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mardi 14 juillet 2026

 Les lorettes.

Part II



Le nom de lorette est apparu sous la Monarchie de Juillet (1830-1840). Il désigne une femme indépendante qui vit des largesses de ses amants.  Ce surnom vient de l'église Notre-Dame de Lorette et de son quartier en pleine construction à l'époque. Les propriétaires proposaient des loyers bas afin qu'elles "essuient les plâtres" ce qui attirait les lorettes..
Alexandre Dumas distinguait trois catégories de femmes de ce genre, les grisettes associées aux étudiants du quartier latin qui vivaient d'aventures mais conservaient un travail, les lorettes qui vivaient uniquement de leurs charmes en ayant plusieurs amants, appelés des "Arthurs", qui se partageaient les factures et enfin les courtisanes ou demi-mondaines qui n'avaient qu'un seul amant à la fois, mais richissime.






Dessin de Damourette vers 1840.

"- Vous voyez bien cette robe à ramages? c'est mon ancienne cuisinière, une gaillarde qui m'a fait des diners déplorables... - Il paraît qu'il est plus facile de fricasser un Anglais qu'une gibelotte..."

La robe à ramage était une ample robe aux motifs de fleurs ou de feuillages, très à la mode à l'époque. Fricasser en Anglais c'est séduire et ruiner un étranger.





Dessin de Damourette, vers 1840-1850.

"- Qu'est-ce que nous ferions bien, Champaubert, si nous n'étions pas ruinés?
- Pardieu, nous nous ruinerions."

Illustration de l'insouciance de certains bourgeois pour qui dépenser leur fortune était leur seule passion.




Illustration de Gavarni de 1852.

"- Qu'e qu' t'as... t'as le vin triste...
- J'ai qu'on menace de me saisir... j'ai peur que les Anglais me foutent dehors...
- Fourre un Anglais dedans..."

Les "Anglais" désignaient les créanciers dans le langage familier et "Fourrer un anglais dedans", c'était boire du gin ou du whisky anglais.






Dessin de Gavarni vers 1860.

"-Vous vous en repentirez, ma belle, je vous apprendrai à mentir.
- Vous, allons donc, mon cher, vous n'êtes pas de force."






Dessin de Damourette, gravée par Dumont vers 1845.

"- Ah çà, mais Anna, vous trichez?...
- Parbleu!..."





Dessin d'Honoré Daumier, vers 1840.

" - Il m'est arrivé un petit malheur, très-bon; j'ai perdu la dernière quittance de mon propriétaire, je vous serez reconnaissante de me la retrouver d'ici demain."

La femme demande à son amant de retrouver, d'ici demain, sa quittance de loyer qu'elle a elle-même perdue! La quittance de loyer était un document très important pour le locataire, sans elle, le propriétaire pouvait exiger un nouveau paiement. Le qualificatif de "très-bon" qu'elle utilise pour qualifier son amant, prouve qu'elle fait appel à sa bonté d'une façon détournée et surprenante , vu la tête du futur donateur.

vendredi 30 août 2013

Moeurs aimables.

Moeurs aimables.

Les indigènes de Paparatava, une île allemande de l'archipel Bismarck, en Océanie, n'entendent pas la justice tout à fait comme nous; du moins, ils trouveraient notre code trop indulgent dans l'application des peines. Récemment, un meurtre atroce était commis dans leur île; une dame Wolff et son enfant étaient massacrés. Quelques temps après, les deux meurtriers étant sortis de la brousse où ils s'étaient réfugiés, les indigènes s'emparèrent d'eux et, sans plus de façon, les expédièrent dans l'autre monde. Après quoi... ils firent rôtir leurs corps et joyeusement les mangèrent.
Un peu plus tard, Tobilan, l'instigateur du meurtre de Mme Wolff, fut tué lui aussi, mais l'on ne remit au tribunal que sa tête pour établir son identité et toucher une prime. Pour en finir avec cette affaire, il ne reste plus à appréhender que Towagira, un chef indigène compromis dans le meurtre. Ses parents et amis ont été assez gentils pour promettre de le livrer; ils escomptent sans doute quelques bonnes grillades de sa chair; lui, se tient sur ses gardes, est-il besoin de le dire ?

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 1e février 1903.

dimanche 25 août 2013

Moeurs et coutumes des différents peuples.

L'examen des lettrés au Tonkin.

Si rien de ce qui touche à nos colonies de l'Extrème-Orient ne saurait nous laisser indifférents, la cause de l'instruction dans ces contrées lointaines doit nous intéresser d'une façon particulière, nous autres Français, adeptes et victimes tout à la fois du surmenage intellectuel.
Aussi, avons-nous pensé à faire défiler sous les yeux de nos lecteurs les différents aspects d'une des cérémonies les plus curieuses de l'Annam: la proclamation des lauréats du concours des lettrés.
L'examen des lettrés, qui a lieu tous les trois ans à Nam-Dinh, est destiné à assurer le recrutement des fonctionnaires de l'Etat, et ces derniers forment en Annam une véritable classe à part, une aristocratie jouissant de privilèges et de prérogatives très enviés. On juge de l'animation que peut donner à la ville cette avalanches d'aspirants-bacheliers, licenciés ou docteurs, de toute classe et de tout âge, accourus de tous les points de l'Annam. Dès que la session est ouverte, le calme renaît: le candidat, qui a apporté avec lui quatre bambous, une paillote et une natte, s'installe dans le coin qui lui est réservé et n'en sort plus pendant toute la durée des examens, soit près d'un mois. Comme on le voit, ces conditions de travail rappellent, de loin, c'est le cas de le dire, celles qui sont imposées à nos logistes de l'Ecole des Beaux-Arts. La session close, les examinateurs, venus de Hué en grande pompe, font le classements des compositions, et, le jour de la cérémonie, les noms des nouveaux lettrés sont proclamés par un crieur juché sur une estrade.



C'est cette cérémonie, sous ses divers aspects, que représentent nos dessins, et les légendes qui les accompagnent nous dispensent de les commenter un à un. Le camp des lettres est situé à environ deux kilomètres de la ville; il est entièrement construit en paillotes et en bambous, ce qui lui donne un cachet particulier. A l'entrée, à droite de la grande avenue qui conduit à la pagode royale, s'élève une estrade abritée par des nattes et ornée de bandes de broderie: c'est la tribune officielle; sur le côté gauche de la même entrée, les examinateurs, en grand costume, entourés de leurs serviteurs et de leurs porte-parasols, sont assis sur leurs escabeaux. A gauche de l'estrade d'honneur, sur un plancher élevé formant tribune, afin de dominer la foule bruyante qui se presse autour, les crieurs, armés d'énormes porte-voix, proclament le nom des élus.


A l'appel de leur nom, les lauréats sortent de la foule, viennent saluer et se placer à la gauche de l'estrade d'honneur. Lorsque le groupe est au complet, on remet à chaque licencié le costume de lettré, qui se compose d'une tunique noire, d'un bonnet carré et d'une paire de sandales chinoises.



Ainsi équipés, ils se rendent à la pagode royale et se rangent dans la cour. Alors, et après qu'ils ont reçu les instructions des mandarins qui les accompagnent, sur la façon de rendre hommage au roi, la cérémonie d'investiture commence. L'envoyé royal se place le premier, puis viennent les autres mandarins et enfin le groupe des élus; la foule qui avait envahi la pagode se retire sur les côtés, et, au milieu du plus profond silence, un mandarin prononce l'invocation. Les mandarins se prosternent jusqu'à terre seuls, cinq fois de suite, puis recommencent avec le groupe des élus. Tous reviennent ensuite à la tribune d'honneur.
Comme on le voit, cette cérémonie ne manque ni d'originalité, ni même de grandeur. Cette année surtout, la présence de hauts fonctionnaires du protectorat, et, à leur tête, de M. Parreau, le résident général, qui a adressé aux lettrés, avec l'aide d'un interprète, un éloquent discours, a donné à cette fête du 7 septembre un éclat inusité. Cette intervention officielle a produit aussi le meilleur effet sur la caste des lettrés qui, jusqu'à présent, s'était toujours mis en travers des actes du protectorat, qu'elle accusait d'être l'ennemi des moeurs et des coutumes annamites. Cela prouve qu'il est facile à qui le veut de faire cesser de regrettables malentendus. Quand on a, de plus, comme l'a eue en cette circonstance M. Parreau, l'excellente idée de joindre à la bonne parole quelques petits cadeaux, tels que montres, boites à musique, etc..., on peut espérer voir dans un temps prochain l'hostilité sourde ou déclarée faire place à une franche et durable amitié.
Nous sommes trop bons Français pour ne pas dire: Ainsi soit-il !

                                                                                                                            J. S.

Journal des voyages, Dimanche 13 janvier 1889.