biceps apparents.
Non, c'est tous les jours qu'il opère
(Lui-même, tel Pierre Petit)
Des déménagements prospères,
Et tous les jours qu'il fait du bruit.

Maintenant, c'est une puissance
Qui donne aux bons des soins touchants
Et qui par sa seule présence,
Fait trembler de peur les méchants. 
Et le pauvre propriétaire,
Par un tour vraiment inouï, 
Tombe comme une loque à terre,
Quand monsieur Cochon fait du bruit.

En dépit des flèches aiguës
Et des traits que nous décochons, 
La foule autour de lui se rue,
Vociférant: "Vive le Cochon!"
Heureux et fier de l'aventure
D'un air satisfait, il sourit.
Ça doit être dans sa nature,
Monsieur Cochon aime le bruit.

Si le peuple ainsi continue,
Par ses victoires transporté,
A le hisser sans cesse aux nues
Il sera bientôt député.
Mais dans la Chambre, imperturbable,
Dès que nous l'aurons introduit,
Monsieur Cochon, c'est bien probable,
Ne fera plus du tout de bruit.





Cochon député! Cochon chansonné! Rien ne va plus manquer à sa gloire.

Les Annales politiques et littéraires, revue universelle paraissant le dimanche, 3 août 1913.

mardi 8 avril 2014

Au fort Chabrol (suite)

Au fort chabrol

Le blocus du "fort Chabrol" dure encore. Après plusieurs fausses alertes, la situation des enfermés volontaires est restée la même.
Mais, depuis plusieurs jours, M. Guérin et ses compagnons demeurent invisibles, et les volets ne s'entrouvent plus.
Le drapeau noir ayant été arboré vendredi matin, le bruit avait couru que l'un des assiégés était mort dans la nuit. Comme on sait, ce bruit était dénué de fondement.
Le vendredi soir a eu lieu une manifestation qui avait été annoncée la veille avec force réclames: c'est la démarche tentée par des femmes de la Halle pour ravitailler le Fort Chabrol.
A la vérité, cette manifestation a été beaucoup plus importante par le nombre de curieux alléchés par les notes des journaux que par celui des manifestantes: parmi celles-ci, nous devons dire aussi qu'il y avait peu de dames de la Halle; le gros des "émeutières" était une petite compagnie de femmes de toutes conditions et portant qui un pain de quatre livres, qui un panier de légumes, qui des poulets.
Légumes, poulets et pains n'ont, d'ailleurs, pas plus que leurs propriétaires, franchi le barrage établi au coin de la rue de Chabrol et de la rue Lafayette.
Mais le nombre des badauds était si grand, que la police a dû, à plusieurs reprises, opérer des charges sérieuses, et que, des bagarres se sont produites au cours desquelles il y a eu un certain nombre de blessures et d'arrestations.
Et c'est ainsi qu'une manifestation assez pacifique au début, et assurément peu redoutable, a dégénéré en petite émeute.

La Vie Illustrée, 31 août 1899.

samedi 18 janvier 2014

Les incidents d'Auteuil.

Les incidents d'Auteuil.

Les courses d'Auteuil courues dimanche dernier ont été marquées par des incidents regrettables.
A peine le Président de la République avait-il pris place dans la tribune officielle que des cris hostiles furent proférées par une bande de jeunes gens disposés à s'amuser. Malheureusement, au lieu de s'en tenir à ces plaisanteries d'un goût douteux, l'un d'eux, M. le baron de Christiani, franchit les degrés qui le séparaient de la place occupée par M. Loubet et esquissa avec sa canne un geste menaçant.
Repoussé aussitôt par MM. les généraux Brugère et Bailloud, l'agresseur fut remis aux agents qui étaient accourus et conduit en lieu sur.
D'autres rixes non moins graves éclatèrent encore dans l'enceinte, au cours desquelles M. Grillères, officier de paix, fut violemment frappé.
En procédant à l'arrestation du baron de Christiani, M. Touny, chef de la police municipale, a été grièvement blessé au pouce et au bras gauche.
Pendant toute la durée de cette scandaleuse manifestation, M. le président de la République ne s'est pas départi du plus grand calme.
Quelles que soient les opinions politiques que l'on professe, on ne peut s'empêcher de déplorer de tels actes de violence. Le soleil... et la politique expliquent bien des choses... cependant ils n'excusent pas des gens vigoureux de vouloir assommer un homme qui occupe dignement la première magistrature du pays.
Un de nos dessinateurs, M. Carrier, qui a été témoin de ces incidents tumultueux, les a reproduits pour les lecteurs de la Vie Illustrée.




La Vie Illustrée, 8 juin 1899.