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dimanche 6 septembre 2026

Le tub.






En mai 1886, lors du huitième et dernier Salon impressionniste à Paris, Edgar Degas présente sa "Suite de nus de femmes se baignant, se lavant, se séchant, se peignant ou se faisant peigner".





Il s'agit de pastel sur carton. Une femme, rousse, penchée en avant, nettoie à l'aide d'une éponge l'intérieur d'un tub (sorte de bassine en zinc en provenance d'Angleterre, ancêtre des récupérateurs de douche).
Cette œuvre de Degas est conservée au Hill-Stead Museum de Farmington, Connecticut, USA. 





Une autre, de la même série se trouve, elle, au Metropolitan Museum de New-York.






Une troisième est conservée au Musée d'Orsay à Paris. Il montre une vue plongeante sur une femme accroupie.


Edgar Degas à consacré une partie des années 1880 a étudier la toilette intime des femmes dans ou autour d'un tub. Degas était littéralement fasciné par la forme ronde du tub, à tel point qu'il a fait coïncider l'arrondi du dos de la femme avec celui du tub. Cette prouesse rappelle celle des estampes japonaises où la géométrie est omniprésente.
La présentation de cette série au Salon de 1886 a suscité un véritable tollé chez les critiques. Elle fut qualifiée de vulgaire, de dégradante pour la femme. Degas se défendit en disant qu'il avait voulu montrer "l'animal humain s'occupant de lui-même, un chat qui se lèche" en ajoutant: "c'est comme si vous regardiez par le trou d'une serrure".
Cette volonté de vouloir représenter les femmes occupées à leur toilette intime lui a valu une réputation tenace de misogyne et il n'a pas arrangé son cas en répondant: "J'ai peut-être trop considéré la femme comme un animal... Elles sentent que je les désarme. Je les montre sans leur coquetterie."
De nombreux critiques et journalistes ne voyaient aucune grâce dans ces postures mais plutôt un avilissement du corps féminin. Certains sont même allés jusqu' à dire que les femmes ressemblaient à des grenouilles s'agitant dans leur cuvette. Ce qui choquait surtout en montrant un corps sans fard, c'était l'absence d'idéalisation, qui permettait de montrer ce qui devait rester à l'abri des regards bourgeois et bien-pensants.
Si les critiques de la presse conventionnelle se déchaînèrent, certains esprits plus ouverts au contraire encensèrent Degas. Ce fut le cas de Joris-Karl Huymans qui voyait chez Degas une rupture avec le nu académique traditionnel  et admirait "la suprême beauté des chairs bleuies ou rosées par l'eau". Ce fut aussi le cas d'Octave Mirbeau pour qui Degas avait réussi à faire d'une banale opération hygiénique une grande peinture moderne grâce à la cruauté de son observation.

Le tub, objet de bien des fantasmes, n'a pas uniquement inspiré Degas. Au musée d'Orsay on trouve aussi ce pastel sur carton d'Edouard Manet:





Ce pastel est intitulé "le tub" réalisé vers 1879. On peut dire que les deux peintres se livrèrent à une véritable "guerre du tub". Cependant, si les tubs de Degas sont aujourd'hui les plus célèbres, Manet fut le précurseur en réalisant cette œuvre des 1879 alors les tubs de Degas datent de 1886.
Une différence sépare les deux amis: alors que Degas peint la femme vue à travers son "trou de serrure", à son insu, et ignorante de la présence d'un spectateur,  Manet, lui, montre la femme offrant sa nudité au regard, créant un sentiment d'abandon et de confiance.
Peut-être que le modèle de Manet y est pour quelque chose. Il s'agit de Méry Laurent, une actrice de théâtre, femme d'esprit et accessoirement maîtresse de Manet jusqu'à sa mort.

La guerre du tub est terminée. Il a survécu longtemps, a trôné dans les cuisines, puis vaincu par le modernisme, il a fini par disparaître. Peut-être existe-t-il encore, quelques ancêtres, dans quelques coins reculés de nos provinces, qui l'ont fréquenté, mais, quoi qu'il en soit, nous devons reconnaître qu'il n'a pas démérité, ne serait-ce que pour avoir inspiré Manet et Degas.

jeudi 23 juillet 2026

 La sortie du bain.





Célèbre estampe d'Edgar Degas réalisée vers 1870.

Degas a produit un nombre très important de cette scène, n'étant jamais satisfait du résultat. Plusieurs d'entre elles sont conservées dans des lieux prestigieux comme le Metropolitan Museum of Art de New-York, le Musée des Beaux-Arts du Canada ou la Bibliothèque nationale de France.

On estime que Degas a produit entre 17 et 22 versions différentes sur la même plaque de métal.
C'est sur le vase situé à droite que Degas s'est le plus acharné. Les premières versions montraient un vase vide, et, après bien des essais, on le voit  rempli de plus en plus de branches stylisées. Degas se confia alors à ses proches en disant: "J'ai ajouté quelques brindilles dans le vase." La version présentée ici montre une étape intermédiaire où les brindilles sont déjà très denses. Cette recherche est souvent appelée "l'épisode des brindilles".
Mais ce ne fut pas tout.
Le fauteuil situé au fond a aussi fait l'objet de retouches multiples. Il fut petit à petit assombri afin d'augmenter le contraste avec la peau blanche de la baigneuse. Par ailleurs, les franges du fauteuil, de style Napoléon III, ont aussi fait partie de son obsession du détail. La version présentée ici montre des franges très denses et très sombres.
Pour être complet, Degas s'est aussi livré, sur la même plaque, à plusieurs repositionnements des bras et des jambes de la femme.
Alexis Rouart, ami et confident de Degas raconte qu'un jour, Degas lui tendit un épreuve de "la sortie' du bain" en lui disant: "Notre amie, Mme X... doit être ainsi, en sortant du bain." Bien que Degas ait passé des mois sur sa plaque, il n'a jamais fait d'impression commerciale. Il conservait les impressions dans ses cartons. Ce n'est qu'après sa mort en 1918 qu'il fut décider d'en faire un tirage.