Ces articles sont destinés à donner une senteur,un parfum,une ambiance d'une époque, les fautes de frappe étant ma seule contribution. Ils sont souvent longs,la télévision n'existait pas, ni le langage SMS, ni twitter et les gens avaient le temps de lire en famille. Ils peuvent prêter à sourire, mais restons modeste. Combien d'articles contemporains, de discours politiques, de rapports d'experts que nous prenons très au sérieux aujourd'hui susciteront l'hilarité générale dans un siècle ?
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vendredi 8 mai 2015
mercredi 25 mars 2015
Un acteur qui eut de l'esprit.
Un acteur qui eut de l'esprit.
Parmi les acteurs qui eurent de l'esprit, -le cas, paraît-il, n'est pas des plus communs-, il faut citer Thiron, le joyeux sociétaire de la Comédie-Française, mort en 1891.
Un jour qu'il entrait chez le concierge du théâtre avec un de ses amis, il manqua de renverser un fusil qui se trouvait là.
- Prends donc garde! lui dit l'ami.
- Merci, mon cher. Sarah m'en aurait voulu toute sa vie!
- Sarah? que veux-tu dire.
- Ne vois-tu pas que j'ai failli casser son "tub"!
La maigreur de Sarah Bernhardt était passée en proverbe.
Un de ses camarades de théâtre avait une luxuriante chevelure aux mèches parfois rebelles. "La fille mal cardée"l'appelait Thiron.
Thiron sut rester jovial jusque dans la maladie qui l'emporta après de cruelles souffrances.
Un jour, un de ses intimes, venu pour prendre de ses nouvelles, pénètre dans sa chambre sans frapper et le surprend qui sautait en chemise à bas de son lit.
Bien vite Thiron fait mine de chercher quelque chose par terre.
- Que cherches-tu là?
- Mes sangsues.
- Comment, tes sangsues?
- Oui! mes sangsues. Figure-toi que le docteur a été assez imprudent pour dire tout haut, devant elles, là où on allait me les mettre, et les coquines s'en sont allées!
Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 1er janvier 1905.
dimanche 16 mars 2014
Le carnet de Madame Elise.
Pour faire rire.
Un petite prétention qu'on excuse aisément parce qu'elle prend des allures d'un talent de société, c'est la prétention de faire rire. Ceux qui parviennent à égayer leur entourage peuvent en effet être traités comme des bienfaiteurs; ils répandent autour d'eux, l'entrain, le courage et même la santé.
Dans chaque cercle, il existe ordinairement deux ou trois personnes qui monopolisent cette fonction; elles ont amusé souvent, on les choie, on les entoure, on attend toujours d'elles quelques plaisanteries; fières de leur réputation aimable, elles ne négligent rien pour la soutenir.
Malheureusement ce rôle difficile réclame des qualités qui ne sont pas toujours réunies: l'esprit, le tact et la bonté; l'esprit seul peut provoquer le rire, mais s'il brille par la malveillance, la moquerie, les insinuations perfides, il ne communique pas la franche gaieté.
De tout temps la société a connu ces professionnels du rire, depuis le bouffon dont la hardiesse caustique déridait le roi, les diseurs de bons mots du XVIIe siècle qui faisaient sourire les raffinés et les précieuses, jusqu'aux plaisants du siècle dernier qui égayaient les masses par leurs propos grivois.
La méchanceté était pour tous un précieux auxiliaire; il est beaucoup plus facile d'amuser par une critique que par une plaisanterie à la fois fine et inoffensive; ceux qui faisaient profession d'esprit ont même tant abusé du procédé qu'ils ont perdus la sympathie du public; ce sont des "moqueurs dangereux" disait-on, et on les fuyait.
De nos jours, ils emploient une autre méthode pour se concilier les auditeurs complaisants; ils ne s'attaquent plus aux personnes, mais aux idées; en cela, ils flattent nos tendances actuelles. Le nouveau genre, c'est de tourner en ridicule, de blaguer les convictions fermes, les aspirations élevées, les sentiments généreux, le respect des traditions. Celui qui fait rire prend une pose nonchalante, il est j'm'enfichiste et lance des paradoxes.
Le désir d'être vertueux, la résolution de s'amender; balançoires, préjugés hors d'usage! la contrainte imposée par le savoir-vivre; politesse de province, galanterie surannée! Les honnêtes ouvriers, qui courent porter leur épargne à une offre de placement sont des gogos; les employés qui ne doublent pas leurs appointements par des commissions prélevées sur des affaires douteuse sont des naïfs; ceux qui s'appliquent avec conscience à remplir leur fonction croient que c'est arrivé; les philanthropes ne sont que des malins qui exploitent le reconnaissance du peuple; les médecins, des charlatans qui partagent les bénéfices avec les pharmaciens.
Si leur blague n'entourait pas leurs plaisanteries d'une verve caustique et séduisante qui fait rire, ils n'auraient pas, certes, tant de succès.
On les écoutent parce qu'ils amusent, parce qu'ils intéressent; ils acquièrent un certain crédit par l'exactitude des faits qu'ils citent, leur défaut de véracité réside dans leur partialité de ne citer qu'un seul genre de faits et surtout dans leur mauvaise foi à en tirer, de parti pris, des conclusions toujours décourageantes
Quelques âmes vraiment fortes résistent à ces théories déprimantes, elles démasquent les subtilités du raisonnement, malheureusement elles sont rares et ... muettes.
De peur d'être traité de poncif, de raseur, de vieux jeu, on se tait, on sourit même, alors qu'on devrait combattre et vaincre.
Ces sortes d'esprits paradoxaux répandent facilement une impression générale de lassitude, d'à quoi bon désastreuse pour tous et démoralisante pour les auditeurs enfantins, qui n'ont point encore le contrepoids de l'expérience.
Mme Elise.
Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 28 juin 1903.
samedi 22 février 2014
jeudi 23 janvier 2014
lundi 20 janvier 2014
jeudi 22 août 2013
La Nouvelle-Asnières.
Un jour du dernier juillet, je reçus ce télégramme de mon frère, absent depuis quelques semaines: Toute urgence attendons Nouvelle-Orléans. Je quittai donc ma femme, je pris le train pour le Havre, et de là, je m'embarquai pour New-York, où j'arrivais le 6 août.
A New-York, je trouvai un télégramme de ma femme, m'expliquant qu'il y avait eu erreur dans la dépêche de mon frère, et que le véritable texte était: Toute urgence, attendons nouvelles Orléans.
Assez ennuyé, je me disposai à reprendre la route du Havre, mais le premier bateau ne partait que dans cinq jours. Comment passer le temps d'ici là ?
N'étant jamais venu en Amérique, je craignais, en parcourant ce pays, de diminuer l'excellente impression que m'en avait laissée mes lectures. Cependant, un voisin de tramway m'ayant vanté les merveilles de la Nouvelle-Asnières, une ville fondée en 1898 dans le Kentucky par des émigrés français, je résolus d'y faire un court séjour. Justement mon ami de tramway s'y rendait.
Il me prévint: "Munissez-vous de quatre ou cinq chapeaux de feutre, de soixante verres à liqueur, de douze paires de bretelles. A propos, vous pourrez emporter aussi un cent de crayons. C'est largement suffisant pour passer deux jours à la Nouvelle-Asnières."
Il m'apprit en chemin que la Nouvelle-Asnières est une ville de trois cent mille âmes. On comptera parmi ses célébrités Z..., grand historien, T..., excellent poète, N..., fameux général. (Ils sont actuellement âgés de trois ans environ et n'ont pu encore faire leur preuve.)
Le point saillant des institutions de la Nouvelle-Asnières, c'est que la monnaie n'y est point en usage, et que les transactions s'y font par voie d'échange. Exemple: les fonctionnaires reçoivent des pots-de-vin, qui sont de véritables pots remplis de véritable vin.
On remarque dans la ville de très beaux monuments, notamment la maison de justice, qui a coûté à construire cinquante mille savons fins (le porche seul, richement sculpté, revient à cinq cents ulsters gris.)
Dès mon arrivée, je m'aperçus que le conseil de mon ami n'était pas inutile, et que les provisions qu'il m'avait fait emporter m'étaient absolument nécessaires. Au cocher qui nous conduisit à l'hôtel, nous offrîmes pour sa course un joli encrier de voyage. "Allons, bourgeois, nous dit-il, vous ajouterez bien quelques œufs frais."
J'ai été enchanté de mon séjour à la Nouvelle-Asnières. On y vit très convenablement à raison d'un chapeau haut de forme par jour, et moyennant un moule à cigarettes, une paire de pantoufles ou en seau à charbon, selon la place, on assiste au théâtre à des représentations fort intéressantes.
Tristan Bernard.
Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 4 janvier 1903.
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