Etuves privées.
Miniature du XVe siècle extraite du livre de Valère Maxime intitulé "Facta et Dicta Memorabilia".
Comme on peut le constater sur cette miniature, au moyen âge, le bain n'était pas seulement utile pour se laver mais il servait aussi de lieu pour se divertir et partager des plaisirs. Cette enluminure appartient au chapitre consacré "aux vices et aux pires débordements moraux". Elle se trouve donc là pour dénoncer les dérives des "étuves" même si l'enlumineur semblait bien connaître ce type de lieu.
On est évidemment surpris de voir que les couples qui batifolent dans leur bain se font servir aussi à manger. Au moyen âge les étuviers disposaient d'une double licence de bains publics et de tavernes. Ils étaient en charge de chauffer l'eau au bois, ce qui n'était pas une mince affaire. Une fois celle-ci à bonne température des aboyeurs étaient chargés de le faire savoir dans les rues en criant:
"Seigneur qu'or vous allez baigner et estuver sans délayer;
Les bains sont chauds, c'est sans mentir."
Les corporations offraient parfois des "bons pour étuves" comme cadeau de fin d'année à leurs employés.
On peut être également surpris de voir un lit à proximité. Officiellement, ils servaient à se reposer et à transpirer après la chaleur du bain. Evidemment, la mixité, la proximité et la nudité des couples faisaient que les couples avaient d'autres idées d'utilisation des lits.
On remarquera que hommes et femmes portent une sorte de bonnet sur la tête. Il n'était pas question de se mouiller les cheveux, sans doute parce qu'il n'y avait aucun moyen de séchage ou parce que l'on voulait conserver une coiffure savamment arrangée.
Il existait trois grandes catégories de savon: le savon gallique, à base de suif de chèvre et de cendre de bois, non parfumé et très agressif; le savon sarrasin ( l'ancêtre du savon de Marseille), à base d'huile d'olive et de soude, beaucoup plus doux que le précédent; enfin le savon juif à base d'huile de sésame et d'autres huiles diverses. Ces savons avaient souvent une odeur forte qui était combattu par diverses plantes aromatiques jetées dans l'eau du bain, comme la lavande, le romarin, le thym, la menthe, l'oseille et les pétales de roses.
Pour les cheveux, on pratiquait le shampoing sec: la cendre de bois de vigne ou de chêne pour dégraisser, le jus de bettes pour éliminer les pellicules et l'infusion de feuilles de noyer pour donner des reflets et de la brillance aux cheveux.
Pour la bouche, le blanc des dents était maintenu en les frottant avec de la poudre d'os de seiche, le vinaigre servait aux bains de bouche et en cas d'haleine chargée, on utilisait de la menthe, de la sauge ou de l'oseille pilée.
L'Eglise ne voyait pas d'un très bon œil toutes ces étuves, mais les clients s'appuyaient sur les recommandations médicales qui préconisaient le bain pour chasser les humeurs nocives du corps. Les religieux, tentèrent d'imposer la non mixité, en réservant des jours pour les femmes et des jours pour les hommes, en tentant d'interdire les étuves aux hommes mariés. Rien n'y fit et petit à petit les établissements de bains se transformèrent en maisons de tolérance.
Ce que l'Eglise ne réussit pas à faire, la nature s'en chargea. Au XVe siècle, le retour de la peste noire et l'arrivée de la syphilis bouleversa les comportements. Les médecins étudièrent la question et en déduirent que l'eau chaude était responsable des épidémies en ouvrant les pores de la peau, facilitant ainsi la contamination.
A la fin du XVe siècle, les étuves n'existaient plus et l'on inventa la "toilette sèche". On se contenta de se frotter le corps avec des linges propres et on masquait le tout par des parfums.
Au moyen âge, les gens se lavaient tous les jours, ils changeaient de sous-vêtements également tous les jours, et ce même chez les paysans et chez les plus pauvres. La nudité n'étant pas un problème, on retrouvait souvent, des hommes et des femmes complétement nus au bord d'une rivière ou d'un étang faisant leur toilette. On le sait parce que les chroniques de l'époque font état de nombreuses noyades, notamment par hydrocution.
Le bain nécessitait une préparation et des moyens importants pour un particulier, ce qui a conduit au développement des bains publics. Il ne faut pas confondre le bain et l'hygiène quotidienne. Au moyen âge, le bain était un lieu de détente, où l'on pouvait discuter, parler affaire, se tenir au courant des derniers potins, et même jouer aux cartes, tout en déjeunant ou dînant, ou encore lutiner la voisine.
Ce temps est révolu: de nos jours, la toilette est devenu un plaisir solitaire, on s'enferme dans sa salle bains ayant renoncé à trouver quelqu'un de charitable pour vous frotter le dos.