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mardi 2 septembre 2014

Aux demoiselles de l'Angleterre.

Aux demoiselles de l'Angleterre.

Voici une rude apostrophe adressée aux jeunes miss par une de ces dames auteurs qui composent des nouvelles pour la jeunesse:
"Vous, chères petites, vous élevées pour le mariage!... Allons donc! pas plus qu'une pauvre poulette pour conduire quatorze poulets.
Chères filles! que savez-vous de la cuisine, vous qui en savez tant sur le salon? Où prenez-vous de l'exercice, vous qui usez tant de sophas? Croyez-moi, apprenez moins de piano et sachez au moins faire un pudding; ayez plus de franchise et moins de fausse modestie; déjeunez mieux et serrez-vous moins. Ah! combien j'aime ces bonnes filles enjouées et bruyantes, à l’œil brillant, aux joues rosées, au large corsage, qui peuvent repriser les bas, tailler leurs robes, raccommoder les habits, faire manœuvrer un régiment de marmites et de casseroles, traire les vaches, engraisser les oies, fendre du bois et abattre un canard sauvage comme la duchesse de Marlborough, et qui n'en savent pas moins tenir leur place dans les salons. Mais vous, avec votre air de Mater dolorosa, votre moue dédaigneuse et votre mine de prude; avec votre taille de guêpe, votre teint plombé; vous, bourreau de musique, lectrices insatiables de romans et de contes bleus, esclaves de la mode et enfants de la paresse, croyez-vous que vos souliers à semelle de papier, vos bas de soie et vos jupes de mousseline vous tiennent lieu de mérite? Non, non, ce n'est point parmi vous que je vois de futures épouses et des mères de famille pour la vieille Angleterre."
On n'accusera pas l'écrivain de flatterie ou d'indulgence.

Magasin Pittoresque, 1851.

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