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vendredi 4 septembre 2026

La sphinge. 






"Die Sphinx und der Dichter" (La sphinge et le poète ou l'Enchanteresse), tableau de l'allemand Heinrich Lossow, peint en 1868.

La scène représentée sur ce tableau est inspiré par "Le livre des Chants" (Buch der Lierder), recueil de poèmes de Heinrich Heine.
Lossow crée ici une inversion complète des rôles traditionnels de ce genre de scène. Une sphinge, créature mythique constituée d'un corps de lionne et d'un buste de femme, enlace et embrasse passionnément un jeune poète. Il s'agit de la relation qu'entretient le poète avec sa muse, une relation passionnée et douloureuse. En effet, la sphinge, tout en l'embrassant lui enfonce ses griffes dans le torse.

"C'était une sphinge véritable, dont le corps de lion et les pattes puissantes étaient en contradiction flagrante avec la tête et le buste de femme... Elle m'a embrassé à m'en couper le souffle, et tandis qu'elle m'enlaçait de ses bras voluptueux, ses griffes s'enfonçaient cruellement dans mon torse..."

Le tableau nous montre l'extase du baiser accompagné de la douleur des griffes plantées dans la poitrine du poète.

Il nous faut dire un mot sur l'artiste peintre. Heinrich Lossow était un peintre académique connu et respecté de son temps. Il était en outre le conservateur de la prestigieuse galerie du château de Schleißheim, près de Munich.
Mais il avait un passe-temps. Il menait parallèlement à son activité officielle la carrière de dessinateur de scènes érotiques ou pornographiques qu'il vendait clandestinement à des collectionneurs. Le tableau le plus connu de cette production secrète est "Le Péché" (Die Versündigung) réalisé en 1880.





"Le péché" de Heinrich Lossow, tableau de 1880. L'acte de chair s'accomplit d'une manière acrobatique, à travers les volutes d'une grille en fer forgé, entre un moine et une religieuse consentante. Ce tableau est doublement scandaleux pour l'époque. Il ne se contente pas de représenter une scène érotique scabreuse mais il est aussi  une satire anticléricale féroce.
Il est souvent associé au "Banquet des Châtaignes". Pour mémoire, le "Banquet des Châtaignes" est une réception qui s'est tenue dans la nuit du 31 octobre 1501 au Palais papal du Vatican. Le récit de ce banquet nous est rapporté par le journal intime de Johann Burchard, le maître de cérémonies.
A ce banquet furent invitées une cinquantaine de prostituées romaines de haut rang, "d'honnêtes prostituées" comme elles sont qualifiées dans le récit. A la fin du repas, elles entreprirent de danser, d'abord habillées, puis complétement nues. Un des convives proposa un jeu: on jeta des châtaignes sur le sol, les candélabres, jusque là posés sur les tables, furent déposés au sol et on demanda aux courtisanes de  ramasser les châtaignes en marchant à quatre pattes, nues, au milieu des bougies. L'excitation fut à son comble et le banquet se transforma en orgie généralisée. Des prix de grande valeur furent attribués aux hommes les plus actifs avec les prostituées. Le pape Alexandre VI, Cesare Borgia et sa sœur auraient assisté en spectateurs à la scène. 
La véracité de cette scène est plus que nuancée chez les historiens et même contestée, et il n'est pas interdit de croire qu'il s'agissait d'une cabale montée contre les Borgia.
Cependant, vrai ou faux, le "Banquet des Châtaignes" est devenu le symbole de la corruption morale et de la luxure dont certains artistes des siècles suivants se sont emparés pour dénoncer les dérives de l'Eglise. "Le Péché" de Lossow s'inscrit dans cette continuité.