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mardi 3 mai 2016

La colonisation à Madagascar.

La colonisation à Madagascar.

On dit souvent que les Français ne savent pas coloniser; nos voisins, les Anglais, auraient le monopole de l'habileté et du savoir-faire en matière de colonisation. On dit que nous sommes d'humeur sédentaire, et que nous n'aimons pas à nous expatrier.
Colonisons! colonisons! Voilà le mot qui retentit périodiquement à nos oreilles chaque fois qu'il est question de rénover notre race et de lui infuser un peu de vigueur et de sève nouvelle. J'eux dernièrement l'occasion de causer de cette question avec un homme qui fut l'un des pionniers de la colonisation à Madagascar et ce qu'il m'a dit mérite d'être répété, et aussi médité par ceux de nos compatriotes qui, sans capitaux obtiennent trop souvent le passage gratuit, partent pour Madagascar, lassés des luttes morales et physiques en France, confiants dans l'inconnu et convaincus que là-bas, leur énergie et leur activité se transformerons en millions qu'ils viendront dépenser en Europe.
Mon interlocuteur me disait qu'il existe trois catégories de colons pour Madagascar et que cette division peut se rapporter à n'importe laquelle de nos colonies.
En première ligne, nous trouvons le petit colon, celui qui dispose d'un capital minime, 15 à 20.000 francs. Je me hâte de dire qu'avec cette somme, il ne peut espérer s'installer sur une concession, la mettre en valeur et y vivre. Il est vrai que la colonie accorde gratuitement à nos compatriotes des concessions de cent hectares, mais notre colon devra avoir recours à un autre travail que celui de la terre, pour assurer son existence et lui permettre de réserver le capital à sa seule exploitation. Ce travail ne peut guère être autre chose qu'un petit commerce ou un emploi dans une grande exploitation voisine. Par ce moyen seulement, notre homme arrivera, à force d'économies, à mettre en valeur le terrain qui lui a été concédé.
Une seconde catégorie est représenté par les immigrants qui, possédant un capital de 60 à 100.000 francs peuvent prélever sur cette somme quelques milliers de francs destinés à assurer leur existence, et consacrer le reste à l'exploitation méthodique de leurs propriétés. Ceux-là peuvent se faire attribuer des concessions de 500 à 1.000 hectares propres à des cultures ou à des exploitations variées.
Enfin viennent les grandes sociétés qui ont engagés des capitaux considérables et sont pourvues de concessions territoriales importantes qu'elle font mettre en valeur par un personnel spécial.
Ce qui précède nous laisse entrevoir une vérité trop ignorée, à savoir que pas plus à Madagascar qu'en France la fortune ne vient aux travailleurs ni en deux ans, ni en trois ans. Une colonie ne présente souvent sur la Métropole que le seul avantage d'avoir moins d'encombrement dans toutes les carrières et dans tous les métiers: rien de plus.
D'ailleurs, le général Galliéni à créé à Paris un office de renseignement représenté par le comité de Madagascar, spécialement qualifié pour transmettre aux intéressés les renseignements officiels, éclairer les partants sur le succès de leur projet, documenter les arrivants sur les régions disponibles en ce moment. 


Le général de division Galliéni,
grand-officier de la Légion d'honneur, gouverneur général de Madagascar.

Il ne faut pas s'embarquer pour Madagascar avant d'avoir pris une décision définitive et réfléchie. Il y a de bons terrains, tant pour la culture et l'élevage que pour les cultures forestières, mais les uns comme les autres sont souvent limités par des étendues considérables d'un sol aride infécond.
Puisque nous parlons de Madagascar, il est juste que nous nous arrêtions un instant à la méthode de colonisation employée.
Elle contraste singulièrement, croyons-nous, avec les méthodes anglaises ou allemandes, mais la différence est tout à notre honneur.
Écoutons d'ailleurs comment, en quelques lignes simples mais éloquentes, le général Galliéni expose ses idées sur la colonisation: "La meilleure manière pour arriver à la pacification de notre nouvelle et immense colonie, écrit-il, est d'employer l'action combinée de la force et de la politique. Il faut nous rappeler que dans les luttes coloniales nous ne devons détruire qu'à la dernière extrémité et, dans ce cas encore, détruire pour mieux bâtir... Chaque fois que les incidents de guerre obligent l'un de nos officiers coloniaux à agir contre un village ou un centre habité, il ne doit pas perdre de vue que son premier soin, la soumission des habitants obtenue, sera de reconstruire le village, d'y créer un marché, d'y établir une école. C'est de l'action combinée de la politique et de la force que doivent résulter la pacification du pays et l'organisation à lui donner plus tard.



La construction d'une route entre Tamatave et Tanararive.

Au total, on voit que le gouverneur actuel de Madagascar se préoccupe bien moins de l'enlèvement d'un repaire que du marché qu'il y établira le lendemain. Donc, plus de razzias, plus d'incendies, mais le souci de conserver et de ménager les ressources locales, afin de les mieux mettre en valeur.
L'épisode suivant rapporté par le général Lyontey, un des principaux collaborateurs du général Galliéni, nous édifie pleinement sur la façon d'opérer de nos soldats et de nos officiers: "Chargé de soumettre une région sakalave insurgée, le commandant d'infanterie coloniale Ditte s'était fait une loi absolue d'épargner, de pacifier, de ramener cette population. Je le revois encore, abordant un village hostile et, malgré les coups de fusil de l'ennemi, déployant toute son autorité à empêcher qu'un seul coup de partit de nos rangs, et y réussissant, ce qui avec les tirailleurs sénégalais n'était pas facile. Je le revois avec ses officiers, en avant, à petite portée de la lisière des jardins, la poitrine aux balles, et, avec ses émissaires et ses interprètes, multipliant les appels et les encouragements. Et comme cet officier était aussi un très bon et très habile militaire, qu'il avait pris d'habiles dispositions menaçant les communications, rendant difficile l'évacuation des troupeaux, il réussit après des heures de la plus périlleuse palabre, à obtenir qu'un Sakalave se décidât à sortir des abris et entrer en pourparlers.
Et ce fut la joie aux yeux que le soir venu, il me présenta le village réoccupé, en fête, les habitants fraternisant avec notre bivouac, à l'abri du drapeau tricolore, emblème de paix.
Voilà comment se fait la conquête à Madagascar.
D'ailleurs la population malgache est sympathique et avenante. Les hommes sont doux dans les relations ordinaires de la vie et ils sont hospitaliers. Les femmes, sans être très belles, n'ont pas l'aspect quelque peu simiesque des femmes des races inférieures de l'Afrique.
Tananarive est devenue une ville au sens européen du mot, avec un musée, une salle des dépêches, une bibliothèque, des journaux rédigés en français et en malgache, des cercles, des concerts, une fanfare qui, paraît-il est excellente, un vélodrome, un champ de course avec son pari mutuel, enfin un théâtre où on joue l'opéra, l'opérette, le drame et la comédie... tout comme à Paris.
Madagascar est en train de devenir une expansion de la mère patrie.
La "perle de l'océan Indien"rémunérera amplement, dans l'avenir, la Métropole des millions consacrés à sa conquête et à son organisation.

                                                                                                                        Maurice Andral.

Le Petit Journal , militaire, maritime, colonial, supplément illustré paraissant toutes les semaines, 17 janvier 1904.

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