Translate

Affichage des articles dont le libellé est alimentation. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est alimentation. Afficher tous les articles

mardi 20 août 2019

Les aliments et le caractère.

Les aliments et le caractère.

Depuis que la libre pensée a rejeté, pour "se connaître soi-même" la méthode courte et pratique de "l'examen de conscience", les moyens d'arriver à l'analyse de son "moi" et de celui des autres se sont tellement multipliés qu'il faudra bientôt un dictionnaire pour s'y orienter.
La théorie des "buveurs d'eau" et des "amateurs de purée septembrale"* qu'on agite en ce moment beaucoup, pour savoir si c'est à la fontaine ou à la vigne que notre peuple français doit sa dégénérescence, a remis à l'ordre du jour toutes les dissertations résumées par ce mot de Brillat-Savarin: "Dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es."
La plus curieuse de ces théories, traitant de l'influence alimentaire sur l'être moral de la société, a été jadis exposée par Balzac.
A ce moment déjà, on se préoccupait de faire le choix dans les différents produits alimentaires, car la vie nerveuse étant déjà à la mode, les estomacs d'autruche se faisaient de plus en plus rares.
Il y avait entre autres, une question alimentaire qui tournait au snobisme dans les cercles mondains: celle de l'option pour le premier déjeuner, entre le chocolat, le café et le thé. Quel était le meilleur produit pour "garder les brillantes qualités françaises?"
Le premier avait ses lettres de noblesse: Louis XIV en mangea le premier bâton débarqué en France, et la Reine, son épouse, avait, paraît-il, "toutes les dents gâtées à force de mâcher perpétuellement du chocolat".
Mais le café était plus noble, puisqu'il avait des détracteurs. Dans une de ces lettres que Mme de Sévigné envoyait à la galerie par l'intermédiaire de sa fille, la spirituelle marquise avait déclaré que: "Racine passerait comme le café".
Restait le thé. Mais, alors, il était peu sympathique, nous venant des Anglais, contre lesquels nous avions soutenu la révolte des Etats-Unis; on en veut parfois beaucoup  aux gens du mal qu'on leur a fait.
Alors que prendre le matin? Le chocolat dans une tasse créole?, Le café dans une coquille de Sèvres? Le thé dans un "mug" anglais? Quelle est la boisson la plus hygiénique?
Il y eut, précisément, à ce moment-là, trois hommes qui furent condamnés à être pendus; cela se passait à Londres. Après les avoir informé du sort qui les attendait, on leur tint à peu près ce langage:
"Au lieu de mourir stupidement au bout d'une corde, sans profit pour personne, vous pouvez faire avancer la science en essayant un autre genre de trépas, qui n'est nullement certain, du reste, tandis que la corde ne vous manquera pas.
Il s'agit, pour l'un, de vivre exclusivement de chocolat; pour l'autre, de ne s'alimenter que de café, et pour le troisième, de se contenter seulement de thé. Cela jusqu'à ce que mort s'en suive ou ne s'ensuive pas: c'est précisément l'expérience que nous voulons tenter.
Les candidats à la pendaison acceptèrent. Celui qui fut exclusivement nourri de chocolat mourut au bout de huit mois, atteint de gangrène généralisée. Le buveur de café tint deux ans et mourut de fièvre hectique, si calciné, dit Balzac, que les savants qui surveillaient l'expérience proposèrent, ce vieil âge est sans pitié, de prouver, par incinération, qu'il s'était à peu près totalement converti en chaux. Cette motion fut d'ailleurs repoussée par respect pour la guenille humaine.
Quant au troisième, il alla trois ans en ne vivant que de thé, mais la consomption avait réduit son corps "à la transparence d'une lanterne."
Et Balzac, qui conte la chose, ajoute ceci:"Les destinées d'un peuple dépendent de sa nourriture."
Voilà un axiome bien matérialiste et, si l'écrivain l'entend à la lettre, il est bien facile de le démentir.
Il n'est pas absolument exact, en effet, de dire que les aliments jouent, dans l'économie organique où nous les introduisons, le rôle de combustible que nous versons dans la lampe. L'huile, le pétrole, l'essence, l'alcool, le gaz, l'électricité donnent des lumières différant entre elles par la couleur et l'intensité, c'est vrai, mais une lampe est un appareil inerte et le combustible est son seul élément vital. J'oserai prétendre que nous avons d'autres éléments vitaux que ceux qui peuvent nous venir des légumes et des viandes que nous absorbons. Sans cela, la palingénésie serait assez commode à réaliser. Le jour où on aurait prouvé que le céleri-rave ou le bœuf au raifort engendrent l'esprit routinier, par exemple, on élèverait une race de fonctionnaires modèles avec ces seuls aliments. Si, d'autre part, il était démontré que le veau donne des algébristes, on réserverait tous les veaux pour les polytechniciens et ainsi de suite.
Malheureusement, il est prouvé au contraire qu'un gredin mange du mouton sans devenir un honnête homme, et qu'un honnête homme fait de même sans devenir gredin. L'expérience journalière nous apprend aussi que le boulanger vend, à ses clients intelligents le même pain qu'à ses clients imbéciles. On peut encore se rendre compte de la différence des caractères et des aptitudes dans une même famille dont tous les membres reçoivent cependant une alimentation pareille.
Il semble donc qu'on puisse convenir que notre personnalité, et, par conséquent, nos destinées, ne dépendent pas de notre nourriture. Mais où l'on aurait, peut être, plus de chances de trouver la vérité, c'est dans les observations, qui ne sont pas toujours fantaisistes, des physiologistes qui prétendent que les goûts alimentaires révèlent certaines dispositions morales. 
Ce ne serait pas à cause du café qu'il boit à profusion, que le Français se montre vif et spirituel, mais c'est parce qu'il fait une grande dépense d'activité cérébrale qu'il a recours, d'instinct, à cet excitant cérébral. Les Turcs, qui n'ont pas l'esprit papillonnant qu'on leur attribue, boivent plus de café que nous. Ils lui demandent de combattre la torpeur de leur climat et de leur sang.
Ce n'est point l'usage du thé qui a rendu la race anglo-saxonne conquérante et ambulatoire, ainsi que le dit Balzac. Mais cette éternelle voyageuse ayant reconnu, dans le thé, un fondant des graisses qui gêneraient sa vocation musculaire, lui a donné sa préférence.
Ce n'est pas le chocolat qui fait les Espagnols paresseux et lents. Mais leur instinct d'inertie, de flânerie fière et triste leur fait accepter, sans difficulté, cet aliment dont le parfum flatte leur goût d'élégance d'abord, puis dont les éléments demandent, pour se digérer, un temps que leur mode d'existence peu active peut leur accorder.
On pourrait donc, bien que le terrain prête à des excursions très-fantaisistes, essayer de tirer quelques enseignements sur les caractères, en consultant les goûts alimentaires. "Dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es", a donc pu écrire Brillat-Savarin, mais avancer que "les destinées d'un peuple dépendent de son assiette"!... A moins que ce ne soit l'assiette au beurre?
Par exemple, l'alimentation a certainement une action indiscutable sur la santé et sur les formes physiques. On l'admet sans peine quand on a constaté que même la topographie du sol influe sur la conformation des êtres qui y vivent habituellement.
Ainsi on a l'habitude de dire que "les pieds cambrés sont signe de race."
Or, vous trouvez fort rarement cette cambrure caractéristique dans les noblesses lorraine et normande, lesquelles sont pourtant fort anciennes. Pourquoi? Parce que ces races vivent en pays de plaines, et que le pied fait pour marcher en plaine souffrirait de la conformation cambrée. La nature, qui n'a pas prévu les chemins de fer et les bicyclettes, a donc voulu le pied plat et long pour les habitants des sols plats.
En Auvergne, dans le pays basque, en Corse au contraire, vous trouvez des pieds plébéiens forts petits et très cambrés, parce que l'habitant des régions montagneuses a besoin de cette conformation pour grimper.
Si les causes extérieures modifient à ce point notre présentation physique, il est assez raisonnable d'admettre que la cause plus intime de l'alimentation l'influence plus encore.
Les buveurs de vin ont le teint fleuri; les buveurs d'eau, le teint pâle; les buveurs de lait ont la peau très blanche; les buveurs de bière ont la peau boursouflée ou couperosée, ils vieillissent vite d'apparence. Les mangeurs de viandes saignantes deviennent chauves de bonne heure. Les maladies nerveuses les atteignent facilement, surtout s'ils boivent beaucoup de vin et de liqueurs.
Le café aseptise l'organisme, mais il ne faut pas en abuser car, après avoir brûlé nos microbes, il s'attaquerait à nous-mêmes.
Le chocolat est un aliment "stagnant". Il engendre beaucoup de détritus, de fermentations dans les voies digestives. Il faut en être économe et ne pas en donner aux enfants.
Les végétariens exclusifs ne sont pas plus dans le vrai que les carnivores acharnés. L'homme n'est ni herbivore ni carnivore, il est omnivore, c'est à dire fait pour manger un peu de tout. Mais on peut ajouter qu'il est très frugivore, c'est à dire qu'il peut trouver son "aliment complet" dans les fruits. Seulement, par ce mot, il ne faut pas entendre seulement les produits du verger, mais aussi ceux des champs et des potagers: blé, sarrazin, lentilles, pois, haricots: toute graine est un fruit.

                                                                                                                     Michel Saint-Yves.

Les Veillées des chaumières, 19 février 1902.


Nota de célestin Mira: 

* La purée septembrale est le vin. On doit cette expression à François Rabelais, dans Gargantua: 
"Il estoit merveilleusement phlegmaticque des fesses, tant de sa complexion naturelle que dans la disposition accidentale qui luy estoit advenue par trop humer de purée septembrale."


Menu du banquet donné lors de l'inauguration
de la statue de Rabelais à Chinon en 1882.

mardi 16 décembre 2014

L'hygiène dans la Bible et le Coran.1/2

L'hygiène dans la Bible et le Coran.1/2
Prescriptions concernant l'alimentation.


Moïse et Mahomet ne furent pas seulement des prophètes, des fondateurs de religions; ce furent aussi des législateurs; ils durent donner une constitution à leurs peuples. 
Pour les Hébreux, cette constitution se trouve à peu près en entier dans le Pentateuque: mélange de principes de droit civil et criminel et de préceptes d'hygiène. Pour les musulmans, cette constitution est éparpillée dans le Coran, assemblage de préceptes moraux, religieux, civils, politiques et hygiéniques, d'exhortations, de promesses et de menaces relatives à la vie future.
On peut lire que Moïse, comme hygiéniste, fut pleinement à la hauteur de sa tâche. Il défend aux Hébreux l'usage de certains aliments parce qu'il les considère avec juste raison comme dangereux ou du moins mal appropriés à la vie de son peuple. Il impose des périodes de jeûne dont nous allons pouvoir apprécier l'utilité.
Il formule d'abord cette loi générale: "Tout ce qui se meut et qui a vie, sera votre nourriture: je vous ai donné toutes ces choses comme l'herbe verte" (1). Mais immédiatement, il formule une première restriction: "Toutefois, vous ne mangerez point de chair avec son âme, qui est son sang" (2).
Pourquoi cette interdiction de manger du sang que Mahomet devait plus tard imposer aussi aux Musulmans? Est-ce parce qu'il jugeait ces aliments comme facilement corruptibles et dangereux? Il fait cette interdiction comme un ordre de Dieu, sans donner aucune explication. Mais il insiste et revient à plusieurs reprises sur cette prohibition: "Vous ne mangerez rien avec le sang" (3). Il menace même de retrancher de son peuple ceux qui violeraient cette loi. "Si quelqu'un de la famille d'Israël, ou des étrangers qui font leur séjour parmi eux, mange de quelque sang que ce soit, je mettrai ma face contre cette personne qui aura mangé du sang et je la retrancherai de mon peuple" (4). L'âme de la chair est dans le sang et c'est là la raison de cette prohibition: "Car, l'âme de la chair est dans le sang; aussi vous ai-je ordonné qu'il soit mis sur l'autel, pour faire propitiation pour vos âmes, car c'est le sang qui fera propitiation pour l'âme" (5).
De là résulte naturellement l'obligation de ne pas manger de viande de bêtes étouffées ou assommées, mais seulement des bêtes saignées. Moïse indique cette conséquence de sa prohibition, mais sans trop insister:"Si quelqu'un des enfants d'Israël ou des étrangers qui font leur séjour parmi eux, a pris à la chasse une bête ou un oiseau qu'on mange, il répandra son sang, et le couvrira de poussière" (6).
On peut voir, à Paris, aux abattoirs, comment les Juifs de nos jours respectent encore la loi mosaïque. Les bœufs destinées aux boucheries juives ne sont pas assommés avant d'être saignés. Après les avoir renversés à terre, un sacrificateur juif se présente et d'un large couteau coupe d'un seul coup la gorge du bœuf, en observant certaines prescriptions rituelles.


Pour abattre l'animal, le sacrificateur tend avec sa main gauche la peau du cou et incise rapidement les parties molles un peu au-dessous du larynx jusqu'à la colonne vertébrale. L'incision doit traverser la peau, la trachée, l’œsophage, les artères et les veines et les gros troncs nerveux qui accompagnent les vaisseaux. D'après J. Marcus (7), le sacrificateur doit observer six prescriptions, suivant lesquelles il lui est défendu: 1° de faire des "pauses", c'est à dire de retirer son couteau avant que la trachée et l’œsophage ne soient traversées, de s'arrêter pour recommencer son incision; 2° de "peser", c'st à dire de peser sur le couteau sans le tirer de côté et d'autre; 3° de "couvrir", c'est à dire d'interposer quelque objet (corde, etc.) entre le couteau et la peau; 4° de "transgresser", c'est à dire de faire l'incision en dehors des limites prescrites par la loi; 5° de "déchirer", c'est à dire de tuer l'animal avec un couteau ébréché, ou d'arracher la trachée ou l’œsophage au lieu de les couper; 6° de pénétrer dans la colonne vertébrale et de léser la moelle épinière.


Moïse ne se borne pas à établir la prohibition du sang, mais il précise quels animaux les Hébreux peuvent manger sans se souiller.
" Et l’Éternel parla à Moïse et à Aaron, leur disant: Parlez aux enfants d'Israël et dites-leur: Ce sont ici les animaux que vous mangerez d'entre les bêtes qui sont sur la terre: Vous mangerez d'entre les bêtes à quatre pieds de toutes celles qui ont l'ongle divisé, et qui ont le pied fourché, et qui ruminent. Mais vous ne mangerez point de celles qui ruminent seulement, ou qui ont l'ongle divisé seulement, comme le chameau, car il rumine bien, mais il n'a point l'ongle divisé; il vous est souillé; et le lapin, car il rumine bien, mais il n'a point l'ongle divisé et le pied fourché, il vous est souillé; et le lièvre, car il rumine bien, mais il n'a point l'ongle divisé, il vous est souillé; et le pourceau car il a bien l'ongle divisé et le pied fourché, mais il ne rumine pas, il vous est souillé; vous ne mangerez point de leur chair; même vous ne toucherez point de leur chair morte, ils vous sont souillés (8).
Tels sont les animaux dont un Israëlite ne peut manger sans se souiller: le chameau, le lapin, le lèvre, le porc. Moïse indique quelque unes des espèces qui sont permises:
"Tu ne mangeras point d'aucune chose abominable. Ce sont ici les bêtes que vous mangerez, savoir: le bœuf, ce qui naît des brebis et des chèvres, le cerf, le daim, le buffle, le chamois, le chevreuil, le bœuf sauvage et la girafe" (9).
Mêmes spécifications et même prescriptions pour les poissons:" Vous mangerez de ceci d'entre tout ce qui est dans les eaux; vous mangerez de tout ce qui a des nageoires et des écailles, dans les eaux, soit dans la mer, soit dans les fleuves; mais vous ne mangerez pas de ce qui n'a point de nageoires ni d'écailles, soit dans la mer , soit dans les fleuves, tant de tout reptile des eaux que de toute chose vivante qui est dans les eaux; cela vous sera en abomination".
Certains oiseaux sont également prohibés comme aliments: "Et d'entre les oiseaux vous tiendrez ceux-ci comme abominables, en n'en mangeant point; ils sont en abomination, savoir: l'aigle, l'orfraie, le faucon, le vautour et le milan, selon leur espèce; tout corbeau, selon son espèce; le chat-huant, la hulotte, le coucou et l'épervier selon leur espèce; la chouette, le plongeon, le hibou, le cygne, le cormoran, le pélican, la cigogne et le héron selon leur espèce, la huppe et la chauve-souris" (10)
Il défend également l'usage des reptiles: "Tout reptile qui rampe sur la terre vous sera en abomination, et on n'en mangera point".
"Vous ne mangerez point, entre tous les reptiles qui se trouvent sur la terre, de tout ce qui marche sur la poitrine, ni de tout ce qui marche sur quatre pieds, ni de tout ce qui a plusieurs pieds; car ils sont en abomination".
"Ne rendez point vos personnes abominables par aucun reptile qui se traîne, et ne vous souillez point avec eux; car vous serez souillés par eux". (11)
En somme, à part quelques prohibitions qui ont un caractère purement religieux ou symbolique ou qui ont leur point de départ dans un préjugé de l'époque, les prescriptions de Moïse sont des plus sages et admirablement adaptées aux besoins et à l'hygiène de son peuple qu'il veut préserver de l'usage de viandes malsaines.

(A suivre)

(1) Génèse, IX, 3.
(2) Génèse, IX, 4.
(3) Lévitique, XIX, 26.
(4) Lévitique, XVII, 10.
(5) Lévitique, XVII, 11.
(6) Lévitique, XVII, 13.
(7) Etude médico-légale sur le meurtre rituel, Thèse de Paris, 1900.
(8) Lévitique, XI, 3 à 8. Deutéronome, XIV, 6, 7 et 8.
(9) Deutéronome, XIV, 3, 4 et 5.
(10) Lévitique, XI, 13 à 19. Deutéronome, XIV, 9 et 10.
(11) Lévitique, XI,13 à 19. Deutéronome, XIV, 12 à 18.

Les annales de la santé, janvier 1909.