Translate

vendredi 16 décembre 2016

Les tics des Souverains.

Les tics des Souverains.

Les souverains ont leurs tics, leurs gestes familiers. Le roi Edouard VII a pris l'habitude de se passer les doigts de la main droite sous le menton. C'est un geste commun à beaucoup de gens dont on dit qu'ils se caressent le maxillaire inférieur.
L'empereur d'Allemagne roule avec énergie ente le pouce et l'index l'extrémité de ses moustaches, tandis que le roi d'Italie les lisse doucement et amoureusement. Quant à François-Joseph d'Autriche, il a coutume de peigner ses favoris. Le Tzar, lui, passe d'ordinaire sa main sur le sommet de sa tête.
Nos présidents n'échappent pas, cela va sans dire, à la loi commune. M. Thiers secouait ses lunettes d'or. M. Grévy tenait souvent ses yeux mi-clos, une habitude gagnée au jeu d'échecs; Félix Faure portait la tête haute comme un saint sacrement; on sait que, très fier du protocole, il ne permettait pas même aux ministres de lui parler familièrement dans une cérémonie publique ou lorsqu'ils lui faisaient vis-à-vis dans la voiture présidentielle.
Ce bon Félix, sur ce chapitre, avait même atteint le paroxysme du ridicule.
Un député du Havre, son ami de quarante ans lui ayant dit un jour en tout petit comité:
- Vous rappelez-vous, mon cher ami...
Le Président se retourna, regarda autour de lui comme s'il cherchait quelqu'un, puis, glacial:
- A qui parlez-vous, monsieur le Député?
N'oublions pas le tic habituel de Napoléon III, qui se tirait les moustaches en les aiguisant comme une pointe d'épée. L'histoire ne pouvait manquer d'enregistrer encore le geste machinal de l'autre, de l'oncle, le grand empereur, qui, très fébrilement dans ses réceptions promenait sa main droite du revers de son habit à la poche de son gilet où il plongeait ses doigts comme pour y saisir une pincée de tabac d'Espagne.

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 10 mai 1908.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire